‹ De la Plata à la Cordillère des AndesChapitre 252 sur 273 · EPS ER MAO PATES EE · texte numérisé non relu

EPS ER MAO PATES EE

AR Nr NO re PE Dee 17 Le

NOTES ET GCROQUIS

Une des choses qui tendent à conserver à Buenos-

Aires, malgré son aspect de capitale, un air de provi-

soire et de ville en formation, c'est l'absence totale de distractions pour les gens du peuple. Il semble que jusqu'à présent, on considère les habitants comme de simples passants à qui on ne doit rien. Le dimanche, les gens ne savent que faire, ni où aller. À part le Jardin zoologique, situé à l'extrémité de la ville, dans le quartier élégant, rien me les attire. Ni concert en plein air, ni lieu de rendez-vous agréable et champêtre.

LE

Une anecdote que l’on m'a racontée plusieurs fois :

Quand, il y a quelques années, les menaces de ouerre entre l'Argentine et le Ghili furent apaisées et qu'un arrangement intervint, il y eut des fêtes publiques à Buenos-Aires. Les délégués chihens qui assistaient au défilé de la foule, surpris de la tenue de ces ouvriers habillés de drap et coiffés de chapeaux de feutre, chaussés de bottines de ouir ciré, dirent au président de la République :

—- Mais le peuple, où est le peuple?

— Le voilà, répondit celui-ci. El n'y en a pas d'autre.

Ils ne pouvaient concevoir, me dirent les Argentins qui me contalent cette histoire. que ce fût là le vrai peuple, et ils crurent qu’on leur cachait quelque chose,

= osier! nanas 7? FANS

RTS LEA Er

Peer ed

(4 (ei TE

pere pre EN AS per i— w ° PARENT Tr us) C8: : a 14 , née TT" m ULTRA SR ER E P AREAS CU sos: AE VAT T ET | jp eesZ À n: , ER ls ITS IE TT é. 2 PR AE TAB | N NACRE RES Em É À LAN Gi “de HE d 170 ’ ? ANT TNA TS Le Ts te : Le * AT L * | NL À IS L , UK OU UD ee Ce US it nil 0 LUS) dl | td, Le SU S Aer 2 Le 2 : ‘: 'Ê # L'ÉLOUURTERES 1 + - z + : SE 2e ren nr pt Ep PET AT TIR ve es ME "2 4 - L'Euro" Re NU 1} 1 ru x À 1 Fe 2 2 EN 5

* rm à TS) L N TP; » PA ETES FA Rs Lite ca Ses L'hAS 5 À eus Per Er A LS ; Ye TU ET RE nt CRics rés rer pne— tfe w " à 4 Ein gui pd :

METRE EE ro

pes

+ 3 y L L r > c ga top !

GA EEE UN, SRENTT LV) der L re ire 7 à » 4 om 2 Li * r PI [21 Un AMEN NOR VAU

CE "Av pren 2 ve et dE IEEE FEES, Ci Balai’. 58t (08 1078 : 71 | RUES NUL A 7A se 7” ve Le { | Het SUIS EMEA A eV PAM LS fa 1

Les Argentins se plaisent, en effet, à souligner la transformation rapide de la tenue des émigrants, arrivés misérablement vêtus, et qui, après un séjour de quelques mois dans le pays, s’habillent comme des bourgeois.

Le changement est, il est vrai, frappant.

te) LA «

Sarmiento fut un des grands hommes de l’Argenne, et un vrai grand homme.

Le premier, 1l organisa dans le pays l'instruction publique, l’armée, appela des professeurs européens, français, allemands, italiens, des professeurs-femmes des Etats-Unis, créa une école d'ingénieurs, des écoles normales, une école militaire, une école navale, le parc de Palermo, importa l'eucalyptus, dont la croissance est si rapide et qui rend tant de services dans l'assainissement du pays.

Il avait cette maxime, précieuse pour une nation qui se fonde et qui est d’un homme d’action :

— Ce qui importe, c'est de faire quelque chose. Le faire imparfaitement, mais LE FAIRE.

Pourquoi ne voit-on pas de chauves dans une salle

de théâtre argentine?

se

Dans les bureaux des administrations et même dans les offices privés, il est écrit :

On est prié de ne pas donner la main.

Et:

Sea breve! (Soyez bref!)

