‹ De la Plata à la Cordillère des AndesChapitre 128 sur 273 · TT NN · texte numérisé non relu

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la vendange, sa bodega travaille journellement 550,009 kilogrammes de raisin. La maisow n’exploite que 700 hectares de vignes qui produisent un peu plus d’un million de kilogrammes de raisin, mais elle en achète d’autre part vingt millions à de

petits vignerons'. Cette année, la firme a vendu

250,000:hectolitres. Or, Le vin coûte au consommateur de 60 x 66 centimes le litre, soit de 1184152 francs la barrique de deux hectolitres, fût compris. Ajoutez-y les 2,000 hectolitres d'alcool distillés annuellement. Voilà de jolis revenus. Le propriétaire lui-même m'avoue que le capital rapporte ici de 25 à 40 p. 400.

Les Italiens laborieux ne furent pas seuls à s’enrichir.. Un des gros propriétaires. du pays, M. Arizu, d'origine basque espagnole, qui lui aussi débuta comme ouvrier vigneron, possède aujourd'hui une fortune de 11 millions de francs. Et un Aragonais, M. Escorthuelo, qui pousse touJoursla charrue comme un capataz, est en train de se faire bâtir à Buenos- Aires une maison de rapport de deux millions, après en avoir gagné une douzaine à Mendoza.

Les fortunes seraient plus nombreuses et plus rapides encore si l’esprit de: solidarité: unissait ces fabricants. [l est heureux pour le consommateur que celte solidarité wexiste pas. Voici l’anecdote topique que j'ai recueillie à ce sujet :

Cette année, tout au début de la vendange, les viticulteurs du groupe Tomba achetèrent leur raisin 1 ir. 29 les 46 kilogrammes, sans consulter leurs concurrents ligués autour de Giol et Gargantini (car

1. Ce. raisin se vend 7 fr. 25 l2s 46 kilos pris dans la vigne, [a vendange étant faite au compte de l’acheteur.

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les deux grandes maisons ont chacune leurs partisans). Aussitôt ceux-ci déclarèrent :

— Ah! vous achetez à 7 fr. 25 sans nous consulter”? Nous vous ferons voir qu'il faut compter avec nous. »

Ils décidèrent de ne rien acheter, ce qui fit aussitôt tomber les prix. En même temps, conséquence naturelle, le prix du vin baissait à Buenos-Aires. Puis dès qu’il jugea les prix assez bas, le groupe Giol et Gargantini prit à bon compte le raisin invendu. De telle sorte que le groupe Tomba perdit et sur le prix du raisin payé trop cher, et sur celui du vin, tandis que le groupe concurrent profita de son opération. L'an prochain Tomba jouera un autre tour à Giol et Gargantini! Qu'importe, si le consommateur en profite ! Car le résultat de cette concurrence, c'est que, bien que l'industrie vinicole soit encore dans sa période de formation, le prix du vin a baïssé, depuis ses débuts, de 50 p. 100.

Mais il est regrettable que toutes les tentatives faites pour assurer la défense des intérêts généraux de la viticulture, achats de matériaux, crédit agricole, etc., se heurtent également à cet individualisme à courte vue.

Malgré la perfection de ces installations, malgré l'excellence des cépages employés, malgré la succulence du raisin, pourquoi le vin de Mendoza est-il encore, en général, de si médiocre qualité?

Je me souviens qu'au cours de ma visite à l’une des principales bodegas du faubourg, je voulus goûter de ce vin que je voyais couler à flots comme l'eau d'une rivière. Je trempai mes lèvres dans le breuvage qu'on

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