C. MALADES AU TROISIEME DEGRE
Ors. 12e (25 mars). — Àchmet Soliman, soldat au régiment de sapeurs, entré à l’hôpital depuis cinq jours, sans maladie caractérisée. Son état ne présente rien de suspect , il passe à la salle des fiévreux avec les symptômes suivans : pouls fréquent, langue sèche, peau chaude et sèche, accablement général.
Le 25, transporté dans la salle des pestiférés, il mourut presque aussitôt.
Autopsie dix heures après.
Charbon peu développé sur le côté gauche de la mâchoire inférieure , pétéchies sur différentes parties du corps.
Abdomen : estomac injecté , pétéchies et ecchymoses qui deviennent plus nombreuses et confluentes vers le grand cul-de-sac ; la muqueuse se déchire facilement et est comme macérée dans du sang noir, les intestins sont injectés et contiennent plusieurs vers lombrics, les reins sont ecchymosés. Foie volumineux, d’une teinte très-foncée , il contient beaucoup de sang noir et liquide ; rate volumineuse, ramollie, pulpeuse dans certains endroits ; glandes mésentériques doublées de volume, couleur lie de vin ; épanchement hémorrhagique dans le bassin, le long des vaisseaux iliaques; poumons sains, cœur distendu par du sang noir et liquide.
Ors. 13e (17 mars). — Un soldat au régiment de sapeurs tombe subitement malade pendant qu’il est en faction, et meurt
en quelques instans. Apporté immédiatement à l’hôpital, I autopsie est laite de suite au moment où le cadavre conserve encore de la chaleur.
Etat extérieur : organisation athlétique, buhon à l’aine droite de la grosseur d’une grosse orange, tout le tissu ambiant est inliltré de sérosité, les ganglions sont de couleur livide et entourés d’une extravasion sanguine de couleur foncée; les ganglions mésentériques sont aussi de couleur livide et doublés de volume, l’estomac rempli d une liqueur noirâtre. Nombreuses pctecbies sur la muqueuse de l’estomac ainsi que sur celle des intestins, qui contiennent quelques vers lombrics ; la rate , le foie sont gorgés de sang noir; le cœur est tres-distendu et rempli d un sang liquide abondant. Vaisseaux arachnoïdiens gorgés de sang , substance du cerveau d’apparence saine, mais sablée à la section.
Obs. 14e (22 mars). — Miruad, nègre, musicien au 14e régiment d’infanterie , malade de la veille ; sans renseignement sur le début de la maladie.
Entré à sept heures du soir, il présente les symptômes suivans : Le 22, prostration, regard couvert, langue humide, blanche, rouge aux bords ; pouls petit, presque imperceptible; extrémités froides , respiration slertoreuse , peau chaude et sèche , diarrhée fétide, deux bubons aux deux plis des aines. — Strychnine (un quart de grain toutes les deux heures). Vomissemens noirâtres. Mort le matin à cinq heures.
Autopsie dix heures après. Étal extérieur : raideur cadavérique.
Abdomen : muqueuse de couleur jaunâtre, non i amollie, sur laquelle on aperçoit plusieurs pétéchies; celle des intestins est légèrement injectée , quelques vers lombrics ; rate saine ; foie volumineux, taché de jaune à sa surface; vésicule très-distendue par une bile jaune et très-fluide; les ganglions lymphatiques situés dans le petit bassin, et les ganglions mésentériques sont engorgés; rien aux reins. Vessie distendue par de l’urine jaune safranée , ecchymoses sur sa paroi interne. Poumons sains, cœur à libres flasques et blanchâtres. Ganglions formant le bubon volumineux , endurcis, de couleur à peu près normale; rien au cerveau.
DESCRIPTION
Obs. 15e (sans claie). — Saïdarha, lieutenant, décédé en arrivant à l’hôpital.
Autopsie quatre heures après.
Toute la région cervicale est très-distendue, épanchement de sang très-considérable dans le tissu cellulaire sous-jacent, dans toute l’étendue de cette partie, depuis la mâchoire inférieure jusque dans la cavité thoracique ; les ganglions lymphatiques de cette partie se retrouvent à peine ; leur tissu livide et ramolli se confond avec celui des autres organes, qui ont tous la même couleur ; les glandes parotides et sous-maxillaires sont sans altération.
Abdomen : muqueuse d’un gris rougeâtre , pétéchies et ecchymoses bien circonscrites, répandues uniformément sur toute son étendue. On retrouve les memes ecchvmoses sur la séreuse intestiriale, mais en plus petit nombre. Foie de couleur et de grosseur normales, son parenchyme est légèrement ramolli-, rate à l’état normal -, cœur du volume ordinaire , pâle et flasque -, ecchymoses et pétéchies sur la paroi interne du péricarde ; le cerveau ne présente rien de remarquable.
Obs. 16e (8 avril). — A I y , soldat au bataillon de sapeurs, malade du 8 au malin ; au début, céphalalgie , frissons.
Entré l’après-midi du même jour, station et marche impossibles, prostration, faciès d’hébétude, légèrement vultueux-, pupilles dilatées , langue blanche , humide; vomisseinens verdâtres , respiration gênée, fréquente; peau chaude, sèche; pouls plein, fréquent, sans phénomènes morbides à l’extérieur. — Saignée (deux livres), teinture d opium (demi-gros). Mort dans la nuit. Sans autopsie.
Obs. 17e (8 avril). — Aly, entré le 8 avril à l’hôpital ; station et démarche vacillantes et difficiles , faciès hébété , conjonctives injectées, pupilles dilatées, céphalalgie, langue blanchâtre, humide; peau chaude, sèche; pouls fréquent, dur; bubon sous l’aisselle gauche. — Teinture d’opium (demi-gros).
Le 9, dans la nuit, hoquet, somnolence. Au malin, respiration très-fréquente et courte, pouls petit, inégal, intermittent. Mort dans l’après-midi. Sans autopsie.
Obs. 18fi (4 avril). — Aban Arif , soldat au régiment de sapeurs , malade depuis trois jours , a éprouvé de la céphalalgie, des Yomissemens.
Entré le 4 au matin ; prostration extrême , aphonie , regard couvert , langue large , humide ; pouls (115), chaleur et moiteur de la peau , respiration fréquente , gênée. — Teinture d’opium (demi-gros en deux doses).
Le 5, nuit calme, somnolence. Au matin, même état général. — Même prescription. Mort à quatre heures du matin.
Autopsie quatre heures après. Rien de notable b l’extérieur.
Abdomen : injection et rougeur sur la muqueuse de l’estomac, surtout vers ses orifices cardiaques et pyloriques ; ecchymoses sur différens points, sans ramollissement de cette membrane; rien dans les intestins, foie gorgé de sang, vésicule distendue par une grande quantité de bile jaune , rate très-développée et complètement ramollie, à l’état de bouillie; reins injectés dans leur substance , sang épanché dans les bassinets , et ayant coulé par les uretères jusque dans la vessie : la muqueuse de cet organe est rouge, injectée; cœur rempli de sang dans toutes ses cavités , avec plusieurs caillots fibrineux.
Cerveau : engorgement des capillaires sous-arachnoïdiens, substance cérébrale fortement sablée et pointillée.
Observations recueillies à T hôpital <T AbouzabeL
Obs. 19e (3 avril). — Ibrahim Mustapha, quinze ans, tempérament lymphatique, venu du Caire, est admis au camp d’observation comme atteint d’une légère gastro-entérite. Légère céphalalgie, langue rouge aux bords, blanche au centre; soif modérée. Le malade se tient debout à la visite , et n’accuse aucune autre douleur; on le traite en conséquence. Plus tard, on découvre un bubon à la partie interne et supérieure de la cuisse droite , audessous de l’arcade crurale, sans douleur, ni rougeur. Pouls fréquent, cerveau libre, face naturelle. — Diète, limonade végétale,
cataplasmes.
Du 9, céphalalgie légère, peau chaude, pouls petit (120);
DESCRIPTION
quelques pétéchies sur la poitrine, langue nette et très-rouge.
Memes prescriptions.
Du 10, même état.-—- Mêmes prescriptions.
Du 1 1 , rougeur et inflammation du bubon, même état général. — M êmes prescriptions.
Des 12 et 13, amélioration des phénomènes généraux, ramollissement du bubon. Limonade végétale , deux soupes.
Des 14 et 15, le bubon, ramolli et de couleur violette, s’ouvre spontanément ; il en découle un pus lié, abondant, et est accompagné de la sortie d’un bourbillon de tissu cellulaire de la grosseur d’une noix. Amélioration progressive. Sorti le 28 avril.
