‹ De la paralysie considérée chez les aliénésChapitre 32 sur 63 · N' XXXIII. PARALYSIE GÉNÉRALE SIMPLE AU DERXIER DEGRE · texte numérisé non relu

N' XXXIII. PARALYSIE GÉNÉRALE SIMPLE AU DERXIER DEGRE

Démence , commencement de paralysie de la langue et des jambes; agitation ; paralysie croissante; lémitteuce. Rechulc; jambes frap» pées d'immobilité; bras d'une extrême faiblesse; sensibilitii presque éteinte; mort. — Sérosité sanguinolente entre les laraes de l'arachnoïde; concrétion accid(;ntelle sur l'hémisphère célébrai droit; infiltration de la pie-mère; coloration rouge de l'arachnoïde; adhérence de la substance grise avec la pie-mère (i).

M. D***, littérateur , ayant été garde-du-corps du roi , et ayant ensuite vécu à la cour, entra à Charenton en 1825. Il avait dissipé en partie sa fortune, avait fait des excès avec les femmes, et s'était habituellement excité , à l'aide du vin , des liqueurs fortes et du café. On ignore s'il a eu des maladies vénériennes et s'il a fait usage du mercure ; ses parents n'ont point éprouvé de maladies cérébrales , la raison se dérange pour la première fois. Il a soixante-deux ans, conserve une force de constitution rare à cet âge ; se tient droit, s'avance d'un air de représentation, et s'obstine à garder le silence le plus absolu.

En l'examinant avec soin on s'aperçut que la progression manquait d'assurance ; souvent , et quoique le sol fût parfaitement uni, le malade chancelait, l'équilibre était sur le point de se perdre.

(1) Service de M. RoyerCollard.

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Depuis long-temps ces symptômes avaient été notés ; la jiaralysie des janîbcs s'était manifestée peu à peu, l'affaiblissement des facultés iiiteilectnellcs l'avait suivie de près ; elle avait été accompagnée, dès le principe, d'une espèce de bégaiement, ou de difficulté dans la pronoiiciation ; déjà les urines et les matières fécales coulaient involontairement à l'insu du sujet.

Pendant six mois M. D*** resta plongé dans une espèce de rêvasserie continuelle ; il paraissait triste, ne parlait jamais et semijlait insensible à toute espèce d'impressions; le matin on était obligé de le lever. Le jour il se promenait avec lenteur et souvent refusait de manger; malpropreté excessive, sommeil rare, point d'agitation.

Au commencement de 1824 l'affaissement moral fut remplacé par un véritable délire général qui s'accompagna d'un léger désordre d'action. Le malade n'était pas violent , avait la figure animée, parlait continuellement, priait avec instance qu'on le rendit à la liberté, et faisait des efforts pour démontrer qu'il n'avait pas mérité d'être couvert d'une blouse, et qu'il était contre toute justice de le confondre avec des fous; les idées étaient rares, se succédaient avec peine ; il fallait deviner en partie ce qu'il voulait dire. La mémoire avait entièrement disparu ; on n'apercevait plus que quelques vestiges des passions affectives; le malade était plongé dans la démence. La paralysie

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générale ne s'était jamais aussi bien dessinée; l'embarras de la lanj^ne eût frappe la personne la moins exercée ; l'aliéné semblait parier du gosier, et souvent on ne le comprenait pas. 11 se tenait debout et marc'liait encore, mais un enfant l'eût renverse. Les bras et les mains agissaient, cependant leurs mouvements étaient quelquefois peu étendus. Les déjections coulaient à l'insu du sujet ; les sens ne ressentaient pas l'influence de la paralysie; la santé pliysique n'était pas altérée. Appétit naturel, langue exempte de sècbcresse et de rougeur , pouls dépourvu de fréquence ; respiration facile , point de cbaleur à la peau. (Bains, sangsues appliquées à divers intervalles; régime alimentaire léger.) La p iralysie reste stationnaire. Au milieu de l'été de ^l même année (1824)» on est tout surpris , nn nWin , de trouver le sujet beaucoup moins déraisonnable qu'à l'ordinaire ; il ne parlait plus seul, ne disait rien de déplacé. Nous l'engageâmes à marcher, il marcha avec assurance et parcourut un espace d'une grande étendue sans ch;mceler aucunement; si on n'eût pas connu le malade auparavant on eût difficilement cru que les jambes avaient été si terriblement affectées. L'embarras de la langue était moins diminué proportionnellement, mais il n'était pas comparable à celui qui avait existe si long-temps. Quoi qu'il en soit, on ne s'en hiissa point imposer pour l'avenir, et on prévit ce qui est arrivé depui;^.

