W XII. — PARALYSIE CÉKÉRALC SIMPLE AU DEUXIEME DEGRE
Langage confus, Inintelligible; progression mal assurée; chutes; prédominance de la paralysie à droite (i).
A**, lieutenant dans la ligne, né à Paris, âgé de quarante-deux ans, a vingt années de service et a fait quinze campagnes ; mettant beaucoup d'exactitude dans l'exercice de ses devoirs , il s'était acquis l'estime des officiers supérieurs. Il passe pour sobre ; on le regarde généralement comme incapable de donner dans les excès; cependant il reste à savoir où s'arrêtait cette réserve. J'ignore si
(i) Service de M. Royer-CoUard.
l'aliénation a été héréditaire dans sa famille. Sa taille est moyenne , sa constitution brune , son tempérament éminemment bilieux. 11 n'est point d'un caractère triste, mais depuis quelques années il a éprouvé de violents chagrins. Nommé capitaine, et reçu chevalier de la légion d'honneur le même jour, des circonstances indépendantes de lui l'ont privé tout-à-coup de ces avantages : en vain il a cherché à se consoler, la raison s'est troublée.
Pendant huit mois , ce militaire fut soigné dans un hôpital de province : les symptômes devenant de plus en plus alarmants, on jugea de son intérêt de le faire transporter dans une maison exclusivement consacrée au traitement des maladies mentales , et il entra à Gharenton. Un domestique qui ne l'avait pas quitté assura que dès le moment où il l'avait accompagné à l'hôpital , on n'entendait pins rien à sa prononciation; que la plupart du temps l'aliéné rendait ses déjections dans ses habits ou dans ses draps, n'ayant presque plus d'intelligence, et tombant lorsque les pieds rencontraient quelque obstacle de la part du sol ; du reste, presque continuellement M. A... avait été agité.
Au premier abord, il nous fut facile de porter un jugement. L'aliéné s'avance au-devant de nous et demande à sortir: sa voix tremblote, il prononce à peine une syllabe dans chaque mot; c'est une suite de sons confus, ne formant aucun ensemble :
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rarement paralysie de la langue s'était mieux dessinée. L'individu se tenait droit, marchait avec assez de facilité ; mais si on l'observait quand il se baissait le matin en s'habillant , ou le soir en se couchant, on le voyait chanceler, et parfois même perdre l'équilibre. Une fois qu'il était couché, les jambes se portaient en tout sens; mais leur faiblesse s'apercevait toujours , et jusque dans leur moindre mouvement. Les bras ne paraissaient pas gênés dans leur action ; les sens continuaient librement l'exercice de leurs fonctions. Souvent , soit par défaut de contraction des sphincters , soit par négligence , le malade rendait ses matières excrémentitielles dans ses vêtements. Mémoire, jugement, passions affectives, tout avait disparu. Cet état de démence n'excluait pas l'agitation ; le jour, la nuit , l'aliéné poussait '^es cris et faisait entendre des sons incohérents; ses actes, pleins d'extravagance, n'avaient rien de calculé; il cédait à une impulsion irrésistible. L'appétit se conservait ; la respiration paraissait facile ; les fonctions cérébrales étaient seules troublées.
Aujourd'hui les symptômes de la paralysie générale sont les mêmes , seulement il est impossible d'entendre un mot dans le langage; tout le corps est incliné à droite, sans excepter l'épaule et la tête; les chutes sont fréquentes , et la faiblesse du système musculaire est excessive.
CONSIDÉRÉE CHEX LES ALIÈNES. 5l
N° XIII. PARALYSIE GÉNÉRALE SIMPLE AU DETJXIEME DEGlfÉ.
Prononciatioo difficile, progression mal assurée; chutes (i).
H***, officier en retraite , âgé de quarante-huit ans, né à Versailles, marié et père de plusieurs enfants, devint aliéné au commencement de 1822; jusque là il s'était toujours bien porté. Son corps, tout à la fois remarquable par la régularité des proportions et le développement du système musculaire , avait résisté aux fatigues d'un grand nombre de campagnes ; on remarquait à la figure les traces d'une énorme blessure, résultant d'un coup de sabre qu'on disait avoir pénétré jusqu'au pariétal du côté droit; les cheveux, autrefois châtains, commençaient à blanchir; la couleur foncée du visage indiquait une grande activité dans la circulation , et le tempérament sanguin prédominait.
Le malade n'avait point de parents aliénés ; il avait été doué d'un jugement prompt et avait toujours fait preuve d'une grande sévérité dans l'exercice de ses devoirs ; il lui arrivait souvent de s'emporter , un rien mettait les passions en jeu ; il buvait volontiers, s'enivrait rarement; il était sujet à des accès de gaieté tenant de l'exaltation ; sa femme craignait que tôt ou tard il ne perdît la raison, ce qui arriva dans le cours de la quarante-
(i) Service de M. Royer-Collard.
cyiquième année ; le délire éclata presque subitement; il s'étendit aussi loin que possible, mais se calma dès le commencement du troisième mois. Près d'un an d'épreuve semblait promettre une guérison solide ; cependant le désordre des idées récidiva, et fut accompagné d'actes de violence; il fallut recourir à l'isolement.
De prime abord , le malade se plaignit avec amertume d'avoir été séparé de sa femme et de ses enfants ; bientôt abandonnant ce sujet il passa en revue les différents champs de bataille où il s'était trouvé; sa figure était animée, il ne concevait pas qu'on traitât de la sorte un défenseur de la patrie; il élevait la voix, et continuait à parler lors même qu'on ne l'écoutait plus. Les idées ne manquaient pas d'enchaînement, mais toutes péchaient sous le rapport de la justesse et se faisaient remarquer par leur extravagance. La nuit, le délire se calmait à peine pendant quelques heures; le jour, l'individu se montrait récalcitrant , difficile à conduire , menaçant de frapper , pour peu qu'on contrariât ses volontés ; on fut obligé de recourir à l'application d'une camisole de force, et la permission de la promenade fut réservée pour les moments où l'excitation fut moins vive.