O bs. 20e (4 avril). — Mansour Soliman , du 23e régiment , constitution forte, trente ans, tempérament sanguin; céphalalgie forte, langue blanche, rouge aux bords ; facultés intellectuelles saines , faciès naturel , pouls dur , fort et fréquent ; charbon d’un pouce et demi de diamètre à la cuisse droite , que le malade nous a tenu caché jusqu’au 7. — Incision de plusieurs phlyctènes molles, noirâtres, couvrant le charbon ; diète, limonade végétale, pansemens avec le chlorure de chaux.
Du 9, même état. — Mêmes prescriptions.
Du 10, céphalalgie moindre, pouls moins dur et moins fréquent, tuméfaction autour du charbon. — Mêmes prescriptions.
Des 11, 12 et 13, diminution progressive et cessation des phénomènes généraux. La séparation de l’eschare et la cicatrisation du charbon s’effectuent sans présenter rien de particulier.
Je n’ai pas besoin de faire remarquer combien il serait inutile de répéter des observations de ce genre, et d’autres encore plus insignifiantes, dans lesquelles nous aurions pu croire avoir affaire à des bubons vénériens si nous n’avions dû tenir compte de l’épidémie régnante.
Obs. 21e (4 avril). — - Ibrahim Aly, employé à la fabrique des tambours, qui se trouve dans le voisinage, à Kanka, se dit malade depuis plusieurs jours; constitution forte, tempérament mixte , vingt-cinq ans. 11 a été placé au n. 39 du Lazaret, et est revenu du Caire malade. Parole embarrassée, lente et traînante ;
réponses incohérentes, stupeur, langue légèrement sèche, blanche et rouge aux bords; pouls dur et fréquent (100); chaleur à la peau, pétéchies sur les bras et la poitrine, bubon sous l’aisselle droite.
— Diète, limonade végétale.
Des 5 et 6, même état. — Mêmes prescriptions.
Du 7, parole plus libre, réponses justes, plus de pétéchies, face naturelle, céphalalgie frontale, légère; bubon plus volumineux et sensible. — Cataplasmes, diète, limonade végétale.
Du 8, céphalalgie légère, langue rouge, sèche, enduit jaunâtre au centre ; soif peu prononcée , cerveau libre , sommeil naturel , pouls assez développé (à 90 pulsations) ; chaleur à la peau, bubon ramolli et très-douloureux.— Mêmes prescriptions.
Le 9, langue dans le même état, soif modérée, pouls fort (à 110) ; chaleur vive , céphalalgie légère, cerveau libre ; depuis son entrée il a une rougeur vive à l’œil droit qui persiste ; selles rares et difficiles. — Saignée (une livre) , décoction de tamaiins.
Le 10 , même état. — Mêmes prescriptions , moins la saignée.
Le 11 , amélioration, point de céphalalgie , chaleur naturelle, pouls plus souple , moins fréquent. — Ouverture du bubon par la lancette, qui donne un pus abondant, lié, blanc, tout-à-fait pblegmoneux. Décoction de tamarins , deux soupes.
Le 12, même état, selles plus faciles. L’amélioration se continue progressivement, la suppuration du bubon diminue et cesse, la cicatrisation est terminée le 28, il reste seulement une très-forte induration, quoique le malade soit bien et à la portion ; le pouls est toujours de 100 à 90. Sorti guéri le 28 avril.
Obs. 22« (19 avril j. — Moustapha Akmed, de la fabrique des tambours, tempérament mixte, vingt-cinq ans : il n’est pas allé au Caire.
Le 20, parole traînante, un peu de stupeur, qui consiste en un état de collapsus, de pesanteur de tous les muscles de la face, particulièrement du releveur de la paupière supérieure; enfin un état de la face opposé à celui qu’on appelle grippé et qui a au contraire beaucoup d’analogie avec celui que donne 1 ivresse. D ailleurs, chez
presque tous les malades , l’état des facultés intellectuelles , cette
DESCRIPTION
parole {rainante et la démarche vacillante complètent la ressemblance la plus parfaite avec cet état. Réponses lentes, cerveau peu embarrassé, céphalalgie, vertiges, pouls petit, dur (à 130); chaleur à la peau, langue blanchâtre, un peu sèche, rouge aux bords ; respiration fréquente, abdominale; bubon dans le pli de Paine gauche , douloureux à la pression, et la douleur se prolonge le long du trajet du psoas. — Diète , limonade végétale.
Le 21, céphalalgie, stupeur moindre, pouls (130), cerveau plus libre, chaleur de la peau sans pétéchies, respiration même état . — Meme prescription. Le soir, rougeur et larmoiement des yeux , stupeur plus prononcée, délire tranquille , peau chaude et sèche , pouls rare (55).
Du 22 , même état, pouls (120). — Lotions d’eau froide vinaigrée, infusion de valériane (2 gros), décoction de kina (î gros).
Du 23, céphalalgie, stupeur, réponses justes, yeux larmoyans, injectés; pouls souple (120) ; respiration libre, épistaxis trèsabondant arrivé pendant la nuit, bubon plus volumineux. — ■ Mêmes prescriptions.
Du 24 , stupeur ; parole embarrassée , réponses lentes, justes ; pouls (110); langue rouge aux bords, blanchâtre au centre et un peu sèche. — Mêmes prescriptions; plus, camphre (6 grains), potasse caustique sur le bubon.
Du 25 , stupeur ; parole embarrassée , délire tranquille ; pouls fort (110). — Profonde cautérisation du bubon, que le malade n’a pas sentie; décoction de kina (1 gros), camphre (10 grains), acide sulfurique (demi-gros). Le soir , même état.
Du 26 , réponses faciles ; stupeur moindre ; pouls (75) ; chaleur à la peau. — Mêmes prescriptions.
Du 27, amélioration. Le malade, selon la coutume des Arabes, demande des alimens. — Diète , mêmes prescriptions.
Du 28 , mieux marqué. — Limonade végétale, deux soupes. Les eschares du bubon ne se détachent pas ; celui-ci prend un caractère stationnaire indolent.
Du 29-30 , l’amélioration va progressivement en augmentant ;
les eschares tombent le 2 , mais le bubon sc ressent. Le malade est bien.
Obs. 23e (8 mai). — Achmed Bennaoui , élève pharmacien de notre école, entré le 8 mai ; vingt-cinq ans ; tempérament mixte, constitution forte ; la veille, vomissemens, vertiges, céphalalgie.
Du 9 au matin , mêmes symptômes ; pouls souple (100); légère chaleur à la peau, faciès naturel, sans stupeur; yeux rouges, injectés; quelques pétéchies sur la poitrine, légère tuméfaction sous l’épaule droite très-douloureuse , au point d’empêcher le sommeil. — Diète, limonade végétale, cataplasme.
Du 10, même état. — Mêmes prescriptions.
Du 11, amendement des phénomènes généraux ; céphalalgie moindre , bubon plus développé et moins sensible.
Du 12, amélioration plus marquée; désir d’alimens. — Mêmes prescriptions, une soupe.
Du 13 , même état : les yeux restent rouges et vifs ; douleurs dans les jambes , le bubon tend à la résolution. — Mêmes prescriptions. Collyre résolutif, alcool camphré pour friction aux jambes.
Des 14 et 15 , même état. — Mêmes prescriptions.
Du 16 , il se joint aux douleurs des jambes un engourdissement et une difficulté des mouvemens ; absence d’évacuations alvines depuis plusieurs jours. — Bol purgatif, ventouses scarifiées sur la région lombaire.
Du 17, impossibilité de fléchir les jambes sur les cuisses; paralysie des fléchisseurs des extrémités inférieures, sans phéno-
mènes généraux ; le bubon a disparu et l’appétit est prononcé.
Vésicatoire sur la région lombaire ; strychnine (un sixième de
grain); les jours suivans on continue le même médicament, en augmentant la dose jusqu’à un tiers de grain. Le malade dit éprouver quelques secousses dans les membres malades.
Du 21, il éprouve déjà moins de difficulté dans les mouvemens; les douleurs des membres malades se sont dissipées en même temps que la paralysie a disparu. L’amélioration se continue, et, au bout d’un mois, le malade est sorti en ne conservant qu’un peu de faiblesse dans les membres paralysés.
DESCRIPTION
üiîs. 24e (8 mai). — Àmbarek Homar, vingt-cinq ans, tempérament mixte , constitution forte ; entré le 8 ; malade de la veille.
Du 8 au matin , céphalalgie , vertiges , stupeur , parole embarrassée , traînante ; réponses incohérentes , délire tranquille , décubitus sur le côté , langue blanchâtre , sèche, rouge aux bords; yeux injectés, larmoyans ; peau chaude, sans pétéchies; pouls fort ( à 100), respiration gênée , fréquente; abdomen ballonné et sensible, bubon inguinal à droite. — -Intusion de valériane (1 once); liqueur d’Hoffmann ( 1 gros) , à prendre toutes les heures; décoction de kina (1 livre), avec acide sulfuiique (1 gros). Mort le lendemain. Sans autopsie.
