CHAPITRE I
ûn avantage immense dont on devrait bien faire profiter les individus qui sont en état de réaliser quelques économies dans noire pays. Les caisses d'épargne ne reçoivent pas seulement des dépôts d'argent, en assurant un intérêt au dépositaire (1); elles accordent encore la facilité d'acheter, au moyen d'un versement fait soit tout d'une fois, soit par semaine, par mois ou par an , une annuité qui commence à l'âge fixé par l'acquéreur, et pour un nombre d'années déterminé (2). Une pareille institution est beaucoup plus bienfaisante que la caisse d'épargne toute simple, telle qu'elle est chez nous. Elle prépare réellement à ceux qui sont en état d'en profiter un petit revenu pour leurs vieux jours , une véritable retraite. La perspective d'une annuité (5) de 500 fr. (20 L st.) est un stimulant à l'économie bien autrement énergique que les 5 fr. 75 pour cent offerts par nos caisses d'épargne. Les annuités accordées et garanties par l'État aux individus prévoyants sont un véritable encouragement au travail, un acte de providence sociale. Si le grand nombre des travailleurs pouvait y atteindre, l'industrie ne serait plus pour les ouvriers qu'elle emploie un maître insouciant et sans pitié; la population laborieuse, comme les marins et les soldats, aurait au moins, au bout de sa pénible carrière , l'espoir d'une retraite. Mais, hélas ! celte annuité do 20 1. st. n'est guère accessible qu'au domestique ou à l'employé : le simple salarié n'a pas plus l'espoir d'y atteindre que
(1) À partir du 20 novembre 1828 , l'intérêt accordé aux déposants , qui avait été jusque-là de 5 5/4 p. 0/0, a été réduit à 3 5/8 p. 0/0. Voyez Jctof'd George îv, c. 92.
{%)Actoj"ô William iv, c. 14.
(5j L'annuité est mise sur la tête de la personne choisie par l'acquéreur. — L'âge de l'individu sur la tête duquel est déposée l'annuité ne doit pas être au-dessous de 15 ans. Les annuités ne sont pas accordées au-dessus de 20 1. par an, ni au-dessous de 4 1. Elles sont payables par semestre, après la mort de la personne sur la lê!e de laquelle l'annuité est placée ;ceux qui y ont droit ou leurs héritiers recevront le quart de l'annuité. Elle n'est pas transférable, excepté le cas de banqueroute. Si l'acquéreur est incapable de continuer le payement , il recevra, en avertissant trois mois d'avance, le montant de ses dépots, mais sans intérêts.
de devenir chef d'industrie. Quoi qu'il en soit, cette institution produit de bons effets en Angleterre ; on lui reproche seulement d'être trop onéreuse à l'État , parce que les tables sont calculées sur une mortalité trop rapide. Certains calculateurs voient une cause de ruine pour les finances de l'Angleterre dans celte inexactitude des tables , qui favorisent un peu trop les acquéreurs d'annuités. Nous ne trouvons pas là un bien grand inconvénient ; quand le gouvernement mettrait un peu du sien pour rétablir l'équilibre en faveur des classes pauvres, il ne ferait en cela qu'un acte de justice : il ne leur rendra jamais en bienfaits l'équivalent de ce qu'il prélève sur elles par les taxes de consommation.
En France , nous comptions, à la fin de 1838 , 270 caisses d'épargne pour une population plus nombreuse d'un tiers que celle de la Grande-Bretagne. Le nombre des livrets, qui était de 121,065 au premier janvier 1858, s'élevait au 31 décembre de la même année à 165,196. Seulement 498 sociétés de secours mutuels ont versé aux caisses d'épargne le montant de leurs souscriptions. En Angleterre, à la même époque, les sociétés amicales (friendly societies) possédaient 5,187 livrets! Au 51 décembre 1838, le solde total des caisses d'épargne n'était que de 144,964,757 fr. 26 cent., le tiers environ des épargnes de l'Angleterre. La moyenne des dépôts , qui est de 750 fr. en Angleterre, n'est que de 500 fr. en France; ceile des sommes versées par les sociétés de secours , qui surpasse 5,000 fr. en Angleterre, ne s'élève chez nous qu'à 885 fr. (1).
A Paris, la caisse d'épargne devait aux déposants , le 21 décembre 1859, la somme de 69,557,270 fr. 29 c. Elle avait reçu 52,245,514 fr. 44 c. et remboursé 26,158,151 fr. 66 c. La moyenne du montant de chaque livret est de 619 fr. Ces chiffres, dit le rapport, diffèrent peu de ceux des années précédentes (2). L'augmenlalion des frais d'administration de celte caisse ayant épuisé toutes ses ressources, elle a été obligée d'exercer sur les intérêts des sommes déposées une retenue de un quart pour
(1) Rapport du ministre de l'agriculture et du commerce sur les caisses d'épargne.
(2) Rapport et compte rendu des opérations de la caisse d'épargne de Paris, présentés le 4 juin 1840.