‹ De la pneumonie aiguëChapitre 1 sur 1 · A MON PÈRE · texte numérisé non relu

A MON PÈRE

Aux Mânes tic ma Mère,

Hommage de Piété Filiale !

A mes Sœurs.

Attachement et Amitié inaltérables.

A. CABON.

Les poumons sont deux viscères spongieux, cellulaires, revêtus par une membrane séreuse connue sous le nom de plèvre, remplissant exactement la cavité thoracique et spécialement destinés à faire subir au sang et à l’air qui les pénètrent, les divers cliangemens sur lesquels est essentiellement fondé l’acte respiratoire.

La nature de leurs fonctions jointe aux influences des divers stimulus auxquels ils sont constamment soumis, explique la fréquence de leurs lésions dont la plus ordinaire est l’inflammation.

Synonymie.

La maladie qui fait le sujet de cette dissertation , a été appelée par Sauvages, Vosgel, Boërbaave, Péripneumonie, par Hoffmann, Macbride, fluxion de poitrine, fièvre péripneumonique, par Arétée, Pulmonie , par Triller , Pleuro-pneumonie, par quelques autres,

encore, Pneumonite, Scu exquisila pulmonum inflammation etc

quelque juste que puisse être chacune de ces dénominations, nous lui conserverons, avec Cullen, celle de Pneumonie, et nous la défini rons: une pblegmasie du parenchyme pulmonaire, avec fièvre aiguë. Susceptible de complications diverses , la pneumonie peut se développer dans les deux poumons à la fois, et constituer alors des pneumonies doubles dont l’existence , fort rare , est presque

toujours mortelle ; Elle se manifeste à l’état de simplicité dans les cas les plus ordinaires et affecte de préférence le poumon droit dont toutes les parties peuvent devenir le siège de la congestion primitive, qui, néanmoins commence presque toujours par son lobe inférieur.

Souvent accompagnée de symptômes bilieux , adynamiques ou nerveux, elle est toujours d’autant plus grave qu’elle est plus profonde et plus étendue : très commune dans les climats froids où elle est souvent endémique , elle se développe fréquemment aussi sous l’influence d’une température chaude et humide , et réclame toujours de la part du médecin une attention soutenue et l’emploi immédiat de moyens énergiques, pour arrêter dans son principe une fluxion aussi promptement désorganisatrice. Jamais , en effet, l’inflammation n’envahit impunément un viscère que tout le sang traverse, qui élabore toxit le sang , dont l’action ne peut être empêchée sans que la mont en soit le résultat, et qu’il est impossible de priver, même momentanément, de son aliment habituel.

Causes Prédisposantes.

Les causes prédisposantes de la Pneumonie sont très nombreuses : lage, le sexe, les tempéramens, les maladies antécédentes, les lieux , les saisons ont sur son développement , une influence marquée. Elle attaque particulièrement les sujets jeunes; d’une constitution pléthorique et d’un tempérament irritable, les hommes plutôt que les femmes chez qui elle présente d’ailleurs un caractère de gravité relatif à la délicatesse de leur complexion. Les joueurs d’instrumens à vent , les coureurs, les crieurs publics , les boulangers et les forgerons y sont plus ou moins prédisposés; plusieurs professions sédentaires qui par les positions du corps qu’elles exigent, gênent la circulation, et font refluer le sang vers la poitrine, sont suivant la remarque de Stoll, une des causes éloignées de la pneumonie. Certaines conformations vicieuses acquises ou héréditaires, favorisent souvent son développement : tels sont par exemple, un cou long, un corps grêle, une poitrine resserrée, des omo-

plaies saillantes, etc. L’âge de puberté, suivant Hippocrate , déterminant dans l’économie une excitation générale à laquelle participe surtoutle système artériel, et l’influence sympathique que reçoivent alors les poumons du développement de vitalité dans les organes de la génération, prédispose à la pneumonie. L’hiver, le printemps, les lieux secs et élevés, l’habitude d’une nourriture trop succulente, l’abus des liqueurs spiritueuses et surtout l’excès du coit prédisposent encore aux affections pulmonaires dont le développement est aussi spécialement favorisé par une ou plusieurs atteintes antérieures.