Gbs. 25e (9 mai). — Mokaured el Feschen : il a été apporté le soir , est mort quelques heures après sans que nous l’ayons vu.
Autopsie, quinze heures après: habitude extérieure, beaucoup de pétéchies livides sur toutes les parties du corps , les deux régions parotidiennes gonflées.
Cerveau sans altération , un peu de sérosité entre les méninges et dans les ventricules , ramifications veineuses sous la duremère, injectées de sang noir.
Cœur : un peu de sérosité dans le péricarde , oreillette droite dilatée par du sang noir sans caillots , quelques légères pétéchies sur la surface extérieure ; les autres cavités contiennent aussi du sang noir et liquide; ecchymoses légères sur la cloison de l’oreillette gauche. Poumons sains.
Abdomen : ecchymoses très - prononcées en relief sur la face abdominale du diaphragme , à sa région splénique. Veine cave : distendue par du sang noir et liquide. Haie : développée plus qu’à fiordinaire , de couleur noirâtre et un peu ramollie. Foie : ecchymoses , pétéchies vers l’insertion de la vésicule ; ecchymoses semblables à celles du diaphragme sur sa face supérieure , suivant la direction et à l’endroit même de l’insertion du ligament suspcnscur; parenchyme sans altération. Les reins contiennent un peu de sang coagulé et ont quelques petites pétéchies dans leurs bassinets. Vessie contractée , contenant un peu d’urine noire; glandes inguinales à l’état normal. Paro-
DE LA. TESTE
tides sans altération*, les glandes lymphatiques et le tissu cellulaiie environnant altérés ; glandes rouges ; le ganglion cervical , qui traverse cette masse altérée , est aussi rouge foncé *, il y a des ecchymoses et du sang extravasé dans les muscles de cette région; la veine jugulaire interne a aussi des ecchymoses dans sa paroi interne. Ces différentes altérations sont encore plus marquées sur le côté gauche ; le reste du grand sympathique est dans 1 état normal.
Tube digestif : nombreuses ecchymoses sur la muqueuse de l’estomac ; intestins grêles , sans altération ; ecchymoses dans les gros intestins, de plus en plus marquées en avançant vers le rectum.
O bs. -26e (9 mai). — Salem Àdalla, domestique de l’hôpital : il est apporté au Lazaret le soir, dans un état de stupeur profonde , ne pouvant se soutenir sur ses jambes ; point de réponses , faciès d’asphixié ; il prononce quelques mots intelligibles ; on le dît malade de la veille. Pouls petit, dur et fréquent; nombreuses pétéchies livides sur l’abdomen et la poitrine , vaste charbon qui occupe les deux tiers de la jambe gauche , bubon à l’aine du même côté. Mort le lendemain matin pendant la visite.
Autopsie vingt-cinq minutes après : habitude extérieure ; mêmes pétéchies et tuméfactions que ci-dessus ; le charbon, incise dans toute sa profondeur, présente une couche épaisse d environ dix lignes , d’un tissu lardacé et infiltré , qui est d’autant plus remarquable que , sur la crête du tibia , où il est situé , il n y a pas ordinairement ou très-peu de tissus sous-jacens à la peau, comme on le voit par la comparaison de l’autre jambe; celle altération est aussi profonde qu étendue en surface ; les tissus de la circonférence sont infiltrés d’une abondante sérosité jaunâtre , mucilagineuse ; les glandes inguinales du même côté sont toutes de la grosseur d’un œuf de pigeon et à l’état de putrilage rougeâtre ; cette altération s’étend aussi aux glandes qui sont au-dessus de l’arcade crurale et dans le petit bassin , tandis que le tissu cellulaire, qui entoure les unes et les autres, est tout-à-fait sain ; seulement il renferme de cette sérosité mucilagineuse (tue nous avons remarquée aux environs du charbon.
Cerveau : substance dans le même état que dans l’autopsie précédente , faite aussi à une époque rapprochée de la mort , c’est-àdire d’une consistance ferme , égale partout , d’une belle couleur, sans aucune altération, pas meme l’injection des ramifications veineuses , point d’ecchymoses , ni de pétéchies nulle part.
Cœur un peu plus développé, sans engorgement, ni ecchymoses, ni pétéchies. Poumons : avec des adhérences sur divers points des parois de la poitrine, et, quoique crépitans, extrêmement rétractés et réduits à un petit volume et vides de sang ; pancréas développé , graveleux , dur , son tissu résistant sous l’incision. Rate et foie : à l’état normal, sans pétéchies ni ecchymoses. Reins : idem.
Le système veineux ne présente pas cette plénitude et cette distension que nous avons remarquées dans la plupart des autopsies précédentes.
Tube digestif: estomac rempli d’un liquide bilieux, noirâtre; toute la muqueuse est d’une belle couleur normale, ainsi que celle de (ont le tube intestinal; seulement quelques légères arborisations dans l’S du colon. On trouve rarement le tube digestif dans un tel état d’intégrité.
Voilà la seconde autopsie faite à une époque rapprochée de la mort , et nous n’avons pas trouvé dans les deux cas les pétéchies , les ecchymoses , les infiltrations sanguines du tissu cellulaire , la plénitude même du système veineux ; c’est ce qui nous rendra plus attentifs à répéter ces sortes d’ouvertures.
Ors. 27e (10 mai). — Banzour, tambour du dépôt, vingt ans, tempérament mixte, constitution forte ; apporté le 10 mai, dans un état de stupeur complet, sans parole; yeux injectés, entrouverts; pouls faible (à 100) ; bubon à base très-large à l’aine gauche. — Le soir on lui fait une affusion en lui jetant deux outres d’eau froide sur la tête et le corps ; acétate d’ammoniaque (demigros) dans une infusion de camomille.
Du 11 au matin, toujours même stupeur, agitation extrême, pouls laible (à 100). — Mêmes prescriptions; large vésicatoire sur la région sincipitale.
Du 11 au soir , rémission assez marquée; le malade parle bien, quoique ses réponses ne soient pas toujours justes, même état du pouls et des autres symptômes. — Nouvelle affusion, et cette fois le malade peut se rendre lui-méme , en trébuchant comme un ivrogne, au lieu où se fait l’affusion. Mort le lendemain , a six
heures du matin.
Autopsie quatre heures après. Habitude extérieure : mulâtre de belle conformation; la couleur de la peau empêche de s assurer s'il v a eu ou s’il v a encore des pétéchies ; tuméfaction très-large
à l’aine gauche.
Cerveau : sans injection extérieure, exsudation séreuse entre les méninges , substance ferme , consistante uniformément partout et sans affaissement , conservant parfaitement sa forme sphérique ; système veineux moins rempli de sang que précédemment ; la veine cave légèrement distendue par du sang noir et liquide, quelques ecchymoses a sa tunique inteine, légères ecchymoses dans le tissu cellulaire qui entoure la carotide ; le système du grand sympathique , préparé avec soin dans toutes ses dépendances , ne présente aucune altération apparente.
Cœur : ecchymoses assez nombreuses à sa surface externe, suivant presque toujours le trajet des veines. Poumons sains, crépitans , vides de sang.
Foie : ecchymoses à l’endroit de l’insertion de la vésicule sans que la tunique cystique y participe ; le parenchyme à l’état normal, avec un peu de tendance à la couleur de foie gras. Raie à l’état normal. Rems : idem.
Tube digestif : estomac rempli d’un liquide bilieux noirâtre, du pointillé, quelques pétéchies vers la région pylorique, encore quelques points rouges dans le duodénum. Tout le reste du canal est sain. Vessie saine , remplie d’urine; région inguinale droite sans altération ; les glandes gauches sont profondément altéiees , trois ont acquis la grosseur d’un petit œuf chacune; leur païenchyme est ramolli , rouge, noirâtre ; le tissu cellulaire environnant infiltré de sérosité ; celte altération se prolonge dans le bas-ventre, le long du trajet du psoas; dans cette région, le tissu cellulaire
DESCRIPTION
est imprégné de sang et se prolonge sur le côté de la colonne vertébrale jusqu’à la région diaphragmatique.
Ors. 28e (15 mai). — Ibrahim Ronzé , domestique à la pharmacie de Thopital , malade de la veille. Céphalalgie , vertiges , légère stupeur, yeux rouges, demi-ouverts; parole traînante , réponses lentes , assez justes ; un peu d’assoupissement , bubon peu volumineux à l’aine droite. — Diète, limonade végétale, saignée (une livre).
Du 16, même état; un peu plus d’assoupissement. — Répétition de la saignée.
Des 17, 18 , 19, amélioration progressive , rougeur du bubon.
■ — Cataplasme, memes prescriptions.
