N" XVI. — PARALYSIE GÉNÉRALE ATI DEUXIEME DEGRE
Embarras dans la prononciation , délire maniaque d'une grande étendue; parla suite, paralysie de la langue portée très loin; paralysie incomplète des membres abdominaux; mort. — Six onces de sérosité dans la grande cavité de l'arachnoïde ; épaississement du feuillet membraneux, qui résulte de l'union de la pie-mère et de l'arachnoïde cérébrale; circonvolutions adhérentes à la pie-mèie ; arrachement de la pulpe ; couleur violette de la substance grise , substance blanche saine; sérosité sanguinolente dans les ventricules , granulations sur leur membrane ; coloration foncée dans le cervelet et dans la moelle épinière (1).
Un maniaque , âgé de quarante-trois ans , marié, ayant fait la guerre, et s'étant adonné sans réserve à l'usage des boissons alcooliques , entra dans l'établissement vers la lin de mars 1824. Nous ne pûmes savoir s'il avait eu des maladies vénériennes, s'il avait fait usage du mercure; s'il avait
(i) Service de M. Roycr-Collard.
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reçu des blessures à la tête, ou éprouvé des contrariétés assez vives pour entraîner le dérangement des facultés intellectuelles : il avait été primitivement doué d'un jugement droit; il était parvenu jusque là sans donner de signes d'aliénation mentale. Sa taille était haute , ses membres étaient robustes ; ses cheveux blonds ; sa peau était foncée en couleur; l'appareil circulatoire prédominait. Son caractère était vif et même un peu difficile.
En arrivant, le malade se promenait dans le corridor , refusait de répondre aux questions qu'on lui adressait, menaçait de frapper dès le moment où on insistait , parlait continuellement seul et à demi-voix; le plus grand désordre régnait dans ses discours ; le délire , au lieu d'être borné à un certain nombre d'idées prédominantes , s'étendait à tous les sujets. L'aliéné restait couvert de ses habits, mais il n'observait aucun ordre dans leur arrangement: la nuit, il s'agitait, faisait du bruit , bouleversait tout ce qui se trouvait à sa portée , et se salissait avec ses déjections. La prononciation était loin d'être franche et exempte d'embarras ; il fallait deviner la moitié des mots , et chercher le sens qu'ils présentaient. Les jambes soutenaient encore le poids du corps ; l'individu marchait à grands pas, mais chaque fois qu'un pied abandonnait le sol le malade vacillait. L'appétit n'avait point cessé , les digestions n'éprouvaient aucun trouble, les fonctions ihorachiques
CONSIDÉRÉE CHEZ. LES ALIENES. 6l
s'exécutaient librement, la santé physique, en un mot, ne se présentait nullement sous des apparences défavorables.
Les parents assurèrent que l'embarras des mouvements de la langue n'avait que huit mois de date. Ce symptôme s'était manifesté à une époque où les jambes conservaient toute leur force apparente ; dans un temps où le sujet remplissait des fonctions administratives importantes, et ne donnait aucun signe d'aliénation mentale. Le délire avait éclaté quatre mois plus tard ; la paralysie l'avait précédé de quatre mois entiers. Les moyens auxquels on avait eu recours pour arrêter les progrès ultérieurs du désordre encéphalique avaient été pleinement inutiles ; la réclusion , long-temps différée , avait fini par devenir indispensable. ( Cet homme fut mis au régime; M. Royer-Collard prescrivit quelques applications de sangsues derrière les oreilles, et on attendit. )
Le 28 avril suivant, trente-trois jours après l'arrivée de cet aliéné, il survint des accidents fort graves: tout-à-coup la face devint rouge et tuméfiée; le malade , à moitié assoupi, ne pouvait parler ; ses membres n'étaient point dans un état complet de résolution, mais à peine s'ils remuaient; le pouls était large, les carotides battaient avec force ; le décubitus avait lieu sur le dos. (Évacuations sanguines, diète, tisane délayante. )
Quarante-huit heures s'écoulèrent, et déjà les
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symptômes de congestion cérébrale n'existaient plus ; cependant la progression ne pouvant se faire, on fut contraint de recourir au fauteuil , et d'y fixer le paralytique depuis le matin jusqu'au soir. 11 prolongea son existence jusqu'à la fin du mois , et voici la série de phénomènes qu'on observa dans les derniers temps : i° excessif affaiblissement de la raison , compliqué d'excitation maniaque allant jusqu'à la fureur, et nécessitant l'application des camisoles les plus fortes; 2° prononciation embarrassée au point d'être inintelligible ; 3° faiblesse de toute la région inférieure du tronc , portée à un degré tel que les jambes pliaient sous le poids du corps , quoiqu'elles pussent encore s'agiter à droite y à gauche, lorsque l'individu était assis ou couché; 4° mobilité des bras fort étendue; 5° dévoiement très abondant accompagné de fièvre, de chaleur à la peau , de sensibilité à Vhypogastre, de dégoût pour les aliments, etc. Il ne survint aucune secousse convulsive ; la mort fut trop précipitée pour que les eschares gangreneuses se formassent; suivant toute probabilité , la phlegmasie intestinale emporta le sujet beaucoup plus tôt que ne l'eût fait la paralysie générale seule, quoiqu'elle eût déjà pris un accroissement considérable.