Ÿ (1 $ Fe \ VAN TR AT N- Ter dur, Ÿ “du (DE, ss -pie CLA tof atir e C Lire di Le Li St Le 08 c LÉ ‘dé Ms:

es:

Des Argentins ont été absents deux ou trois ans de Buenos-Aires, ce qui n’est pas rare. À leur retour, ils trouvent les mœurs changées.

— Quand je suis partie, 11 y a deux ans, me disait une élégante, on ne s’habillait pas le soir à l’hôtel. Aujourd'hui, voyez...

En effet, un nouvel hôtel, plus riche que les anciens, le Plaza-Hôtel, s'était bâti dans le style américain; les Anglais y avaient apporté leurs habitudes, et on pouvait presque se croire au Carlton de Londres, au Ritz de Paris ou au Waldorf-Astoria de New-York.

Il en va de même partout. Pendant la traversée, Je ne pus savoir si les dames de Buenos-Aires sortaient seules en voiture découverte. Les unes soutenaient que oui, les autres que non. Il semble qu'un fait si précis et si simple dût être élucidé en une seconde. Je ne pus arriver à meltre les dames d'accord. Mais un mot lâché au cours des discussions éclaira tout d’un coup le problème :

— C'est que tout change si vite, chez nous, dit quelqu'un. Ce qui était vrai il y a deux ans, peut ne plus l'être demain.

Dans les campagnes habitées, l’almacen estle centre de réunion. Là, on trouve le sel, le sucre, la viande, le pain et les autres objets de première nécessité. De place en place, tous les vingt ou trente kilomètres, on voit flotter le pavillon rouge ou le pavillon blanc

Î Bal F JO FEAT EME à gt eq ment ne 4 éco app RAR \ KA Et ET TES SU: à LR A dt à

pe te dm r tés) , Légal Dit ele ro D PR RAS CUT MSORREe OO RSS | Deer ges à.

PE SARA AN ECS à a “ , péri Ceres

a gen pe eq Gr tr PR PE se ane . PR OC ET (TPS CET EE EST TOR +de TPE PE Dh mel

4 £ PILE sé de gr x en. AS n ñ / 1 M 7-2 | ABLE vtr: STORE, s fe per Lai Z. » ve; à Q »

ER Cu Sert pur L * re ma 2 Lu : dyA ie : : cn : à DL. pu L CAES AXE Ne F a 2 CO RE û è > « ne dmeues UE de FE EI À w aies #- : Fe Le F 1 5 d 2 ac ' F- Be 24 TA Per 7 Aer ET TT + t fs: à 1 ht É x RE s A GE e re TE mt ects Éccogerr Mr 1 ; « — — 7 y . sad 4 ‘ets : RER CETTE LL D È à she PAT RP 57 L rs RS ne perd éir radhd s pe a GITES 115) + JE d ’ f cé Pr r Dee: 7 US one “24 r. ù , {à y LNAITAN k 19 à AE LA as, tif HA ii (a a, TYTEN * Le LE NE 1748 EN JE Lin) adw Fe PARA / ve . ' Vur à 4 A A PAL & ne Te A ‘ ; l i à |

PRET PONT LITE SO De AIR LUNA UE

au-dessus de la baraque de bois couverte de tôle ondulée. Le rouge signifie : viande ; le blanc signifie : pain.

[Il n’y avait pas de chevaux dans l'Amérique du Sud, pas plus, d'ailleurs, que de vaches ni de taureaux, ni de moutons, quand les Espagnols en firent la conquête au Xvi° et au xvu° siècle. Aujourd'hui, les chevaux créoles, descendants des premiers importés, se différencient déjà selon qu'ils habitent la plaine ou la montagne. Ceux des régions andines ou de la sierra de Cordoba, à force de gravir les sentiers pierreux, ont le sabot petit et dur; ceux de la plaine, un sabot large et tendre, qui leur est utile pour franchir les terres humides des bas-fonds,

Il a donc suffi de deux siècles aux chevaux pour s'adapter aux conditions de leur milieu.

À la campagne, tout le monde possède un cheval. Le dernier des péones a le sien. On en trouve autant qu'on en veut à 50 francs, à 30 francs même. De très beaux chevaux d'équipage, des quarterons, par exemple, se vendent de 4,600 à 2,000 francs.

Fe

Il y à quarante ou cinquante ans, les mendiants de Buenos-Aires mendiaient encore à cheval.

