LIVRE
En Belgique, comme en Angleterre, la population agricole est inférieure en nombre d'un tiers à la population industrielle : c'est dire d'avance que ce pays doit ressembler à l'Angleterre sous le rapport du paupérisme. Mais, en Belgique, la misère est peut-être plus affreuse qu'en Angleterre , parce que la population laborieuse paraît y avoir moins de besoins , et que les salaires étant moins élevés, lui permettent de faire moins d'économies. Ne croirait-on pas lire un paradoxe fait à plaisir, quand nous disons que la misère belge doit être plus extrême que celle d'Angleterre, parce que l'ouvrier belge se contente de moins? Malheureusement il en est ainsi , puisque c'est sur les besoins des populations que se règlent les salaires. Si les Irlandais n'avaient pas trouvé le moyen de se nourrir si économiquement, ils seraient moins misérables , car leur existence représenterait une plus grande valeur.
Le revenu des établissements de bienfaisance, affecté au soulagement de l'indigence, peut nous permettre d'apprécier la misère de ce pays. En 1832, les fonds à la disposition des hôpitaux et des bureaux de bienfaisance s'élevaient à la somme de 4,145,876 pour les premiers, et de 5,308,114 pour les seconds : total, 9,450,990 pour une population de moins de 4,000,000 d'habitants.
La Belgique offre une triste ressemblance avec la France, sous le rapporl d'une des plus tristes maladies sociales. La proportion des enfants trouvés à la population y est aussi forte que dans notre pays. En 1832, la Belgique eut à recueillir 6,441 enfants trouvés, et 2,162 enfants délaissés et orphelins : total, 8,603. En 1833, 6,968 enfants trouvés, 2,337 enfants délaissés : total, 9,305.
Nous reviendrons plus loin sur la question des enfants trouvés, lorsque nous considérerons le vice comme l'une des causes de la misère.
Nous terminons ici ce rapide et très-incomplet aperçu de la misère. Il ne nous paraît pas nécessaire d'aller chercher dans les pays du sud de l'Europe, comme l'Italie, l'Espagne et la Turquie, des chiffres incertains qui ne peuvent rien nous apprendre. Il n'y a pas de misère, à proprement dire, en Italie, ni en Espagne, qui n'en sont pas pour cela des pays bien dignes d'envie, car il y a à peu près pauvreté générale, et cette pire