‹ De la Plata à la Cordillère des AndesChapitre 159 sur 273 · PR LD · texte numérisé non relu

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AU LAC NAHUEL-HUAPI 291

capataz, le cou protégé par un foulard noir, tenant en main une cravache à manche d’argent, donnait des ordres à un Jeune homme vêtu à la mexicaine, comme les cow-boys du Texas. Près d'eux, souriant, se dressait une silhouette que je reconnus aussitôt.

C'étaient la charmante et spirituelle lady Susan Townley ei son mari, le ministre d'Angleterre en Argentine qu accompagnait, en qualité de majordome, un de leurs jeunes compatriotes. Ils arrivaient par le Neuquen après une randonnée de dquze jours dans la pampa, ayant couché sous la tente, vécu d’asado et de conserves. [ls comptaient pousser une petite pointe au delà de San-Carlos, et rejoindre la pampa argentine en redescendant le cours du Limay. Un canot devait être construit spécialement à cet effet, sur la rive même du fleuve. La tropilla de chevaux conduite par quelques péones leur servait d’escorte et de réserve. M. Townley et lady Susan nous inviièrent aimablement à les accompagner. Malheureusement, 11 fallut nous séparer, tout notre itinéraire étant fixé d'avance par le Chili.

Nous partimes le lendemain.

Les dieux lacustres avaient sans doute entendu notre souhait de voir le lac du Tigre en colère, car une tempête éclata, et nous pûmes, en effet, contempler les petits flots d'écume qui annonçalent sa fureur. Le capitaine ne voulait pas quitter le port. Il nous rappelait que, 1l y a peu d'années, un vapeur parti par un temps pareil, avait coulé à pic, là, en face, à cinq cents mètres du môle.. Enfin, il lui sembla que le temps s’améliorait, car il consentit, sur nos instances, à appareiller. Cependant, le vent faisait rage et le petit bateau tanguait durement.

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Des lames courtes et rapprochées nous secouaient sans répit. On entendait le bois de la coque se plaindre, et ces gémissements n'étaient pas rassurants. Le capitaine paraissait regretter de nous avoir cédé. Au lieu de nous donner confiance, il ne dissimulait pas son inquiétude. Plusieurs fois, à des mouvements plus violents, j'eus peur, car je n'étais pas seul. Enfin, nous gagnâmes Puerto-Blest sans encombre, dans le froid, la pluie et les ténèbres.

Nous fimes à rebours le voyage que je vous ai décrit. Une autre tempête, ou la même, nous assaillit le lendemain sur Île lac Llanquihué, et nous arrivâmes malades et fourbus à Octaï. Là, nous recûmes l'hospitalité spontanée de M. Etcheberry, un compatriote basque que nous ne connaissions pas, mais qui, prévenu de notre arrivée, vint nous chercher dans la nuit au bateau et nous ouvrit sa maison avec une bonne grâce que nous n'avons pas oubliée,

D'Octaï, nous fimes en une journée près de soixante-quinze kilomètres sur une route de troncs d'arbres et d’ornières, pour atteindre Osorno, où le chemin de fer nous prit et nous ramena à Santiagodu-Chili.

Notre excursion était terminée.

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Les terres riches. — La pampa cultivée, — La Sierra de la Ventana. — Pigüé, colonie auvergnate prospère. — Conversation sur les conditions de la culture. — Une ville bien administrée. — Aveyronnais entreprenants et organisateurs.

De Buenos-Aires à Bahia-Blanca, la même plaine, à peine ondulée, se déroule. Nous sommes à la fin de novembre. De la terre noire émergent à peine les tiges frêles des maïs, et le blé, qu’un souffle fait parfois onduler, pousse serré comme les crins d’une brosse. Les laboureurs d’ici n’ont pas, comme dans nos vieux pays, l’orgueil du sillon rectiligne. Les champs sont creusés de légères balafres en zigzags, qu’on dirait faites par une charrue ivre. Les immenses pastos naturels alternent avec les emblavures. C’est, pendant la journée entière, le renouvellement monotone de spectacles identiques à ceux que je vous ai déjà décrits. Des pâturages, remplis de hauts chardons ou d'herbes folles, passeraient chez nous pour des champs arides. La merveille, c’est que cette terre, qui ne fut jamais remuée, et où par incurie on a laissé se multiplier les parasites, apparaît faite, dès qu'on la sou-

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