‹ De La Pacification ReligieuseChapitre 3 sur 13 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Deux homines, deux puissances, qnelquefois deux grands peuples s irritent 1 un centre Tautre. L inimitie monte et s accroit au milieu de debats envenimes. Un moment vient , cependant, ou Ton sent le besoin de se rapprocher : on s explique, on s ecoute; tout se calme. Une discussion loyale eclaircit les questions: appuyee de part et d autre sur toutes les convictions sinceres, elle rend aux mots leur valeur, et parle la langue d une complete et genereuse franchise. On s entend enfin : on traite, non plus avec pas sion, avec colere, mais avec respect, avec confiance. Les deux puissances reconnaissent sincerement leurs droits respectifs, et 1 ordre renait avec la liberte commune. Deux forces alliees, mais distinctes, s exercent alors et se developpent dans une noble et vaste sphere. Les biens les plus precieux, les dons les plus nobles de rhumanite, toutes les forces les plus elevees d une grande nation, trouvent, pour se produire, des voies larges et glorieuses, ou nulle entrave ne vient arreter leurs progres.

Est-ce que parmi nous 1 Eglise et TEtat ne pourraient point s entendre et s accorder enfin?

Dans une question ou la Politique et la Re ligion sont en presence , j ai cm qu il etait permis a un pretre d apporter quelques eclaircisseiuents, et de travaillera la paix en combat tant pour laverite et pour la justice.

Je ne viens point jeter cle nouvelles causes d irritation dans une controverse qui peut-etre n a deja ete que trop vive : heureux si j y puis seulernent repandre quelque lumiere! La pacifica tion religieuse, voila mon but, et le plus ardent denies voeux; voila ou je tends de toutes mes forces dans cet ecrit, qui n a point les preten tious d une oeuvre Jitteraire, inais qui est 1 expose simple et loyal de questions qu il suffira , je 1 espere, de bien poser pour les resoudre.

11 taut tout d abord le reconnaitre : jarnais plus hautes questions ne furent agitees; jamais plus memorable lutte ne s est elevee chez un grand peuple.

Le bruit que des leur origine ont fait parmi nous ces debats d une si grave importance , a depuis longternps retenti en Angleterre , en Allemagne, en Italic, et nous donne presenternent en spectacle a 1 Europe attentive. Et cela se concoit : il s agit, en effet, du plus beau privilege de i humanite, de la liberte des ames! Des lors, on comprend aisement 1 ardeur des pretentious et des disputes; on comprend que la polemique la plus vive, rneme la plus pas-

sionnee, naisse de la plus noble des ambitions, an sujet du premier de tons les droits.

Les deux societes qui se partagent la terre, et dont runion compose la societe humaine, cette societe spirituelle et cette societe laique, dont 1 accord est necessaire au bon ordre des affaires humaines, et qui ne se diviserent jamais sans !es troubler: ces deux societes ne peuventelles done plus s entendre? Les lecons du passe seront-elles perdues ? Reviendrons - nous aux querelles de 1 empire et du sacerdoce? L experience n a-t-elle pasjuge , depuis de longs siecles, ces antiques et perilleux debats? Le temps ne nous a-t-il rien appris? Et au milieu des idees, au milieu des garanties de 1 ordre politique, tel qu il existe aujourd hui, quelle peut done etre la raison de toutes ces defiances de 1 Etat envers 1 Eglise ?

Quant a nous, que Ton nous connaisse bien ; voici ce que nous avons appris, et ce que nous so mines :

Homines de la societe spirituelle, nous abandonnons exclusivement et sans regrets, a la societe laique, le gouvernement des peuples , queiqtte forme qu il revete. Nous ne nous renfermons pas cependant dans cette abnegation passive. Nous venous en aide a la societe laique en lui donnant ce qu il ne lui est pas possible de se donner elle-meme , c est-a-dire des ames preparees aux vertus sociales, devouees au bien

de 1 hnmanite, dignes de Fhonorer, capables de la servir. Nous proclauions le pouvoir de la so ciete laique; nous le recommandons au respect, a 1 obeissance , a 1 amour des hommes ; nous le regarcions comme Fexpression exterieure de la providence de Dieu. Pour nous, ses droits sont sacres, sa gloire nous est chere, ses malheurs sont les notres; nous partageoris toutes ses destinees, nous obeissons a ses lois : et, apres Dieu , il n est rien qui sollicite et remue plus profondemcnt notre coeur, notre conscience, notre devouement, que le nom et la voix de lapatrie.