ET PR Er RE ER TOR RES "+7 PE EL TE M ES Pers sb pue RER PERS CS. ee ” æ— ee ss

Forme du gouvernement argentin, — Constitution mal adaptée. __ Désaccords entre les provinces et le gouvernement central. — « L'intervention ». — Révolution pour riré. — Les politiciens sont d'accord. — Pas de programmes. — Indifférence générale. — Les élections présidentielles. — Manifestations populaires. — Moralité civique. — Comment on vote. — Vénalité des suffrages. — Marchandages. — Des voix qui coûtent cher. — Un jour d'électron à Saavedra. — Parodie du suffrage universel. — À bas les voleursf — Conséquence des mœurs électorales. — Le candilisme. — Prébendes et sinécures.. — Plaidoyer pour la politique argentine. — Et l'Europe! — Et les États-Unis! — Pourtant le pays prospère. — Clôture de l'ère de révolution. — La présidence Saenz Peña. — Nouvelle école. — Les mœurs changent. — Dernières nouvelles. — Le: suffrage Hbre et oblhigatoire.

Bien que l’ère des révolutions semble close en Argentine — sauf l’aléa d'une crise économique généralisée et longue, — le pays souffre et souffrira longtemps encore des mœurs funestes que favoris depuis un siècle l'instabilité de sa vie politique.

Lorsqu’en 1853, débarrassée enfin d’une tyrannre qui durait depuis un quart de siècle, l'Argentine résolut de se gouverner elle-même, elle adopta pour

st

ee.

Re

modèle de sa Constitution celle des Etats-Unis. Il semble que ce régime fédéral, basé sur l’autonomie provinciale, dût convenir à un pays aussi vaste que celui-ci, dont une seule province, celle de Buenos- Aires, est presque égale aux trois cinquièmes de la France. Mais pour l'appliquer dans son véritable esprit 1l eût fallu une éducation politique loin d’être achevée alors, qui ne l’est point encore, et un état de prospérité générale que l'Argentine ne connaît que depuis peu d’années,

Taine a dit que les gouvernements sont indigènes et Que, transplantés, ils périssent ou ils languissent. Les Argentins clairvoyants répêtent volontiers :

— Nous avons emprunté un habit taillé pour un autre. Dans notre hâte à nous délivrer d’une tyrannie

odieuse, il fallut se contenter d’une Constitution qui

n'était ni le fruit des délibérations populaires, ni le résultat des méditations et des discussions d’une élite. D'ailleurs, une Constitution vaut surtout par les hommes qui l’appliquent. Chez nous elle fut très vite viciée par les empiétements du pouvoir central sur les pouvoirs provinciaux. Faut-il le regretter? Non. Gar la plupart des provinces dotées de leur autonomie étaient incapables de se gouverner elles-mêmes et surtout de se suffire. Pauvres ou mal exploitées, cer-

1. La forme du gouvernement de l'Argentine est une Répubique fédérale.

Trois pouvoirs sont chargés de la direction et de l'administration du pays : le pouvoir exécutif, confié au Président de la République qui choisit lui-même ses huit ministres et dont les fonctions durent Six ans. Le pouvoir législatif se compose d’une Chambre et d’un Sénat qui constituent le Congrès National. Les quatorze provinces se Souvernent séparément, élisent leur gouverneur, leurs propres députés et leurs propres sénateurs, pour leur propre Parlement.

< Ÿ « Re AAA St

2 EPPRAREN BROtE DORE TRE AMAR PESTE Pr RSR TA CPS TRES estelle RTE Te RSA ET TRES ENS EE è a s VE vf J

He. SE … CDS °"

2 taines à peine habitées, elles durent, pour subsister, . à accepter, demander même la collaboration du Gou- =. vernement central, compter sur lui pour combler le

déficit de leur budget, obtenir des chemins de fer,

des ports, des télégraphes, des écoles, des travaux : d'irrigation, etc., ce que leurs faibles revenus ne leur 1 permettaient point. En échange, elles se soumettaient, F? par le vote docile de leurs représentants, aux projets ; du Gouvernement central. Cette soumission forcée | des délégués de la nation accrut la force de ce pou- « voir déjà si fortement constitué par la législation, et : fit du Président de la République un véritable roi | élu pour six ans. Ses ministres, choisis par lui, sont à sa dévotion. [| nomme à tous les emplois importants. Ayant dans sa main les gouverneurs des provinces et le Congrès, le pays lui appartient.

