DES
Bat de l'industrie séricicole.— Conditions générales de son
développement
L'industrie de la production de la soie consiste à transformer la feuille de mûrier en une récolte de cocons. Il est assurément très-intéressant de connaître quel poids de graine il a fallu employer pour effectuer cette transformation ; mais il convient néanmoins de ne pas oublier le vrai point de départ, le poids de feuille consommée.
Il y a de8 régions assez étendues où, depuis les maladies quioni régné sur les vers à soie, on a arraché plus de la moitié des mûriers. Il en est résulié une diminution très-notable dans la production des cocons, et on devra tenir compte de ce fait quand on voudra apprécier si Tindustrie séricicole fait des progrès, ou tombe en décadence.
Au point de vue économique» la production de la soie ne convient pas indistinctement à tous les pays, même lorsque les
mûriei^ y végètent parfaitement et rendent matériellement possible l'élève des vers à sde. Ainsi, d'après M. de Gasparin» les grandes exploitations organisées pour des cultures spéciales ne doivent pas faire cette entreprise, à moins de disposer d'un personnel nombreux, chose qui arrive rarement; au contraire, cette industrie convient admirablement dans les petits domaines et s'y allie avec tous les genres de culture,
C^est sans doute pour desraisoni de cegeiire qu*on B*a pu réussira propager l*industrie des vers à soie dans le nord delà France. Aux environs de Paris, on estime à cinq ouvriers la population agricole d'une ferme de 100 hectares: en abandonnant tout autre travail, ces cinq ouvriers ne pourraient guère produire que 250 kilogrammes de cocons, récolle insignifiante pour une telle exploitation .
Dans les pays où la terre est très-divisée, la population agricole est bien plus considérable, et peut donner tous les soins nécessaires aux vers à soie, sans que le reste du domaine en souffre sensiblement: ainsi, dans le Gard, plus de la moitié de la population agricole se livre à ces travaux. Dans ritalic méridionale, le climat convient très-bien au mûrier ; mais Telivier, le figuier, Toranger et la vigne, sont d*unc culture plus lucrative, cequi arrête le développement des mûriers En Lombardie, les conditions sont différentes, et les mûriers sont excessivement nombreux.
De même, dans chaque situation et chaque pays, il y a lieu de choisir certaines cultures, comme étant, au point de vue économique, supérieures à toutes les autres.
Dans le midi de la France, pendant ces vingt dernières années, la vigne a quelque peu empiété sur le domaine du mûrier. Aujourd'hui les vignobles sont dévastés parle phylloxéra, et, pendant qu'ils deviennent moins productifs, la sériciculture s'eniichit au contraire de méthodes plus parfaites et plus sûres ; il n'est donc pas douteux que le mûrier ne regagne le terrain qull avait perdu.
Règles à suivre poor réussir dans les élevages de vers à soie
Celui qui veut entreprendre d'élever des vers à soie pour produire des cocons doit se préoccuper d'abord d'avoir la feuille et le logement nécessaires ; il faut aussi qu'il ail une certaine idée des soins qu'exigent les vers; enfin, chose essentielle, il faut qu'il se procure de la bonne graine.
Dans ce qui suit, on s'occupera de ce dernier point seulement: c'est sans contredit le plus dilBcile pour la plupart des magnaniers ; et, tandis que la connaissance générale des règles de rhygiène peut, jusqu'à un certain point, suffire pour qu'on puisse tant bien que mal gouverner une chambrée, la confection d'une bonne graine demande, au contraire, des précautions spéciales, qu'il serait impossible de deviner et dont on comprendra l'importance au premier abord.
Confection d'une bonne graine. — Choix des reproducteurs. —Insuffisance du choix fait d'après Faspect extérieur
Autrefois, la plupart des éleveurs faisaient eux-mêmes la graine nécessaire à leurs entreprises; ce n'est qu'à la suite d'insuccès nombreux qu'ils ont pris l'habitude d'acheter cette graine, bien souvent sans qu'elle offrît la moindre garantie. L'excès môme des fraudes dont ils sont victimes doit les ramener à leurs anciens usages, d'autant qu'ils peuvent aisément y apporter des perfectionnements très-importants et se procurer 'ainsi les meilleures chances de succès. Ces perfectionnements sont le fruit de longues et patientes recherches, dont les résultats intéressent tous les magnaniers : nous les devons principalement à l'illustre Pasteur.
