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III. Période typhoïde, (Stagnation consécutive

Les symptômes caractéristiques de cette période sont : un pouls petit et fréquent, une chaleur désagréable, une sueur et en général des évacuations colliquatives, une indifférence caractéristique, le délire, le grincement des dents, le hoquet, l'assoupissement, etc.

Le sang est ici plus liquide que pendant la seconde période, mais très-foncé et presque noir.

Les épidémies cholériques et les cas individuels qu'elles présentent se développent rapidement ou lentement, selon les influences qui augmentent ou modèrent le défaut d'excédant de la force active (§§ 14, 15), et qui par conséquent déterminent le caractère asphyctique ou typhoïde de la maladie. C'est ainsi que le caractère asphyctique prédomine pendant la vigueur de l'épidémie (généralement à son début), ainsi que chez

*• Quant aux maladies, jamais on ne saurait trop les généraliser, mais, au contraire, il est indispensable d'individualiser le traitement.

( Hl FEI.AXn.)

les individus d'un iige mûr, d'une constitution robuste, qui se servent d'une nourriture végétale , etc. ; il y a au contraire tendance à l'état typhoïde, quand l'épidémie est à son déclin, et aussi chez les individus jeunes, faibles, nerveux, chez les femmes enceintes, chez les personnes se nourrissant de viande, etc. (§ 5).

En considérant attentivement, d'un côté, les symptômes que présente l'organisme soumis à une pression atmosphérique excessive (§§26, 29), et, de l'autre, les symptômes connus du choléra asphyctique et typhoïde, on acquiert la conviction que ces symptômes se ressemblent à tel point, qu'on peut les regarder comme tout à fait identiques. Ainsi le ralentissement de la circulation et ce qui en dépend (§ 26) correspondent à la période où l'on est prédisposé au choléra, sans en être encore atteint. La stagnation j^mwi/we et les congestions (§ 27) caractérisent également la période algide du choléra asphyctique. Enfin la stagnation consécutive (§§ 28 et 29), effet du manque de sang, correspond à la période typhoïde du choléra, qu'il soit d'ailleurs asphyctique ou typhoïde.

li'exislence des stagnations sanguines pendant le choléra est prouvée par l'anatomie pathologique. {Voy. Uokitaxski, Handh. der. Palholnqiuhen anatomie. , B. I, p. 543; Canxstatt, L. d. sp. Pathologie und Thérapie, B. H, p. i22; IMhoooff, Anatomie pal/i. du choléra asiatique, tahles xii-xv.)

L'identité que nous venons de signaler est amplement confirmée par les faits suivants :

1" Le choléra est endémique dans les pays exposés à une pression atmosphérique excessive comme les Indes orientales, la Caroline méridionale et autres pays de la même nature ;

2" Les épidémies cholériques ont toujours été précédées et accompagnées d'un excès de pression atmosphérique, et leur intensité a été proportionnée à cet excès ;

3° Le choléra sévit principalement sur les rives des fleuves, le littoral de la mer, dans les bas-fonds, les vallées etc. ;

HuMBOLDT, Kosmos, B. I, p. 337; K^mtz, Météorologie; Berg- HAUS, Physikalischer Atlas.

*^ Chauiers, On Ihe diseases of South-Carolina, 1777, V. 1, p. 20L

Voyez la table graphique ci-jointe et les Annales de l observatoire physique central de la Russie. Comparez aussi les observations qui ont été faites à Paris, à Londres, à Kœnisberg (Ber), à Vienne, à Danzig (Barchewilz), etc. (Markls, Rapp. sur le choléra de Moskou, p. 138; Rapp. sur le choléra épid. de 1847 à Kiiow, p. 17; Report of the Commitee for scientific in quirics in relation to the c.holera-epidemic 0/1854, p. 11, 108, 114, 116, 117, 139, 140, 149, 155, 156, 158, 161, 162, 170-172; Appendix to the Report of the Commitee, p. 26-34.)