S1 quelque gouvernement provincial s’avise de lui résister indirectement par l'intermédiaire de ses députés et sénaleurs au Congrès, s’il prend des airs d'indépendance, si, en un mot, il n’obéit pas aveu- | glément, il faut qu’il disparaisse, ce qui, pourtant, ne va pas toujours tout seul. Le gouverneur représente, en effet, les intérêts de tout un Etat, ses droits consitutionnels vis-à-vis la capitale et le Gouvernement central, 1l a ses partisans. Comment s’en débarrasser? k Ordinairement, le Président procède par voie d’inlervention. Gar la Constitution prévoit que dans le cas où des troubles graves éclateraient dans un État ou si le rouage constitutionnel cessait d’y fonctionner, 1 | le Président, sur avis du Congrès, aurait le droit L d'intervenir pour y rétablir l’ordre. Il ne s’agit donc É + que de légitimer cette intervention. Le procédé est, È y en somme, assez facile. Il consiste à fomenter une à

3 RE a SECTE

petite révolution. A l'instigation du pouvoir central ou de ses agents, le parti d'opposition au gouverneur — jl y en à toujours un — organise l'agitation dans la capitale de la province. Quelques turbulents S'arment de fusils, vont manifester devant la Gasa del Gobierno, puis à la caserne; les soldats, les policiers sont de connivence avec eux, des coups de fusil partent, un ou deux badauds et un agent de police sont tués, simulacre d’émeute. Alors, vite, lé Gouvernémentcentral enquête, demande au Parlement une loi lui permettant d’énitervenir officiellement, loi toujours volée. Un ou deux commissaires, les « interventeurs », arrivent à Cordoba, ou à Gorrientes, ou à Santa-Ké, s'entendent avec le parti d'opposition local, organisent eux-mêmes l’abstention et l’obstruction au Parlement provincial, et bientôt déclarent que toute vie publique étant interrompue, il faut procéder à de nouvelles élections. Naturellement celles-er ont Heu sous la surveillance des « intervénteurs ». C'est tout dire. On choisit des députés bon tent, un gouverneur obêissant. Et le tour est joué. En fait, le système républicain démocratique n'existe donc pas ici. Une olioarchie dirige le pays, fractionnée en parts sans programme qui se disputent la Présidence afin de pouvoir, pendant six ans, distribuer places et faveurs. Si le Président ést un homme dé valeur, il n’y à pas trop à regretter ce despotisme bienfaisant. S'il est mauvais, c’est l'anarchie et la gabecie sans contrôle. La politique se réduit ainsi à une politique étroitement personnelle. On ne se groupe pas pour soutenir un principe, une doctrine politique, économique ou sociale, on n'est ni libré-échangiste, ni protectionniste, ni conservateur, ni libéral, ni socia-

liste, on est partisan de celui-ci ou de celui-là.

Aussi, se trouvant tous d'accord sur les idées directrices de gouvernement, les adversaires ne sont-ils nullement ennemis. [ls font partie des mêmes cercles, fréquentent les mêmes milieux. Aucune passion vraie ne les anime, sinon celle de l'intérêt personnel. Or, il faut qu’ils se ménagent les uns les autres, afin de conserver dans chaque camp la possibilité d’une influence et d’une faveur. Et comme ils se connaissent tous, qu’ils sont là quelques milliers à se partager le gâteau oligarchique, ils atténuent encore la vivacité de leurs opinions respectives pour ne pas se froisser réciproquement. La presse, par la liberté extrême de ses polémiques, satisfait leur combativité et leur violence contenue. Elle est parfois d’une brutalité incroyable *.

re

Si les élections, en général, ont lieu dans la plus profonde indifférence de la nation qui sait parfaitement que son vote serait vain, l'approche d’une élection présidentielle éveille davantage les passions. Pas au delà du raisonnable, cependant, car onsait aussi que le Président est élu d'avance, désigné par le Président au pouvoir. Etencore, la partie de la nation qui s'agite est-elle bornée à la classe bourgeoise dirigeante, le peuple conservant son indifférence et son scepticisme coutumiers. Mais le simulacre du libre suffrage doit avoir lieu, et une agitation artificielle a été créée dans

1. Le droit de réponse, — cette garantie élémentaire du citoyen aitaqué, — n’est même pas prévu dans Ia Loi.

les collèges électoraux. On a installé des comités et nommé des délégués. La campagne présidentielle commence.

