‹ De la nature, du traitement et des préservatifs du choléraChapitre 1 sur 5 · CHEZ BAILLIÈRE ET FILS · texte numérisé non relu

CHEZ BAILLIÈRE ET FILS

RLE HALTEFELII-LE A Ziondres i- A New-'York

CHEZ, H. RAILl.lKKE

A St-Pétersbourg

CHEZ GLAKNER ET > CHEZ ZAWADZKl

CHEZ H. R-\IM,IERE A -Wilno

l.'tiulrur se ré»errv le droit de Iradnrliuii.

Maturac vero reruin vis atque iiiajestas in omnibus inomentis fide caret, si quis partes ejus ac non totani compleclatur anime.

Plinius, Historia naluralis , lib. VII, cap. ii.)

Chaque maladie a une cause naturelle, et aucune n'arrive sans l'intervention de la nature.

(HippocRATK, Des airs, des eaux et des lieux.)

De même pour une déplétion vasculaire (artificielle), si elle est telle qu'elle doit être, elle est avantageuse et les malades la supportent facilement; sinon, c'est le contraire.

Il liiut donc considérer le pays , la saison , l'âge et les maladies dans lesquelles il laut ou non (recourir) à une déplétion.

(HippoGHATE, sect. I, aph. 2,)

En effet, chez les hoinnies, l'étal des cavités change avec les saisons.

(Hii'POCHATK, Des airs, des eaux el des lieux.)

Mais si l'aiilomne est sec et boréal , et s'il n'y a pas de pluie ni au lever de la Canicule, ni à celui d'Arcturus, il sera très-favorable aux constitutions phlegmatiques et humides, ainsi qu'aux femmes, mais il sera très-funeste aux sujets bilieux.

(HippOGiiATK, Des airs, des eaux et des lieux.)

Aër non soluni ab ellluviis noxiis purus esse débet, sed et justœ insuper gravitatis et elasticitatis , ut pulmones distendat satis , nec tanien enormh , ne eos opprimât.

(J. HuxHAM, Observ. de aëre el morbis epid., t. I, p. m.)

Verum enimvero nec protinus oritur hic morbidus lentor, nec in omnibus, fit namque gradatim, cum diu nimirum regnaverit aquilonia ac sicca tempestas, neque enim interest quales dies sint, sed et quales ante prœcesserini.

Atqui Iaxis nimirum et pituitosis hominibus adeo non nocet hat'cce constitutio, ut vel sit apprime utilis, firmes hos magis ac vegetos efliciendo.

(J. HlXHAM, 0|). cit., I. Il, p. XV.,.

Sans raisonnement pas de traitement raisonnable; or en fait de médecine la théorie est toujours utile, pourvu qu'elle soit basée sur la nature des choses et non sur des systèmes imaginaires. Et si le traitemeni raisonné est rarement raisonnable, c'est que souvent les bases du raisonnement sont fausses ou imaginaires.

(HuFELAND, Enchiridion.)

Autant les arts sont fragmentaires, autant les sciences sont systématiques.

(E. LlTTRK.)

Telles sont les vérités fondamentales qui m'ont guidé dans mes observations et dans ce travail entrepris pour résoudre le problème de l'origine, de la nature, du traitement et des moyens de se préserver du choléra.

Je laisse cà d'autres le soin de juger jusqu'à quel point j'ai réussi; je me contente d'affirmer que je n'ai rien avancé qui ne s'appuyât sur l'autorité de noms du premier ordre.

J'ajouterai qu'une table graphique que je dois à l'obligeance du célèbre physicien M. de Kupflfer, comme aussi celles que j'ai dressées d'après les observations faites pendant de longues années aux observatoires de Paris et de Londres, m'ont permis de constater la coïncidence des épidémies cholériques avec l'excès de pression barométrique, et de vérifier en pratique les idées que je m'étais d'abord formées sur la nature du choléra.

Qu'il me soit encore permis d'exprimer de nouveau toute ma reconnaissance à M. C. de Ja?nisch , pour différents conseils très-importants qu'il a bien voulu me donner au sujet du mémoire actuel.

Paris. — 3 mai 1857.

Les parties de l'organisme et ses fonctions aussi bien que tous les agents extérieurs , en tant qu'ils concourent au travail organique de l'individu, constituent ses conditions vitales.

La mesure des conditions vitales et leur proportion nmtuelle, plus ou moins normale (en imposant des bornes circonscrites à l'individu), produisent la diversité des races , des espèces, des individualités, de même que la santé et les divers états morbides '.

Les agents naturels sont salutaires ou nuisibles pour l'existence individuelle, selon qu'ils entretiennent ou détruisent les proportions normales des conditions vitales do l'individu; et la différence de ces effets dépend au-

^ Ainsi le développement, la forme et la périodicité des phénomènes, tant physiologiques que patholofjiques dans les organismes, ne sont que les effets nécessaires de la mesure des condilUrnx vitales.

tant des propriétés intrinsèques des agents que de l'élat des individus exposés à leur action.

Parmi les conditions vitales on doit distinguer celles qui déterminent le mouvement centrifuge du sang, savoir : les fonctions du cœur et des autres muscles, l'élasticité des artères et la quantité de sang fournie dans un certain laps de temps au système vasculaire^ La mesure de ces conditions vitales particulières, propre à un individu quelconque, constitue ce que nous appellerons sa force active. Nous nommerons de même résistance à la force active celle que cette dernière doit naturellement rencontrer dans la matière qui compose ou entoure notre organisme, comme les vaisseaux, les organes, l'air, l'eau, etc.