Le rapport constant de la force de l'épidémie avec l'enfoncement du sol a été prouvé par les observations consciencieuses faites en Angleterre et principalement à Londres. Le même rapport a eu également lieu

4° Les épidémies cholériques se propagent toujours en suivant les terrains enfoncés, les bords des rivières et autres localités basses ''^ ;

5" Les hauteurs des montagnes ont été jusqu'à présent à l'abri de cette épidémie, ce qui fait que les populations y ont ordinairement cherché un refuge contre ce fléau ;

à Paris et en France en général. C'étaient toujours les départements et les arrondissements dans lesquels l'air était plus confiné qui ont le plus souffert. Il est connu que les départements centraux de la France, comme aussi la Suisse, ont toujours été presque complètement à l'abri des épidémies. En Russie, les contrées limitrophes de la mer Caspienne, dont le niveau est à six cents pieds au-dessous de celui de la Méditerranée, ont toujours été le berceau des épidémies cholériques. (Hlm- BOLDT, KosmoSj B. I, p. 314; iMoreau de Joxxès, Rapport sur le choléra, p. 28, 101, 185, 230, 327; Haser, Gesc/i. d. Med. u. d. Volks., p. 876; Markus, Rapport sur le choléra de Moskou, p. 10, 11, 178; Report of the Commitee, p. 13-16-60, et la note statistique qui se trouve à la fin du présent mémoire.)

Voilà la source de l'opinion populaire que cette épidémie suit les cours d'eau. D'ailleurs, la grande plaine qui s'étend depuis la mer Caspienne jusqu'à Paris et Londres a été la voie suivie par le choléra en Europe. (Bai.ui, Abrégé de géographie.) On a observé relativement aux ports de mer que l'inlcnsité de l'épidémie cholérique est toujours proportionnée à la grandeur du port; cette observation confirme aussi l'influence de l'enfoncement du sol, car il est bien évident que la grandeur et la profondeur du port dépendent en dernier lieu do l'enfoncement du terrain, sans quoi l'eau aurait pris une direction toute différente.

H KSER , Geschichle der Medizin und der VolhshranhhcUen , p. 876; FouRCAri.T, Gazette de Paris, 1849, mai; Report qf thr wortalily of choiera in England , 1848-ISiO, p. u, i.u , i.vii. i.viri. lAi, i.xrif, i.xxt.

G" Le poids spécifique de lair augmente pendant l'épidémie cholérique, comme cela est prouvé par les observations de William Prout ^" à Londres;

7° L'épidémie cholérique est, en général, précédée et accompagnée par un calme extraordinaire de l'air*', qui prouve sa condensation ; c'est, au contraire, après une tempête (inséparable de la raréfaction de l'atmosphère) que l'épidémie cesse ou diminue ordinairement ;

8" S'il y a du vent pendant le règne de l'épidémie, il est sec la plupart du temps, et l'épidémie s'étend dans la direction opposée au vent, parce que l'air est con-

** Prout [Chemistry , Meteorologij and the /mictions of digestion, by William Prout, 1834, p. 353), a remarqué ce fait important sans l'expliquer. Ne trouvant rien d'anormal dans la composition de l'air soumis à l'analyse chimique, il s*est contenté de dire que le miasme cholérique est très-pesant. Or, l'augmentation du poids spécifique de l'air est toujours proportionnée à l'augmentation de sa densité, qui, elle-même, dépend de la sécheresse de l'air et de l'accroissement de la colonne atmosphérique superposée. Nous voyons souvent que les auteurs expliquent les faits comme ils les veulent comprendre. Ainsi, par exemple, le fait important observé par M. Boussingault, que les habitants de l'Amérique méridionale se prémunissent de la maladie épidémiquc en respirant à travers un voile, a été expliqué par la dépuration de l'air de matières nuisibles disséminées dans l'atmosphère; tandis qu'on trouve une explication tout à fait simple et naturelle de ce phénomène dans l'accélération de la respiration par la vapeur d'eau fournie par l'haleine et retenue par le voile. ( Chemical researches on the nature and cause of choiera; — Transactions of the royal médical and chirurgical Society, vol. XXXIII, 1850.) Markis, op. cit., p. 102, 103.

" HïsKR, Gesch. d. M. u. d. V., p. 880.

densé dans cette direction Et ce sont les espaces confinés du côté opposé au vent régnant qui sont ravagés de préférence

9" L'épidémie produit, en général , un malaise et une détérioration du sang Or ces faits ne peuvent être motivés que par un agent aussi universel que l'air''^;

10° Les métiers qui exigent un exercice propre à augmenter l'excédant de la force active (ceux de forgeron, de chaudronnier^^, etc.) prémunissent, jusqu'à un certain point, les individus des atteintes du choléra, tandis que la vie sédentaire prédispose à cette maladie;

11° Les agents reconnus pernicieux pendant le choléra sont précisément ceux qui diminuent (§ 15) l'excédant de la force active, tandis que les influences qui l'augmentent (§ J4) agissent en sens contraire de l'épidémie;

** Cette observation, en compromettant la théorie miasmatique, corrobore puissamment la théorie actuelle. (Moreau de Jonnès, Rapport sur le choléra, p. 119, 121, 152.)