Causes déterminantes .

Les variations subites de l’athmosphère, le passage brusque du chaud au froid, l’impression prolongée de vapeurs irritantes, peuvent occasionner une toux violente capable de donner lieu à une pneumonie. Une simple bronchite traitée à son début par des stimulans et des aslringens, amène souvent l’inflammation du poumon. La suppression de la transpiration, d’un flux hémorroïdal ou menstruel ou d’une saignée habituelle, la guérison inconsidérée d’anciens ulcères, celle de cautères ou de sétons établis depuis long-tems, déterminent assez promptement cette maladie. Enfin, des coups, des chûtes, des pressions sur la poitrine, une blessure de cette partie, donnent lieu à une pneumonie traumatique indépendante de toute prédisposition.

Signes physiques de la Pneumonie.

La Pneumonie peut exister à trois degrés différents que l’on désigne sous les noms d’engouement inflammatoire ou premier degré , hépatisation rouge ou deuxième degré , hépatisation grise, infiltration purulente ou troisième degré.

Dans la Pneumonie au premier degré , le pouls est fréquent large et souple, ou bien encore serré , le sang est couenneux, la douleur et la dyspnée plus ou moins grandes, la toux d’abord sèche est bientôt suivie de crachats visqueux, mêlés à de petites

bulles d’air et fortement adbérens au vase qui les contient; la percussion médiate ou immédiate fait reconnaître une diminution de sonoréité dans la poitrine, l’auscultation laisse entendre le râle cré. pitant ou vésiculaire, bruit semblable à celui que donne une vessie sèche insufflée, ou mieux encore un poumon sain que l’on presse entre les doigts. L’étendue dans laquelle il se fait entendre, indique celle delà partie enflammée ; plus l’inflammation est superficielle, plus il est clair: la durée de l’engouement inflammatoire quoique non strictement limitée ne dure qu’un, deux ou trois jours au plus : lorsque la résolution commence à cette époque de la maladie, le râle crépitant devient chaque jour moins sensible et ne tarde pas à être remplacé par le bruit respiratoire pulmonaire naturel qui se fait entendre seul. Lorsqu'au contraire, l engorgeinent hémoptoïque augmente, le râle crépitant devient de plus en plus obscur et sa disparition complète, jointe à la nullité du bruit respiratoire, annonce le passage du premier au deuxième degré ou hépatisation rouge. La dyspnée devient alors plus grande, les crachats sont muqueux, opaques, la percussion donne un son mat, l’auscultation permet d’apprécier le phénomène connu sous le nom de Bronchophonie qui correspond à toute la partie hépatisée. Quand la maladie parvenue au deuxième degré se terminé par résolution , la matité du son disparaît, et la respiration bronchique est remplacée par du râle crépitant sec, désigné par Laennec, sous le nom de Ronchus crepitans redut. Lorsqu’au contraire, au lieu de se terminer par résolution la Pneumonie passe au troisième degré ou â l’état d’hépatisation grise, la matité du son et la bronchophonie persistent jusqu’à ce que la matière purulente d’abord concrète, puis ramollie, soit expulsée parles crachats et permette alors d’entendre le râle muqueux , bruit semblable à celui que produirait l’insufflation de l’air dans un liquide, et qui d’abord disséminé, se concentre et dégénère en véritable gargouillement. La résolution quoique plus difficile à celte troisième époque, peut néanmoins avoir lieu, et s’annonce parla cessation des crachats purulens et du râle muqueux que remplace encore le râle crépitant.

Caractères Anatomiques.