Cette résistance augmente dans l'organisme à mesure que se multiplient les ramifications des vaisseaux san-

^ Tout ce qui fait partie ou émane de l'organisme est but et moyen en même temps. C'est dans les fonctions du sang que celte loi est la plus évidente. Le sang lancé par les contractions du conir sert en même temps de conducteur à la force qui détermine le mouvement du sang dans les ramifications suivantes du système vasculaire. Ainsi la force active qui produit la circulation du sang ne sera pas mesurée par le nombre des pulsations, mais bien par la quantité de sang fournie aux vaisseaux dans un temps donné. (Virchow, Handbuch der speciellen Pathologie uud T/ierapie, p. 105-130.)

guins et la masse de sang qu'ils contiennent. La résis" tance devient donc très-grande dans le système des vaisseaux capillaires , ainsi que dans les organes et organismes qui ont ce système très- développé. Ceux au contraire qui sont moins pourvus de vaisseaux capillaires^ présentent aussi une résistance moindre à la force active.

Tous les vaisseaux, et principalement les vaisseaux capillaires {k cause de leur subtilité'' et de leur disposition), sont susceptibles de changer de dimensions sous l'influence d'agents physiques et dynamiques. La même partie de l'organisme peut ainsi présenter à la force active une résistance tantôt moindre et tantôt plus grande.

Il suit nécessairement de ce que nous avons dit dans le § 4 :

1" Que le mouvement centrifuge du sang est un effet

^ Les vaisseaux capillaires sont très-nombreux dans les muscles , les organes périphériques et parenchymateux, à l'dge mûr et chez les sujets robustes. Ces vaisseanx sont, au contraire, moins nombreux dans les organes membraneux (plèvre, canal alimentaire, péritoine, etc.) et dans le système nerveux, ainsi que chez les individus jeunes ou d'une constitution faible. (VV'eder, Anatomie, IV, p. 203; Miji.LER, Physiologie des Menschen, p. 211, 213.)

Je crois devoir mentionner ici que la membrane muqueuse des poumons fait la partie de la surface du corps.

' ViRCHOw, H. d. sp. P. u. Th., p. 105-108.

immédiat de l'excédanl de la force active sur la résistance ;

2" Que la circulation du sang est ce même mouvement centrifuge modifié par la résistance;

3" Que l'énergie de la circulation est toujours proportionnée à la quantité/de la force active sur la résistance ; /

4" Qu'un excédant considérable de force active déterminera une accélération du mouvement du sang et des congestions; tandis qu'un excédant /nsz^sa?^^ entraînera , au contraire, une lenteur dans la circulation et des stagnations de sang.

En rapprochant ces résultats des considérations du § 5, on arrive nécessairement à une explication toute naturelle des faits suivants :

1° La circulation du sang doit s'effectuer dans les différentes parties de l'organisme avec une vitesse différente^, très-grande dans les artères, Irès-modérée dans les vaisseaux capillaires.

2" Les organes et organismes moins pourvus de vaisseaux capillaires ont une prédisposition aux congestions, tandis que ceux qui ont le système de ces vaisseaux plus développé (§ 5) inclinent aux stagnaiiom.

* Voi.KMANX, Hfi'nintli/namikf p. 19(5.

La force active s' affaiblissant en vertu delà résistance qu'elle rencontre, sa facultr do propager le mouvement du sang s'amoindrit également. Ainsi l'influence du cœur sur la circulation diminue en raison de la ramification du système vasculaire (§ 5), tandis que la quantité du sang exempt de cette influence y augmente dans la même proportion. Par cette raison, à chaque contraction du cœur, il se produit une surabondance de sang dans les artères. Cette surabondance, en dilatant les artères, occasionne le pouls et y excite l'élasticité, qui, durant la dilatation du cœur, contribue puissamment à la circulation ultérieure

Le sang superflu (§ 9), en dilatant les artères et en agissant sur leurs parois , fait naître en outre la Irans-' sudation, action organique qui dirige en dehors les parties les plus liquides du sang. Une portion de ces der-

* Ainsi le sang dans les artères ne se trouve que sous l'influence de la force du cœur, tandis que dans les vaisseaux capillaires et dans les veines il esl aussi influencé par la force élastique des arti'res. C'est pourquoi, en raison de la ramification du système vasculaire, le mouvement saccadé, propre au sang artériel, se change de plus en plus en un mouvement continu résultant de deux forces qui, en se remplaçant mutuellement, agisseni sans discontinuer.

nières, mêlée au chyle et à la lymphe, rentre dans la masse du sang au moyen des vaisseaux lymphatiques et des glandes, tandis que le reste est rejeté par notre organisme sous forme à' excrétions.

Les excrétions"* ont lieu dans les organes qui offrent moins de résistance , pour la plupart dans les organes membraneux à surlace plus ou moins libre.

La transsndation provenant du surplus de sang dans les artères, de son état de liquidité et de l'activité du cœur, sera toujours proportionnée au développement de ces trois conditions.

Les principales métamorphoses que le sang subit dans le système capillaire sont : la transmutation du sang veineux en sang artériel, et la transmutation inverse. La première s'effectue dans les vaisseaux capillaires des poumons, moyennant l'élimination de l'acide carbonique, sous l'influence de l'oxygène de l'air, ce qui entraîne la décarhonisation (oxydation) du sang. La seconde a lieu dans les vaisseaux capillaires de toutes les autres parties de l'organisme , et effectue la carhojii^ sation (désoxydation) du sang ^

' TlEDEMAW-Moi.LESCHOTT, Ph. d. N., p. 3G.