Du 28 , le bubon est ouvert et donne un pus phlegmoneux abondant, accompagné d’un gros bourbillon, de la grosseur d’une noisette. Guérison le 2 juin.
Nous avons plusieurs fois vu sortir des portions considérables de tissu cellulaire en forme de bourbillons ; j’ai vu sortir jusqu’à trois masses , grosses comme une amande avec sa coque , du môme bubon , situé sous l’aisselle , et leur sortie avait lieu à plusieurs journées d’intervalle lune de l’autre.
Ors. 29e (15 mai). — Hussein, aga du dépôt, trente ans, tempérament mixte , malade depuis cinq jours , a eu des vomissemens , vertiges.
Du 16, stupeur, assoupissement, sans réponses , langue rouge, sèche; respiration naturelle, pouls fort (à 100), chaleur à la peau , pétéchies , enduit muqueux sur les lèvres et les dents , point de bubon ni charbon. — Saignée (une livre), limonade végétale , diète.
Du 17, pouls faible , lent; du reste, même état: toujours assoupissement , stupeur. — Diète , limonade végétale.
Du 18 , même état. — Camphre (15 gr.).
Du 19 , toujours assoupissement, stupeur, faiblesse du pouls. — Mêmes prescriptions, ventouses scarifiées à la nuque, puis un vésicatoire sur cette même partie.
DU LA PESTE. 153
Du “>0, légère amélioration: quelques réponses justes , moins d’assoupissement , pouls plus fort et fréquent , langue toujours rouge et sèclie. — Deux vésicatoires aux jambes ; du reste, mêmes
prescriptions.
Du 21, idem, — idem.
Du 22, le malade se pose sur son séant; délire, réponses incohérentes, stupeur, pouls fréquent, assez fort.— Diète, limonade
végétale, camphre (15 gr.).
Du 23 , léger amendement : quelques réponses justes , moins de fréquence au pouls , moins de chaleur à la peau , langue plus
humectée.— Mêmes prescriptions.
Du 24, un peu de stupeur, parole plus embarrassée, traî-
nante; pouls souple (à 80). - Limonade végétale, camphre (10 gr.), une soupe.
Du 25 , respiration un peu fréquente, gênée, abdominale ; stupeur moindre , un peu de délire. — Mêmes prescriptions.
Du 26, amélioration marquée. — Mêmes prescriptions; deux
soupes. .
Des 27, 28 , etc. , l’amélioration continue : guérison le 3 juin.
Obs. 30° (17 »«')■ — Autopsie d’un élève de l’école de Médecine-Vétérinaire , mort dans l’école même , où il est en quarantaine, avant qu’on ait pu connaître la maladie; il avait depuis deux jours une diarrhée très-forte et fréquente, céphalalgie violente. La veille de sa mort , il se plaignit d’une douleur sous l’aisselle. Autopsie une heure après. Habitude extérieure : beaucoup de
pétéchies, peu de rigidité, pas de bubons.
Cœur : rien dans le péricarde , cavités remplies de sang noir , fluide , sans caillots. Poumons crépitans , gorgés de sang.
Foie proéminent sous les côtes , rempli de sang noir et fluide. Reins , rate à l’état sain , quelques taches rouges sur la paroi interne des uretères. Vessie contractée, vide d uiine.
Tube digestif : estomac contenant un liquide bilieux, verdâtre , la muqueuse présente des taches rouges, sous forme d'ecchymoses répandues sur toute sa surface , se continuant dans I intestin grêle , diminuant vers l’iléum et prenant le caractère de
DESCRIPTION
pétéchies en avançant vers le reclum. Veine cave abdominale remplie de sang noir et liquide.
Le crâne n’a pas été ouvert.
Le grand sympathique n’a pas été examiné.
Ors. 31e (17 mai). — Joussouf Homer, du vingt-troisième régiment, quarante ans , tempérament mixte, se dit malade depms plusieurs jours , a eu de la céphalalgie ; vomissêmens , vertiges.
T)u 17, plus de céphalalgie , ni vertiges, ni stupeur; cerveau libre, yeux naturels , pouls fort (à 100) , chaleur à la peau sans pétéchies, langue humide , blanche au centre , rouge aux bords ; point de douleur à la pression ni à l’épigastre , ni à l’abdomen ; bubon inguinal gauche volumineux et douloureux. — Diète, limonade végétale.
Du 1 8 , idem , — idem.
Du 19, pouls petit (à 130), forte chaleur à la peau, stupeur, réponses milles, respiration fréquente, abdominale; diarrhée fréquente. — Diète, décoction de riz gommé, laudanum (15 gr.), à prendre par petites doses. Mort à cinq heures du soir.
Autopsie vingt minutes après. Habitude extérieure : bonne conformation, embonpoint moyen , quelques pétéchies sur la poitrine et le ventre, tuméfaction à large base à l'aine gauche.
Cœur développé; ses cavités remplies de sang liquide sans • caillots, particulièrement l’oreillette droite, qui est distendue et en contient beaucoup. Poumons crépitans et rétractés.
Glandes inguinales , siège du bubon , très - altérées ; une d’elles a acquis la grosseur d’un œuf de poule.
Tube digestif : muqueuse stomacale de couleur normale, dans le fond quelques petites pétéchies imperceptibles, ressemblant â du pointillé léger, et zones d’un rouge vif qui se dirigent en convergeant vers le pylore ; ces mêmes bandes rouges se continuent plus faiblement dans l’intestin grêle , et deviennent des plaques rouges de plus en plus roses dans le gros intestin. Raie , foie , à l’état normal. Reins à l’état normal, à l'exception de quelques points ressemblant à des pétéchies. Vessie contractée , cavité
presque effacée. Veine cave distendue par du sang liquide, pétéchies très-légères et rares à sa paroi interne.
Grand sympathique sans altération apparente.
Cerveau : point d’injection extérieure, transsudation séreuse entre les méninges , ainsi que dans les ventricules, mais en petite quantité ; substance cérébrale ferme , sans affaissement et d une belle couleur, comme nous l’avons déjà rencontrée dans les autopsies faites peu d’instans après la mort, et ici nous n’avons plus trouvé aussi les extravasions sanguines , les pétéchies , les ecchymoses, qu’on trouve dans celles que l’on lait à une époque plus avancée.
Obs. 32e (18 mai). — Pretonaly Ibrahim, élève de 1 école vétérinaire , tenu en quarantaine -, il est malade depuis trois jours; entré le 18 mai : vingt ans, tempérament bilieux , fort.
Du 19, point de céphalalgie ni de vertiges, respiration fréquente, langue blanche , humide , rouge aux bords ; pouls fort (à 100) , peu de chaleur à la peau , sans pétéchies ; cerveau libre , yeux injectés et humides, bubon axillaire gauche.— Saignée (une livre), limonade végétale, diète.
Du 20 , la saignée n’a pas été faite ; respiration gênée , fréquente ; pouls à 100, chaleur à la peau, stupeur, parole traînante , réponses justes , langue dans le même état. Saignée
(10 onces) ; mêmes prescriptions.
Du 21 au matin , même état. — Camphre (10 gr.), liqueur d’Hoffmann (8 gros); — Le soir la respiration est plus gênée;
^réponses nulles.
Du 22, même état : la respiration toujours fréquente et gênée; il entend et comprend ce qu’on lui dit , mais il ne peut répondre.
Pouls petit (à 100). — Mêmes prescriptions.
Du 23 , langue humide et peu rouge, réponses nulles, assoupissement profond , pouls petit (à 120).
Du 24 , même état; pouls irrégulier (à 130), prostration,
décubitus sur le dos. Mort à midi. Sans autopsie.
Obs. 33e (20 mai). — Nasser , infirmier du camp d’ observa-
DESCRIPTION
lion: quarante ans; fort; tempérament bilieux ; malade du 19; entré le 20 au Lazaret.
Du 21, point de céphalalgie ni de vertiges, langue humectée, blanche, rouge aux bords; sans stupeur; poufs fort (à 100), respiration naturelle , légère chaleur à la peau , sans pétéchies; bubon axillaire droit. 11 témoigne de l’appétit. — Deux soupes , limonade végétale.
Du 2*2, idem, — idem.
Du 23 , stupeur, pouls faible (à 100), diarrhée abondante, séreuse ; langue dans le même état. — - Limonade végétale, camphre (10 gr.). Mort le soir à huit heures. Sans autopsie.
Dans tous les cas où une diarrhée abondante a accompagné la maladie , nous avons presque toujours perdu les malades.
Obs. 34e (19 mai).-— Rater Ibrahim, porteur d’eau au service du Lazaret; cinquante ans; constitution détériorée; malade de la veille , entré le 19. Point de vertiges ni de céphalalgie, langue humide, blanche, rouge aux bords ; sans stupeur; pouls assez fort (à 80), bubon axillaire du côté droit, appétit prononcé. — - Deux soupes , limonade végétale.