Dans la Pneumonie au premier degré, le poumon présente une couleur livide , violacée et une fermeté plus grande que dans l’état naturel, il est cependant encore crépitant et cède à la pression du doigt; lorsqu’on le coupe , il s’en écoide une sérosité plus ou moins sanguinolente. On distingue sa texture alvéolaire, quelques points seulement plusfermes et plus compactes indiquentle passage du premier au deuxième degré. En ce cas, le poumon ne crépite plus du tout et acquiert une dureté analogue à celle du foie. Incisé, il en suinte très peu de matière sanguinolente. Sa substance présente une surface formée de petits grains rouges, obronds et aplatis dûs à l’épaississement des parois des vésicules pulmonaires. Dans le troisième degré, le tissu pulmonaire, en conservant la dureté et l’aspect granuleux que je viens de citer, prend une couleur jaune ou grise. L’incision et la pression en font découler une matière jaune opaque ou tout-à-fait purulente , quelquefois, mais très rarement , le pus se rassemble en foyers ou abcès qui ne sont pas ordinairement enkystés , mais entourés d’un détritus jaunâtre. L’auscultation donne alors lieu au phénomène , connu sous le nom de Pectoriloquie ou gargouillement, qui annonce encore l’existence dans le tissu pulmonaire d’une ou de plusieurs cavités isolées ou communiquant entr’elles, et toujours dues au ramollissement et à l’élimination de petites masses blanches et friables, ne présentant aficun caractère d’organisation, aucune trace de vitalité, et connues sous le nom de tubercules.

Il est rare de rencontrer sur le même poumon la réunion de ces trois degrés d’inflammation. Toutefois quand ils existent, c’est toujours la partie inférieure du poumon qu’occupe l’engorgement le plus avancé.

Symptômes , Marche et Durée.

Lors de l’invasion de la Pneumonie, l’on remarque les phénomènes suivans: le malade éprouve tout-à-coup un frisson violent suivi

de chaleur , quelquefois le frisson n’a pas lieu , il se plaint alors d’une céphalalgie plus ou moins forte et d’une faiblesse générale avec anorexie: à la poitrine il éprouve un sentimentde constriclion pénible sans douleur notable , au moins dans quelque cas ; celle ci du reste quand elle existe, est toujours profonde, gravative, et n’a point de siège fixe ; la respiration est courte , accélérée, l’haleine chaude , l’oppression considérable , la toux plus ou moins fréquente est d’abord sèche, et bientôt après suivie d’une expectoration glulineuse, mêlée de stries de sang. La face est tantôt pâle et livide, tantôt uniformément rouge dans toute son étendue, ou bien encore la rougeur est bornée aux deux pommettes; la bouche est sèche, pâteuse, la soif plus ou moins vive.

Le pouls, d’après l’observation de Sloll est quelquefois mou, inégal, quelquefois plein, dur et tendu' le malade rend en petite quantité des urines aussi rouges que si elles tenaient du sang en solution, caractère qui se rencontre aussi dans la plupart des autres maladies inflammatoires , mais qui n’est jamais, suivant Laënnec, plus marqué que dans la Pneumonie.

Quelques jours après l’invasion de cette phlegmasie, les phénomènes s’accroissent, la céphalalgie augmente, la face devient vul tueuse, la respiration plus fréquente , plus petite, plus élevée; les crachats diminuent , la chaleur est insupportable, l’oppression extrême; la langue d’abord sèche, se couvre bientôt d’un enduit brun et jaunâtre, par fois elle conserve sa rougeur, se dessèche et se fendille, par fois elle est humide et molle; les urines sont rouges sans sédiment, le malade est dans une agitation continuelle, le pouls devient petit, mou, déprimé, inégal, la dyspnée augmente, la stupeur se déclare, le malade éprouve un sentiment de suffocation avec des anxiétés inexprimables, et la mort vient enfin mettre un terme â cette pénible agonie.

Tel est le tableau des phénomènes qui se présentent, lorsque la Pneumonie abandonnée à elle-même, parcourt ses périodes avec l’intensité dont elle est susceptible ; lorsqu’au contraire, l’art aidé par la nature déploie des ressources suffisantes pour combattre la

fluxion inflammatoire, et que la maladie suit une marche régulière, les symptômes se modèrent au bout de trois ou quatre jours, les douleurs diminuent, la fièvre s’adoucit, la toux est moins fatigante, la respiration plus facile; l’expectoration plus abondante soulage les poumons, les urines sont moins rouges et un peu troubles , la peau devient moite , le malade est moins agité, le pouls est plus développé, la rougeur des pommettes moins vive ; tous les symptômes enfin se modèrent peu à peu et la maladie peut se terminer vers le septième jour, elle va quelquefois jusques au quatorzième , mais quand elle doit être funeste, c’est le plus ordinairement dans le premier septénaire. Sa durée d’ailleurs est toujours subordonnée à l’intensité des symptômes et a l’étendue de l’inflamation. Quant à sa marche, elle est presque toujours continue.