Toutes les précautions qu'il faut prendre pour confectionner une bonne graine dérivent d'un seul principe, qui est d'ailleurs
bien simple et bien connu : ce principe est le bon choix des reproducteurs.
' De tout temps l'on s'est efforcé d'améliorer ou de modifier, dans certains sens, les races d'animaux domestiques et même les plantes ; on y est arrivé en choisissant pour reproducteurs les individus les plus vigoureux et les plus conformes au type qu'on voulait réaliser. On sait, en effet, que les caractères, en règle générale, se transmettent héréditairement et que, par une sélection prolongée, on fixe d'une manière durable ceux auxquels on attache de l'importance. Si ces principes sont bien établis, et si l'on en tient grand compte lorsqu'il s'agit des grands animaux domestiques, il ne paraît pas moins nécessaire de les appliquer dans Télève des vers à soie.
Il est vrai qu'il peut s'établir, entre les individus issus d'une même ponte de papillon, des différences assez notables ; il est vrai encore que l'influence de l'alimentation sur la vigueur des vers et la qualité des cocons est très-considérable; mais tout cela n'empêche pas que les couples les plus sains et les types de cocons les plus parfaits ne soient préférables aux papillons malades ou aux types grossiers: le seul bon sens nous l'indique, et la pratique confirme surabondamment cette prévision.
Mais, dira-t-on, les magnaniers ont de tout temps fait un choix des cocons et des papillons qu'ils destinaient au grainage ; ils y ont apporté Tattention la plus grande, et cela n'a pas empêché les maladies de ruiner leurs éducations, depuis vingt ans et plus. Et, aujourd'hui même, on voit échouer souvent la graine provenant d'une chambrée de réussite splendide.
Cette objection est plus apparente que réelle. En effet, le choix des cocons et des papillons, d'après l'aspect extérieur seulement, est un choix tout à fait insuffisant; il arrive trèssouvent que les organes intérieurs sont malades, sans que rien trahisse cet état au dehors, et les œufs issus de ces individus malades le sont aussi à des degrés divers. Ce qui manquait aux
anciens magnaniers, c'était de connaître les véritables signes de ces maladies internes ; M. Pasteur les a trouvés, et cette découverte a été le salut de la sériciculture.
Travaux de M. Pasteur sur la pébrine. — Exclusion des papillons corpusculeuz
C'est en 1865 que M. Pasteur commença ses études sur les maladies des vers à soie. Son attention se porta immédiatement sur des organismes microscopiques, ou corpuscules, qu'il trouvait abondamment dans les chambrées en voie de dépérissement, soit chez les vers, soit chez les papillons. Mais, au milieu de centaines de papillons infectés de ces parasites, il parvint à découvrir quelques couples qui en étaient totalement exempts ; son génie aperçut aussitôt Timporlance d'une sélection de cette sorte pour la confection d'une bonne graine. En effet, les œufs de ces papillons choisis devaient être, et ils sont réellement, tout à fait exempts de corpuscules ; en procédant ainsi, on élimine donc les malades, ou du moins toute cette catégorie de malades.
Les corpuscules dont on vient de parler sont des organismes d'une structure peu compliquée : de simples vésicules ovales, sans aucune ouverture. Ils se nourrissent par endosmose. A l'origine, les contours en sont à peine visibles ; c'est le moment où ils se multiplient. Plus tard, incrustés d'albumine, ils réfractent vivement la lumière, et sont comparables, en quelque sorte, aux cellules végétales incrustées de ligneux : c'est l'état adulte.