Je me trouvais à Buenos-Aires lors de l’arrivée du candidat, le D' Roque Saenz Peña, actuellement Président. Il était alors ministre de l'Argentine à Rome et revenait dans son pays, appelé par son parti, pour lire devant le peuple, dix mois avant l’élection, son discours-mamifeste. À cette occasion, une grande démonstration populaire avait été organisée. Le bateau qui l’amenait de Montevideo, le Londres, s’avancait lentement dans le port de Buenos-Aires, les ponts noirs de monde et animés de fanfares, entouré de remorqueurs el de barques pavoisées que remplissaient des délégations d'étudiants et des orchestres. Des milliers d'hommes attendaient sur les quais, calmes pour la plupart, tandis que les amis les plus ardents du candidat, qui avaient organisé la manifeslation, se montraient émus et pâles. Point de cris ni d'acclamations. De temps en temps, une pétarade éclate, un vivat se perd, sans écho : « Vive Saenz Peña, le futur Président de la République! ». C’est tout. Les gens ne sont pas montés, l'absence d'opposition sérieuse endort leur passion. On devine chez eux un peu de curiosité, sans plus. Le Londres approche, voici qu il accoste, j'aperçois maintenant la silhouette du futur Président, sa figure martiale, au teint coloré, sa mâchoire énergique, sa moustache militaire, bien plantée et le haut de forme un peu incliné sur l'oreille. Des gens l'entourent, le serrent et le pressent, I! reconnaît les amis qui l’attendent sur le quai et les salue aimablement. Un officier, envoyé par le Président de la République, monte à bord pour lui

souhaiter la bienvenue. Ils s’accolent. Quelques cris montent de la foule. Un photographe, perché sur un arbre, essaie de donner le branle, mais en vain. Ce peuple indiscipliné est timide dans le calme, et, d’ailleurs, tout cela lui est égal.

Le candidat descendu de la passerelle, Le cortège

se met en marche. Il se compose des délégués des différentes sections de la capitale, précédés de leur bannière et d’une fanfare. Huit ou dix pauvres diables à la tenue hétéroclite, coiffés les uns de casquettes, les autres de feutres mous ou de melons, chaussés de sandales ou bottés, soufflent dans leurs trombones et leurs pistons. Ceux qui les suivent tiennent en main un pêtit drapeau aux couleurs nationales blancet bleu de ciel qu’ils agitent mollement. Le cortège longe les quais et fait un grand détour pour arriver à la place San-Martin, devant la maison d'un des amis du futur Président. Cest là, à une fenêtre du rez-dechaussée qu’il prononcera tout à l’heure son discoursprogramme. Déjà ses parents, ses intimes sont installés dans la demeure amie. Le cortège débouche sur la place et va se ranger en ordre autour de la maison. Mais bientôt la foule s'accroît, s’obstine à demeurer devant la porte dans l'espoir d'y entrer en même temps que le candidat. Le voilà justement qui arrive, marchant avec difficulté dans une fourmilière tumultueuse, donnant le bras à deux amis qui essaient de le protéger, presque soulevé de terre par le torrent qui le presse. La police débordée a ordonné de fermer les portes de la maison et Saenz Peña est pris comme dans un étau entre la police qui barre la porte et ceux qui le suivent en le poussant. Impossible d'avancer ou de reculer. Gest la bagarre.

} ee ee

a ere ; RS ee Se s- #48 UE ë LA : Frs RP vert ee. Re: PAYER a ES = ;

— Ouvrez la porte! crie le candidat à demi étoufté et sentant le danger. Puis se metà jouer puissamment des coudes en s'areboutant sur ses jambes tendues. Il écarte avec vigueur la police elle-même mêlée aux assiégeants et qui, un peu stupidement, fait toujours bloc devant le portail, Enfin, au bout de quelques minutes, essoufflé, les habits froissés, 1l réussit à entrer avec un flot d’assiégeants. La bagarre continue un instant encore, des mains brandissent des cartes violettes.

Bientôt la foule s’impatiente de ne pas voir Saenz Peña. On crie :

— Parlez, Saenz Peña!

Il paraît, on se découvre. Un invité penché à une

fenêtre a gardé son chapeau. Il est interpellé.

— À bas le e chapeau

Le chapeau visé ne bronche pas. Des voix crient plus fort.

— À basle chapeau! Quand le peuple ordonne, il faut obéir!

Phraséologie, sans écho, d’ailleurs.

Le candidat paraît à une fenêtre du rez-de-chaussée et commence fa lecture de son programme. Je l'écoute. Il est rempli de nobles et sérieuses idées qui sont autre chose que lesordinaires déclamations officielles.

