De la Philosophie Scolastique, etc
Au mois de mai de l’année 1845, l’Académie des Sciences Morales et Politiques mit au concours, pour le prix à décerner en 1848, le sujet suivant : Examen critique de la Philosophie Scolastique. Un programme fut joint, sui-
vant l’usage, à ce titre sommaire, et voici dans quels termes s’exprimait l’Académie :
« 4° Les concurrents renfermeront leurs recherches dans l'étude de la Philosophie Scolastique en France, et particulièrement dans l’Université de Paris, la France ayant été, au moyen-âge, la lumière de l'Europe, et l’Université de Paris la mère de toutes les autres Universités, françaises et étrangères; à
# Les concurrents s’attacheront aussi à la grande époque, à l’époque classique de la Philosophie Scolastique, à savoir celle qui remplit le treizième et le quatorzième siècles, qui commence à l'introduction, en France, de la Métaphysique et de la Physique d’Anistote, et des commentateurs anciens de ces deux ouvrages, par le moyen de traductions latines, et qui
ET AVERTISSEMENT se termine à peu près au concile de Florence et à la prise de Constantinople, c’est-à-dire à l'introduction en Europe des autres monuments et des autres systèmes de la philosophie grecque ;
8° Parmi les discussions des écoles rivales, au treizième et au quatorzième siècles, les concurrents sont invités à donner une attention toute particulière à la querelle du réalisme, du conceptualisme et du nominalisme ;
4°-Les concurrents ne se borneront point à retracer l’histoire des écoles et des systèmes; ils rechercheront la part d'erreur, et surtout la part de vérité, que ces systèmes et ces écoles peuvent contenir : ils s’appliqueront à dégager et à mettre en lumière ce qui, soit parmi les principes, soit parmi les procédés, soit parmi les résuliats que nous a légués la Philosophie Scolastique, pourrait encore être mis à profit par la philosophie de notre temps.
5° L’Académie recommande aux concurrents de se renfermer dans le domaine de la philosophie proprement dite, et de rester étrangers à celui de la théologie, autant, du moins, que le permettra le lien intime de ces deux sciences, au moyen-âge.
Nous devions suivre ce programme. Jugeant que, parmi les Mémoires envoyés au concours, le nôtre s'éloignait le moins de la voie tracée, l'Académie l’a couronne. C’est un grand honneur qu'elle a fait à un iravail dont On n’a pas manqué sans doute de lui sigoaler les imperfections. Mais l'Académie devait être indulgente : en exi-
AVERTISSEMENT LU geant d'immenses recherches, et en imposant à ce labeur le terme de deux années, elle ne pouvait atténdre de nous une œuvre achevée dans toutes ses parties.
Etant sur le point de comparaître devant un nouveau juge, le public, nous prenons soin de lui faire connaître ces conditions et ces circonstances. Ainsi, nous ne lui offrons pas une histoire de la philosophie scolastique, mais un Mémoire sur l'époque classique de cette philosophie. Ce sont les termes du programme.
On nous aurait permis peut-être de remettre notre ouvrage sur le métier et de le donner à l'impression revu et considérablement augmenté. L'usage semble, en effet, autoriser ces additions et ces corrections. Nous en avons fait quelques-unes, celles que nous estimions indispensables; mais nous n'avons pas cru devoir user plus largement de cette liberté : la sentence prononcée par l’Académie pouvant être déférée au public par divers concurrents, il est bon qu'il soit admis à se prononcer sur des pièces sincères.
Si la publication de ce Mémoire a été trop longtemps ajournée, ce retard n’a pas eu d’autre motif que l'accomplissement d’un grand devoir. Nous ne sommes pas dans un temps où la vie parlementaire laisse beaucoup de loisirs. -