' Moi.i.ESCfiOTT, P/i. d. Slnffw., p. 264; Magxus, Poggendorf'a Annalen, B. 40, p. 583; MAnciiAxn, Journal fur prahtischc Chemie , B. 35. p. 385; He.vi.e, Handbuc.h der rnlionelUn Pathologie, B. II, p. 48, 121 ; Wagner s Handworlcrhich , B. I, p. MO.

— la —

La circulation du sang détermine la nutrition de l'organisme, comme aussi l'élimination de l'acide carbonique et de l'urée, derniers produits du travail organique. Or, la quantité de ces produits sécrétés^ dans un certain laps de temps nous donne la mesure d'énergie avec laquelle s'exécutent les fonctions organiques.

Tout agent naturel peut, jusqu'à un certain point augmenter ou diminuer dans l'organisme la force active ou la résistance (§ 6). Ainsi les différents agents, en modifiant la circulation du sang avec ses conséquences, peuvent, selon l'occasion, devenir salutaires ou nuisibles selon l'état actuel de l'organisme.

Nous essayerons, dans les deux §§ suivants, de donner rénumération aussi complète que possible des agents qui augmentent \dL force active ou affaiblissent la résistance, et de ceux qui agissent dans le sens opposé.

* TiEDEMAXN-MoLLESCHOTT, Pli. d. N., p. 571 ; MoLLESCHOTT, Pliysioloyie des Stoffwechsels der PJlanzen und Thkre, p. 181, 187; Vie- RORDT, Physiologie des Athrncns, p. 190, 197.

U va sans dire que l'état sain ou morbide de l'organisme étant toujours soumis à certaines bornes (§ 2), tout agent, pour produire l'effet désiré, doit être appliqué dans une mesure déterminée. C'est ainsi qu'une saignée excessive pourrait anéantir la circulation au lieu de l'accélérer.

Les agents de la première espèce sont : une diminution continue" ou périodique'^ de la pression exté-

Voici les principaux agents qui se rapportent à ce cas : un air humide et chaud, un état atmosphérique qui fait baisser le baromètre, les bains chauds et à vapeur, l'hémospasie (Junod), la raréfaction de l'air (tant naturelle qu'artificielle, mise en usage contre le choléra avec succès par M. Thieme); la ceinture de Neptune (proposée par M. Regenhardt, comme prophylactique contre le choléra); le jo^aiV/ mouillé, porté par-dessus les habits ; l'humidité entretenue principalement dans les chambres à coucher; la manière d'exciter la transpiration avec de la chaux (M. Serres) ; les cataplasmes chauds, émoHients, les moxas, les synapismes, etc. (Wunderlich, H. d. allg. Pathologie u. Thérapie, p. 102, 104; Dumas, Annales de physiologie et de chimie, t. XIM, p. 65; ViRCHOw, H. d. sp. P. u. Th., p. 385; J. Vogel, Slôrungen der Blutmischungen (dans la pathologie rédigée par Vîrchow), p. 403; Wunderlich, Versuch einer physiologischen Pathologie des Blutes, p. 68-69; TiEDEMANN-MoLLESCHOTT , Physiologie der Narungsmittcl , p. 20.)

Quand la pression atmosphérique est diminuée d'un quart, la respiration devient difficile et superficielle, les veines, les lèvres et les paupières s'engourdissent; ce qui est suivi d'hémorrhagies, de syncopes, d'une chaleur désagréable et d'une sueur très-abondante (Juxod, Revue médicale, 1834, III, p. 346.) Des symptômes semblables sont éprouvés par les personnes qui s'élèvent en ballons aérostaliques ou gravissent de hautes montagnes, s'exposant ainsi à une pression atmosphérique moindre que celle des plaines. (Vîrchow, H. d. sp. P. u. Th., p. 108; VuxDERLicH, H. d. allg. P. u. Th., p. 92.)

La ceinture de X'eptune est une serviette de deux mètres de long et de cinquante centimètres de large. On imbibe d'eau une moitié de la serviette, on enroule autour du corps cette partie humide, et l'on replie par-dessus l'autre moitié restée sèche. Cette ceinture, en produis

rieure; tout ce qui excite l'énergie vitale , comme l'élec- Iricité, les impressions agréables, les veilles'', une nourriture suffisante , principalement animale 'S;t riche en azote des aliments d'une digestion facile bien cuits épicés, amers; les échauffants, l'usage modéré des boissons fortes, principalement de vieux vin tout

sant des vapeurs d'eau, entretient l'individu dans une atmosphère humide qui a la vertu d'accélérer la respiration et la circulation. Cé moyen précieux par sa simplicité, et qui remplit si bien toutes le& conditions désirables dans l'atmosphère et dans l'organisme pendant l'épidémie cholérique, a été pourtant rejeté, parce qu'on en a méconnu le mode d'action.

Par exemple, les vicissitudes atmosphériques, les frictions sèches, humides ou à la glace, les douches, les lotions, les contusions (même celles produites par l'action des boulets), l'action des draps mouillés (à la manière de Prisnitz), au moment du ramollissement de la peau, qui succède à sa contraction passagère, amenée par le froid momentané; tout exercice actif, gymnastique, exercice de la voix, éternument, etc.

MoLLESCHOTT, Pkysiol. des Sloffwechsels der PJÏanzen und Thiere, p. 791.

" TiEDEMANx-MoLLESCHOTT, Pkysiol. dcT Nalirungsmittel, p. 63, 71, 151, 156, 170, 527, 582; Lucas, Chossat, Lehmaxx, Pkysioloy'mhe Chemie, B. IV, p. 260.

Les effets de cette nourriture ont été déterminés par MM, Thénard, Darcet, Flourens, Brachet, Serres, Magendie. ainsi que par Tiedemann et Gmelin. ( Foy . Tiedemax.x-Molleschott, Ph, d. N., p. 151, 156, 582, 231, 591.)