Temporellement soumis au pouvoir temporal, celui-ci nous gouverne, nous emploie, nous plie a tous ses besoins, a toutes ses formes; mais, au-dessus des choses de ce monde, la societe spirituelle reclame les ames comme son domaiue special, comme sa charge providentielle. Elleles forme pour la societe laique, mais elle ne s en depossede pas; Tune en a Fusage dans son but temporel, Tautre la responsabilite dans son but eternel. Ces deux societes, en un mot, paralleles plutot que rivales, sont faites pour vivre ensemble sans se confondre ; tout empietement de 1 une sur 1 autre est un malheur ; le probleme ne peut se resoudre que par leur independance reciproque,c est-a-dire, par laliberte : laliberte, c est la paix !

La paix ! Je repete a dessein ce mot : c est le vceu de notre cceur. La paix! Personne ne la

desire plus que nous : non, certes, que nous redoutions jairiais les chances de la guerre : il y a dix-huit cents ans que nous la soutenons avec courage, quelquefois eprouves, jainais vaincus ; perdant quelquefois des soldats, jamais des batailles; et, a quelque prix que nous achetions la victoire, assures qu elle ne nous manquera ja mais. Nous preferons la paix cependant : c est pour elle que 1 Eglise a toujours combattu, parce que la paix, meme en ce monde, est le but de FEvangile, et surtout le bien des homrnes. Voila pourquoi nous n avons pas bonte de demander la paix, alors meme que nous sommes injustement attaques.

Mais la paix que nous voulons, c est la paix dans laliberte, la paix dans la justice; toute autre paix serait le sacrifice des droits de la verite ; ce serait la honte. Nous pouvons, nous devons etre bumbles rnous ne pouvons, nousne clevons jamais etre vils. On peut nous hair ; nous ne voulons pas qu on puisse nous mepriser. Si done Ton nous offre une paix servile, une paix qui nous conimande 1 abandon de ce que Dieu nous ordonne de defend re , une paix comme on peut 1 offrir a des hommes sans cceur, a des vaincus, nous n en voulons pas. Ce n est plus la paix : c est la servitude que Ton nous apporte, cette servitude des ames contre laquelle 1 Eglise s est toujours armee du droit de resistance. C est la guerre dont on nous impose nialgre nous

1 obligation. On veut nous faire grace, et nous demandons justice; nous la demandons a notre maniere , la charite dans le cceur , la raison sur les levres, FEvangile et la Charte a la main.

Qu on se souvienne de ceci : 1 Eglise se sert des bonnes lois, et , a la longue , elle n a rien a craindre des inauvaises. Tout lui est bon : dans les mains de Dieu, le mal devientbien pour elle, cUIigentibus Deum ornnia cooperantur in bonum ; et 1 Eglise a toujotirsvu les evenementscontraires tourner a son profit et a sa gloire.

Ce langage pent paraitre extraordinaire, mais c est le langage des chretiens. Pour eux, c est an milieu des grandes epreuves, des luttes les plus terribles, que se forment les fortes vertus , les courages magnanimes. La mollesse abat les ames, et les fortunes trop prosperes sont le plus redoutable des dangers.

Un des titres de gloire de 1 Eglise de France, c est d avoir traverse les perils d une longue prosperite sans s amollir; et, quand un siecle impie est venu lui demanderle temoignage du sang, elle s est montree digne de le lui dormer. On a pu juger de sa vigueur dans cette lutte memorable qui s etablitentrele sacerdoce etl impietephilosophiqueau dernier siecle: d uncote,la fureur , excitee encore par les applaudissements des peuples egares ; de 1 autre, cette Constance, ce mepris de la mort qui convient si bien a ceux

( 9) qui combattent pour la justice, etenfmlavictoire!