Autopsie du corps.
Tête. Os friables, point d'impressions ni d'u-
sures sur la table interne du crâne ; poin de particularités sur la face externe de la dure-mère.
Cavité de l'arachnoïde distendue par de la sérosité ; on estime qu'il y en a six onces; dès que le liquide s'est écoulé, je retire le cerveau du crâne, et j'examine la méningine et la méningette.
A la base de l'encéphale, ces membranes sont épaissies; il n'y a pas d'infiltration dans leur tissu, cependant elles forment une lame très solide. La pie-mère ne peut être séparée de la pulpe cérébrale sans en emporter de vastes plaques , ce qui est très prononcé du côté des scissures interlobulaires, du côté de la partie antérieure et inférieure des hémisphères.
Le cerveau est mis dans sa position naturelle; on examine la scissure interlobaire , la partie convexe des hémisphères , etc. ; partout la pie-mère forme un plan continu avec les circonvolutions, et ne s'en sépare qu'en entraînant avec elle la substance grise.
Je pénètre avec l'instrument tranchant dans le parenchyme de l'organe ; la substance grise est partout violacée^ quel que soit le degré de profondeur auquel je l'examine ; la teinte violette est intimement fondue avec le tissu qui a subi une modification importante.
La substance blanche a le degré de consistance et l'aspect qu'on a coutume d'attribuer à l'état sain. Le corps calleux, le septum médian, le tri-
gone céiébraK ne laissent rien à désirer sous aucun rapport.
La cavité des ventricules moyens contient de chaque côté une once à peu près de sérosité sanguinolente ; la membrane ventriculaire a perdu son poli; elle est hérissée de granulations rougeâtres, grosses comme la tête d'une épingle line.
Les couches optiques, les tubercules quadrijumeaux, la voûte à trois piliers , sont exempts de lésions locales; injection dans la substance grise profonde.
Le cervelet a moins de consistance que le cerveau, sans qu'on puisse dire qu'il soit ramolli: sa substance grise est d'un violet bleuâtre.
La moelle epinière, enveloppée de ses membranes, est retirée avec précaution du canal vertébral ; aussitôt qu'on a incisé la dure-mère , il s'écoule un peu de sérosité trouble.
La substance médullaire n'offre aucun désordre palpable , les faisceaux de substance grise participent à la coloration violacée qui a été notée dans quelques points du système cérébral.
Poitrine. Au centre du poumon droit existe une cavité qui occupe une très grande partie de l'organe ; elle est remplie de pus , et paraît résulter de la fonte d'un tubercule dont il ne reste aucune portion : plus loin sont deux petites cavités de même nature , mais de peu d'étendue.
Épanchement de liquide dans la cavité des plè-
vres du côté gauche; poumon correspondant sain.
— Un commencement d'hypertrophie dans le ventricule gauche du cœur.
Abdomen. L'intérieur de l'estomac paraît sain.
— Rien de particulier dans le duodénum. — La membrane muqueuse des intestins grêles est généralement rouge : la rougeur n'est pas seulement arborisée; elle est uniforme, fondue avec le tissu, très vive.
La colofation indiquée tout à l'heure se retrouve dans le caecum : avant d'arriver à la membrane villeuse, il faut enlever une couenne membraneuse non organisée qui la recouvre entièrement.
— Dans le colon, par intervalle, on remarque encore un feuillet membraneux accidentel, facile à rompre, et de couleur blafarde ; il n'est que superposé, et s'enlève sans difficulté ; la membrane muqueuse, au-dessous, est rouge.
Les autres organes abdominaux sains.