Lehmanx, Ph. Chemie, B. III, p. 310.

La chaleur produit certaines métamorphoses dans les éléments chimiques des aliments. (Tiedema.nn-Molleschott, Ph. d. N>, p. 512.)

** Le vin devient vieux à mesure que disparait l'acide carbonique prédominant dans le vin qui n'a pas fermenté assez longtemps.

ce qui augineiile, jusqu'à un certain point, la quantité de la fibrine''^ et la consistance'^" du sang, les saignées, les évacuants elles sudorifiques; les cardiaques, comme l'opium , l'acide cyanhydrique , les substances aromatiques et volatiles, le musc, le camphre, l'ammoniaque, les alcirioïdes^', etc.

II est à remarquer que tous les agents de la première espèce ont pour efl'et commun de diminuer la quantité de l'acide carbonique dans l'organisme, et de s'opposer au développement du choléra.

Les agents de la seconde espèce sont : une augmentation de la pression extérieure^'; tout ce qui accroît

Le poids spécifique du sang diminue à mesure qu'aujjuiente la quantité de la fibrine y contenue. (Stark, Allgemeine Pathologie, p. 962.)

Le sang, acquérant plus de consistance et d'élasticité, devient par là meilleur conducteur de la force active.

2' Quinine, strychnine, codéine, nicotine, théine, caféine, pipérine, kréalinine, etc.

L'excès de la pression peut provenir d'une accumulation et condensation de l'air dans une localité quelconque; d'une tcmporalure très-basse ou très-élevée (la dessiccation rendant les corps plus résistants); d'un exercice qu'on pourrait appe\er passif , comme celui que l'on se donne sur une balançoire, ou en voyageant par mer ou en voiture fermée. Le roulis d'un vaisseau, déterminant un changement du niveau de l'atmosphère, ralentit la circulation, cl, en créant un obstacle à la circulation périphérique, occasionne par conséquent des congestions vers les organes centraux. \'oilà l'origine du mal de mer, qui, on général, est proporlionué k la force el à la fréquence des

le poids spécifique et la viscosité du saiig -^^; un som

balloltements , au degré de condensation de Tair (dans les espaces confinés) et au défaut d'énergie de la circulation du sang. Ainsi on explique facilement comment il se fait que près du grand mât et à bord on soit moins exposé au mal de mer que sur les extrémités du vaisseau et dans la cabine; pourquoi le mal est plus ressenti sur de petits que sur de grands bâtiments, et plutôt dans les mers qui ont des vagues petites et par conséquent plus fréquentes. Enfin, si les marins sont moins susceptibles du mal de mer, cela tient aux modifications que subissent cbez eux la force musculaire et les vaisseaux du système capillaire.

La pression atmosphérique éprouvée par une localité quelconque ne dépend pas uniquement de la hauteur de la colonne atmosphérique. Tout ce qui rend l'air plus pesant, plus condensé et plus immobile (comme défaut de vapeurs, la nature du terrain, les objets qui confinent l'espace, montagnes, maisons, certaines directions des vents, etc.), sert à augmenter la pression, tandis que des influences opposées peuvent la diminuer et modifier. Voilà pourquoi des localités qui se trouvent sous des colonnes atmosphériques de la même hauteur peuvent néanmoins être exposées à des pressions différentes.

L'augmentation de la pression atmosphérique rend la respiration facile, profonde et tardive, ralentit le pouls (en réduisant le nombre des pulsations jusqu'à 45 par minute), et exerce une influence calmante sur l'organisme entier.

La rougeur que présente la peau après l'application d'un vésicatoire disparaît à mesure qu'augmente la condensation de l'air, {l^oy. Pravaz, Essai sur t emploi de l'air comprime, p. 36; Colladox, Triger, Ta- HARRiK, Pravaz, Archives générales, 1843, t. I, p. 426; Hf.nlk, Handhuch der rationellen Pathologie, B. II, p. 299.)

L'excès de la pression atmosphérique entraîne une accumulation d'acide carbonique dans l'organisme, et rend le sang visqueux. (Foy. ScHMiDT, liiDDER, Kegnault, Reiset, Vierordt, Lettelier, Marchand, Prolt, Seguin. — Bourel, Annales de chimie et de physiologie, série m, t. XXV, p. 165; TiEUEMANN-MoLLESCHorr, P. d. N.,

iiieil prolongé"'^'*, particulièrement après le repas; la vie sédentaire, l'inactivité, les impressions désagréables, surtout celles qui abattent le courage; l'épuisement, pne nourriture insuffisante^^, et, au contraire, aussi le surchargement des organes digestifs par la nourri-

p. 83; Bkrthold, Milliers Archiv., 1838; Lehmaxv , P/ujsiologische Chemie, III, p. 303, 320; Wunderlich, H. d. ail. Ph. u. T., p. 359.)

A la même catégorie appartiennent : toute pression permanente (au moyen de bandages, d'habits serrés, d'cmpUttres, de coliodium), l'application des substances qui absorbent les liquides ou le calorique , comme craie, sel, métaux, etc.

Tout ce qui augmente la quantité de l'acide carbonique dans le sang rend celui-ci en même temps visqueux et pesant.

^* MoLLEscHOTT, Ph. d. Stoff. , p, 79J ; Vierordt, Scharlixg, Re- GNAULT, Reiset, Lehmann, P/i. Ch., B. 111, p. 305.

^* Voy. Valsalva, Lucas, Chossat, Haller, Collard de Martigny, Pommer, Tiedemann-Molleschott, Phys. d. N., p. 60-71 ; Lehmann, Ph. Ch., B. III, p. 310; Vierordt, Willoughby, Pavem, etc.