^* Appendix to the Report ofthe Commitee, p. 139, 140, 149, 155, 156, 158, 161, 162.

" Camstatt, L. d. sp. Palhol. u. T/ier., B. 11, p. 422; Wunder- LiCH, Vers, e phys. Palhol. d. Blutes, p. 43.

Je citerai ici les paroles du célt'bre météorologiste anglais M. Glaischer : «Je n'hésiterai pas de dire que si les observations météorologiques étaient soigneusement faites et comparées dans tout le pays, dans peu de temps on parviendrait à avoir une idée juste des causes qui siègent dans l'atmosphère et qui occasionnent les épidémies regardées comme fléau des nations. »

" C'est ce qui a fait naître l'idée que le cuivre préserve du choléra.

12° La saignée appliquée avant la coagulation du sang guérit le choléra au moment même de l'opération, ce qui prouve que cette maladie dépend d'un excès de résistance à la force active ;

13° D'après les observations du docteur Casper, les cas de mort subite deviennent en </ener«/plus fréquents, lorsque l'élévation barométrique augmente. La même circonstance a été remarquée pendant le choléra

14° Enfin je crois devoir rappeler ici mes propres observations citées dans le paragraphe 31.

On doit conclure de tout ce qui précède que le choléra n'est que le résultat d'un excès de pression atmosphérique.

On aura ainsi également l'explication naturelle des phénomènes de cette maladie, depuis les signes précurseurs les plus vagues de la prédisposition cholérique.

Markl's, Notices sur le choléra en Russie, p. 19; Owem, London Gazette, 1848, p. 685; Legroux, Bulletin thérapeutique, 1848, novembre; Hamilton Bell, Edinhurgh Journ., 1849, janv. ; Mullkr, Die Choiera in Riga, im Jahre, 1848; Schmidt, Jahrbiicher der gesammten Medizin, B. 66, p. 251.

" Comme preuve de certains changements qui se passent dans l'atmosphère durant le choléra, on doit encore citer la disparition des oiseaux (moineaux, hirondelles, etc.), ainsi que les accès de choléra observés parmi les animaux domestiques. Bericht der medizinischen Facultiit in Wien iiher die Choiera ; Oeslerreichische Jahrbiicher. — Crijveilhier , Anatomie pathologique, livraison XIV^ p. 45.)

jusqu'aux symptômes les plus saillants des période al^ gide et typhoïde. De même s'expliquent tous les caractères distinctif's démontrés par l'autopsie "^^

Telle sera donc , selon nous , la définition du choléra : pléthore veineuse occasionnée par un excès de résistance à la force active (§ 4) , excès produisant une stagnation sanguine avec ses conséquences ( §§ 22 , 24).

L'organisme ne pouvant se passer de la circulation du sang, toutes les maladies qui ont pour cause immédiate une suspension delà circulation dans une grande partie du système vasculaire ne peuvent avoir qu'une marche très-rapide. Telle est aussi la marche du choléra : une heure suffit souvent pour décider du sort du malade.

L'issue des maladies provenant des stagnations sanguines en général, et celle du choléra en particulier, sera :

1° Favorable, quand l'excédant de la force active et la circulation se rétabliront;

2° Défavorable , s'il survient dans les organes centraux

Ordvkii.hieh, Anatomie pal/ioloyique, livr. , p. 40.

une extiavasation de sang, plus ou moins considérable (eflet de la congestion), ou bien si la stagnation consécutive, une fois formée, ne parvient pas à se résoudre ''\

L'issue favorable peut arriver d'une manière subite , avant que le sang stagnant soit coagulé (§ 20), ce qu'on nomme la réaction, ou bien lentement et par degrés, quand la coagulation du sang stagnant a déjà eu lieu (§ 21).

Dans les maladies qui ont une stagnation primitive (§ 16) pour cause immédiate, les augures sont favorables ou défavorables, selon que les circonstances facilitent le rétablissement de la circulation , ou le rendent impossible.

Ainsi, quant au choléra, le pronostic est sûr et favorable dans la période du ralentissement de la circulation et dans les premiers instants de la stagnation primitive; il devient, au contraire, incertain et défavorable, à mesure que se développent la coagulation et le défaut de sang

Le manque d'excédant de la force active produisant une stagnation primitive, tout ce qui rendra la circu-

" ViRCHow, H. d. s. P. u. Th., p. 136-178. " Le pronostic du choléra sera donc douteux et défavorable toutes les fois qu'il y aura tendance ù l'état typhoïde (§ 35).

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