‹ De la place de l'homme dans la natureChapitre 3 sur 49 · PRÉFACE DE L’AUTEUR · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE L’AUTEUR

quer d’un respect légitime envers un homme aussi éminent (1).

L’argument de mon Essai sur les relations de l homme et des animaux inféi'ieurs, jwjut se résumer simplement de la façon suivante :

Les différences de structure entre l’homme et les primates qui s’en rapprochent le plus, ne sont pas plus grandesque celles qui existent entre ces derniers et les autres membres de l’ordre des primates. En sorte que si l’on a quelques raisons pour croire que tous les primates, l’homme excepté, proviennent d’une seule et même souche primitive, il n’y a rien dans la structure de l’homme qui appuie la conclusion qu’il a eu une origine différente.

J’ai examiné avec l’attention la plus soutenue les nombreuses critiques que ces Essais ont provoqués pendant ces cinq dernières années, mais je n’ai pu en rencontrer qui, au plus petit degré, affaiblissent leurs arguments.

La polémique au sujet du cerveau (p. 250) est close; tous les anatomistes loyaux et compétents se sont

( I ) Le lecteur voudra Lien supprimer à la page indiquée les mots : qu'il aurait faite, et les remplacer par : qu’on aurait jaitc (ligne 14). J’ai, en effet, attribue ü Lamarck la promesse et la formule d'une doctrine • sur le progrès continu cl régulier des formes organiques, the ordained con~ tinuous becoming of organic formt, » tandis que celte formule et celte promesse sont ducs k un célèbre naturaliste anglais que nous ne nommerons pas, puisque M. Ifuilcy n'a pas jugé à propos de le nommer, et à qui reviennent de droit les critiques de M. Huxley. Pour comprendre que ces critiques .s'adressaient à ce naturaliste, il fallait savoir que la formule obscure et à peu près intraduisible que nous citons était de lui. On nous excusera sans nul doute de l'avoir ignoré. (Trad.)

POÜU L'ÉüniON FHANÇAISE. vu

depuis longlemps déclaics en ma faveur. Il n’csl pas jusqu’au léger doulc que j'ai élevé au sujet de l’absence prétendue du corps calleux dans les mammifères inférieurs (p. 226) qui n’ait reçu sa jusliflcation complète des admirables recherches de M.Flower (1). qui établissent l’existence du corps calleux chez tous les mammifères.

Quant à la main et au pied, les seules objections im}Aortanles aux vues que j’ai émises, sont venues du regrettable Gratiolet et du professeur Lucæ. Ce dernier a été, à mon avis, complètement réfuté par M. Mivart, dans un laborieux mémoire sur /es Appendices du squelette des primates (2), quant au premier, je dirai seulement que je ne puis bien saisir la portée de ses raisonnements.

En fait, le long fléchisseur du pouce, au sujet duquel on a tant écrit, existe chez le chimpanzé, (quoique peut-être il n’y existe pas constamment) et se montre, bien développé, chez Vliylolmtes.

En résumé, je tiens maintenant pour démontré que les différences anatomiques du ouistiti et du chimpanzé sont beaucoup plus grandes que celles du chimpanzé et de l’homme. De sorte que si des causes naturelles quelconques ont sufli pour faire évoluer {to évolué) un même type souche, ici eu ouis-

{!) Flower, PhiloMphical Transaciioiis.

(2) Mivart, Philosopincal Transactions. 1807.

VIII l-RÉFACE DE L’ALTEDD

lili, là eu chimpanzé, ccs mêmes causes ont élé suliisanles poue, de la même souche, faire évoluer (to évolué) l’homme.

Quant à la question de savoir si les causes naturelles peuvent ou non produire ces transformations, je ne m’en mêle pas, satisfait de la laisser aux mains puissantes de M. Üarwiii.

Ayant ainsi fait la part aux critiques de mes adversaires, un mot ou deux maintenant en réplique à celles qui me viennent de régions amies.

Mon excellent traducteur, par exemple, est l’im des nombreux écrivains (jui ont blâmé (|i. ‘252) l’usage des mots abîme et (iouffve,i\ui\u(\ je parlais des différences qui existent entre riiommc et les singes.

Mais CCS mots rendent exactement ce que je dois en comprendre.

Il m’arriva un jour de séjourner durant de nombreuses heures, seul, et non sans anxiété, au sommet des Grands-Mulets. Quand je regardais à mes pieds le village de Chamounix, il me scmhlail qu’il gisait au fond d’un prodigieux abîme ou gouffre. Au point de vue pratique, le gouffre était immense, car je ne connaissais pas le chemin de la descente et si j’avais tenté de le retrouver seul, je me serais infailliblement perdu dans les crevasses du glacier des Bossons; néanmoins je savais parfaitement que ]c gouffre qm me séparait de Chamounix, quoique dans la pratique inlini, avait été traversé des centaines de fois par ceux

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qui connaissaient le clicmin el possédaient des secours spéciaux.

Le scnlimcnt que j’éprouvais alors me revient quand je considère côte à côte un homme et un singe; qu’il y ait on qu’il y ait eu une route de l’un :i l’autre, j’cu suis sûr. Mais maintenant, la dis-* tance entre les deux est tout à fait celle d’un abîme iplmiily abysmiil),ùl, pour mon compte, j’aime mieux reconnaître ce fait aussi bien que l’ignorance où je suis du sentier, plutôt que de me laisser choir dans une des crevasses creusées aux pieds de ces cberebenrs impatients, qui ne veulent pas attendre la direction d’une science plus avancée que celle du temps présent.

.1. Tii. Huxley.

Lniidoii, Gcological Musciiin, Jennyn slreel.

15 iiovcmlirt' 18(57.

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