Par rapport aux aliments et à l'exercice, il est à remarquer que leur excédant et leur défaut entraînent les mêmes conséquences. Toutefois, le défaut d'exercice et l'excès de nourriture retardent la circulation immédiatement, tandis que le régime opposé ne produit les mêmes effets que secondairement.

Ainsi une nourriture et un exercice modérés peuvent seuls assurer à la circulation et à la respiration l'énergie convenable qui fait la base de la santé. Celte loi de la modéralion doit, plus que jamais, être observée pendant les épidémies, vu que les organismes en général sont alors lésés par une influence extraordinaire et pernicieuse. La même loi s'étend à l'usage de toutes les autres fonctions de notre économie. Cependant elle doit être appliquée différemment, selon les dispositions tant épidcmiqucs qu'individuelles. Toutes les fois qu'il y a tendance au ralentissement de la circulation, il faut recourir aux agents qui l'accélèrent, tandis que dans les cas opposés, il faut mettre en usage ceux ({ui la ralentissent.

— Il) —

turc ou par la boisson; les aliments végétaux (principalement ceux qui manquent d'azote et abondent en carbone, comme fruits, légumes, riz", etc.), crus, salés, doux et gras; les liqueurs carbonées et fermentantes, comme l'eau pruo, principalement celle de rivière^', le lait cru, le petit-lait, la crème, le vin jeune, le vin de Champagne , les liqueurs fortes en général , la bière , l'hydromel, le kwas; les rafraîchissants, la glace administrée intérieurement ; les refroidissements , les bains froids prolongés; les sels neutres, le nitre, la digitale, l'eau de chlore, les mercuriels, les alcalis, l'iode, le graphite, l'huile de morue, la salsepareille et autres médicaments analogues.

Tous les agents de la seconde espèce ont pour elfet commun d'augnienter la quantité de l'acide carbonique dans l'organisme, et de faciliter le développeqient du choléra.

C'est le manque des parties azotées dans le riz qui est la cause probable de sop inllfienec pernicieuse au^ Indes ^uraq^ le choléra ; cettp circonstance s fait croire au médecin anglais Tittler que cette maladie (qu'il a nommée la maladie du riz) ne provenait que de l'action du riz endommagé par l'influence de la saison.

^' BoucHAROAT, ÉjANORAS, F/RDUAW und Marcha.vd, Joumal fUr praklische Cheniie, ]i. 43, p. 175, 182; Lkhmaxn, L. d.p. C-, D. 1, p. 260; TiKDEMA?«x-Moi,|,ESCuoTT, Pli. d. N., p. 584; Henle, L. d. r. Path., B. II, p. 190.

^* TlEDEMAVN-Moi.LESCHOTT, P. d. N., p. 525.

^' La glace, administrée intérieurement, diminue la congestion du sang dans le canal alimentaire.

L'accélération ou le ralentissement de la circulation amène des changements conformes dans les lonctions organiques, les sécrétions et les excrétions (§ 12), ce qui entraîne un développement proportionné de Yaî'lériosité ou de la vénosité du sang^'. Ainsi les elfets inévitables d'une circulation accélérée seront : la surabondance des parties liquides (hydraemia) et de la fibrine (hyperinosis), et, d'un autre côté, la diminution des globules (hypocythaemia) et des parties albumineuses (iiypalbuminosis) du sang. Une circulation ralentie produira, au coniraire, une exubérance de sang (plethora^'^), une vénosité très-prononcée (cyanosis ) , une pénurie des parties liquides (anhydrosis et de la fibrine du sang (hypinosis ; mais, en revanche, elle entraînera aussi une surabondance des globules (polycythapmia^®) et des parties albumineuses (hyperalbuminosis

Les modifications du sang produites par la circulation accélérée facilitent jusqu'à un certain point son

" Lehmaxn, Phijsiol. Chemie, H. III, p. 295, 297. " WuNDERLicH, H. (1. (ilUj. Palliol. u. Tlier., p. 253. " VoGEL, Slurwngen in den Blulmisc/ningen, p. 389. " ViRCHow, H. d. sp. P. u. Th., p. 134; VVuxderlich, 1er. e. pliys. Pathol. d. Blutes, p. 64i

VouEL, Slorunyen der Bhilm., p. 399.

5« VincHow, H. d. sp. P. u. Th., p. 381-383. VrxjKi,, SU»\ <l. m., p. 402.

mouvement, tandis que la lenteur de la circulation, rendant le sang épais et visqueux augmente la résistance et crée un obstacle de plus au mouvement.

Toutes les Ibis que l'excédant de la force active sur la résistance (§ 7 ) dépassera une juste mesure, la circulation sera d'abord accélérée , et le cœur communiquant aux organes, dans un temps donné, plus de sang qu'il n'en recevra, y produira des congestions aux dépens du cœur et des artères, dont la capacité diminuera nécessairement. Or, la quantité de sang y contenue servant de conducteur à la force active (§ 4, note '), celle-ci s'affaiblira progressivement, de sorte qu'à la fin elle ne suffira plus à mettre en mouvement la masse de sang accumulée dans les organes congestionnés. L'accélération primitive du sang aura ainsi pour effet secondaire une stagnation sanguine dans les organes mentionnés, stagnation que nous appellerons stagnation consécutive.

Le cas que nous venons d'examiner est d'ailleurs étranger à l'objet principal de ce mémoire.