Du 20, le malade parait bien : il a de l’activité dans ses mouvemens. Cerveau parfaitement libre. Au moment de la visite il est assis sur son lit, se faisant raser la tète ; il ne se plaint que d’une difficulté d’uriner. Il a rendu quelques gouttes de sang au lieu d’urine. La région vésicale est sans douleur ni tuméfaction. Nous avons laissé le malade dans cet état , si peu grave , à dix heures du matin ; à midi il était mort. Pas d’autopsie ; son corps a été réclamé.
Il est à noter que l’aspect de nos pestiférés n’était nullement effrayant; qu’il n’était, sous ce rapport, nullement semblable aux descriptions qu’on nous en a faites. Nous n’avons jamais remarqué des convulsions , du délire furieux , des douleurs atroces, des faces grippées, de couleur plombée. La maladie nous a paru au contraire désespérante par sa marche insidieuse et l’aspect peu alarmant du malade, et souvent par une rémission remarquable de
tout symptôme, ce qui était suivi de la mort au bout de quelques heures.
Ods. 35e (20 mai). — Joseph Bouvier, pharmacien européen, qui , depuis le commencement de l’épidémie , a abandonné son service du Caire pour venir se mettre en quarantaine chez nous. Entré au Lazaret le 20 mai au soir, malade du matin. Il a éprouvé des vertiges , des vomissemens , qu'il attribuait à une
indigestion.
Du 21 au matin, céphalalgie; vertiges très-prononcés , qui l’empêchent de soulever la tète; yeux injectés , humides ; figure grippée , sans stupeur; langue humide , avec enduit blanchâtre très-épais rouge aux bords ; parole facile , réponses justes , pouls peu développé , dur , fréquent (à 100) ; chaleur à la peau, pétéchies, soif vive, vomissemens continuels , bubon sous inguinal , peu développé, sensible à la pression. — Limonade citrique,
diète.
Des 22 , 23 , le malade se maintient à peu près dans le meme état : les vertiges et les vomissemens continuent ; sod toujours très-vive , bubon trcs-développé et douloureux , diarrhée séreuse ,
fréquente. .
Du 26, le bubon a presque disparu ; pétéchies plus nombreu-
ses , céphalalgie très-forte , ’et toujours les vomissemens à chaque fois qu’il prend quelque chose ; face grippée, sueurs abondantes, facultés intellectuelles toujours libres, pouls fort, dur, régulier, (à 120 ) ; forte chaleur à la peau ; sans douleur à l’épigastre.
Du 24 , mémo état ; le bubon a disparu tout-à-fait ; une douleur très-vive, qui part du point qu’il occupait, s’irradie vers l'intérieur du bassin , vers la région vésicale ; le cours de 1 urine est facile et naturel ; insomnie complète depuis quatre jours. — Diète, limonade citrique, infusion de valériane (2 gros),
opium (l gros). .
Le soir, selles plus fréquentes, séreuses, jaunâtres ; face nppotrafique, pouls insensible, froid des extrémités, délire tranquille, loquacité, respiration fréquente, abdominale, et une grande inspiration de temps en temps; léger râle muqueux, yeux injectes, lnr-
DESCRIPTION
moyans; pétéchies livides, plaques érythémateuses de couleur sombre sur la poitrine et le ventre , chaleur profonde et vive dans cette région. — Sinapisme sur le bubon et sur les jambes, potion avec camphre (15 gros), liqueur d’Hoffmann (5 gros). Mort à sept heures du soir.
Autopsie douze heures après. Habitude extérieure : larges plaques livides sur toutes les parties du corps ; les pétéchies sont presque confondues avec les plaques; rigidité des membres.
Crâne : il ne s’écoule pas une seule gcutte de sang à la section des tégumens ; toutes ces parties sont pâles et exsangues ; peu d’injection dans les ramifications veineuses superficielles; un peu de sérosité entre l’arachnoïde et la pie-mère et dans les ventricules ; substance cérébrale sans altération apparente.
Cœur : plusieurs ecchymoses sur la séreuse du péricarde; cavités du cœur remplies de sang noir, légèrement coagulé, sans caillots fibrineux. Foie : parenchyme pâle, se rapprochant de la nature du foie gras. Rate sans altérations. Rems un peu plus gros qu’à l’ordinaire ; quelques ecchymoses dans leurs parenchymes ; quelques pétéchies sur les parois des bassinets; un peu de sang épanché dans leurs cavités.
Glandes cervicales droites ramollies, injectées, entourées de tissu cellulaire imprégné de sang; la portion du nerf vague qui traverse ces tissus altérés est également de couleur rouge ; le névrilème me paraît ne pas participer à cette injection, bien qu’elle pénètre dans l’intérieur du cordon , dans le tissu qui réunit les filets nerveux qui le composent.
Le grand sympathique est sans altération apparente dans toutes ses dépendances.
Ecchymoses sur la paroi externe de l’aorte thoracique, et surtout à son passage par le diaphragme , elle est remplie de sang noir légèrement coagulé. La veine cave supérieure est entourée de tissu imprégné de sang, ainsi que la veine azygos, la veine cave ventrale également ; de plus, quelques petites ecchymoses sur la paroi interne de celle-ci.
Région inguinale droite : glandes développées , endurcies ,
rouges, entourées de tissus également altérés ; la même altération des glandes et du tissu se prolonge dans le bassin et sur le trajet du psoas.
Tube digestif: muqueuse gastrique de couleur normale, léger pointillé et quelques ecchymoses, quelques ecchymoses à l’extérieur de l’iléum; légères arborisations dans le gros intestin, elles finissent entièrement dans le colon droit ; le reste du gios intestin
est sans altération.
Il est à remarquer que la diarrhée , qui a été , presque dans tous les cas que nous avons observés, suivie de la mort, n’a jamais laissé d’altération plus marquée sur le tube digestif , et ceci pourrait fournir un argument de plus aux médecins qui placeraient la cause de la maladie dans 1 alteration des liquides.
Obs. 36e' (21 mai). — Ismaïl , Turc du dépôt , vingt ans , tempérament sanguin , se dit malade depuis plusieurs jours.
Du 21 , faciès naturel , parole un peu traînante , cerveau libre, langue blanche , rouge aux bords } pouls foit (à 90) , un peu de chaleur à la peau, douleur à la pression aux deux aines. — Diète, limonade végétale.
Des 22-23, même état , à peu près. — Mêmes prescriptions.
Du 24, pouls faible (à 100) ; du reste , dans le même état; cerveau libre , faciès naturel -, seulement la parole est lente et traînante * le malade dit être bien. — Limonade végétale, camphre
(10 gros).
Du 25 , mort à deux heures après minuit.
Autopsie six heures après. Habitude extérieure: rien de remarquable • sans pétéchies ni bubon.
Crâne : injection des veines superficielles ; un peu de sérosité entre les méninges *, un peu de sérosité brunâtre dans les ventricules ■ substance sans altération apparente.
Poitrine : un peu de sérosité dans le péricarde *, lien au cceiu .
Poumons sains.
Foie gorgé de sang noir. Pute à 1 état normal. Peins sans altération.
Tube digestif', muqueuse gastrique légèrement point illée, çà et
j 00 description
là quelques rares et faibles taches, qui semblent des pétéchies; même état du duodénum; légère coloration d’une teinte jaunâtre dans divers points du jéjunum et des gros intestins.
Glandes inguinales droites légèrement engorgées ; leur tissu est altéré, de couleur rouge foncée, et ramolli ; celles du côté opposé
sont saines.
Cette observation nous a paru remarquable par îa nullité des symptômes même, quelques heures avant la mort, et 1 absence presque complète d’alterations organiques, à 1 exception de celle des glandes inguinales droites.
Obs. 37e (22 mai). — Bekir Al y. vétéran de garde à l’école d’Abouzabel, cinquante ans, tempérament mixte, constitution usée, parole embarrassée, traînante, tout-à-fait comme dans l’état d’ivresse; il n’a pas précisément du dehre; langue blanche, rouge aux bords ; pouls assez fort (90), strabisme, sans pouvoir nous assurer s’il est dépendant de la maladie. Bubon sous le pli de 1 aine droite, charbon à la partie moyenne interne de la cuisse du même côté. — Cautérisation actuelle du charbon, diète, limonade végétale , camphre (15 grains), décoction de kina.
Le soir il est dans le même état , et à la visite il est assis sur son lit et semble exciter à la plaisanterie ceux qui lui font des questions ; un moment apres il sort de sa tente en trébuchant pour aller prendre de l’eau à vingt-cinq pas de là, rentre sous sa tente sans tomber. — Diète, mêmes prescriptions.
Mort le lendemain à six heures du matin. Sans autopsie.