En effet, la paralysie générale a reparu et s'éloi^TiC moins du plus haut terme ; le sujet vend ses déjections sous lui, et traîne un reste de vie automatique. Tous les sons de la voix se confondent; il ne peut marcher sans faire de chutes graves ; il n'a aucune force dans les muscles des bras , dans les muscles du tronc; une fois qu'il est tombé, il ne peut se remettre sur les pieds ; il sera condamné mcessamment à ne plus quitter son fauteuil. Le physique est singulièrement dégradé ; la figure est décomposée ; les jambes sont œdémateuses ; le ventre est douloureux ; l'appétit se perd : fièvre, dévoiement, chaleur à la peau , soif, rougeur de la langue, etc. Il est probable que la mort arrivera avant que la paralysie n'ait parcouru en entier sa troisième période (i).

Autopsie du cadavre.

Tête. La boîte osseuse du crâne ne présente rien de particulier; on aperçoit sur la surface externe de la dure-mère quelques végétations très petites.

La grande cavité de l'arachnoïde contient deux

(i) Ce paralytique n'est mort qu'au milieu de l'été de iSaô. Une entérite chronique compliquait depuis long-temps raffection cérébrale; la pensée était abolie ; les membres pelviens étaient roides et frappés d'immobilité ; la sensibilité générale était presque éteinte ; les bras agissaient encore un peu ; le corps était couvert d'eschares , horrible à »oir.

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onces à peu près de sérosité sanguinolente. La dure-mère enlevée, riiémisphère cérébral du côté droit se trouve enveloppé en entier par une production membraniforme.

Le feuillet membraneux qui résulte de l'union de l'arachnoïde et de la pie-mère a acquis une certaine épaisseur qu'il doit à une infiltration de sérosité. Les vaisseaux sont injectés; la coloration est au-dessus de ce qu'elle doit être.

La pie-mère est adhérente au cerveau dans une grande étendue; elle refuse d'abandonner la substance grise qui s'enlève par plaques.

La couleur et la consistance générale du cerveau ont semblé à l'état normal; on n'a trouvé aucune lésion locale dans les parties centrales ; le cervelet et la moelle alongée ont été jugés sains.

Poitrine. Rien de particulier du côté du cœur; organes de la respiration à l'état physiologique.

Abdomen. Infiltration de la membrane muqueuse de l'estomac, coloration brune de sa surface , principalement vers le pylore.

Infiltration de la membrane muqueuse des intestins grêles ; villosités noirâtres , dans une grande étendue; orifices des cryptes qui avoisinent la valvule iléo-cœcale bruns.

Rétrécissement des gros intestins; concrétion albumineuse sur la face interne de leur membrane muqueuse.

Foie sain ; rate volumineuse , facile à déchirer ;

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pancréas sain ; voies uriiiaires à l'état accoutumé (i).

N" XXXIV. PARALTSIE GÉNÉRALE ATI TROISIÈME DEGRE.

Démence; commencement de paralysie de la langue et des membres iibdominiiux : par la suite, paialysie des jambes presque complète ; mobililé des bras restreinte; inoit, — Six onces de sérosité dans la cavité gauche de l'arachnoïde; coagulum albiimineiix de près d'uu pouce d'épaisseur dans sa cavité droite ; circonvolutions aQaissées; substance grise décolorée ; substance blanche d'un blanc mat, endurcie; endurcissement du torps calleux , du septuin lucidum , de la voûte à trois piliers , etc. (2).

M. L***, âgé de cinquante ans, célibataire, compte trente années dit service , a obtenu le grude de lieutenant-colonel de cavalerie, et a mérité un grand nombre de décorations honorables. Sa cunstitution est forte; sa taille n'a [>as moins de cinq pieds six pouces ; son visage se distitigue par une expression rare et ses traits ont une grande régularité. Les cheveux et les sourcils sont noirs , les yeux bruns, le tempérament bilieux predomi.nc. On ignore s'il a eu des pnrenls aliénés, et s'il a conunis des excès; il a essuyé les fatigues de presque toutes les guerres du temps. Ses mœurs sont douces, sim caractère est plein de licrlé; après avoir joui d'une longue aisance, avoir été entouré d'une considération qu'augmentait encore un talent rare pour la musique, ii s'est vu réduit à une

(1) Résu'iats anatomiqu'js con;rauniqués par M. le dccteur Lcurct, (3) Service de M. Royer-Collard.

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modique pension , obligé de renoncer à sa profession , à la société, à ses habitudes ; le passage subit d'une vie active au repos, des honneurs à l'oubli , a fait naître les réflexions les plus sinistres ; ce militaire, dont on avait admiré le caractère , ne s'est plus fait remarquer que par son abattement et sa faiblesse! Il semblait ne plus connaître de convenances ; on le surprenait dans les jardins publics balbutiant et chancelant , comme s'il eut été ivre, ses amis lui faisaient des reproches, l'engageaient à s'observer ; la police l'arrête au milieu des rues , en pleine nuit, courant sans but et délirant complètement : il est envoyé sur-le-champ dans une maison d'aliénés de la capitale et quelques jours après à Charenton.