Lorsque l'excédant de la force active sur la résistance ne suffira pas pour entretenir une circulation régulière,

ViRCHou , H. d. sp. P. 11. Th., p. 58; WuNnERLiCH, H. d. ail. P, M. Th., p. 357.

le mouvoment du sang se ralentira successivement et cessera d'abord dans les organes périphériques abondamment pourvus de vaisseaux capillaires, vu que ces organes présentent la plus grande résistance (§ 5). Cette stagnai ion^'^ de sang , que nous appellerons |)nw///î;e^ se propagera ensuite dans les artères et les organes moins pourvus de vaisseaux capillaires,

A mesure qu'il së formera des stat^nations sânguinès, la quantité du sang circulant et l'étendue même de la circiilatiori diminueront progressivement. L'excédant de lâ force âctive se trouvant par là augmenté (§ 5 ), le sang sera lancé de prélerencë Vërs les organës tjui présentent une moindre résistance (§§ 5 et G). De là des congestions**', conséquence immédiate des stagnations sanguines primitives.

Dans les premiers moments de sa stagnation , le sang n'offre aucune altération visible , mais plus tard il se coagule*' et ses parties solides i'ovmeni des obstructiotis compactes, tandis que les parties liquides sont éliminées

KocH, BiDDER, Vmciiou , H. d. sp. P. u. Th., p. 60, 13(>, IGO; WuxDKRMCH, H. d. ail. P. u. Th., p. 29.

ViRcfiow, H. d. xp. P. M. Th., p. 111, IIC, 123. 147. " W u\DERU(.H, H. d. d. ail. P. v. Th., p. 34 i.

des vaisseaux par une transsudation augmentée (§ 10\ II arrive ainsi dans l'organisme un défaut général de sang, cjui , aussi bien que dans le cas du § 17, peut amener une stagtidtion consécutive.

L'état de coagulation du sang ne peut durer qu'un temps déterminé, passé lequel, le sang coagulé perd sa solidité et se liquéfie progressivement. Les obstructions compactes une lois résolues, le sang qui les compose redevient susceptible de remplir encore certaines fonctions organiques.

La résolution des obstructions compactes exige un temps beaucoup plus long que la résolution des stagnations sanguines récentes, cette dernière pouvant s'effectuer au moment même où le sang stagnant îion coagulé est remis en mouvement.

Les principaux effets des stagnations sanguines causées par un manque d'excédant de la force active sont donc les suivants :

1° Le défaut de sang ^- et la suspension des fonc-

*2 WiixnERi.ini, H. d. ail. P. n. Th., p. 350.

tions " dans les organes périphériques atteints par la stagnation ;

2° Des congestions"'' dans les organes centraux et une augmentation considérable de leur activité, proportionnée au manque de sang dans les organes périphériques;

3" Une forte transsudation des parties liquides du sang par les parois des artères surchargées ;

4° Des obstructions compactes formées par les parties solides du sang coagulé;

5" Un défaut général de sang causé par la transsudation et les obstructions mentionnées;

6° Une stagnation consécutive même dans les organes qui présentent une moindre résistance (§ 5), stagnation qui est ici un effet de l'insuffisance du sang.

La stagnation consécutive et la suspension de la circulation même dans l'organisme entier constituent ainsi les dernières conséquences de la stagnation primitive.

" ViRCHOw, H. d. sp. P. u. Th., p. 125-135; Wunderlicu, H. d. ail. P. u. Th., p. 29; Vers. e. ph. Palh. d. Blutes, p. 51. ** ViRCHow, H. d. sp. P. u. Th., p. 122.

*^ ViRCHOwr, H. d. sp. P. u. Th., p. 123, 135, 136; Wiinderuch , H. d. ail. P. u. Th., p. 343.

** ViRCHou , H. d. sp. P. u. Th., p, 173, 175.

La rapidité avec laquelle se développent la stagnation primitive et ses effets est en raison directe de l'insuffisance de l'excédant de la force active (§§ 7 et 18).

Examinons maintenant, suivant les principes cidessus établis, les changements que devra présenter l'organisme soumis à une pression atmosphérique excessive (§§ 13, 15, 18 j :

V II se produira un défaut de sang dans les veines immédiatement exposées à la pression atmosphérique et dans les vaisseaux capillaires**^ contigus (pâleur de la peau et des membranes muqueuses, sans en excepter celle des poumons, de la langue, etc.), mais en revanche le sang s'accumulera dans le cœur et les artères ;

2° Le cœur, élargi par le sang, perdra de sa force et exigera plus de temps pour exécuter ses contractions qui, en outre, rencontreront dans les capillaires rétrécis une résistance trop considérable. Chaque contraction du cœur sera ainsi suivie d'une grande accumulation (§9) de sang dans les artères , ce qui augmentera leur force élastique et la transsudation. De là un pouls élevé, lent et disparaissant promptement (pulsus

Cruveii.hier, Anatomie pathologique , t. III, p. 109.

magnus, tardas et celer), ainsi qu'une disposition aux évacuations (vomissements et diarriiées);

3° Les conséquences ultérieures du ralentissement de la circulation seront : l'aiFaiblissement de toutes les fonctions, tant reproductives que sensitives, et des sécrétions , la respiration profonde et lente ''^ la pléthore veineuse très-prononcée, le défaut de fibrine et des sérosités, l'abondance des globules et des parties albumineuses du sang ;

4° L'épaisseur et la viscosité du sang affaibliront la force active à tel point, que son excédant sur la résistance ne suffira plus pour entretenir la circulation dans l'organisme entier. Alors le mouvement du sang cessera de préférence dans les organes qui présentent une grande résistance, c'est-à-dire dans ceux qui ont un développement des vaisseaux capillaires très- prononcé, et qui jouissent d'un repos plus parfait (§§5 et 6). Ainsi se formera une stagnation primitive qui, selon son développement plus ou moins rapide, occa-

La respiration profonde et lente amène nécessairement une accumulation de l'acide carbonique dans l'organisme. Une semblable accumulation s'effectue petidant le choléra. (Dovère, Archives génêtales, juillet 1849.)