Danscette Graride-Bretagne, notre emule politique, 1 Irlande est la page heroique de Thistoire des trois royaumes; mais il ne faut pas oublier qu une page plus heroique encore et plus glorieuse existe chez nous, et ne pent etre retranchee de i histqire de la revolution francaise. N avons-nous pas le dnoit, apres de tels souve nirs, de preudre a notre compte le mot de Pas cal, et de nous rejouir d etre dans line barque battue par les f tots > et cjui ne pent perir?

Quant au temps present, je vois autour de nous, je vois meme an milieu de nous, quelques terreurs; mais, je 1 avoue, je les partage pen. Selon moi, il se fait beaucoup de bruit; mais, au fond, le mal ne sera pas considerable. Supposons les faits les plus facheuxrpar exemple, une de ces loisqu onest convenu d appeler des lois de colere ! Qui ne sait que la colere n est jamais bien longue, et qu elle passe comme les plus sombres images du ciel? Ce qui reste, ce qui survit a tout , n est-ce pas la justice, le bon sens, la raison? Eh bien, je recloute moins cette phase de discussion, passionnee sans doute, mais enfin serieuse, a laquelle nous sommes arrives; je redoute moins ce mo ment de crise dont tant d esprits s effrayent, que ce qui se passe depuis six mois (i). J aime

(i) Ceci etait ecrit avant les seances de la Chambre Deputes des 2 et 3 mai.

rnieux une discussion libre et haute; le vote peut-etre nous y sera contraire, mais an fond la discussion sera pour nous. Pen importe le present : il n a de valeur que quand il renferme les germes de Pavenir. Or, dans cette grande ques tion, comme dans toutes celles qui interessent les destinees de \ ordre social^ il y a les hommes et les choses; noufc avons peut-etre encore les hommes contre nous, mais les choses sont pour nous; et les choses ont une force qui, a la longue , triomphe invinciblement des hommes.

L avantage d une cause qui a le temps pour elle, et qui pent attendre sans s affaiblir, c est qu elle sesoutient toujours snr le meme plan ; c est que ce plan est invariable; c est qu il peut etre poursuivi avec Constance, sans avoir jamais besoin d etre recommence. La verite, la justice, la. liberte ne perissent jamais. Si une partie de 1 edifice s ecroule, on le releve, toujours sur son dessin primitif. Le temps meme, qui detruit tou tes les choses perissables, prete son secours et son action a ces choses eternelles : les hommes sont des instruments moins fideles que lui ; il les eternise en quelque sorte pour s en servir; et ce que les hommes d aujourd hui n auront pas fait dans 1 ceuvre de Dieu, soyons-en surs, avec le temps d autres se trouveront la pour le faire. Comment done n aurions-nous pas bon espoir, quand nous avons ce qui rend une cause imperdable?

Nos armes d ailleurs sont dignes d une telle cause, dignes de la justice et de la verite : ces armes sont la patience et la moderation. Avec elles nous triompherons infailliblement de tout. Nous mourrons peut-etre avant d avoir vu se le ver le jour de la victoire; mais il se levera in failliblement sur nos neveux, a moins que Dieu ait cesse de benir la France.

Les causes saintes ne perissent jamais que par Femportement ou la faiblesse de leurs defenseurs : par elles-memes elles sont invincibles. La patience etla moderation, il est vrai, triomphent lentement: les premiers successont souvent pour la force et la violence; mais pendant ce temps nous nous retrempons, nous nous fortifions dans rhumiliation et la priere. Nous commencions peut-etre a nous trop confieraux hommes: nous ne les connaissions pas; nous commericions peut-etre a perdre quelque chose de la reflexion et du serieux qui convienrierit a des chretiens en un siecle agite , nous aurions volontiers cru a la bonne foi, et espere la paix eternelle. Mais a la confiance sans raison ont succede 1 etonnement, la tristesse, et meme le decouragement chez ceux qui ne sont pas habitues aux luttes de la justice. Puis, le courage, la force in vincible, le mepris de toutes les menaces ont bientot domine ces premieres et vaines terreurs. I,e danger nous a eclaires de sa lumiere, et soudain, notre resolution une fois prise, nous nous

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sommes prepares a la resistance avec cette de cision derniere et inflexible, qui fait de nous comme une enclume, toujours victorieuse des bras qui se fatiguent et s useut a frapper inutilernent sur elle.

