CORRIGE
Établir en nous des qualités heureuses n'est pas encore TefFet le plus favorable du désir de plaire; il remédie à des défauts, et c'est à mon gré l'ouvrage le plus difficile.
L'air dédaigneux, par exemple, le ton méprisant et plusieurs habitudes pareilles, qui rendent notre commerce si haïssable, ce n'est que l'esprit des autres qui peut nous
Il8 DE LA NÉCESSITÉ
en corriger. Voii i deux cas assez ordinaires où l'on voit arriver ce changement.
Quelquefois des gens qui entrent dans le inonde avec un extérieur brute ou glorieux prennent heureusement un goût vif pour le commerce de la société. Alors, portés par sentiment à connaître tout ce qui peut les y rendre aimables, ils parviennent enfin à l'acquérir.
Le second exemple est lorsque des gens qui se sont abandonnés à ces mêmes défauts, parce qu'ils n'ont point eu de motifs puissants de se contraindre, se trouvent forcés de vivre avec des personnes à qui ils ont intérêt de plaire pour se rendre la vie agréable.
Ce qu'ils marquent alors de prévenances réussit d'autant mieux
qu'on s'attendait moins à leur trouver ce caractère.
On remarque une situation où des hommes, nés farouches et méprisants, cessent pour un temps de Têtre; c'est quand ils éprouvent des traverses humiliantes : mais on remarque aussi que ce changement leur est rarement avantageux. S'ils fléchissent, on soupçonne que c'est par faiblesse. On est longtemps à ne regarder leur politesse, leur complaisance, que comme des témoignages de leur honte secrète, et non comme un adoucissement de leur âme. C'est la seule occasion où la dureté ordinaire de leur commerce, qui aurait alors un air de fer-
meté, pourrait les servir mieux que rintention marquée de plaire.
Mais supposons en nous des défauts qui soient de notre caractère, et que le désir de plaire ne puisse nous faire vaincre entièrement; du moins il les adoucit de manière à leur faire trouver grâce dans nos relations sociales: