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de ce chiffre énorme, il faut se rappeler que pour se développer, l'Argentine dut tout prendre à l’Europe, tout, depuis le premier kilogramme de houille et de fer nécessaire pour forger Le premier soc de charrue, jusqu'aux immenses navires qui portent à l'étranger les grains et les viandes.
Quoi qu’il en soit de ces exigences et de ces multiples besoins, il y a un intérêt majeur, vital pour elle, à se créer un fonds d'épargne réel® qui vienne compenser les années médiocres ou mauvaises, lhési-
d'État aux Finances, et M. Lewandowski, sous-directeur du Gomptoir “Escompte, dans leur beau livre : L’Argentine au XX° siècle.
M. RH. Alvarez de Toledo a écrit aussi une remarquable monographie du Régime monélaire argentin, remplie de vues lumineuses sur les finances de son pays, parue dans le Bulletin de la Bibliothèque américaine (45 janvier-15 février 1911).
4, L'Argentine ne possède donc pas encore ce fonds de réserve indispensable au bon équilibre de sa vie. économique. Car le milliard d’or de la Caisse de Conversion ne représente pas Île produit de la balance commerciale, comme on le croit généralement. D'après les statistiques officielles; l'excédent des exportations sur importation est de 30 p. 100 en faveur de l'Argentine. Mais ce n’est pas là un bénéfice sur lequel on puisse compter pour constituer des réserves. IT fait partie du compte courant du budget argentin et s’évapore chaque année, absorbé par les voyages des Argentins en Europe, la distribution des dividendes aux compagnies étrangères, l’exode des économies des immigrants, ete. La Caisse de Conversion, détournée de son premier objet, n’est en somme qu'un bureau de change où les gens vont déposer de l'or pour avoir du papier, seule monnaie d'usage courant dans le pays. La somme d'or s'accroît surtout de Fargent importé d'Europe, de largent français en particulier qui abonde depuis quatre ans; pour les prêts hypothécaires entre autres. Gette encaisse n’a rien de stable puisqu'elle peut se déplacer selon les exigences des opérations financières.
De plus, la proportion de lencaisse, par rapport. à la quantité de billets en circulation, est loin d’être suffisante pour que l'on puisse - opérer virtuellement fa conversion métallique vers laquelle doivent tendre tous les efforts du gouvernement argentin.
tation ou la fuite des capitaux étrangers. Les financiers argentins et ceux d'Europe sont unanimes à conseiller au gouvernement argentin une politique d'économies. Ils ont raison. L'heure de l'épargne a sonné pour l'Argentine.
Dans le discours qu’il adressait au Gongrès lors de son entrée en fonctions sous la nouvelle Présidence, M. José-Marie Rosa, alors ministre des Finances, invitait le Congrès aux plus strictes économies, ne lui cachant pas les « vices invétérés » des finances argentines, point faible de la situation générale du pays, et lui indiquait les moyens d'y remédier.
Il s'élevait contre les mauvaises habitudes administratives et parlementaires qui, depuis cinquante ans, au lieu de conformer les dépenses aux ressources du pays, augmentèrent considérablement la dette publique. Le gouvernement doit donc donner l'exemple d’une politique financière stricte et prudente. Et la première réforme à obtenir du Parlement est la constitution d’un budget unique, universel, bien équilibré. Or jusqu'ici les budgets ne furent à vrai dire que des avant-projets, des cadres généraux vite brisés. Car 1l suffit d’un simple « accord de ministres » pour que des crédits supplémentaires soient institués en dehors du Parlement, créant ainsi un budget extraordinaire, vague et flottant, à côté du budget réguler. Procédé dangereux dont on a trop abusé pour cacher l’état de déséquilibre budgétaire et qui entrainait le gouvernement à des emprunts incessants. |
D'autant que cette fièvre de dépenses gagne les provinces dont les appels au crédit européen deviennent
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trop fréquents. Or, si quelques-unes d’entre elles
offrent les plus sérieuses garanties, certaines ne bouclent même pas leur budget et le souvernement fédéralest obligé de leur donner des subventions pour leurs besoins les plus élémentaires. Trop souvent le service de leurs dépenses n’est qu’une officine politique, et les gouverneurs, pour se maintenir au pouvoir, doivent se livrer à toutes sortes de compromissions financières. Malgré cela des banques françaises prêtèrent des dizaines de millions à des provinces parfaitement imsolvables.
— De tels abus, me disait le ministre Rosa, peuvent faire le plus grandtortau crédit de l'Argentine. Ilssont une menace pour l'épargne française maïs aussi pour notre prestige. En effet, vous ne sauriez trop le répéter en France, les prospectus destinés à informer les souscripteurs des avantages de l'opération d'emprunt restent muets sur les conditions discutables. Parfois même 1ls ont à leur base des conditions inconstitutionnelles consenties par des gouvernements qui outrepassent leurs droits. Aussi le Gouvernement National Argentin fitrécemmentune déclaration trèsnette par laquelle il déclinait toute responsabilité matérielle et morale au sujet de ces emprunts provinciaux et interdisait au corps diplomatique et consulaire d’intervenir comme représentant de ces provinces‘. Les titres n’en furent pas moins placés, en France.
- D'autre part, la politique s’immisçant dans tous les rouages de l'administration, des gens restent
{. Dans le passé, le Gouvernement Central dut payer à plusieurs reprises les dettes des gouvernements provinciaux. Ge fut le cas pour les provinces de Buenos-Aires, Santa-Fé, Entre-Rios, Corrientes, San-Juan, Cordoba, Catamarca, San-Luis, Tucuman; soit neuf provinces sur quatorze.
des années entières sans payer d'impôts. Et lon prétend que la contrebande fait perdre au budget le quart des recettes de la douane, sa première ressource, cependant.
Supprimez de tels abus, supprimez aussi les ruineuses dépenses des armements militaires. Car la folie contagieuse des armements a gagné les républiques sud-américaines. Les trois cent millions employés récemment à acheter des canons et des cuirassés sont de l'argent perdu. Après avoir construit des cuirassés, 1l faudra des ports pour les abriter et des bassins de radoub pour les réparer, car le port mihtaire actuel devient trop petit pour les nouvelles unités. Cela fera un demi-milliard. Et pourquoi cela? Argentins et Brésiliens ne sont pas assez fous pour se faire une guerre qui ne leur rapporterait rien. J’ignore l’état d'esprit des Brésiliens au sujet. d’une guerre avec l'Argentine, mais Je dois à la vérité de dire que je n'ai rencontré à Buenos-Aires qu'un seul homme: qui erût aux noirs desseins du Brésil, c’est M. Estanislas Zebaïllos, ancien ministre des Affaires étrangères, érudit de premier ordre et fin lettré. Par contre, J'ai entendu d’autres anciens ministres cette phrase topique : « Les dreadnoughts nous coûteront o millions d'entretien par an. Vienne la sécheresse et nous serons forcés de laisser ces machines-là se rouiller comme de la vieille ferraille. »