‹ De la misère, de ses causes, de ses effets, de ses remèdes par d'EsternoChapitre 28 sur 117 · ET DU PRODUIT BRUT · texte numérisé non relu

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suinmaiion de chaque jour, son travail devait encore produire pour lui et pour d’autres un excédant de bénéfice. Ce bénéfice se partage inégalement et irrégulièrement entre le capitaliste et le travailleur ; mais la part de gain attribuée à chacun n'est évidemment qu’une question secondaire. Le premier point à obtenir, c’est qu’il y ait réellement un excédant de profit. J.-B. Say a divisé son ouvrage en trois livres : De la production des richesses de la distribution des richesses; de la consommation des riches ses. Ce n’est pas là une classification arbitrairement dictée par les convenances de la librairie , ou la nécessité de procéder d’après une méthode (|uelconque ; c’est un plan puisé dans la nature même des choses et indiqué par la réflexion. S’occuper de la répartition des bénéfices avant de les avoir faits, distribuer les dépouilles avant d’avoir vaincu , vendre la peau de l’ours avant de l’avoir mis à terre , ce sont des opérations chanceuses et ([ui peuvent attirer sur leurs auteurs les reproches d’imprudence et de légèreté. Lorsqu’une entreprise ne réussit pas , elle n’offre que des pertes à partager ; et, bien qu’alors l’empressement des ayant-droit soit moindre, il n’en est pas moins indispensable que chacun d’eux en prenne sa portion. Alors arrivent les collisions entre les maîtres et les ouvriers.

Exemple : peu après la révolution de juillet, les ouvriers en soie se soulevèrent à Lyon et, comme leur salaire avait été réduit au-dessous de la limite qui leur permettait de

lioD; c’est ce qui reste au producteur après qu'il a pajté ses ouvriei's et scs achats Je matières premières.

Exemple :

Un agriculteur tire de son champ loo mesures de seigle qui valent 3 fr. chacune, total 3oo fr. Ces 3oo fr, sont le produit brut du champ.

Si l'agriculteur a dépensé i5o fr, en engrais, semences, labour, hersage , loyer de la terre et frais de récolte, les 5o fr, d’excédant sont le produit net.

Si l'agriculteur a dépensé 3oo fr. pour obtenir une récolte d'une égale valeur, le produit brut existe toujours, mais le produit net a disparu; et s'il a dépensé 4<>o fr. pour obtenir des récoltes qui ne valent que 3oo fr., le produit brut demeure le même, mais le produit net est o moins loo.

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vivre , ils demaudèrent qu’on les relevât ù un taux, médiocre â la vérité , mais qui leur laissât l’espérance de ne pas mourir de faim. On doit rendre à ces ouvriers la justice de dire qu’ils n’exigeaient ni un prix disproportionné avec leurs efforts , ni encore moins un salaire gratuit qui les nourrit dans la paresse et l'oisiveté ; ils acceptaient et demandaient une vie laborieuse , mais rémunérée ; leurs drapeaux portaient cette devise remarquable : F'ivre en travaillant, ou mourir en combattant. Cependant ces hommes n’avaient pas fait attention qu’ils se heurtaient contre l’impossible. Le prix des soies manufacturées avait énormément baissé , il fallait dès-lors faire supporter la moins-value par les chefs d’ateliers, ou bien par les ouvriers, ou bien enQn suspendre la fabrication.

Prendre le dernier parti , c’était ihettre à l’aumône toute la population ouvrière ; prendre le premier, c’était revenir au dernier par une voie peu détournée , puisque les chefs de manufactures ne devaient évidemment pas persister longtemps dans une fabrication qui leur devenait onéreuse ; enfin , prendre le second, c’était un expédient triste et désastreux , mais qui n’avait pas , comme les autres , l’inconvénient d’étre impraticable. Les ouvriers n’étaient pas contraints de travailler à un prix qu’ils jugeaient insuffisant, et ils auraient mieux agi en laissant à leurs camarades la possibilité de travailler, s’ils le voulaient , pour un salaire réduit, tandis qu’eux-mémes se seraient livrés à d’autres occupations qu’ils auraient jugées plus productives. Leur révolte eut pour résultat, non de faire hausser, suivant leurs vœux , les salaires , mais de suspendre partout les travaux et d’ôter encore une demi-paie à ceux qui ne pouvaient plus l’avoir entière.