Vainement cette resistance consciencieuse a ete abaissee au niveau d une opposition de parti : ce reproche, il faut le dire , honore peu Pesprit de ceux qui Pont imagine. Ce n est pas demain, ce n est pas avant un long temps peut-etre que nous verrons tousles Francais, unanimes, entourer leur gouverneraent de respect, d affection et de confiance. Mais, pour quiconque a des yeux, il n y a personne en France sur qui le repro che d esprit de parti puisse moins tomber que sur le clerge; personne qui soit plus degage que nous des liens des affaires humaines , qui soit plus etranger aux interets qui se debattent chaque jour; personne qui soit plus au-dessus, plus en dehors des querelles des par tis ; et la raison d ailieurs en est claire : politiquement exclus de toutes les affaires, nous nous en trouvons bieri. Nous ne demandons ni ar gent nihonneurs. L argent que PEtat nous donne n est pas un don gratuit; ils en faut: et , au besoin , nous nous eri passerioris.

Leshonneurs! La proposition d un bancd Eveqaes a la Chambre des Pairs nous a fait naguere sourire plus que qui que ce soit, non de dedain, mais d etonnement et d indifference. On ne se

represente pas a quel point nous sommes loin de toute pensee tie ce genre! En verite, toutes ces imputations sont cle gens qui n observent rien , qui ne comprennent rien. Si nous demandons notre part dans 1 education de la jeunesse, nous ne demandons par la que la liberte du travail et du devouement, qu une fbnction eminemment spirituelle; et si nous ne la revendiquions pas , nous serions dignes du mepris de nos concitoyens et de 1 Europe. En Angleterre, en Allemagne, partout les ministres de la religion sont les instituteurs de la jeunesse. II n v a

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la ni ambition, ni empietement; il y a droit et devoir. Quand la liberte a un grand, utile et no ble but, il n est pas besoin de caicul, il suffit des pins simples inspirations du zele pour la reclamer, et nous regretterions pour nos adversaires qu ils ne crussent pas a ces principes elementaires de I honneur moral.

Au lieu de chercher la raison de la force et de [ influence du clerge dans d injtirieuses hypotheses, pourquoi ne pas la voir la ou elie est uniquement? Le clerge a line grande puis sance, parce qu il a la puissance d une idee fixe, le proselytisme des ames. Les partis sont faibles, parce qu ils ont des opinions; le clerge est fort, parce qu il a ties doctrines. La monarchic, la republique, le gouvernement constitutionnel ne sont pour lui que des formes indifferentes; il est monarchique en France , republicain en

Amerique; on lui demande de se convertir aujourd hui parmi nous an regime constitutionnel, il est tout pret a le faire quand ce regime sera sincere , quand il n y aura pas dans la Gharte une pretendue liberte de conscience, restreinte et annulee par le monopole.

Voila ou est la question ; voila ce qui fait notre force. Nous sommes, non des homines politiques, inais des homines spirituels, reclamant la liberte des consciences, la liberte des ames : et pour cela, invincibles. INous ne som mes pas a craindre, mais nous ne craignons pas non plus, non tirnemus, nee terremus. Nous ne sommes plus de grands seigneurs , nous ne sommes plus opulents. Si 1 argent et les offrandes des fideles viennent quelquefois a nous, rien n est plus libre , plus spontane : c est pour le soulagement des pauvres; c est que nos cceurs sont dignes de cette confiance, nos mains dignes de ce ministere. Nous sommes uii clerge catholique et national, plus national quebeaucoup de ceux qui nous accusent. On est triste de penser qu ilfaut encore tantd efforts pour faire recevoir des idees si simples, pour pacifier par elles le coeur de la France, et pour completer ainsi par la justice ces libertes sages pour lesquelles ces grands debats memes seraient une occasion d affermissement , si on savait le bien comprendre.

