‹ De la Plata à la Cordillère des AndesChapitre 106 sur 273 · RIT STE · texte numérisé non relu

RIT STE

blissement de la station et de ses dépendances et l’oblige à fractionner deux à trois mille hectares autour de la gare, pour bâtir un village ou pour les mettre en culture. Dans ce dernier cas, elle court le risque qu’au bout de cinq ans l’estanciero renvoie les colons pour les remplacer par des vaches, ce qui refait le pays désert.

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L'heure du déjeuner approche: nous passons au wagon-restaurant.

En face d’un gentleman correct et chauve, en veston gris, pantalon blanc et souliers jaunes, haut col et cravate bleue, un capataz est assis, front bas, moustaches noires et raides tombantes, à la Japonaise, teint jaune, foulard rose. Il mange avec son couteau, et ignore l'usage de la serviette qu’il a laissée pliée. Un Franciscain cause familièrement avec une femme | assise derrière lui. Après le repas, il fume un gros | cigare. Vis-à-vis, un vieux et une vieille : lui, type Ë

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de cacique au poil rare et grisonnant, aux pommettes saïllantes ; elle, brune, sorte de quarteronne, les cheveux noirs protégés par un voile brun.

Quand ils s'arrêtent de manger, quelques voyageurs corrects, pommadés et cirés, feuillettent gravement un petit magazine illustré, plus riche de photographies que de texte, et qui s'appelle Caras y Garetas. Un Américain du Nord, parlant haut et du nez, d'un accent vulgaire, et qui a bu force coktails avant de déjeuner, est assis près d’un Anglais silencieux et rêveur, aux yeux bleus, qui fume une courte

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pipe de bois et avale autant de whisky que lautre de coktails, tout à l'heure. Après le repas, 1ls Joueront aux dés leurs consommations.

Point de menus. La plupart des gens n'en réclament pas. On leur donne à manger, voilà tout. Et comment! Un garçon apporte les plats d’un air dégoûüté et nonchalant, et il semble dire : « Débrouillez-vous, vous quatre ! » Ge n’est pas que ces serviteurs soient occupés. Très souvent, ils se tiennent debout, près de vous, et vous regardent servir à leur place. Car je lai dit, il est d'usage ici que le voyageur placé à un bout de table distribue leur pitance à ses compagnons de route.

Des milliers de mouettes rament dans ie ciel bleu. Leur vol semble de loin une tombée de neige épaisse et papillonnante. Posées au bord des mares, on dirait d'éclatantes fleurs blanches, éparses. Des carcasses de bêtes, sur l'herbe roussie, ont l’air de grandes vanneries abandonnées.

Parfois le terrible pampero soulève assez de sable pour obstruer la voie et former des medanos. Afin de fixer ces sables mouvants, la Compagnie crée des pépinières où elle élève des arbustes qui servent aussi à mettre un peu d'ombre dans les gares exposées, en rase campagne, à toutes les ardeurs du soleil et aux fureurs des rafales. Les voyageurs qui attendent sur les quais sont bien aises de les trouver. Et puis l’exemple est bon. Ainsi se vérifie encore le rôle d’initiateur des Compagnies anglaises, intéressées directement aux progrès matériels du pays.

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