Au milieu de tant de discours exubérants , il fut facile de distinguer Vembarras de la prononciation; M. H*** se reprenait jusqu'à trois fois avant d'articuler certaines désinences; la langue éprou-
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vait un commenceaient de paralysie. Les muscles du tronc , ceux des membres thorachiques , conservaient sensiblement leur force première, mais à l'aide d'une observation attentive on distinguait une légère faiblesse dans les membres abdoml-* naux. Dans les instants où l'aliéné voulait donner du poids à ses menaces , en frappant la terre du pied, l'équilibre était sur le point de se rompre; le corps vacillait et manquait d'assurance ; le sujet ne continuait à se tenir debout qu'en redoublant d'efforts ; de même , quand il se promenait paisiblement dans la cour, les genoux pliaient quelquefois toiit-à-coup. L'appétit était vif , les digestions étaient actives ; la respiration s'exécutait librement; le pouls et la chaleur de la peau ne s'éloignaient point de l'état normal; la santé physique ne laissait rien à désirer. (Bains journaliers, émissions sanguines par intervalles , limonade.)
Depuis trois ans cet officier résiste à la funeste influence de la paralj^sie générale ; à en juger par l'aspect de la figure, on le croirait jusqu'à un certain point bien portant ; mais si on fait un retour sur le passé, on voit que sa constitution s'est beaucoup détériorée ; les épaules sont voûtées , l'œdème a gagné les jambes ; les mouvements sont lents et embarrassés ; la démarche est vacillante, s'accompagne de chutes; le langage est plein de confusion, les idées sont bornées, la démence fait des progrès; la malpropreté va très loin; l'individu se
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dit empereur , se livre à une foule d'actes insignifiants, et tend à une dégradation prochaine.
N" XIV. PARALYSIE GÉNÉRALE SIMPLE kV DEUXIEME DEGRE.
Prononciation difficile ; jambes qui plient sous le poids du corps; démarche vacillante (i).
P*** (Alexandre), cuisinier, est aliéné depuis onze mois ; il a toujours été employé dans des maisons riches , passant ses jours auprès des fourneaux ; respirant l'odeur de la houille et du charbon. Sa conduite était régulière , et il ne faisait d'excès en aucun genre. Il est marié , n'a pas encore trente-trois ans ; ses cheveux sont châtains , sa peau est brune , sa force moyenne , sa taille ordinaire. Il n'a point éprouvé de contrariétés ; j'ignore si ses père et mère ont eu la raison saine; une de ses cousines est aliénée.
Au début les accidents parurent mériter peu d'attention ; le sujet se sentait la tête lourde , manquait de mémoire , n'était plus sûr de ce qu'il faisait. Un médecin, qu'il consulta, conseilla de prendre un peu de récréation, et promit qu'un repos de quelques jours dissiperait ce léger dérangement. Cependant , à mesure que le temps coulait, l'individu perdait de son aptitude morale et tombait dans la démence; il refusait de travailler, prétendant avoir acquis des richesses immenses ,
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et disait même posséder des mines de diamants I Tout-à-coup éclate le délire le plus violent. Mobi-» lité sans égale, sommeil nul, vociférations, propos incohérents, actes désordonnés, appétit vorace, malpropreté excessive, fureur. (On provoque l'isolement.) Au premier examen, il est facile de reconnaître que l'aliéné n& prononce aucun mot sans se reprendre plusieurs fois de suite, chose tout-àfait insolite chez, lui. Les membres abdominaux n'ont pas le degré de solidité qui leur est propre, et la démarche est chancelante. (Bains tous les ]ours , saignées locales répétées (au cou), plus tard, un exutoire à la nuque.) L'acuité des symptômes disparaît en partie ; le sujet tombe dans l'état que nous allons décrire.
Physionomie stupide , intelligence tellement rétrécie que les questions les plus ordinaires ne sont plus comprises , mémoire abolie, défaut d'aptitude à comparer deux idées et à tirer des conséquences de leur rapprochement. L'aliéné, incapable de s'occuper du soin de sa personne, ne distingue plus ce qui est propre de ce qui ne l'est pas ; errant, sans aucun but, dans la cour de son infirmerie, il mange tout ce qui tombe sous sa main. La santé physique est exempte d'altération ; le malade a de l'appétit, digère bien, ne se plaint jamais ; il conserve l'usage de tous les sens , mais la langue et les extrémités inférieures sont sousl'intluencede ia paralysie générale. La prononciation exige de granxb
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efforts: à peine si les mots sont intelligibles. Quel- <]iiefois le sujet se tient assez, droit et ne chancelle pas d'une manière frappante '/mais le plus souvent les jambes s'affaissent sous le poids du tronc, la progression s'exécute par une série de mouvements qui ressemblent à ceux des gens ivres ; le paralytique tombe à la renverse ; les bras agissent en tous sens, les mains peuvent exercer une compression assez forte , cependant il est probable que la faiblesse existe dans ces parties, mais à un léger degré. Au reste, quoique dans un état de démence profonde, cet homme est loin d'être toujours calme et de se laisser conduire en aveugle ; il a des instants d'agitation approchant de la fureur; on est obligé de le contenii'. Il jure, s'emporte, vomit des imprécations, menace ceux qui se trouvent dans son voisinage ; le pronostic ne laisse aucune espérance; la mort ne peut être que prochaine.