Mais notre legerete s amende peu en France.

Ail nioyen age, dans ces temps de generations austeres, theologiques et guerrieres, mi grand pape disait : Les Franca is sont un peupte admi rable : Us out le privilege defaire des sottises du matin an soir, et Dieu les repare pendant la naif . Aujourd hui encore nous aurions besoin de cette me me providence; car on dirait que nous sa- VOIKS tout cornmencer, et rien finir, pas meme les revolutions qui nous passionnent. II y aurait la une grande ceuvre a faire : les homines lui manquent peut-elre.

En 1789 et en i8i/i ? par exemple, il eut fallu dans lesconseilsde la couronneun grand homine:

un homrne qui fut un grand genie , pour deviner 1 avenir, et un grand caractere, pour dominer le present et conduirefermement les evenements a leur terme. Aujourd hui, un grand ge nie n est plus necessaire. Je ne pretends pas dire par la qu il ne pourrait se rencontrer parmi nous ; mais le bon sens suffit. Un grand carac tere serait desirable sans doute; mais un carac tere d une fermete vulgaire suffirait a la domi nation du present; il faudrait seulement qu il s appuyat sur le bon sens, ce reparateur infaillible, et, heureusement aussi^ ce survivant immortel des mauvaises passions.

Mais cet homme on n existe pas ou il n ose se montrer parmi nous. L Angleterre est plus heureuse : elle a peut-etre rencontre cet homme

dans Robert Peel. Et nous, en attendant, nous consumons le temps en disputes violentes et en vaines recriminations.

La calomnie regne ; la haine cree, repand, accredite ses inventions absurdes et cruelles; elle amasse dans notre atmosphere sociale ces images de prejuges qui obscurcissent les intel ligences les plus eclairees et troublent les coeurs les plus fermes. On s etonnera bientot, on s etonne deja de cette invention stupide de quelques religieux juges capables et coupables de tous les crimes. Celebre compagnie, quine porles pas en vain le no in de Jesus , a (jai Dieu a donne des docteurs, des apotres et des ev angelis tes , pour repandre dans tout fuudver$ la gloire de SOIL Evangile, dit Bossnet, plus digne encore de nos respects par tes longs malheurs que par tes illustres services! Dans quelques annees, on ne voudra pas croire qu au milieu de ce dechaineraeDt ipoui] il ne se soit pas trouve, d un cer tain cote, une seule ame calrne et genereuse pour arreter I emportemeat des passions par une pa role de raison, et pour lever le drapeau de la pacification et de la justice.

II n y a vraiment que notre pays ou la guerre soit la seule raison de la guerre; ou Ton rugisse contre la contradiction sincere et legitime, et ou Ton repousse ainsi les usages et les progres de la civilisation du rnonde en tier.

Est-ce que,autour cle nous, toutcsles nations ne sont pas entrees dans ces voles pacifiques ? 1 Angleterre, la Prusse, la Turquie meme.

Faudrait-il croirc qu il ya la un mouvement imprime par la Providence a la destinee des peuples ; que nous descendons du catholicisme , quand d autres y remontent, et qu ils s elevent dans la proportion ou nous nous abaissons?

