‹ De la politique dans ses rapports avec la morale, essai sur la République de PlatonChapitre 13 sur 36 · FONDEMENT DE L’ÉTAT · texte numérisé non relu

FONDEMENT DE L’ÉTAT

de l’éducation seront dignes de la patrie (1).

Mais, dira-t-on, notre législateur ne place-t-il pas trop haut le niveau de l’éducation : exiger de chacun, dans la République, cette mâle énergie, cette austère vertu , cette raison pénétrante qu’on s’est efforcé de développer dans les futurs défenseurs de la cité, n’est-ce point un rêve impossible à réaliser? Platon a résolu d’avance cette grave difficulté. Il connaît l’inégalité naturelle des aptitudes, il sait que les mêmes semences ne portent pas partout les mêmes fruits; c’est ce qu’il exprime dans une poétique allégorie : « Tous les citoyens » sont fils de la terre qu’ils habitent , elle est leur » mère et leur nourrice commune, ils sont tous » frères; mais le Dieu qui les a formés a fait en- » trer l’or dans la composition de ceux qui sont » propres à gouverner les autres, l’argent dans la • nature des guerriers , le fer et l’airain dans celles » des artisans et des laboureurs (“2\ » Tel est plus propre aux travaux manuels, tel aux occupations de l’esprit; celui-ci possède un courage héroïque, celui-là une haute intelligence et une rare prudence. Cette diversité naturelle, et l’inégalité qu’elle entraîne, ne produira aucun désordre dans la République , puisque les citoyens exercent chacun des fonctions différentes. 11 est des vertus nécessaires pour tous : la probité, la justice, la tempérance , conviennent aux premiers comme aux derniers de l’État ; mais si les uns sont plus

(1) Plat., p. 413, b, c, <i et srpj.

(2} Ibid., p. 41 S, O, b.

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