‹ De la paralysie considérée chez les aliénés. Recherches faites dans le service de feu M. Royer-Collard et de M. EsquirolChapitre 48 sur 122 · LE ASS HP · texte numérisé non relu

LE ASS HP

# PERS 4 ! j "3 CONSIDÉRÉE CHEZ LES ALIÉNÉS. a47 Au bout d’un an, M. D... traîne ses pieds sur de sol , a les genoux à moitié fléchis, l’épine du dos | courbée, et fait des chutes fréquentes ; tout le sys- | * tème musculaire est fr appé d’atonie ; la vessie et le

| rectum sont paralysés ; les urines sortent goutte à Revutie. et les matières fécales s'accumulent dans » le rectum; la langue articule difficilement les sons ; les bras ne jouissent plus que d’une mobilité in-

3 complète ; le corps se dégrade de plus en plus, et

. l'affection cérébrale a fait des progrès alarmants : le malade n’est pas agité; il est dominé , comme

Je premier jour, par des idées de fortune et de

royauté : : mais l'étendue de ces idées est plus res-

treinte; il ne se perd plus en projets de luxe et de

- magnificences l'intelligence est considérablement

affaiblie; la mémoire agit encore, ïl répète souvent qu'il est roi, qu'on lui doit le respect; mais il est

incapable de répondre aux objections qu'on lui fait | -sur la manière dont il est couvert, sur son habitation dans une maison d’aliénés , etc. La démence avait jeté de profondes racines. Il mangeait encore, mais ne mangeait plus avec le même appétit ; l'em-

è on avait beaucoup diminué ; le pouls était

l tlent , et perdait chaque jour de sa force.

M Dix- huit mois. M. D... ne marche plus, et ne à) peut même pas setenir debout ; il n’a plus de force

| les bras ; il n’avale plus que des potages qu’on

est obligé d'introduire dans la‘ bouche; il rend in-

: volontairement et ne sent pas couler ses déjec-

na

148 10 DE LA PARALYSIE, | tions; il conserve à peine l'instinct, a la sensibi-. lité obtuse ct les sens émoussés; de nombreuses eschares se. sont formées sur le trajet de l'épine dorsale, sur les tubérosités ischiatiques, et aux talons ; le pouls est misérable et fréquent : la mort : arrive enfin, après une agonie de plusieurs jours.

Autopsie du cadavre.

., Crâne. La dure-mère est injectée. Au moment où on pénètre dans la grande cavité de l'arachnoïde , il s'écoule une quantité notable de sérosité. L'arachnoïde cérébrale présente de l'opacité dans une foule de points; son épaisseur est augmentée; unic à la pie-mère, elle forme une lame résistante, solide ; ses vaisseaux sont iujectés, et son tissu est pénétré de sérosité. DH 0 Le cerveau, dépouillé de ses enyéloppes, ne manque pas de consistance ;'au dehors, la substance grise est couleur lilas; à l'intérieur, la coloration est la même, seulement dans certains points la teinte violacée est plus sensible, :: 1 4 La substance blanche est beaucoup moins colorée que la substance corticale; cependant, dans quelques endroits , elle offre des marbrures d'un violet clair. | | La membrane qui tapisse les ventriculesmoyens est inégale, et généralement couverte de villosités rouges et saillantes : le développement des villosités … est plus sensible encore dans le quatrième ventri-

| cule; le reste de a est jugé exempt d’als térations. |

- : Poilrine. Le cœur est mou; ses parois ont beau-

À ooup d’ampleur, et paraissent amincies. —Le pou-

. mon droit est sain ; le poumon gauche préseñ te un

. engorgement considérable ; au milieu dela portion

à Renporgée existe un noyau de matière tuberculeuse, en partie ranolli, et facile à pénétrer par la simple » pression du doigt. |

Abdomen. J'ouvre l'estomac: dans sa moitié

pe la membrane muqueuse est légère- . ment rosée; dans la partie pylorique, la teinte est |luniformément brune; ce viscère est jugé sain. - Le duodénum et les intestins grêles n'offrent aucune particularité notable.

