DE I„4 PETITE CULTURE, ETC
fus que le fermage offre dans les deux pays. Les fermes françaises sonl trop petites pour payer les soins d’un cultivateur habile : aussi voyons-nous peu d’hommes d’une intelligence très développée s’adonner à une occupation qu’ils trouvent peu lucrative ; ils se jettent de préférence dans d’autres professions qui leur offrent des chances de fortune et d’avenir; les hommes réfléchis ne manquent guère de peser mûrement toutes choses avant de se décider sur le choix d’un état, et les avantages pécuniaires qu’ils doiventen retirer ne peuvent manquer d’influencer très puissamment lèur résolution. Quelques écrivains ont remarqué avec étonnement que les hommes de loi d’Écosse étaient très supérieurs aux hommes de loi d’Angleterre , tandis que les hommes d’église d’Angleterre sont très supérieurs aux hommes d’église écossais; tous ces hommes cependant sont élevés dans les mêmes collèges : mais en Ecosse la profession du barreau donne des bénéfices plus- considérables que l’état ecclésiastique; le contraire a lieu en Angleterre , où les cures et les évêchés possèdent des revenus immenses. De là vient la préférence accordée par les hommes distingués des deux pays à l’une ou à l’autre de ces professions.
Il en est de même par tout pays, et l’un des plus grands maux produits en France par le morcellement exagéré de la culture , c’e.st d’en avoir éloigné les hommes supérieurs qui se sont presque tous livrés à d’autres carrières, parce qu’ils ne trouvaient pas celle-là suffisamment réiribuée. Il en résulte un double mal : 1° l’agriculture manque d’hommes capables ; 2° d’autres professions en regorgent, parce qu’ils y ont tous reflué, à tel point qu’ils s’y étouffent les uns les autres, comme des arbres trop serrés dans une pépinière.
' Chaque étude de notaire est convoitée par une douzaine de concurrens; les avocats et les médecins sont à-peu-près égaux en nombre aux malades et aux plaideurs , de sorte que, si tous persistaient à exercer, la clientellede chacun se composerait d’un seul client. Les fonctions publiques sont
DiQÎu£t.vj ijy CjOOgU
80 , DE l’agricl’etlre,
encombrées, et celles même qui passent pour avilissantes
trouvent une multitude de solliciteurs (1).
Pourquoi délaisse-t-on le premier des arts, celui qui nourrit les peuples et fournit les matières premières, sans lesquelles il n’y aurait aucune Industrie? Pourquoi les hommes éclairés s’en retirent-ils et l’abandonnent-ils à des ouvriers qui n’ont que leurs bras? Parce que la loi entoure l’agriculteur de tant d’obstacles, de tant de dangers, de tant d’entraves, qu’il ne peut rien faire de grand dans la sphère où on le condamne à se mouvoir; parce qu’avant de prendre la charrue, il doit dire adieu à toute espérance de richesses; parce que sur deux cents grandes fortunes, on n’en trouvera pas en France deux qui aient été faites dans l’agriculture.
Nous avons dit que le tort en était à la loi; nous allons le prouver.