Esperons mieux pour le royaume tres-chretien ! Je ne crois point d aillenrs a ces sinistres proprieties auxquelles la Providence ne donne quelque vraisemblance que pour nous com mander cle prudentes reflexions. II en est des cbretiens de France comme de ces troupes fideles, un moment distraites on endormies: le premier cri de 1 ennemi les reveille, et, relevant leur etendard, elles reparaissent debout, intre pides et pretes au combat. Qui ne le volt d ailleurs aujourd hui? Le mouvement religieux est incontes table : il gagne chaque jour, et, en protestant contre lui, nos adversaires memes le con.statent, Pourquoi jouer I etonnement , et nier la Kmiicre du jour? Cest un fait eclatant, en meme temps qu un fait heureux, parce qu il demontre tout ensemble 1 interet et la puissance de la question religieuse, et que, si tons etaieni de botine foi , et voulaient sincerement la paix, il en pourrait etre aussi la solution.

Ainsi , la liberte pour tous : la paix comme

but; la moderation, le desinteressement, la perseverance comme moyens; la guerre, seulement comme une douloureuse et inevitable extremile; voila comment nous entendons nos droits et nos devoirs, voila le plan de pacifica tion religieuse que nous venons proposer ici a nos adversaires.

N y aura-t-il done pas en France un homme d Etat qui veuille attacher son nom a ce nouveau et glorieux concordat?

On raconte que troishommes politiques d une haute importance, conferantil y aquelquesjours au milieu des embarras que donne aux depositaires du pouvoir le gouvernement de ce pays, un des trois s ecria: Ek bleu, quand tout cela f lira- t-i I comme il faut? Un des interlocuteurs s adressant alors aux deux autres et les rapprochant tons deux de lui , leur dit : Cela finira quand nous serous tous trois d accord.

Eh bien, moi, j ose repliquer a mon tour : Non, tous trois vous ne suffiriez pas sans une quatrieme puissance dont mil de vous, ni tons trois reunis, ne pouvez vous passer. Vous etes incontestablement trois grandes forces politiques; et cependant ces forces confondues ensemble ne suffiraient pas au gouvernement du monde. Non, ce n est pas assez, pour gouverner les hommes, de trois hommes con fondant la diversite de leurs symboles politi ques ; il faut quelque chose qui lie, resserre ,

fortifie ces trois puissances; il leur faut L Eglise, c est-a-dire , la puissance morale. Si vousne vous entendez pas tous trois avec cette quatrieme puissance, quelque effort qtie vous fassiez pour elever votre edifice, vous succomberez a la peine. Avec FEglise, votre force devient immense; et avec elle la France redevient la premiere nation du monde. La est la seule solution possible du probleme , et le seul acheminement a la pacifi cation religieuse.

Je me rejouis que ce voeu ait ete, avant moi, noblement exprime par M. de Tocqueville, lorsqu il s est eerie a la Charnbre ties depu tes :

Quant a moi, j exprime une conviction qui, fut-elle individuelle, n en serait pas moins profonde et moins sincere. Je suis convaincu que a dans ce pays de France nous naurons jamais fii religion ni morale pariant a fame , partant an cceur. f his ant fa ire et concevoir de grandes

K choses, satis liberte. D une autre part , je suis xprofondernenl corwaincu que si la liberte se separe dune maniere definitive et complete des croyances , il lui manquera toujours ce queje lui ai vu avec admiration dans d autres pays, il lui manquera toujours cet element de moral ite ^ de stabilite, de tranquillite , de vie , qui seul la rend grande et feconde.

(ao)

II n y a point encore eti (^ explications com pletes e litre le clerge et ses adversaires ; je viens done essayer de les donner. J invoque la paix et la justice : c est uniquement dans ce but que j entreprends I histoire etl examen desquerelles actuelles. J etudierai les roles clivers que les circonstancesontfaitsauGouvernement, al Universite, an clerge, et meme aux jesuites.

Je dirai les pretentious et la conduite du clerge : on verra si ces pretentious fureut exagerees, illegitimes; et sur qui pese reellement la grave respousabilite des difficultes preseules, ail sujet desquelles le dernier mot de la sagesse et de la verite n a pas ete dit encore.

Enfiu je ui expliquerai sur ce qu il faut en tendre par Vesplit national et par le veritable esprit de hi revolution francaise.

Quell e sera Tissue de ces trop lougues et deplorables luttes? J ai besoiu de i esperer et de le redire : la justice et la paix.

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