+ Dans toute son étendue le colon est rouge à

l'intérieur; l'injection est intense, intimement fondué dans l'épaisseur de la membrane, et paraît être de nature inflammatoire.

à N° XXXII. — PARALYSIE GÉNÉRALE AU TROISIÈME DEGRÉ.

. Monomanie des grandeurs; démence graduelie ; faiblesse considérable . ; des jambes; affaiblissement des bras; paralysie de la langue dou- 4 . teuse; mort, — Sérosité sanguinolente entre la pie-mère et l’arach- LA noïde; arrachement dé la pulpe cérébrale nul, aspect raboteux du pouitour du cerveau; substance grise couleur lie-de-vin; couleur . | viviacée des corps striés ; injection des capillaires de la substance "blanche; point de lésions locales (r).

Aa ***, âgé de trente-quatre An marié, brigadier

jus Service de M. Royer- Collard.

à trompette des hussards de la garde ; perdit la raison | 1 d’une manière subite, et trois semaines après fut M mis en traitement à Charenton. Il nous parut d'une bonne constitution, et d'une taille de cinq- pieds. six pouces , à peu près ; la figure était colorée , les 1 cheveux étaient blonds et les yeux bleus ; le tempé-» À rament sanguin prédominait. Il comptait dix-neuf années de service, avait fait un grand nombre de" campagnes, s'était distingué par son intrépidi él Fi et quatre fois avait été présenté pour avoir la déco= ; ration de la Légion d'honneur. Cependant, on ve-l nait de distribuer des croix , sans qu'il en eût reçut D'abord on eut de la peine à réprimer son mécontentement ; il voulait donner sa démission et quit-. ter pour jamais le régiment. Ses chefs le cal-1\ ment par des promesses , etil consent quoique afec 1 ! peine à rester. Bientôt le caractère prit une teinte. de tristesse évidente; l'idée d’un passe-drôit ne! pouvait s’effacer de la mémoire ; D‘* commença à! ressentir des maux de tête et délira presque aus- | sitôt. .:

Le délire prit un aspect particulier, et bien! propre à contraster avec les idées sinistres que nous } venons dé mentionner ; le malade s’imagine que 4 Je ministre de la guerre lui destine une place de . : colonel, et lui réserve cinq à six décorations; « il \ na plus qu'à se réjouir; il est comblé ‘don neurs, et maître d'une brillante fortune !.. » Il É.

chante et parle à tout le monde de son heureux À

piniâtrait à déchirer sa figure, et entretenait sur

avenir. Îl n'est pas violent, répond avec justesse

. aux questions qu on lui fait, mais il ne faut pas le

contrarier sur ses idées dominantes. [Il fait beau

fuse de le laisser sortir pour aller remercier le m1nisire... La prononciation fut jugée exempte d’em= barras. La progression se faisait avec assurance ; la santé physiquen’offrait aucun dérangement. (Émissions sanguines, bains trois fois par semaine, usage du petit-lait pendant douze jours. ) (Succés nuis.)

Au bout de deux mois de réclusion , ce militaire commença à négliger les soins de propreté ; s il S'0=

le visage une foule de petits foyers de suppuration. ‘1 parlait continuellement, et engageait la conver+

sation avec le premier venu. La plus grande incohérence régnait dans ses discours ; « il n’était pas 3 malade: il devait sortir le lendemain, etse mettre » à la tête de son régiment; 8 habiller en uniforme » de colonel et porter ses 2 etc.» Souvent il chantait ; il aimait à se vanter , à railler les: autres et à faire rire les assistants. En mangeant,

il se salissait la figure , les mains , sans Y attacher

d'importance; il conservait les apparences de la meilleure santé, marchait avec assurance, etn ’hé< sitait point en parlant. Les bras étaient libres ; on

ne remarquait rien de particulier du côté des or+ ganes des sens.