Un examen même superficiel apprend aussitôt combien la position de ce colonelest fâcheuse : il n'a plus de mémoire, il écoute long-temps les paroles qu'on lui adresse, et les comprend à peine. Ses réponses sont lentes et indiquent combien les idées sont rares; tout annonce une démence profonde et qui aurait dû frapper quiconque a eu des rapports avec lui. 11 néglige toute espèce de soins de sa personne, il marche à droite, à gauche, sans aucun but; la paralysie générale complique l'aliénation; la langue est embarrassée, les extrémités inférieures sont gênées dans leurs mouvements, les bras paraissent libres. La santé physique est bien conservée; le sujet mange de la manière la plus

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Torace; la poitrine résonne convenablement; le pouls ne s'éloigne pas de l'état naturel ; l'embonpoint contraste avec le désordre des fonctions cérébrales.

Deux mois s'écoulent; pendant ce court délai, le mal fait des progrès alarmants. L'aliéné est comme abruti, et n'a plus l'instinct de manger seul ; il se salit à chaque instant et ne s'en aperçoit même pas; il passe sa vie sur un fauteuil, et n'a plus ni idées, ni déterminations. Si quelques paroles lui échappent on a de la peine à en distinguer le sens, tant la langue est embarrassée et la prononciation obscure. La paralysie des membres abdominaux va si loin que le sujet ne peut mettre un pied devant l'autre. Aussitôt qu'il essaie de se lever, les jambes fléchissent sous le poids du corps. L'embonpoint est encore considérable; les mains servent aux usages habituels , mais leur mobilité diminue de jour en jour. (Séton à la nuque.)

Au bout de cinq mois la paralysie a atteint son plus haut terme. Les organes thorachiques et abdominaux ne sont pas affectés ; leurs fonctions s'exécutent librement, la longue pression des fauteuils et des lits a déterminé des eschares profondes au sacrum , au dos , à la partie postérieure des cuisses ; la gangrène s'est emparée des surfaces dénudées, qui sont horribles à considérer. L'aliéné ne se plaint jamais; on le croirait insensible; il dort , mange et reste paisiblement sur son fau-

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teuil. Les jaaibes sont complètement privées de mobilité ; les bras se portent encore quelquefois à droite, à gauche, mais avec lenteur et sont sous l'iiiflucnce de la paralysie. Enfin la fièvre s'allume, ralïaissement moral fait place à un délire qui ressemble à de la rêvasserie ; quelques mouvements spasmodiques s'observent , pendant vingt-quatre heures, dans les muscles de la face, et l'individu meurt.

Autopsie ducorps.

Tête. Le crâne paraît vaste ; j'éprouve une grande résistance en le brisant ; il n'a pas moins de dix lignes d'épaisseur sur l'occipital, le volume du cerveau est moins qu'ordinaire.

A gauche , je porte le scalpel sur le milieu de l'hémisphère et j'incise la dure-mère; dès que la cavité de l'arachnoïde est ouverte , il s'écoule line dose énorme ( six onces au moins) de sérosité verdàtre , laquelle est libre entre les deux lame? de la membrane séreuse.

J'incise la dure-mère du côté droit , il ne s'éeoule pas de sérosité ; je renverse les lambeaux de la membrane, l'hémisphère est surchargé d'un énorme coagulum grisâtre s'étendant depuis la table interne de l'os frontal jusqu'à la tente du cervelet, et n'ayant pas moins de quatre travers de doigt de large sur un pouce d'épaisseur; je le saisis avec des pinces , il se laisse soulever, et n'a pas con-

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tracté d'union avec l'arachnoïde cérébrale ; je le coupe dans le sens de la longueur, il est absolument solide, albumineux ; on n'y distingue aucune trace d'organisation.

D'un côté comoie de l'autre les circonvolutions cérébrales sont affaissées.

Il n'existe pas d'infiltration dans le feuillet de l'arachnoïde, qui est eu contact avec la pie-mère ; il n'existe pas d'adhérences entre cette dernière membrane et la superficie du cerveau.

On coupe la substance corticale par tranches ; au dehors elle est pâle, unie, transparente; il en est de même dans son épaisseur; au lieu d'être grise elle est blafarde et mate , contraste frappant avec ce qui existe presque toujours en pareil cas ! sa consistance est naturelle.

La substance blanche est tout-à-fait décolorée : on y cherche en vain la trace des vaisseaux capillaires ; elle est jugée dense; elle supporte , sans se déformer, différents efforts de pression auxquels on la soumet.

Une augmentation de consistance analogue existe dans le corps calleux, le septum médian, le trigone cérébral , les pédoncules du cerveau, le pont de Varole et la moelle alongée ; on ne découvre pas de lésion locale.

Il est facile de dépouiller le cervelet de ses enveloppes; son parenchyme ne donne lieu à aucune observation.

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On ouvre avec précaution la colonne vertébrale ; on retire la moelle épinière de son canal osseux. La dure-mère n'a subi aucune modification ; la moelle est très ferme , et la substance blanche est dense comme celle du cerveau.

Poitrine. Organes sains.

Abdomen. Rougeur peu considérable dans le caecum.

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