Obs. 38e (30 mai). — Abdclaï Audelaïm , vétéran de Kauka , quarante-cinq ans, tempérament mixte, entré le 30 mai, malade du même jour ; céphalalgie, vertiges, stupeur, parole traînante, réponses justes ; pouls petit, faible (100) ; langue sèche, blanche, rouge aux bords ; chaleur à la peau , pétéchies nombreuses. Charbon à la racine du petit doigt de la main gauche, avec tuméfaction de toute la main. Une tuméfaction forte, rouge, se prolonge à la partie interne de l’avant-bras, cesse au coude et reprend à la partie interne du bras, et va aboutir à un énorme bubon qui occupe tout le creux de l’aisselle ; diarrhée fréquente. — Diète ,
limonade végétale, décoction de kina avec camphre (1 5 grains). Mort le 31, à trois heures du matin. Sans autopsie.
Les vètemens ainsi que les objets de literie de ce malade ont été conservés, ainsi que ceux des quatre autres sujets ; ils ont été pliés et renfermés dans une caisse en fer blanc, pour servir de matériaux d’expérience hors le temps d’épidémie.
Réflexions . — Les vingt observations qui précèdent sont extraites d’un mémoire manuscrit qui m’a été adressé par M. le docteur Seisson. Ces observations ont été recueillies à l’hôpital d’Abouzabel, collectivement par MM. Seisson, Duvigneau, Perron, Pruner. Je les ai laissés subsister dans l’ordre qu’on leur a donné, ordre suivant lequel les malades se sont présentés à l’hôpital. Quoique nos confrères n’aient point établi de degrés de l’affection, comme nous l’avons fait, on peut cependant facilement reconnaître dans leurs observations différentes variétés de la maladie. On peut voir également, ce que nous avons dit déjà, qu’elle a offert le même caractère , la même physionomie que l’affection qui a régné au Caire, que les diverses médications employées ont produit les mêmes résultats, et que les recherches nécroscopiques ont démontré les memes alterations.
Observations faites à T hôpital de Damiette par M * Émangard.
Nous empruntons les dix-sept observations qui suivent a un mémoire de M. Émangard, imprimé a Paris en 1839. Les laits publiés par ce médecin ont été recueillis pendant la fin de l’année 1835, et le commencement de 1836, époque où M. Émangard fut attaché à l’hôpital de Damiette.
Obs. 39e. — Le 4 chawal (octobre), Sélim-Ali, du corps des baltagis, entra à l’hôpital, ayant un phlegmon considérable de la jambe droite avec gonflement et grande sensibilité des ganglions lymphatiques inguinaux de ce côté. A ces accidens étaient réunis tous les signes qui annoncent l’invasion de la peste, tels que fièvre considérable, peau chaude et âcre au toucher surtout à la région abdominale, langue recouverte d’un enduit blanchâtre très-épais
description
avec rougeur vive formant une espèce de liseré autour de cet organe, délire avec stupeur , efforts automatiques pour sortir de
son lit.
Je me contentais d’observer ce malade à l’affection duquel j’opposai avec succès les saignées, l’eau froide pour boissons , les laveinons émoîliens et la dicte ; mais, le 5 au soir, autie cas mieux caractérisé.
Ors. 40e. — Sidi-Ahmet fut apporté à l’hôpital offrant les symptômes suivans : signes de congestion cérébrale, délire, langue recouverte d’une couche muqueuse d un blanc mat, et rouge dans tout le pourtour ; bubon inguinal du côté droit , du volume d un œuf. La maladie dure depuis quatre jours. — Saignée, eau fraîche pour boisson. Le lendemain 6, le délire a diminué, mais le pouls est petit et fréquent*, il se relève dans 1 après-midi. Ce mieux ne continue pas, le malade meurt à neuf heures et demie du soir.
Nêcroscopie. — Je fis 1 ouverture dix-sept heuics api os la mort, en présence de MM. les docteurs Castagnoni, médecin de S. A. R. le vice-roi d’Égypte, Gaëtani , membre du Conseil général de santé, et Loria, médecin ordinaire de 1 hôpital.
La bouche est remplie d’écume blanchâtre ; la membrane muqueuse de l’estomac est rouge et offre les traces d’une vive inflammation dans toute son étendue, et notamment sa grande couibure, près de l’extrémité pylorique, est d un rouge très-vif et offre dans ses replis quelques ulcérations. La membrane muqueuse de la vésicule du fiel est d un rouge fonce dans toute son épaisseur et son étendue * le foie, plus volumineux que dans 1 état naturel, est de couleur rouge-clair générale. L épiploon est îouge et congesté, la rate hépatisée et rouge, les reins plus volumineux qu’ils ne le sont ordinairement \ le tissu cellulaire de la région inguinale, des deux côtés , injecté et rouge ; les ganglions lymphatiques durs et engorgés depuis la partie supérieure de la cuisse jusque dans la profondeur du bassin et de l’abdomen du côté droit, rouges à la section. Le ventricule droit du cœur est rempli d’un sang très-noir et en caillot, le gauche vide et dans l’état na-
turel. Le péricarde n’offre rien de remarquable. Les poumons sont dans l'état normal.
Tous les vaisseaux de la dure-mère sont énormément engorgés. Les substances médullaire et corticale n’ont subi aucune altération dans leur tissu, ni pour la couleur, ni pour la consistance; mais les moindres vaisseaux sont distendus par le sang, et, si on coupe le cerveau en tranches, on en voit sortir une infinité de gouttelettes d’un très-beau rouge ; sa substance ni ses ventricules ne sont le siège d’aucun épanchement sanguin ou lymphatique ; l'arachnoïde n’a subi aucune altération.
Qbs. 41e. — Le 7 chawaî au soir, on apporta à l’hôpital Àouache-Dachan, soldat au 14e régiment ; ii était mort. Voici ce que racontent les hommes qui l’ont conduit : ce militaire , étant sorti de la tente, tomba, revint disant qu’il était malade; on ordonne de le porter à L hôpital , il meurt pendant le trajet.
Nècroscopie , clix-huit heures après la mort , en présence de M . Loria , médecin ordinaire de F hôpital. — Stature élevée, poitrine large, un peu d’embonpoint. Ganglions lymphatiques de l’aine droite plus volumineux que dans l’état naturel ; le côté gauche n’offre rien de semblable. Le péritoine , l’épiploon , l'intestin grêle, sont rouges et présentent les traces d’une inflammation générale; la vésicule du fiel est remplie d’un liquide sanguinolent, sa membrane muqueuse a une teinte très-rouge; le cœur et les poumons sont dans l’état naturel. Les méninges plus épaisses et rouges, partout la dure-mère très-adhérente, indiqueraient qu’une ancienne inflammation de ces parties aurait existé ; mais un fait remarquable chez ce sujet est celui-ci : la partie supérieure moyenne et postérieure du lobe droit du cerveau avait éprouvé une dépression dont la profondeur et la forme peuvent être comparées à une cuillère à bouche; dans cet endroit, l’arachnoïde, plus épaisse et rouge, contenait dans sa duplicature un liquide séreux de couleur légèrement citrine, et formait une espèce d’ampoule qui remplissait la dépression cérébrale.
Celte disposition de l’organe encéphalique venant à recevoir le
J 04 DESCRIPTION
contrecoup sympathique de la gastro-entéro-péritonite , n’expH-
que-t-elle pas la mort prompte de ce soldat ?
Depuis cet instant jusqu’au 15 du même mois , on reçut dans la salle des pestiférés encore dix militaires ayant des bubons tant inguinaux qu’axillaires avec sympathies moins graves, et qui sont tous sortis guéris ; mais, le 20, quatre malades frappés de la pestela plus fortement caractérisée entrèrent a 1 hôpital.
Obs. 42e. — -Osman, lieutenant au 8e régiment de ca\ al crie , offrait à l’observation les symptômes suivans : pouls lent , stupeur considérable, parole balbutiée et voix enrouée, langue iecouverte d’un enduit blanchâtre très-épais, entourée d’un liseré rouge; chaleur âcre des tégumens de l’abdomen, ganglions lymphatiques des aines engorgés et très-douloureux au toucher. Saignée, eau froide pour boisson, lavemens émolliens, cataplasmes
sur le ventre et les aines, diète.
Le lendemain 21 , le pouls est développé et fort, la stupeur a cessé ; le malade répond mieux aux questions qui lui sont adressées. — Saignée répétée, mêmes moyens.
Le 22, l’assoupissement ne reparaît pas, la langue est tout-a fait humide et dénuée de mucosités-, le pouls est encore tort, mais régulier. — Mômes moyens, moins la saignée.
Le mieux continue chez ce malade , qui est sorti bien guéri
après une courte convalescence.
Ojîs. 43e. — Mohamet-Machal , soldat du 23e régiment, est
dans le même état que le précédent : les mêmes moyens sont employés, résultat plus satisfaisant encore.
