‹ De la pigmentation des muqueuses dans la mélanodermie phtiriasique et du diagnostic différentiel de cette affection avec la maladie d'AddisonChapitre 5 sur 29 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Nous pouvons diviser cet historique en deux parties principales : tout d’abord la partie qui a trait à la maladie des vagabonds, et en second lieu, la partie qui a trait à l'existence de la pigmentation des muqueuses et de l’asthénie dans cette maladie.

Il ne semble pas que la pigmentation due aux parasites ait été connue des anciens auteurs ; elle parait avoir été confondue avec la teinte due à l’accumulation de la crasse sur la surface du corps et c’est à la fin de l'avant dernier siècle, en 1781, que Blumenbach note ce fait, que les anatomistes avaient souvent entre les mains des cadavres de miséreux qui, par la couleur de leur épiderme, se rapprochaient plutôt des nègres que des Européens.

Albert, au début du siècle dernier, signale un cas de mélanodermie phtiriasique dans son Traité (héorique et pratique des maladies de la peau (1810). Sous le nom d’éphélides scorbutiques, il publie trois cas dont l’un se rapporte sans doute à une pigmentation parasitaire :

« Un mendiant qui couchait dans les granges, dans

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les écuries et dans tous les lieux malsains, n'avait pas changé de linge depuis 8 mois. Quand :l se présenta à | l'hôpital Saint-Louis, sa peau était noire sur plusieurs points. Cet individu avait longtemps souffert de violentes démangeaisons. »

Dans une édition ultérieure, Albert désigne sous un autre nom ces cas de mélanodermie et leur donne l’appellation de panne mélanée, mais 1l ne voit pas la cause exacte de cette affection ; il pense qu’elle réside dans des mauvaises conditions hygiéniques ou qu'elle réside dans de violentes impressions morales. « Il est probable que ces teintes morbides plus ou moins foncées s'effectuent par une modification particulière subie par le sang dans le réseau vasculaire qui surmonte le derme : telles sont les taches d’un brun noirâtre ou d’un fauve obscur qui se manifestent principalement sur la peau des mendiants, de tous ceux qui vivent dans les prisons, qui ne changent jamais de linge lorsque la peau est continûment altérée, les individus ressemblent à des ramoneurs... »

« ... Un homme demandant l’aumône dans les rues et les carrefours et manquant quelquefois des choses Les plus nécessaires à la vie, éprouva des démangeaisons incommodes dans loutes les parties de son corps, à ces démangeaisons, succédèrent des taches d’abord grisâtres puis d’un brun café, elles s’élargirent au point d'occuper une place considérable. Dans les parties saines, la peau était d’un blanc d’albâtre analogue à celui du tégument des cadavres. »

Il semble qu'il s'agisse sans aucun doute d'une observalion de maladie des vagabonds.

J1 faut cependant arriver à Chomel pour trouver men-

dre

tionnée l'existence des parasites. L'observation de Chomel est relatée dans le Bulletin de l'Académie de médecine de 1814 ; il s’agit d’un homme chez lequel la peau du tronc dans toute son étendue était de couleur noire très manifeste : la coloration était maxima au niveau des parties latérales du thorax et de l'abdomen. En avant, sur la ligne médiane, il n'existait qu'une teinte seulement jaune noirâtre, en arrière de même ; mais la pigmentation était très marquée au niveau de la colonne vertébrale. La peau des membres était moins noire, surtout aux extrémités, les pieds et les mains étaient jaunâtres, le visage était seulement basané, la peau était partout sèche, mais non rugueuse : enfin le malade présentait une cachexie très marquée, de l'oppression légère, une sensibilité extrême à l’action du froid; les pieds, les jambes et les cuisses étaient œdematiés. Le malade succomba rapidement à une pneumonie deux semaines après : 1l n'y avait pas de lésion des capsules surrénales.

En 1861, Boucher de la Ville-Jossy publie deux cas de mélanodermie généralisée avec cachexie dans les Bulletins de la Société médicale des hôpitaux, mais il ne rapporte pas la mélanodermie à sa véritable cause ; après avoir cherché à l'expliquer par une cause médicamenteuse, par la maladie d’Addison, par des lésions secondaires au lichen ou au prurigo, par la pigmentation tuberculeuse, il arrive à cette conclusion que létat cachectique de son malade a provoqué la déviation pigmentaire qu'il présente. Le froid et l'humidité en sont la cause, dit-il, et, sans cependant considérer cette interprétation comme incontestable, 1l la propose à ses

collègues de la Société médicale dés hôpitaux sans provoquer de discussion.

Martineau, dans sa thèse de Paris (1863) sur fa maladie d'Addison, relate un cas de mélanodermie parasilaire que l’on avait considéré d’abord comme une maladie d'Addison.

En 1864, Greenhow présente à la Pafhological Society of London un cas de pigmentation de la peau simulant la maladie d'Addison : 1l s’agit d’une femme de 65 ans, entrée à Middlesex hospital; qui présentait depuis deux ou trois ans de la faiblesse ; depuis plusieurs mois elle vivait dans la misère et était couverte de vermine. Elle n'avait eu aucun trouble digestif et sa faiblesse était très augmentée dans les dernières semaines qui précédaient son entrée à l'hôpital ; sa peau était profondément bronzée, sur la poitrine et dans le dos, plus légèrement sur les membres. Un iraitement à l'hôpital l’améliora beaucoup. elle revint à un meilleur état. Après quelque temps de séjour à l'hôpital, les troubles de pigmentation regressèrent spécialement sur le dos et sur les épaules et la santé redevint parfaitement bonne. L'auteur rapporte ce cas en montrant les possibilités d'erreur de diagnostic avec la maladie d’Addison.

