OBSERVATION II
Du professeur Fournier
Un jeune homme contracte la syphilis et vient réclamer mes soins à ce propos. Quelques mois plus tard, encore affecté d'accidents secondaires, il m'annonce qu'il se trouve engagé « presque malgré lui » dans un mariage, lequel même doit être très prochain. J’insiste énergiquement près de lui pour le faire renoncer à un tel projet. Je lui dépeins les dangers auxquels il va s’exposer, lui et sa future famille, j'essaie de le convaincre de l’immoralité, de la culpabilité d’un tel acte. Néanmoins, il se marie et je ne le revois plus d’un certain temps.
Quelques mois plus tard, il accourt chez moi, dans un véritable état d’affolement et de désolation. Il a contagionné sa femme, me dit-il, et il vient me demander mes soins pour elle. Je trouve, en effet, cette jeune femme en plein état de syphilis. Je prescris un traitement, une hygiène, etc., etc., et surtout je recommande expressément au mari d'éviter à tout prix, en pareille situation, la possibilité d’une grossesse. Je lui explique surabondamment qu’une grossesse serait un second désastre, car elle ne pourrait qu’aboutir, suivant toutes probabilités, soit à un avortement, soit à la naissance d’un enfant syphilitique.
Néanmoins, deux mois plus tard, la jeune femme devient enceinte. Je la traite alors avec d'autant plus d'énergie et j'ai le bonheur d'éviter l’avortement. Puis, lorsque je crois être sûr d'obtenir un accouchement à terme, j’énonce l’obligation formelle, absolue pour la mère d’allaiter son enfant. « Du moins, dis-je au mari, faites en sorte d'éviter un troi-
sième malheur ; gardez-vous de confier votre enfant à une nourrice, car il est presque probable que cette nourrice recevrait de lui la vérole. » M. Ricord, consulté à ce propos, confirme les craintes exprimées par moi et insiste énergiquement sur l’absolue nécessité de l’allaitement par la mère.
Quelques mois s’écoulent sans que je revoie cette famille. Puis un jour reparaît le père,m'amenant, d'une part,son enfant, que je trouve couvert de syphilides et, d'autre part, une nourrice à laquelle cet enfant avait été confié !!! Aïnsi que je l’avais prévu, cette nourrice avait été contagionnée et portait sur l’un des mamelons un chancre induré des plus typiques.
OBsSERVATION III
Du professeur Fournier
Un artiste peintre, plein de talent et d'avenir, se marie après une syphilis insuffisamment traitée. Tout va pour le mieux pendant quelques années, les tableaux se vendent, le petit ménage prospère et s'enrichit d'un enfant.
Puis, survient sur le mari une affection des yeux, qui est d’abord méconnue comme nature et qui, attaquée trop tardivement par la médication spécifique, se termine par une cécité complète.
Conséquence. — Famille ruinée tombant dans l’indigence absolue et forcée de s'inscrire au bureau de bienfaisance pour ne pas mourir de faim.