'a considérer les choses du point de vue purement arithmétique, il est hors de doute qu’une entreprise doit être productive pour enrichir les ouvriers qui ont concouru ù son exécution , à moins qu’on ne veuille prétendre que les direc-

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leurs doivent eniretenir leurs ouvriers à perte , pai- un sentiment de charité chrétienne ou de pure philantropie. Mais , dans ce cas même, leurs bonnes dispositions ne les conduiraient pas bien loin : lorsque leur ruine individuelle aurait été consommée par des sacrifices journaliers, les ouvriers se trouveraient définitivement sur le pavé ; l’exemple des désastres du philaiitrope découragerait l’industrie , et finalement la classe ouvrière perdrait, par ce procédé, infiniment plus d’ouvrage qu’elle n’en aurait gagné.

Si maintenant , au lieu de comparer seulement les chiffres, on entre dans le détail des transactions qui ont lieu entre ouvriers et maîtres, on arrive au même résultat, savoir, que l’ouvrier ne peut s’enrichir que dans l’exécution d’une entreprise productive, et que ses gains, pour avoir quelque durée, ne peuvent être pris que sur des bénéfices réalisés par suite de son concours.

Quelques-uns disent : Il ne sert de rien à l’ouvrier de prendre part à une entreprise lucrative ; il ne profite pas de ses travaux: lavidité du maître absorbe tout; quels que soient les bénéfices d’une affaire, il se les adjuge en entier, sans en rien laisser aux ouvriers qui les lui ont fait avoir. Ce raisonnement est fondé sur une erreur. Il ne dépend pas du maître de s’adjuger les profits entiers d’une affaire; qu’il en ait quelquefois le désir, je n’en disconviens pas , mais il n'en a jamais la possibilité.

L’ouvrier n’est pas attaché au métier , comme autrefois le serf était attaché à la glèbe; il se déplace et change de maître aussitôt qu’il se voit maltraité. On a vu au chapitre iii du livre 1 , comment la concurrence entre ouvriers fait baisser les salaires; il est facile de comprendre comment la concurrence entre maîtres les fait hausser.

Toutes les fois qu’une fabrication agricole ou industrielle donne un bénéfice net, il est de l’intérêt des maîtres d’étendre, autant qu’ils le peuvent, leurs affaires et de multiplier le nombre de leurs ouvriers. Si une manufacture de chapeaux

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rapporte par chapeau 20 sous de protit net et si chaque chapeau e\ige la journée de deux ouvriers, il est évident que chaque journée d’ouvrier rapporte, tous salaires payés, 10 sousau fabricant de chapellerie : il doit donc désirer employer le plus d’ouvriers possible, puisqu’il tire d’eux un i^evenu journalier de 10 sous par tête ; il a même de l’avantage à les payer un peu plus cher, pour en attirer un plus grand nombre autour de lui. Par exemple, s’il a douze ouvriers , il gagne 6fr. par jour; mais s’il augmente de 5 sous le prix de leur journée, il débauchera à l’instant les ouvriers des autres chapeliers ; il ne gagnera plus, il est vrai, que 5 sous sur leur journée; mais aussi, au lieu de douze, il en aura cent, et, au lieu de 6 fr. par jour, il gagnera 25 fr. sur son atelier. Ses concurrens, pour ne pas perdre le reste de leurs ouvriers , élèveront leur prix de 5 sous, et peut-être de 6 ; dans ce dernier cas, ils lui reprendront nou-seulement ceux qu’il leur avait enlevés, mais encore une partie des douze qui composaient son atelier primitif. La concurrence peut ainsi élever les prix jusqu’au point où la journée de l'ouvrier cesse d’être pour le maître un b^éfice et devient une charge. Alors la baisse est inévitable , parce que les maîtres commencent à agir en sens inverse de ce qui vient d’être dit et que la concurrence la plus active s’établitentr'eux, non pour s’enlever réciproquement leurs ouvriers, mais pour se débarrasser chacun des siens (1).

Il n’existe aucun moyen légal de forcer les maîtres a donner à leurs ouvriers un salaire suffisant : cette nécessité resuite pour eux du besoin seul qu’ils ont de bras. Le maxvmum inventé pendant la révolution était une absurdité ; un minimum en serait une tout aussi grande (2). Ainsi c’est

(i) La baisse peut aussi survenir par suite d'une augmeutaliun dans le nombre total des ouvriers , augmentation provoquée par l'appât d'uu salaire élevé; mais ce n'est pas de ceci qu'il s'agit en ce moment.

(s) Le maximum révolutionnaire n’était absurde qu’iudustriellcment par-

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