CHAPITRE X
LA TIE VCTl^EE , SA!<CTIO!l LOIS HIIMAnGS.
SomiiiBE : De l’immortalité de l’éme, dernier terme et rouroniicinoiit de la politique. — Nécessité de faire passer ce dogme dans la consrieiicc publique.
Platon nous révèle ici le but suprême où tendait toute sa République : c’est l’adieu de la politique aux choses de la terre.
Dans le Phédon l’immortalité de l’ànie est un dogme proposé à la conscience individuelle: Socrate va mourir dans sa prison: calme et souriant au moment de boire la ciguë, entouré de ses disciples qui l’écoutent en pleurant , il leur rappelle que la philosophie n’est qu’un apprentissage de la mort, et que le trépas , qui affranchit l’ànie de sa prison , est le vrai commencement de la vie ; il leur démontre , avec une éloquence noble et sereine , la nécessité d’un monde meilleur, où la destinée de l’homme , entravée par mille obstacles sur cette terre , s’accomplira librement dans l’éternité (1).
(I) Plat., p. 60 et sqq.
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LA. VIE FLTUBE ,
Dans la République , l’immortalité de l’âme est un dogme politique et national proposé par le législateur à la société tout entière , car l’individu ne saurait accomplir sa destinée s’il n’est citoyen d’un État gouverné par la sagesse.
Au reste , les arguments sont semblables de part et d’autre, bien que le but soit différent. Jusqu’à ce jour, le Phédon n’a point été dépassé (1) : or, toutes les démonstrations contenues et développées dans le suprême entretien de Socrate avec ses disciples reviennent à cette preuve unique résumée dans la République :
Les changements de la matière n’atteignent point le principe immatériel.
Ceux qui regardent l’âme avec les yeux du corps, s’imaginent qu’elle est esclave des sens et des passions terrestres , qu’elle tient son être de la matière, et qu’elle est assujettie à ses lois; il faut la contempler avec les lumières de la raison , dans sa nature propre et dans sa dignité , dans ses nobles instincts, dans ses sublimes espérances, dans sa liaison naturelle avec ce qui est divin et impérissable. L’instinct de rimiuorlalité lui viendrait-il de son enveloppe mortelle , la connaissance et l’amour de la perfection , de ses organes imparfaits , l’unité qui est son essence, des éléments multiples et hétérogènes qui forment le corps ?
(1) Mosès Meoilelsoljn n’a guère fait, comme il le reconnait lui-méme dans la préface de son Phédun , u qu’accommoder les preuves niétapliy>i(|ues de Platon au goût de notre siècle. » Peut-être même a-t* il affaibli les argi^ ments les plus solides du Phédon antique, ceux que Platon tire de la réminiêctnct et de la théorie des idées.