Je regarde la multitude. La variété des masques est remarquable. Pourtant le type lalin domine, figures brunes aux veux noirs, la plupart énergiques. Fous ces gens furent amenés par des cheïs de sections qui les paient, m’assure-t-on; certains, arrivés hier de Galice ou de Romagne, qui agitent là-bas le petit drapeau blanc et bleu, ne peuvent même pas s'empécher de rire de leur enthousiasme de commande.

D'E Fi

Fi x He

% SA Me

Pour répondre à ces manifestations du candidat qui passe pour officiel, lopposition organise une contre manifestation, Gela consiste en réunions, conférences, débats publics, promenade-exhibition des forces du parti.

Le candidat de l'opposition, lors de la dernière élection présidentielle, était M. Udaondo, un brave homme dont chacun vantait l'honnêteté, égale à celle de son concurrent, mais qu'on s’accordait également à trouver bien inférieur à celui-e1 au point de vue de limtelligence et de la valeur totale.

— Alors, disais-je à ses partisans, pourquoi ne pas voter tous pour Saenz Peña ?

— Parce que, en acceptant le pouvoir des mains de son prédécesseur, il se fait l'héritier des mœurs électorales que nous voulons bannir de la République.

— Mais il est de votre avis, et va, dit-il, procéder à l’établissement du suffrage bre.

— Il Le dit.

Nous verrons plus loin qu'il Pa fait.

Je suivis une de ces contre-manifesiations un dimanche de décembre. H tombait une petite pluie tiède et intermittente qui ne nécessilait pas de parapluies. Vers a fin de laprès-midi, le cortège, formé sur une place, s'était mis en marche par les rues ombreuses, précédé d’un cordon d'agents de police à cheval, habillés de blanc. Le candidat, higure de brave homme, rouge, souriante, éclairée delunettes, marche au premier rang, l'air un peu gêné, encadré de son état-major en tête duquel on voit M. Beasley

ancien Préfet de police, à l'expression de passionné froid, de doux entêté. Puis des bourgeôis élégants, la boutonnière ornée de flots de rubans, qui s’épongealent le front, car il faisait une chaleur torride. De temps en temps, on crie: Vavent ceux qui ne se vendent pas! le seul article connu du programme radical étant la liberté et le désintéressement du vote. Sur des bandes de calicot on lit : EL pueblo pide comici0s libres. (Le peuple demande des comices libres.) Chaque section représentée a sa musique, et quelle musique ! Et comme les groupes se suivent d'assez près, c’est une cacophonie effroyable de carrousels voisinants et déchainés. Des « chefs de cris » hurlent de temps en temps: Viva la candidatura Udaondo ! en souriant vaguement, et la section de répondre: Viva ! mais sans fol enthousiasme.

Quelques gauchos, la taille prise dans des ceintures de pièces d'argent, le cou entouré d’un foulard rouge ou bleu et vêtus de larges pantalons et de vareuses légères, même trois ou quatre nègres se mêlent à la foule des manifestants et l'animent d’un peu de pittoresque. Mais qu'importent à ces débardeurs génois, à ces laitiers basques, à ces terrassiers piémontais, à ces forgerons catalans et même à ces bûcherons du Chaco, les noms qu’on leur donne à crier!

On a bien l’impression que cette foule est tout entière dans la main des meneurs et qu’ils en feraient ce qu'ils voudraient. Les gens qui voient passer cette procession dans les rues bordées de curieux —pas une femme dans ces rues — n’ont pas plus de passion que ceux du cortège. [ls regardent avec curiosité, mais en silence, les têtes populaires défiler. Des fenêtres d’une maison de la rue Florida, des fleurs tombent aux

: S x + PRE RER RENE LT TS EE Re rs EXÉLE

F e TRES RES Re. Ses es RQ TE TER ENT PS RES En

” RE ETS Se (1 RARES PU AR AEOT Ve Ton gt So ns OR RE ER ge CUT PAP AUZ PRET NEENTE ITS ù: RP De D: SPP Ps CESR Lane a SRE E A

: Éénpers —"" Chre ponts Mae te Cu ee de Tee EE ct 20 a m2 Ÿ u n Ne".

PJ PA è ? ® , De

és see nt d np TS Ep Dam erhe ee

% DATA | LE] FAT LS S m4

Ye2 rtf

Page 1