DE LA
Le petit nombre de travaux qui ont été écrits sur la pneumonie chronique semble témoigner déjà des difficultésdu sujet. Il s’agit, en effet, de décrire une maladie rare, et dont Laennec avait pu même contester l’existence. Aujourd’hui, après les travaux de MM. Andral, Chomel, Grisolle, Requin, Raymond et quelques autres, personne ne saurait nier qu’il existe une espece particulière d’inflammation parenchymateuse du poumon, caractérisée anatomiquement par diverses variétés d’induration pulmonaire, et représentant à l’état chronique la forme aiguë de la pneumonie lobaire dégagée de toute complication. Mais il est certainement peu de médecins qui aient eu l’occasion de vérifier, soit au lit du malade, soit à l’amphithéâtre, les descriptions produites par les auteurs que nous venons de citer. Ces descriptions, d’ailleurs, ont presque toujours été présentées avec réserve. Ainsi, Chomel avouait n’avoir pu réunir et comparer que huit cas, lorsqu’il composa son article Pneumonie chronique pour la 2 e édition du Dictionnaire (le Médecine en 25 volumes. M. le professeur Grisolle n'avait pu suivre qu’une seule fois révolution de la maladie
au moment où il publia son Traité de la Pneumonie. Depuis ce temps, les matériaux ne se sont guère multipliés ; et l’on réunirait difficilement aujourd’hui, je crois, en compulsant les divers recueils ou les traités ex professo, plus de dix ou douze observations de pneumonie ebroniquelobairesimple, douées de toutes les garanties qu’on est en droit d’exiger. Le nombre des faits publiés comme exemples de pneumonie chronique est beaucoup plus considérable sans doute; mais en y regardant de près, on ne tarde pas à reconnaître que, pour la plupart, ils ne sont point relatifs à cette maladie. Le plus souvent, en effet, il s’agit de cas où une induration, sans caractère inflammatoire appréciable, persistait à la suite d’une pneumonie aiguë depuis longtemps guérie. D'autres fois, ce sont des exemples de ces pneumonies aiguës à lente évolution dont on a pu dire qu’elles sont aiguës parles symptômes, et chroniques par la durée. Or, ces faits doivent, ce nous semble, être distraits de la pneumonie chronique proprement dite, et étudiés à part, si l’on ne veut pas voir s’introduire la plus grande confusion dans l’histoire déjà si difficile de cette maladie.
Ayant à traiter un sujet encore à l’étude, nous nous sommes trouvés heureux de pouvoir étayer nos descrip tions de trois observations inédites. L’une de ces obser valions appartient à M. le docteur Monneret, qui, avec la plus grande obligeance, a bien voulu nous autoriser à l’insérer dans ce travailles deux autres ont été recueillies par nous il y a plusieurs années dans les hôpitaux (1).
La pneumonie aiguë lobaire simple n’est pas la seule
(1) Je prie mes collègues daus les hôpitaux, MM. Monneret, Gubler, Aran, Hérard,'Woillez, de recevoir mes rcmerciments pour les renseignements qu’ils ont bien voulu me communiquer et qui m'ont été d'une grande utilité pour la rédaction de ce travail.
forme d’inflammation parenchymateuse aiguë du poumon qui se trouve représentée à l’état chronique. Des foyers tuberculeux, gangréneux, des corps étrangers introduits dans les voies respiratoires peuvent, par exemple, dans certains cas être le point de départ d’un travail de phlegmasie chronique. Mais ici encoreles faits manquent, ou en tout cas ne fournissent pas matière à de grands développements; nous avons cependant* dit quelques mots de ces diverses variétés de la pneumonie chronique dans un article accessoire où nous étudions aussi, fort brièvement, quelques affections du poumon qui ont été plusieurs fois considérées comme étant d’origine et de nature inflammatoire.
Un historique en règle des diverses vicissitudes qu’ont subies les questions relatives à la pneumonie chronique, offrirait peu d’intérêt,et nous n’aurions pu d’ailleurs que répéter ici mot pour mot ce qu’a dit à ce sujet M. Raymond, dans sa dissertation inaugurale ; pour ce qui concerne la bibliographie, nous nous bornerons à indiquer, chemin faisant, les sources malheureusement trop peu nombreuses où nous avons pu puiser d’utiles renseignements (1).
(1) Voici d'ailleurs un aperçu historique et bibliographique ;
Morgagni, Lettres 19,5, 7.— Avenbrugger etCorvisart, Nouvelle méthode , etc. [Squirrhe du poumon, Vomique ichoreuse), 1818, p. 297.
— Racine, thèse de Paris, in-8°, an XI. — Broussais, Phlegmas. chron., t. I, p. 209. — Bayle, De la phthisie, Paris, 1810. (Obs.46?). Voir aussi page 251 (27 e obs., Poumons indurés, excavations, pas traces de tubercules). —Letenneur, thèse de Paris, 1811.
— Bazière, thèse d& Paris, 1815. — Chaix, thèse de Paris, 1819. —Pinel et Bricheteau, Dict. des sciences médicales, 1820.—Laennec, Auscult, 2 e édit., 1826. — Chomel, Dict. en 21 vol.— Bouillaud, Dict. de mèd. et de chir. — Andral, Ânat. patholog., t. III, p. 516. Clin, méd., t. III, p. 462 (obs. 64, p. 446). — Lebert, Journ.
des conn. mêdic.-chirur., mai 1840. — Grisolle, Traité de la pneumonie, 1 844 , p. 79 ( Sur l'anat. pathol., p. 348; Sur la symptûm., obs. de Requin). —Raymond, thèse de Paris, 4 842, obs. 3 et 4 ; les obs. 1 et 2 douteuses. — Chomel, Dict. en 25 vol., 1842 ( Nosographie de lapuenmonie chronique fondée sur huit faits, 1845). Corbin (d’Orléans), Gaz. mèdic., p. 806, 4 obs.? —Rat, thèse de Paris, 1845, n° 154. — Rayer, Gàs.méd., 1846 (obs. 4, p. 993).—' Requin, Traité de pnlh. médic., 1846, t. II, p. 165, (1 obs.) — Lacour, thèse de Paris, 1847 (pas d’obs.)— Macquet, Société anatomiq., 1847, p. 238.— Hardy et Béhier, Traité de palhol.ini. , 1850, t. II, p. 641 (Mention de plusieurs observ. : Abcès, Observ. de Monnerel, Analyse microscopique, par Robin), 1851. — Popham, Gaz. méd., 1851 (1 obs.? p. 675.) —Bricheteau, Traité des malad. chroniques, 4 851, etc., p. 337. — Durand-Fardel, Mal. des vieillards, 1854, p. 583 (9 observations, 6 au moins douteuses). — Dupré, Gaz. médic., janv., fév. 1853 {Diagnostic)^ — Raimbert, Gaz. hebdom., 1856, p. 655, 2 obs.? — Cotlon, Gaz. hebdomad., 4856, p. 675.— Heschl, Gaz. hebdomad., 1856, p. 675 (Anal, patholog.).
Addison, Guy's-Hosp. Reports, 1843, p. 365. — Hope, Principles illustrât., etc., Lond. 1854,p. 15. —Noirot, Annuaire, 1858, t. III, 2 obs., Carnificat. — Wunderlich, Path. et Thérap., 1856, t. III, Bd. passim. — Cruveilhier, Atlas d'anal, path., t. I, et Analom. palhol., 4 845, t. I, p. 139-421. — Bennett, Clinical lectures, Edinb. 1858, p. 643, 2 observ.? — Stores, Diseases oftlie Chest., Dublin, 1837, p. 353. — Cruveilhier, Ahath. path. génèr., t. III, p. 608.,— Société anatomiq., t. XXII, p. 238, 261; t. XXIV, p. 221 ; t. XXIX, p. 5, 445; t. XXX, p. 46.
En général, nos recherches chez les auteurs étrangers ont été peu fructueuses.