Le 21, non-seulement il n’y a plus de stupeur, mais le malade parait bien éveillé. Il avait eu quelques vomissernens, le jour de i’ invasion de la maladie, que la stupeur avait fait cesser; ds ne reparaissent pas. Le ventre est encore chaud, et les ganglions sont le siège d’une sensibilité remarquable. — Lavemens, cataplasmes, eau froide pour boisson, diète.
Le 22, le mieux s’établit de manière à faire espérer que la maladie aura peu de durée : la langue cependant est toujours îouge aux bords et au bout.
DE LY PESTE
En effet, ce militaire, après quelques jours de traitement et de convalescence, est sorti bien guéri. L engorgement ganglionairc s est terminé par résolution comme chez Mustapha-Osman.
Obs. 44e. — Mustapha-llabia, du 23e régiment, était dans un état beaucoup plus avancé que le précédent, lorsqu'on l’apporta à l’hôpital ; le coma était complet. La saignée a fait cesser celuici*, mais, le 21, le malade, quoique e veillé , éprouve encoie de la stupeur *, il parle lentement et articule ma!, il a de 1 eniouemeot, la peau est sèche et chaude, le pouls fréquent, le ventre tusdouloureux dans toute son étendue; les ganglions lymphatiques inguinaux durs, très-développés et doués d’une si grande sensibilité, que le contact des doigts, même léger , arrache des cris à ce malheureux. Les accidens augmentent d intensité, le malade meuit à quatre heures du matin.
Obs. 45e. — Moliamet-Saïdi, du 23e régiment, est malade depuis plusieurs jours ; il est soumis au môme traitement que Mustapha.
Le 21, il s’établit beaucoup de mieux qui n’a pas de durée.
Le 22, conjonctive jaune, sueur visqueuse, yeux fixes et vitreux, sensibilité augmentée des ganglions inguinaux, respiration plaintive, mort.
Autopsie en présence de M. le docteur Bedctn , médecin ordinaire de F hôpital. - — Ganglions lymphatiques inguinaux beaucoup augmentés de volume et rouges dans tout leui tissu , des deux côtés : cette phlegmasie s’étend à ceux du bassin et de l’abdomen. L’estomac contient trois lombrics : rougeur de la membrane muqueuse dans toute son étendue; rougeur plus îcmaiquable à la grande courbure et près du pylore ; duodénum et intestin grêle offrant la même altération. Le foie, la rate ne présentent rien de particulier.
Obs. 46e. — Dans le courant du mois de zilhadé, M. le docteur Loria s’étant trouvé malade, j’ajoutai son service au mien, et je pus remarquer, pendant dix ou douze jours, que presque tous les ( ntrans étaient atteints de gastro-entérites plus ou moins gra\es, e«
j 60 DESCRIPTION
la majeure partie avec accidens cérébraux. Je faisais saigner tous ces malades à la première visite, et je ne leur donnais pour boisson que beau fraîche filtrée. Je joignais à cette médication les lavemens émolliens, les cataplasmes sur le ventre, et la diète était continuée aussi long-temps qu’il était nécessaire. Je puis affirmer que Frisage de ces moyens fut couronné des plus heureux succès.
Dans un des lits de cette salle très-grande (64 lits), se trouvait Finfirmier-major qui avait été tres-malaoe et commençait a aller mieux ; il avait cependant encore beaucoup de fièvre et accusait line grande douleur sous l’aisselle droite. Il paraît que, pendant la durée de la maladie, il avait négligé d’en instruire le médecin. Je fus à la recherche de la cause de cette soufirance , et je trouvai un énorme bubon axillaire que j ouvris et d où il sortit une grande quantité de pus. Cet homme était bien évidemment atteint de peste*, je le laissai néanmoins dans son lit, où ii a giuii sans rien communiquer aux autres, qui presque tous, ayant des gastro-entérites graves, subissaient le traitement dont j ai parlé plus haut.
J’ajouterai que, pendant tout le temps que j ai traite les pestiférés à l’hôpital de l’Esbékié, je n’ai pris aucune précaution *, je touchais les malades à toutes les parties du corps, suivant que le nécessitaient mes investigations. Je faisais en même temps le service de la division des blessés dont je m étais réservé tous les grands pansemens : aucun accident n’a été le résultat de cette conduite qui me paraît concluante. Les mômes chirurgiens faisaient les pansemens et les saignées dans les deux services, et je n’ai pas remarqué que cela fût une imprudence.
Gus. 47e. — Faragal , baltagi , était entré au lazaret de Damiette la veille de mon arrivée , offrant à l’observation des symptômes très-graves*, on le saigna deux fois.
Le lendemain, 8 moharam 1252 de l’hégire, je pris le service, et voici l'état où je trouvai ce malade : stupeur, difficulté à s exprimer, langue muqueuse à sa surface, rouge au pourtour ; pouls fort, chaleur âcre de la peau, ventre chaud et douloureux, billion inguinal du côté droit très-volumineux. —Saignée le matin ,
répétée le soir ^ eau fraîche pour boisson, lavemens émolliens, cataplasmes, diète.
Le lendemain, presque plus de stupeur, mais vomissemens. — Saignée, memes moyens.
Le 1 0 moharam , les vomissemens sont moins fréquens ; le 1 1 , ils ont cessé tout-à-fait. A compter de ce moment, le mieux s’établit et continue.
Le 14, je permets un bouillon; j’augmente les alimens avec précaution.
Il ne reste que le bubon à traiter , ce qui n’empêche pas le malade de se lever. Enfin , le 3 safar , la fluctuation étant évidente, j’en fais 1 incision et donne issue à un pus bien lié. La guérison ne se fait pas attendre long-temps.
Obs. 48e. — Joseph, sergent de baltagis, entre au lazaret le 10 moharam. Face rouge, céphalalgie violente, signes de congestion cérébrale, disposition au sommeil , langue comme le précédent, pouls fort, bubon inguinal du côté gauche. — Forte saignée, diète, eau fraîche pour boisson, lavemens, cataplasmes.
Le 11 , même état. Saignée le matin. Yomissemens très-fré— quens de matières bilieuses foncées , avec efforts considérables , dans la journée. — Saignée le soir, ventouses scarifiées à la région épigastrique, cataplasmes sur le ventre, mêmes moyens.
Le 12, les vomissemens ont beaucoup diminué de fréquence et
sont peu pénibles. — Mêmes moyens, moins la saignée.
Le 13, les vomissemens ont cessé ; depuis ce moment, le mieux
s’établit.
Le 17, le bubon est douloureux, mais à beaucoup diminué de volume. — Incision le 19; la suppuration n’a duré que quelques jours.
La convalescence a été courte ; le malade a repris son service.
Ons. 49e. — Le même jour, est entré Ali-Kalil , infirmier , offrant à peu prés les mêmes symptômes , bubon inguinal du côté droit. — Saignée répétée , eau fraîche, etc. Même îésultat , guérison. Le bubon s’est terminé par résolution.
26S description
Obs. 50e. — Amouad, baltagi, entra, le 13 moharam, au lazaret- il offrait à l’observation les symptômes les plus graves, tant gastriques que cérébraux, un bubon axillaire du côte gauche, un anthrax sur la poitrine du même côté. Je le fis saigner deux fois le jour de son entrée ; mais il ne voulut, ni boire, ni prendre de lavemens ; ce fut en yain que je le fis tenir par plusieuis hommes, on ne put rien obtenir. J attribue cette opiniâtreté plutôt à l’exaltation cérébrale qu’à une mauvaise volonté dépendante du caractère du malade.
Le 14, nouvelle saignée. Dans la nuit du 15, vomissemens, douleur considérable et tuméfaction du ventre, surtout versl hypochondre droit. Saignée, ventouses scarifiées. Tout lut inutile. Mort à cinq heures du matin, le 16.
Obs. 60e. — La femme Faragal, épouse de celui qui fait le sujet de la 13e observation, est atteinte de peste depuis quatre jours et apportée au lazaret dans l’état suivant : vomissemens fréquens, céphalalgie violente, langue rouge au pourtour et couverte d’un enduit muqueux très-épais , bubon axillaire du côté droit. — Saignée, eau froide, lavemens, cataplasmes, diète.
Le soir, les vomissemens ont cessé, la malade dit qu’elle est mieux.
Le lendemain, la douleur de tète n’ayant pas cédé, nouvelle saignée, même traitement (26 moharam).
Depuis le 27, le mieux commence à s’établir ; le 30, je puis permettre un bouillon.
Cependant le bubon ne diminue pas de volume, et, dans la nuit du 2 au 3 safar, la malade en a beaucoup souffert. — Application de sangsues sur la tumeur , ce qui produit un mieux instantané.