On trouve également dans la thèse de Gillet (Paris, 1861) une observation de mélanodermie avec état cachectique chez un malade couvert de poux et de lésions de grattage. Le même auteur rapporte aussi dans le même travail deux observations de mélanodermie phtiriasique sans cachexie.

Fabre (de Commentry) dans sa thèse (Paris, 1875) a étudié spécialement la mélanodermie parasitaire, mais

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il ne s’est guère attaché qu’au changement de coloration des téguments.

Enfin, Portalier, en 1882, publie une observation

recueillie dans le service du professeur Fournier où il

attribue très nettement à la présence des poux du corps une pigmentation très marquée du tronc chez une malade ; l'absence de coloration pigmentée des muqueuses, l'absence des vomissements, de douleurs lomboabdominales et hypogastriques et enfin l'amélioration rapide de la maladie ont confirmé le diagnostic de M. Fournier qui éliminait la maladie d’Addison pour s'arrêter à la mélanodermie phüiriasique.

Jusqu'ici, tous les cas que nous avons vus se rapportaient à des mélanodermies cutanées et l’opinion générale était qu'il n'existait pas de dépôts pigmentaires dans les muqueuses dans la maladie des vagabonds. Cette pigmentation des muqueuses a même été considérée comme un signe caractéristique permettant de distinguer sûrement la maladie pseudo bronzée de la maladie bronzée vraie. Telle est l'opinion de Ball dans son article Maladie bronzée du Dictionnaire encyclopédique des Sciences médicales.

Il faut arriver à la publication de M. Thibierge (1891) pour trouver des exemples de pigmentalion des muqueuses dans la maladie des vagabonds. Nous allons rapporter maintenant l'historique de ce point particulier.

M. Thibierge rapporte dans les Bulletins de la Société médicale des hôpitaux de Paris l'observation d’un sujet atteint de la maladie des vagabonds, c'est-à-dire de phtiriase avec mélanodermie portant aussi des

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taches buccales pigmentaires. Dans son travail, il rapporte également deux observations analogues et antérieures de son maître, M. Besnier, dont l’une a été publiée dans les Annales de Dermatologie et de Syphiligraphie et dans la discussion qui suit la communication de M. Thibierge, M. Chauffard ajoute à ces trois observations une nouvelle observation personnelle.

Si l'on remonte plus haut, on trouve cependant des mentions de cette pigmentation buccale dans une observation de Leudet rapportée dans la thèse de G. Pouchet (Paris, 1863) et même, si l'on analyse avec soin l’observation de Greenhow que nous avons déjà rapportée, on trouve que son malade présentait quelques lignes sombres sur les lèvres et quelques points légèrement bruns sur la muqueuse buccale : malgré cette constatation, Greenhow écarte le diagnostic de maladie d’Addison.

Grisel, dans sa thèse de Lyon (1892), rapporte une observation qu'il a recueillie dans le service du professeur Bondet : le malade de M. Bondet était fortement pigmenté, couvert de phtiriase et la coloration bronzée unie à une asthénie prononcée faisait immédiatement naître à l'esprit l’idée de maladie d’Addison. La présence de taches pigmentaires sur les muqueuses buccales semblait confirmer ce diagnostic. Cependant M:-Bondet fit des réserves en se rapportant aux cas antérieurs de M. Thibierge. C'est sous son inspiration que M. Grisel consacra sa thèse à l’étude de cette affection.

M. Danlos a présenté le 9 décembre 1897, à la Société de Dermatologie et de Sÿphihgraphie, un malade depuis longtemps phüriasique chez lequel outre la mélanodermie on pouvait constater des taches de coloration ardoisée

siégeant sur la face interne des joues, sans qu'il y eut d'autre signe de maladie d’Addison. Nous retrouvons cette observation dans la thèse de Cavanié (1897-1898) à laquelle elle a servi de base.

P. Chan, dans les Annales de Dermatologie et de Syphiligraphie de 1900, rapporte une observation qui a été prise dans le service du professeur Teissier, de Lyon. Il s’agit là encore d'un homme présentant de la mélanodermie cutanée, de la pigmentation des muqueuses avec asthénie ; tout semblait permettre de faire le diagnostic de maladie d'Addison, mais 3 mois après son entrée à l'hôpital, le « soi-disant addisonien » réconforté par les soins et la nourriture de l’hôpital, ne présentait plus son aspect cachectique du début, 1l avait repris du poids et une teinte plus colorée, sa mélanodermie s'éclaircissait chaque jour et enfin les {aches pigmenaires de la bouche avaient complètement disparu. Le malade, quelques jours après, quittait l'hôpital bien portant.

Plus récemment, M. Duplantier, dans une thèse de Paris (1905-1906) apporte une nouvelle contribution à l'étude de la pigmentation des muqueuses dans la mélanodermie phüriasique. Il publie plusieurs observations -de pigmentation des muqueuses dans la maladie pseudo bronzée. |

Enfin, dans le service de la clinique médicale de l’'Hôtel-Dieu, M. le Professeur Dieulafoy a pu observer un cas de maladie des vagabonds avec pigmentalion des muqueuses, que ses élèves Le Play et Déhu ont présenté en 1906 à la Société de Dermatologie.

Nous sommes donc en présence de quelques obser-

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