Diagnostic.

La Pneumonie ayant quelque analogie avec le catarrhe, l’asthme, la péricardite, et surtout la pleurésie chronique , son diagnostic peut quelquefois offrir des difficultés. Il est cependant certains signes qui servent à la différencier de ces diverses affections.

Le catarrhe est rarement accompagné de gêne de la respiration , la toux revenant par quintes peu douloureuses, se termine par l’expultion facile et plus ou moins abondante de crachats épais, jaunes ou verdâtres. A la percussion, la poitrine donne un son clair, àl’aus. cultalion l’on entend le râle sibilant principalement à la racine de bronches , d’abord sec , il devient muqueux à bulles plus ou moins grosses à mesure que l'expectoration s’établit.

L’asthme est caractérisé par une gêne périodique et convulsive de la respiration. La dyspnée, habituelle, augmente par accès irréguliers précédés d’un sentiment subit de constriction dans la poitrine. La toux d’abord sèche, revient par quintes très fortes et est suivie d’une expectoration de mucosités claires et filantes. Ces accès se renouvellent plus ou moins souvent et plutôt la nuit que le jour.

La pleureusie offre une douleur toujours aiguë , superficielle,

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augmentant par l’inspiration, la toux , la pression et le décubitus sur le côté affecté. Dans la pneumonie, la douleur presque nulle, est quand elle existe, sourde, profonde, gravative.

Dans la pleurésie, la toux est petite, avortée , ordinairement sèche, l’expectoration rare est quelquefois accompagnée de salive et de crachats spumeux. Dans la Pneumonie , la toux d’abord sèche est bientôt suivie d’une expectoration abondante de crachats visqueux , mêlés de sang.

D ans la pleurésie, le pouls est petit, serré, fréquent, dans la Pneumonie, au contraire, il est plein, souple et développé. Ces signes d’ailleurs, sont dans l’un et l’autre cas, susceptibles de tant de modifications qu’ils ne suffisent pas pour établir un diagnostic invariable, mais ce qui l’établit d’une manière plus sûre, c’est que dans la Pneumonie, l’absence totale du bruit respiratoire est toujours précédée pendant un temps plus ou moins long, par l’apparition du râle crépitant, qui est tout-à-fait caractéristique; tandis que dans la pleurésie, l’absence de la respiration est subite, égale, uniforme , au moins quand l’épanchement pleurétique est abondant. Alors aussi, les espaces intercostaux sont plus larges , plus saillans et fluctuans^ la mensuration prouve l’amplitude du côté affecté supérieure à celle du côté sain. Quand au contraire, l’épanchement est médiocre , on acquiert la certitude de son existence par l’auscultation qui permet d’apprécier le phénomène connu sous Je nom d’égophonie. Il semble, en ce cas, qu’une voix plus aigre, plus aiguë que celle du malade, résonne à la surface du poumon,

Pronostic.

L’importance des fonctions confiées à l’organe pulmonaire , et la nature de la plupart des terminaisons de sou inflammation, rendent toujours la Pneumonie une maladie essentiellement grave : cependant le pronostic qu’on doit porter varie ; certains signes annoncent un danger imminent, d’autres une issue favorable, d’autres enfin une mort inévitable.