Ces propriétés très- prononcées caractérisent le sang pendant le choléra. (Heidler, Die Epidemische Choiera, p. ïi29; f,. Schxiiut, Churakierislih der epidelnischën Choiera, p. 36.)

Le sang, après les couches, offre une grande accumulation de corpuscules, ce qui fait qu'il y a alors une disposition particulière au choléra. ( E\nRfli.i\(i , Mhi,t,F..scHOTr, Phyx. d. Slojfwechselx , p. 20r>.)

sionn-era des états morbides de mi^nie nature, mais diflérant entre elix sous certains rapports.

Nous commencerons par analyser le genre de stagnation qui se forme rapidement et qui offre par conséquent des signes extérieurs très-précis^ Nous considérerons ensuite les stagnations qui se développent lentement (à la dérobée) et ne se produisent que quand le sang a déjà subi la coagulation (§ 20).

Sous l'influence d'une pression atmosphérique extrême et subite, la circulation du sang s'arrête rapidement dans les parties périphériques , qui demeurent alors sans pouls, froides, pâles et inactives. L'augmentation de la force active (^17) dirige la circulation de préférence vers les organes centraux, et y produit des congestions qUi surexcitent les fonctions de ces organel De là des maux de tête , des Vertiges , des oppressions de poitrine, des maux de cœur, des nausées, des cha^ leurs internes et des évacuations de tnatières trans^

" La transsudation provenant du surplus de sang, de sa sérosité et de l'activité du cœur (§ 8), les évacuations dont il s'âgit peuvent faire défaut, ou immédiatement ou dans la suite ^ mais cela arrivera toujours dans le cas où les parties liquides du snng et Tactivité du cœur seront réduites à leur minimum. Lorsqu'un tel état survient dans un organisme atteint du choléra, ce dernier porte le nom de choléra sec, et, une fois complètement développé , ne peut se terminer que par une mort apoplectique ou aspliycliquo.

sudées(§21) dans le canal alimentaire. 11 faut encore observer que le sang stagnant rendra la peau livide, et exerçant une pression sur les nerfs des extrémités, y occasionnera (per reflexum) des crampes^'. De plus, les parties frappées de stagnation cesseront d'offrir leurs sécrétions habituelles. La soif, le manque d'urine et de transpiration, etc., qui en naîtront, seront proportionnés au défaut de sérosité du sang.

Après un certain laps de temps, le sang stagnant subit une coagulation, et tandis que les parties liquides transsudent , les parties solides y forment des obstructions compactes (§ 20). La quantité de sang ainsi que la capacité du cœur et des artères diminuent alors progressivement (§§ 18 et 23). De là les fréquentes contractions du cœur, qui , ne fournissant cependant au système vasculaire que peu de sang ne suffisent plus pour entretenir sa circulation dans les vaisseaux des organes centraux; ce qui y occasionnera des stagnations consécutives (§23). Après un nouveau laps de temps, le

ViRCHOw, H. d. sp. P. u. Th., p. 175.

Un symptôme moins prononcé est le défaut d'urée dans l'urine (§ 10), défaut qui tient ii celui des parties azotées dans le sang, et coïncide avec l'excès de sa carbonisation.

" La quantité de san»] que le cœur fournit est d'autant moindre que sa capacité, comtne celle des artères, est obstruée par des masses de sang coagulé (§ 20) en forme de polypes.

sang stagnaiil de ces vaisseaux se coagulera à son tour et passera à l'état d'obstructions compactes ^§ 20), tandis que le sang stagnant des vaisseaux périphériques commencera à se liquéfier (§ 21). C'est alors que le reste d'excédant de la force active, en vertu des lois dynamiques, se porte de préférence sur les parties périphériques, dont les obstructions sont résolues, et y restituera la circulation avec ses conséquences. 11 s'ensuivra un pouls petit et fréquent, une chaleur désagréable, de la sueur et d'autres excrétions, qui, comme toute déperdition d'humeurs , ne pourront être que pernicieuses dans cet état d'inanition. Nous ajouterons qu'alors les obstructions consécutives (centrales), parvenues à leur maximum d'étendue et de consistance, produiront alors les symptômes les plus prononcés de l'état typhoïde (indifférence caractéristique, délire, grincement des dents, hoquet, assoupissement, etc.), qui ne pourront disparaître qu'avec la résolution progressive de ces obstructions.

La pression atmosphérique augmentant modérément et peu à peu, la stagnation p'/m2Ï/re se développe lentement et partiellement (§ 25); aussi reste-t-elle , la plupart du temps, inaperçue. Bien qu'imparfaite, cette stagnation occasionne néanmoins, par sa longue durée, • une coagulation (§20) et un défaut de sang, et entraîne une stagnation consécutive qui amène un état appelé typhoïde j semblable à celui décrit dans le § précédent.

Le diagnostic juste et le traitement convenable sont plutôt possible» quand on ne connaît que i'ctat de la circulation , que si on connaissait l'étal de toutes les autres fonctions sang avoir apprécie le pouls.

Hdfklavd.

Si les modifications des agents naturels, même celles qui sont familières aux saisons et qui se compensent mutuellement jusqu'à un certain point, font pourtant naître des prédispositions morbides , il est impossible qu'il en soit autrement quand les agents naturels offrent des modifications extraordinaires. Et réellement toutes les fois que des modifications de ce genre arrivent, il y a prédisposition générale à un genre spécial de maladie.

