DES ÉTATS MATÉRIALISTES. 1S
sans bornes. Quand la faveur populaire décide de tout dans l’Élat , il s’élève tôt ou tard un ambitieux qui flatte le peuple pour lui arracher le pouvoir suprême ; les citoyens , séduits par l’appât de la liberté, le suivent en aveugles, et échangent une licence extravagante contre la plus dure et la plus amére oppression (1).
De mêmê l’homme dont tous les désirs sont déchaînés, tombe sous le joug d’un de ces tyrans insatiables : une de ses passions triomphe des autres, s’enrichit de leurs pertes, et fait succéder aux douceurs de l’indépendance une intolérable contrainte.
Voyez le libertin qui a livré son corps et son âme à la débauche : subjugué par ce despote intraitable , il sacrifie tout à ses désirs effrontés : « Eh » quoi ! diras-tu , pour une courtisane qui est à lui » d’hier, à laquelle il ne tient que par un caprice , » il abandonnerait sa mère chérie , qui lui est unie » par des liens sacrés , son vieux père , le plus an- » cien , le plus sincère de ses amis? Il oserait les » asservir à cette fille? — Oui , car il est lui-même » esclave (2). »
On voit maintenant comment la rivalité des éléments qui constituent la nature humaine détourne les individus et les peuples de leur destinée. L’accord de ces éléments seraitla perfection de l’homme et de l’État; leur antagonisme est une source d’er-
(1) Plat., p. 571 et sqq.
(7) Ibid,, p. 574, d, e.
DÉCADENCE
reurs , de dissensions de désordres. Quand ceux qui devraient obéir ne savent point accepter une subordination juste et nécessaire, ni les vainqueurs ni les vaincus ne sont à leur place. Non-seulement celui qui s’arroge un empire illégitime se nuit à lui-même, en s’éloignant de ce qui convient à sa nature , mais encore il oblige ceux dont il usurpe la place à poursuivre des biens qui leur sont étrangers , et dont la possession ne saurait les satisfaire.
Telle est la double cause de toute révolution ; l'excès d'élévation du principe victorieux , qui , forcé de surmonter toute résistance, ne maintient son empire que par l’asservissement des autres principes, et se prive ainsi de leur concours nécessaire; l'excès d'abaissement des principes vaincus , qui , frustrés de leurs droits les plus légitimes, résistent à la tyrannie , s’unissent contre le principe dominateur et conspirent sa ruine. « N’est-ce pas l’in- » tempérance et l’excès d’un principe , le mépris » et Toubli des autres, qui fait sentir le besoin » d’un état de choses nouveau (1)? »
Après avoir montré les causes de la révolution , Platon en indique la loi : « Ainsi naît le changement,
» cherchons maintenant comment se constituera » le nouvel ordre de choses? D’abord il aura son » caractère spécial; ensuite il retiendra quelque » chose de celui qui l’a précédé; enfin il aura déjà » quelque chose de celui qui doit suivre (!2). »
Outre que les institutions nouvelles possèdent
(1) rial., p. âô'i, a, b. c, tl; p. 551, «, 6, c, d,
(2) Ibiü , p. 547, a, b, c, rf, e.