Si la poitrine est mal conformée, si le sujet est affecté de tubercu-

les, s’il est avancé en âge, épuisé par des excès, ou bien si les organes respiratoires ont déjà été atteints de phlegmasie, le pronostic est fâcheux et le devient encore d’autant plus qu’il y a une plus grande partie du poumon envahie par l’inflammation. Quand les symptômes d’irritation sont modérés, qu’ils ne se prolongent pas au delà de deux ou trois jours, quand l’expectoration s’établit de bonne heure, que la respiration devient plus libre, plus facile, la fièvre moins forte, on est en droit de porter un pronostic favorable. Si, au contraire, l’irritation est excessive, la fièvre violente et la toux douloureuse ou saccadée, si les crachats tardent à paraître ou s’ils sont expulsés avec beaucoup d’efforts et sans soulagement, s’ils se suppriment brusquement ou s’ils deviennent bruns, livides, verdâtres., c’est un signe des plus fâcheux. Sputum verb , vald'e viride aut tiigrum, malum. Un flux abondant des urines avec sédiment blanc annonce, suivant Hippocrate, une terminaison plus prompte qu’un dépôt rougeâtre. Si cependant l’urine, après avoir été sédimenteuse, devient tout-à-coup limpide et ne se trouble que par le refroidissement, le pronostic est fâcheux. In pulmonis inflammatione , quibus circà initia urinæ crassce simtj deindè tenues evaduntt mors impcndet. Le froid de diverses parties du corps avec persistance de la chaleur à la poitrine et à la tête sont toujours défavorables. Le délire et l’élernument sont un signe mortel.

Quant à l’état du pouls, si on en excepte un pouls petit , intermittent qui, joint aux sueurs froides, annonce une mort prochaine, les indications qu’il fournil ne sont pas toujours certaines.

Terminaisons.

La Pneumonie peut se terminer par résolution, par induration, par suppuration et par gangrène.

La résolution est de toutes les terminaisons de la Pneumonie la plus avantageuse. Elle peut avoir lieu dans les trois degrés de la maladie et se faire graduellement ou d’une manière subite: le plus ordinairement dans les premières heures qui la précèdent, il y a exacerbation manifeste dans les symptômes , le malade éprouve de

l’anxiété, de l’oppression, un trouble général auquel succède une expectoration facile et abondante de crachats d’un jaune blanc, quelquefois mêlés de stries de sang, puis viennent un dépôt briqueté blanc dans les urines, une sueur ou une diarrhée modérée. L’apparition de ces signes critiques a toujours lieu avec un soulagement notable ; la respiration devient large , facile, la fièvre se dissipe peu à peu, la soif s’apaise et le patient recouvre insensiblement la santé à moins qu’une cause imprévue ne vienne entraver la maladie dans sa marche. Suivant Cullen, la terminaison peut avoir quelquefois lieu par une hémorragie spontanée, souventaussi par un dépôt critique sur les glandes, soit aux parotide? ou aux aisselles ou par une apparition érysipélateuse. Lorsque la résolution commence avant que laPneumonie ait dépassé la période d’engouement inflammatoire dont la durée ordinaire est d’un , deux ou trois jours au plus, le sang infiltré disparaît par l’effet de l’absorption et le tissu pulmonaire ne conserve qu’une rougeur légèrement foncée.

L'induration ou passage de l’inflammation à l’état chronique peut aussi se manifester d’une manière subite ou graduée ; la respiration devient plus courte, plus fréquente, le décubitus sur le côté affecté, la matité du son que donne la poitrine percutée, et surtout l’absence complète du râle crépitant ainsi que celle du bruit respiratoire, sont souvent les seuls signes de l’hépatisalion. Quand la Pneumonie parvenue à ce deuxième degré tend à se terminer par résolution, les parties en se ramollissant passent du rouge au rouge brun et acquièrent insensiblement la couleur rose-pàle naturelle au poumon. Le tissu cellulaire perd peu à peu sa dureté et son aspect granuleux pour faire place aux vésicules pulmonaires qui conservent encore quelque temps un reste d’épaisissement.

L’expectoration supprimée sans crise , la persévérance de la dyspnée, la rougeur des lèvres et des joues devenue plus vive et tirant sur le violet , des frissons vagues , irréguliers , le renouvellement de la fièvre avec des exacerbations vers le soir , dénotent l’existence du travail suppuratoire, et l’on reconnaît que la suppuration est tout-à-fait formée, quand aux symptômes ci-dessus men*

donnés, se joint une toux sèche, opiniâtre, un sentiment de pesanteur et de suffocation qui oblige le malade à se tenir sur son séant ou à se coucher du côté affecté ; une soif inextinguible, une perte d’appétit toujours croissante, et surtout des sueurs nocturnes au front et à la région supérieure de la poitrine. La. fièvre est continue avec redoublemens, la débilité et l’émaciation sont extrêmes. Souvent le pus® pénètre graduellement dans les voies aériennes et s'évacue complètement par l’expectoration qui procure en ce cas une cure radicale, souvent aussi la résorption a lieu et détermine alors des accidens toujours graves.

La Pneumonie peut enfin se terminer par gangrené. Cette terminaison, quoiqu’extrêmement rare, s’annonce toujours par la cessation subite des douleurs avec dépression et irrégularité du pouls, par un état de prostration complété, une oppression extrême , le refroidissement des extrémités et spécialement par une sputation verte, noire et fétide qui se supprime bientôt par défaut de forces , le malade alors meurt suffoqué par le râle.

Traitement.

Le traitement de la Pneumonie varie suivant son intensité , ses causes et ses complications.

En général, cette phlegmasie laissant toujours à craindre une terminaison funeste, l'indication la plus pressante à remplir , est d’en prévenir les effets en faisaut avorter le travail inflammatoire, mais souvent malgré la médication la plus active et la mieux raisonnée, l’inflammation parcourt ses périodes avec une rapidité effrayante ; toutes les vues du médecin doivent alors se tourner vers les efforts ciitiques de la nature qu’il faudra seconder, s’ils sont salutaires, et ramener à une direction convenable, dans le cas contraire.

Les effets immédiats de toute irritation étant d’appeler le sang vers la partie irritée, et conséquemmemt d’y exalter les propriétés vitales, c’est à empêcher cet afflux du sang que doivent tendre les premiers efforts du praticien dont le but sera rempli par l’emploi des antiphlogistiques les plus puissans parmi lesquels la saignée oc-

cupele premier rang. Celle-ci devra toujours être pratiquée au bras, et produira d’autant plus d’éfïets quelle aura été employée, dès le début de la maladie, quoique l’expérience prouve encore son utilité dans les Pneumonies déjà avancées. Pour la quantité de sang à évacuer, l’intensité delà fluxion, la vigueur du tempérament, le sexe, l’âge, la nature du pays et le caractère des maladies régnantes doivent servir de mesure au médecin.

Quant à l’état du pouls, dans la Pneumonie, comme dans beaucoup d’autres affections inflammatoires, il n’est pas toujours le guide le plus sûr à suivre pour l’indication delà Phlébotomie. Souvent, en effet, les forces sont opprimées par l’orgasme inflammatoire, le pouls est faible, mou, inégal, et ce n’est qu’après l’emploi de la saignée faite dans cet état, qu’il prend un caractère de force et de vigueur.

La saignée, avons-nous dit; est de tous les moyens à opposer à la Pneumonie, le plus sûr et le plus énergique ; il est cependant, des cas ou malgré l’apparition des symptômes inflammatoires , elle est tout-à-fait contr’indiqnée, par exemple, dans les Pneumonies des vieillards cachectiques et débilités où l’emploi des amers et des toniques doit être recommandé, dans les fièvres pernicieuses qui ont une tendance à l’adynamie, dans les affections de nature bilieuse où l’emploi des évacuans devient obligatoire.

Lorsqu’après plusieurs évacuations sanguines générales, les symptômes inflammatoires persistent et que l’état de faiblesse où se trouve réduit le malade, oblige d’y renoncer, on peut avoir recours aux sangsues, aux ventouses scarifiées, ou aux vésicatoires considérés, par plusieurs praticiens, comme un moyen très efficace à opposer à la Pneumonie. L’opium, la jusquiame et autres narcotiques ne doivent être employés qu’avec précaution ainsi que les teintures de musc et de digitale qui peuvent aussi convenir dans certains cas. Les bains entiers convenablement administrés ne pourraient qu’être utiles, mais tant de précautions sont nécessaires pour éviter un refroidissement qu’il est souvent prudent d’y renoncer.

Un dernier moyen énergique à opposer à la Pneumonie inflammatoire , c’est la ïnélhode çontro-stimulante ou l’emploi du tartre

stibiéà haute dose. Stoll et Rivièrel’employaient comme vomitif concurremment avec la saignée: aujourd’hui son administration a pour but de déterminer une excitation dérivative, en disséminant, pour ainsi dire, la congestion pulmonaire primitivement établie. A cet effet, immédiatement après la saignée qu’il ne faut jamais négliger toutes les fois que le sujet peut la supporter, on fait prendre un grain de tartre stibié dans un demi-verre d’une infusion aromatique légère: cette première dose donne souvent lieu à des vomissemens suivis ou accompagnés d’évacuations alvines. Si au contraire, à cette première dose, on en fait succéder d’autres d’heure en heure jus* ques à concurrence de dix à douze grains, les vomissemens cessent, la circulation se ralentit , la sécrétion urinaire et la transpiration augmentent d’une manière très sensible , il y a, ce que les médecins Italiens appellent tolérance. On suspend alors pendant un tems plus ou moins long, suivant les cas, l’emploi du tartre stibié que l’on recommence ensuite en augmentant progressivement les doses : on peut ainsi en administrer jusques à un demi gros et en continuer l’usage pendant quelques jours. Souvent on lui associe avec avantage le sirop diacode à la dose d’une demi once à une once. En général, feffet de ce remède n’est jamais plus rapide que quand il ne détermine aucune évacuation. Un de ses grands avantages est de pouvoir être administré à une époque assez avancée de la Pneumonie, sans que jamais les malades éprouvent ce long affaiblissement qui, trop souvent accompagne la convalescence des Pneumonies traitées par les saignées répétées. La rougeur de la langue, une douleur marquée à l’épigastre, une diarrhée abondante, ne doivent pas, suivant Laënnec, en conlr’indiquerremploi,et quoiqu’on ne puisse donner de son mode d’action sur l’économie, qu’une explication hypothétique, en admettant une augmentation d’énergie de l'absorption intersticielle , toujours est-il avéré que son effet immédiat le plus constant , quand il est employé à haute dose, est la résolution rapide d’une inflammation.

A l’emploi des moyens ci dessus énoncés dans le traitement de la Pneumonie inflammatoire, on associe avantageusement l’usage

des boissons mucilagineuses chaudes, telles que décoctions d’orge , de guimauve ou de graines de lin nitrées : on entretient la liberté du ventre par des lavemens émolliens ou légèrement laxatifs, on fait sur la poitrine des fomentations émollientes ; on peut aussi faire respirer avec utilité une infusion de fleurs de sureau, ou faire sur les membres des ablutions d’eau chaude vinaigrée. Comme moyen hygiénique, il ne faut point négliger de renouveler de tems en teins l’air de l’appartement où se trouve renfermé un pneunomique , une chaleur trop grande produite ou par les couvertures, ouparledéfaul de ventilation ne peut qu’être nuisible. L’on doit aussi conseiileraux malades qui ont été atteints de maladies de poitrine, l’usage des gilets de flanelle, pour empêcher la suppression ou la diminution de la transpiration, en entretenant la peau dans un état d’irritation permanente et salutaire.

Quant au Régime à suivre dans la Pneumonie aiguë, le malade doit être privé de toute espèce d’aliment autre que le sucre et les substances mucilagineuses qui entrent dans la composition de ses boissons; mais aussitôt la chute de l’orgasme inflammatoire, on doit lui permettre quelques légers alimens et en augmenter la quantité à mesure que l’appétit se développe. En général, il faut craindre dans toutes les maladies aiguës, de prolonger la diète absolue au delà de quelques jours, le plus grand et le plus fréquent inconvénient d’une diète outrée, est de rendre l’estomac tellement irritable, qu’il se montre rebelle à l’alimentation la plus douce et la plus légère, ce qui rend les convalescences longues et dangereuses.

HYPPOCRATIS APHORISME

Peripneumoniâ vehementer detento, succedens alvi profhivium, malum.

Dolores in pectore, nàm multürn infestent , animadvertcndum.

Quos febies longœ exercent * iis tubercula, innascuntur.

A peripneumoniâ j phrenitis , malum.

Labores spontanei indicant morbos.

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