Cette femme est sortie bien guérie; le bubon s’est terminé par résolution.
Obs. 61e. — Ibrahim , baltagi , entre au lazaret le 29 moharam , après ma visite du soir; face rouge, vive douleur et pesanteur de tète, état de stupeur, pouls fort, peau chaude et âcre au toucher , surtout à la région de l’abdomen ; bubon inguinal du
coté droit très-volumineux et très- douloureux. — Forte saignée, eau fraîche pour boisson, cataplasmes , lavemens , diète.
Le 30, même état, répétition de la saignée, mêmes moyens.
Dans la journée , vomissemens d une hile jaune. Le soir, à ma visite, plus de stupeur, mais langue sèche, pouls fort, rougeur de la face , céphalalgie , chaleur de la peau. — Saignée.
Le 1er safar, les vomissemens ont continué -, les accidens cérébraux ont cessé , la peau des bras a de la moiteur et le pouls est beaucoup moins fort , celle de 1 abdomen est encore acre au toucher.— Ventouses scarifiées à la région épigastrique, cataplasmes,
mêmes moyens. J’apprends , à ma visite du soir , qu il y a encore eu trois ou quatre vomissemens dans la journée.
Le 2 , il y a trois vomissemens dans la nuit ; le pouls est fort. — Ventouses scarifiées qui donnent peu de sang, nouvelle saignée du bras.
Le 3 , délire dans la nuit , trois vomissemens. Cependant le ventre est souple et moins chaud , le pouls meilleur ; la peau des bras est moite. — Même traitement, cataplasmes, épithemes froids sur la tête.
Le 4 , les vomissemens ont cessé ; il y a eu encore un peu de délire dans la nuit -, cependant le malade répond juste aux questions qu’on lui fait ■ le pouls est bon, la langue se nettoie, le bubon est moins douloureux. — Même traitement.
Le 5, le mieux continue, l’urine est épaisse et abondante et de couleur foncée. — Mêmes moyens.
Le 6 , le mieux se soutient.
Le 7 , je puis permettre un bouillon. Je continue cependant à faire Ëoire de beau au malade. — Deux lavemens , cataplasmes.
Le mieux se confirme de jour en jour ; les alimens sont augmentés avec précaution. Un point du bubon offrant de la fluctuation , j’en fais l’incision. La cicatrisation a été prompte; le malade est sorti, le 19 safar, bien guéri.
Ods. 62e. — J’aurais pu ajouter encore plusieurs observations
d’élèves ou de militaires atteints de peste bien
caractérisée , tous
avant des bubons, traités de la même manière que ceux qui sont
DESCRIPTION
le sujet des histoires précédentes , et qui tous ont guéri. Je n a- Nais perdu, depuis un mois, qu’Amouad, baltagi, dont 1 observation est rapportée dans ce mémoire, lorsqu’on apporta Madi, domestique de l’iiôpital , vieillard infirme, d’une obésité maladive remarquable. Avant d’être atteint de la peste, il portait une gastro-duodénite chronique. Cet homme avait des vomissemens de bile cystique , la face décomposée , la respiration plaint ne. C eut été le cas des saignées locales ; manquant de sangsues , je le fis saigner. Les accidens n’en marchèrent pas moins ; la mort, le lendemain , ne justifia que trop le pronostic que j avais poi ié.
Ors. 63e. — Un domestique était, depuis quatre jours, atteint d’accès réguliers de fièvre , avec accidens gastro-céphaliques ; comme on prit cette maladie pour une fièvre intei mittente quotidienne ordinaire , on négligea de me le faire voir. Ce ne lut que le 7 safar , pendant l’apyrexie , qui ressemblait plutôt à une agonie , qu’on l’offrit à mon observation. Le pouls était petit et fréquent, la peau couverte d’une sueur gluante et froide; un énorme bubon inguinal du côté gauche existait.
Porté au lazaret, il eut son accès à l’heure ordinaire, marqué par une très-grande chaleur, pouls fort et vomissemens frequens avec efforts considérables. Je fis pratiquer une saignée qui parut
apporter du soulagement; une seconde fut faite le soir. Dans la nuit, évacuations abondantes de matières fétides , appaiition de pétéchies , faiblesse et petitesse du pouls. Mort le matin, lende-
main de son entrée au lazaret.
Ces deux morts ayant été aussitôt réclamés par leuis païens, je ne pus procéder à l’autopsie.
Ors. 64e. — J’ai déjà donné un exemple de rechute après guérison de la peste. Il sera d’autant plus important d en donnei un second, que j ai dans ce moment sous les yeux, qu un piéjugé dangereux existe sur 1 impossibilité de ces récidives. 11 est reçu qu’un individu qui est atteint de peste ne peut plus 1 être pendant la durée de la même épidémie.
Assanin, porteur d’eau, était entré au lazaret dans le commen-
cernent de safar; il offrait tous les signes qui caractérisent la peste : vomissemcns , céphalalgie , bubon inguinal du côté gauche , etc. La maladie , attaquée de suite par les saignées , 1 eau froide et la diète , avorta. 11 n’est pas possible d’obtenir un succès plus prompt et plus décisif.
Sorti le 19 safar, il avait repris ses occupations et paraissait se bien porter, lorsque, le 4 du mois suivant (rabiawel), il fut de nouveau frappé de la peste. Cette fois, le bubon très-volumineux était du coté droit, la langue sèche, vomissemens, céphalalgie, peau chaude et acre , surtout à la région abdominale -, pouls fort et vif. Deux saignées en douze heures et le traitement ordinaire ont de nouveau fait avorter la maladie. Aujourd’hui , G rabiawel , il est tout-à-fait hors de danger.
Cette fois, je ne lui permettrai de reprendre ses travaux et son régime ordinaire qu’après le retour complet de ses forces par une alimentation convenable à son état.
R c flexions. — Ces observations de notre confrère montrent le peu de gravité qu’a présenté la maladie à Damiette, et la différence d intensité de l'affection, suivant les localités diverses; car sur un grand nombre des pestiférés entrés à l’hôpital de Damiette (nous ne pouvons en préciser la quantité ; M. Lmangard ne 1 indique pas dans son mémoire) , sept malades seulement ont succombé. M. Émangard , comme on peut le voir par ses observations, s est adressé exclusivement pour la thérapeutique à la médication antiphlogistique, et c’est à sa méthode qu’il attribue les nombreuses guérisons qu’il a obtenues. Pour nous, ainsi que nous 1 avons dit déjà, nous n’adoptons pas entièrement les idées de M. Émangard sur la nature de la maladie ; nous ne croyons pas que la peste ne soit autre chose que le suprême degré de la gastro-entérite , et nous pensons que les succès de la médication anti-pldogistique a son explication naturelle dans le peu d intensité delà maladie, qui a permis à la plupart des pestiférés d’arriver a guérison, indépendamment des secours de l’art.
Observations recueillies par MM . Aubert et Rigciud a l hôpital
cV Alexandrie.
Obs. 65e. — Le nommé Piétro Borgoglione, Grec d origine, cuisinier , âgé de quarante-cinq ans , d'une constitution sanguine, bilieuse, adonné à la boisson , est entré dans 1 hôpital européen d'Alexandrie le 5 mai a midi. Il était malade depuis vingt-quatie heures ; il avait éprouvé au début douleurs de teteet vormssemens.
Le 5 mai, deux heures après-midi , état présent, physionomie hébétée, regard morne, conjonctives légèrement injectées, démarche chancelante et presque impossible , langue un peu blanchâtre au centre , naturelle à sa pointe et sur ses bords-, nulle douleur à l'épigastre et au bas-ventre. Il avait vomi, pas de selles, pas de changement notable dans le cours des urines, respiration libre, pouls tumultueux , inappréciable quant à la fréquence ; température naturelle de la tète, douleur générale de la tête, gravative. Le malade répond aux questions qu'on lui adresse ; mais on est obligé de vaincre une certaine paresse dans ses réponses en reitérant les questions. Aucune douleur dans les membres, excepté à la partie moyenne de la jambe droite. Cette partie ne présente à la vue aucun changement.
Traitement. Saignée de vingt onces. Le malade éprouve une légère défaillance. Quatre bouteilles d eau chaude sont mises aux extrémités ; tisane sudorifique de sureau , tiède.
Le 5 mai , à cinq heures , le pouls a perdu de sa fréquence; ii donne 140 pulsations à la minute. La douleur de tète a diminué; cependant le malade s'en plaint toujours, il paraît être dominé par la crainte de la peste ; il demande si l'époque où il sortira de son incertitude est éloignée, on le rassure. — Vingt sangsues au cou.
Le 6 mai , deux heures du matin , les piqûres des sangsues coulent encore ; elles ont donné beaucoup de sang ; pas de sommeil , le malade paraît être dans un état de somnolence, la langue est un