Trois mois S ‘écoulèrent encore sans s qu ’on aper«

- coup de bruit et se met en colère, parcequ'on re=

152. \'DÉ LA PARALYSIE, çût de signes de paralysie générale ; mais ] 'aliéné | avait fait un pas effrayant vers la démence : souveñt il urinait dans ses habits ; il trouvait du plai--

” sir à se vautrer dans les immondices , déchirait son

linge, perdait ses mouchoirs, se mettait la figure en sang, à force de se gratter. Sa conversation élait beaucoup moins animée qu’autrefois ; on n’y remarquait plus de saillies , presque pas de raisonnements suivis; les mêmes phrases et les mêmes idées revenaient sans cesse. I] restait davantage assis, s'occupait moins de ce qui se passait autour de lui, perdait l'appétit ct dépérissait. (On remplace les habits par une blouse. )

Dans le cours du sixième mois l'intelligence s’effaça presque entièrement; l’aliéné devint faible sur ses jambes, et commença à chanceler en marchant; sans cependant discontinuer de se promener à volonté; la peau se dénuda sur différents points de la région postérieure du tronc; quand l’on arrivait auprès du sujet, il pleurait comme un enfant, et avait perdu de vue les rêves de fortune qui l'avaient tant occupé précédemment. Dans Je cours de la journée, il. parlait peu ct restait habituellement à la même place; on n observait encore ni fièvre pi symptômes qui annonçassent un trouble vers les cavités abdominale ou thorachique ; ce malheureux ne pouvant se passer un instant de soins, on le conduisit à l'infirmerie des paralytiques. Lu

CONSIDÉRÉE CHPZ LES ANÉNÉS, 88

“Ja marche des accidents fut plus rapidé encore qu’onne l'avait craint. Bientôt ce militaire resta à demeure sur un fauteuil, rendant sous Jui son urine et ses excréments, mangrant Comme par habitude, et ne témoignant ni agrément ni déplaisir; à chaque instant il se frottait les joues sur les manches d’une blouse en toile neuve qui ser-

vaità le vêtir, et déchirait les cicatrices des plaies qui couvraient sa figure. Il répondait à péine aux questions qu'on lui adressait ; l'intelligence était abolie. 11 n'existait pas d’embarras certain dans là prononciation ; les mains, quoique faibles, servaient

| aux usages accoutumés ; les jambes pliatent sous Je poids du tronc, et le malade ne pouvait se tenir debout. Les organes des sens n'étaient point paralysés, mais les sensations étaient obtuses; le corps dépérissait d'un jour à l'autre; le pouls était petit et fréquent ; la diarrhée compliquait les accidents cérébraux ; le malade termina sa triste existence au coimencement du huitième mois.

ÆAulopsie du corps.

Crâne. La surface extérieure de la dure-mére n'offre aucune particularité. En pénétrant dans la grande cavité arachnoïdienne, on n’aperçoit pas de liquide etil ne s’en écoule pas au moment où - l'on extrait le cerveau. |

Au-dessous du feuillet cérébral de l’arachnoiïide existe une couche de sérosité sanguinolente, dont

Là = * ECS

une partie s'est infiltrée dans le tissu lamelleux,. | de la pie-mère: les deux membranes réunies offrent une épaisseur moyenne, |

La pie-mère adhère à la surface du cerveau, mais elle finit par l’abandonner, et la substance

grise ne se détache point avec la membrane. L'as-

pect que présente la superficie de l’encéphale a

quelque chose de particulier; au lieu d'être unie

elle est raboteuse, dépolie, comme s’il y avait eu F y

enlèvement de molécules isolées. La coloration est

rouge,

Je porte le scalpel dans l'épaisseur de la étre stance corticale; elle est profondément altérée,. et ressemble à à une pulse te fortement violacée , et qu’on aurait peine à reconnaître; l’als

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