Cette prédisposition , état intermédiaire entre la santé et la maladie, est toujours proportionnée au degré de la modification des agents naturels; et comme elle a pour base une modification des fonctions organiques, elle garantit d'autres maladies qui, pour exister, exigent des modifications opposées. Voilà pourquoi • pendant et même avant une épidémie il est rare de rencontrer des maladies d'autre genre.

La prédisposition morbide doit dans chaque maladie, nécessairement, offrir des signes particuliers (pathognomoniques). Malheureusement ces signes, qui offrent le plus d'intérêt , ne sont déterminés que dans quelques maladies chroniques, et cela encore d'une manière plus ou moins vague. On connaît par exemple quelques signes de la constitution phthisique, apoplectique, scrofuleuse, etc. ; mais personne n'a jusqu'à présent songé à déterminer les signes de la prédisposition propre à chaque maladie aiguë, et principalement aux maladies épidémiques.

C'est pendant l'épidémie cholérique de 1848 que l'idée m'est venue de faire des recherches de ce genre. Partant de ce principe, que la circulation et la respiration se ralentissent sous l'influence de l'air condensé, et que pendant l'épidémie cholérique il y a prédominance de l'excès de pression atmosphérique avec ses conséquences , j'entrepris pendant les épidémies de 1848 et de 1853 deux séries d'observations pour déterminer les signes de l'imminence du choléra, ou plutôt de la prédisposition épidémique. Il est naturel que j'aie dirigé mon attention particulièrement sur les changements du pouls.

Ces observations faites chaque fois sur trois cents personnes bien portantes à Wilno, dans une prison, et à Saint-Pétersbourg sur un régiment de la garde im-

pôrialr, iurent répélées loiis les jours pciulanl plusieurs mois de suite, et ont donné les résultats suivants :

P Pendant les épidémies cholériques, plusieurs individus, tout en jouissant d'une bonne santé, sont atteints d'un ralentissement de pouls très-notable, comme quarante-cinq et même quarante-deux pulsations par minute ;

2° Ce ralentissement n'est accompagné, pour la plupart du temps, d'aucun symptôme ou indice morbide;

3" A mesure du ralentissement de la circulation, le sang devient noir et visqueux, et au contraire, il reste normal pendant l'épidémie chez les individus qui ne sont pas atteints du ralentissement en question ;

4° Les cas de choléra ne se produisent que parmi les individus atteints préalablement du ralentissement de la circulation ;

5" Le ralentissement du pouls , qui devance souvent de plusieurs semaines les symptômes cholériques, peut être considéré comme signe pathognomonique de l'imminence du choléra ;

6" Les individus chez qui se manifestaient les signes de l'imminence ont toujours évité l'accès du choléra , s'ils ont accéléré la circulation du sang par un régimetraitement convenable

" En Ancjlclerre on a déjà fait des tentatives pour déterminer les individus qui sont sous l'iniminence du choléra, et modérer ainsi les ravages épidcmiqucs; mais on s'est borné jusqu'ici à l'examen exclusif des organes de la digestion, qui, dans la période de l'imminence, n'offrent que des signes très-équivoques. Or, le signe pathognomonique

7" Le lalenlisseinent du pouls, comme aussi la prédisposition et les accès cholériques, ont en général été proportionnés au délaut d'énergie de la circulation et à l'excès de pression atmosphérique ;

8" Ce ralentissement ne se produit plus chez les bien portants quand l'épidémie a définitivement cessé.

Conformément aux principes déjà exposés et aux données généralement connues, je tâcherai de grouper dans les paragraphes suivants les phénomènes caractéristiques des trois périodes qui constituent le choléra.

f. Période de la 'prédisposition cholérique. (Ralentissement de la circulation.)

Les phénomènes principaux de cette période sont : le pouls grand, lent et disparaissant vite (jusqu'à quarante pulsations par minute ''^); la respiration tardive , profonde , entremêlée de soupirs et n'olfrant qu'une irritabilité très-bornée. Plus tard la chaleur animale peu intense, pâleur de la langue et des autres membranes

de l'imminence du choléra est dans la lenteur du pouls ; et l'hygiène puhlique, en déterminant pendant l'épidémie les individus prédisposés et en accélérant la circulation chez eux, pourrait préserver des populations entières du ravage épidémique.

On observe avec une précision toute particulière toutes les nuances du pouls à l'aide du sphygmomètre , instrument que j'ai rendu aussi sensible que pratique.

muqueuses ; l'engourdissement des membres et une disposition extraordinaire à la formation des ecchymoses, un défaut de transpiration et des sécrétions caractéristiques (celles qui coopèrent à la digestion, celle d'urée, etc.); un émoussement des sens; des congestions vers la tête, les appréhensions et les appétits étranges, les borborygmes à cause des sérosités transsudées dans le canal alimentaire, et la disposition à la diarrhée qui en dépend.

La phlébotomie donne un sang veineux par excellence, qui en outre est épais, visqueux, manquant de fibrine et d'eau , et abondant en revanche en globules et parties albumineuses : d'où résulte que le sang sorti de la veine devient gélatiniforme très-vite , et que les parties séreuses y sont en défaut.

Cet état intermédiaire entre la santé et la maladie est accompagné la plupart du temps d'une indolence particulière, provenant de la défectuosité de l'action du système nerveux , qui , ne recevant pas du sang assez oxygéné , est nécessairement altéré dans ses fonctions.

D'ailleurs les phénomènes de cette période, n'occasionnant pas des souffrances bien déterminées, restent en général inaperçus ou négligés.

Si on observe attentivement ces phénomènes, on reconnaîtra qu'ils ont tous leur source commune dans le manque d'énergie de la circulation.

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