Ces organismes oni été décrits pour la première fois, en 1849, par M. Gucrin-MéneviUe, qui les prit pour des globules du sang [Mém. Soc. agr, France, t. V, 1819). De Fiiippi établit leur nature parasitique dans les vers {Ann. Àc» agr. Turin, t. V, 1850). Osimo, en 1857, les découvrit dans les oeufs, et, en 1859, Villadini recommanda de lesy rechercher, après quel-
— loques jours d*incubaiion, afin de rejeter les lots qoe Ton trouve infectés par ces parasites. Cette méthode est encore pratiquée utilement aujourd'hui ea Italie, malgré son insuffisance.
Une foule de savants ont étudié les corpuscules ; je citerai, notamment, MM. Lebert, Frey, Leydig, Cornalia, Ylacovich, Gantoni, Pasteur, Balbiani, Haberlandt.
Quand un ver contient des corpuscules dès sa naissance^ ou quand, n*en ayant pas tout d'abord, il en acquiert dans son jeune âge par Tabsorpiion de feuille souillée, il est fatalement condamné à périr; il s'atrophie, se couvre de taches noires, appelées taches depébrine, et n'est bientôt plus qu'un cadavre . S'il a contracté cette maladie à une époque tardive, par exemple après la quatrième mue, les parasites n'ont pas le temps d'envahir tous les organes avant la montée, et le ver peut filer un très-bon cocon. Mais la chrysalide et le papillon sont remplis de corpuscules, et un nombre plus ou moins grand des œufs en sont également infectés.
Voilà ce que nous ont appris les recherches de M. Pasteur. Elles nous ont montré, déplus, que les cadavres et les excréments des vers corpusculeux, se réduisant en poussière impalpable, vont salir la feuille dont se nourrissent les vers du voisinage et communiquent l'infection à ceux-ci. La maladie des corpuscules est donc transmissible, non-seulement par hérédité, mais encore par infection.
De là bien des conséquences. Premièrement, pour le grainage, nécessité d'éliminer les papillons corpusculeux sans en épargner aucun, et de ne conserver que les œufs des papillons exempts de corpuscules.
Deuxièmement, pour les éducations, nécessité d'éviter avec soin l'infection corpusculeuse, durant les premiers âges surtout; et, pour cela, ne pas élever plusieurs graines dans le même local, ne pas laisser pénétrer dans la salle des personnes qui soignent des vers suspects de maladie, ne pas tenir les vers trop serrés.
ne pas faire de pous^re, autant du moins que cela 98 peut, en délitant ou en èalayant; ne pas faire sécher les litières au voisinage des magnaneries^ ou des arbres dont on récoltera les feuilles. Toutes ces précautions, très-utiles dans tous les cas, sont indispensables lorsqu'on vise à obtenir des cocons pour la reproduction.
Travaux de M. Pasteur sur la flaclierie.— Exclusion des chambrées qui ont souffert de cette maladie.
A peine M. Pasteur eut-il reconnu la maladie des corpuscules et donné les moyens de s'en préserver, qu'il se trouva en présence d'une difficulté nouvelle. Parmi les chambrées pures de pébrine, et dont la plupart donnaient des récoltes magnifiques, quelques-unes périssaient presque en totalité, ordinairement peu de temps avant la montée ; les vers n'offraient ni taches au dehors, ni corpuscules au dedans : c'était la flacherie. Cette maladie, qui est tout à fait indépendante de la pébrine, correspond à un arrêt dans la digestion de la feuille : celle-ci fermente, ou même pourrit dans l'intestin ; le ver s'étend immobile au bord des claies, et périt en laissant un cadavre mou, noirâtre et d'une odeur infecte.
Une foule de circonstances, encore mal déterminées, peuvent occasionner la flacherie. Mais, s'il nous est impossible de l'éviter dans tous les cas, d'une manière certaine, nous pouvons cependant éloigner un certain nombre de causes qui seraient propres à la déterminer.
Et, d'abord, M. Pasteur a observé qne les chambrées où la flacherie a fait des ravages ne peuvent donner des cocons susceptibles de servir à la reproduction en toute sécurité, car les descendants d'individus aussi affaiblis sont, pour la plupart, chétifs et enclins à contracter les mômes maladies. L'expérience prouveque, s'il y a des exceptions à cette règle, elles sont bien rares ; par conséquent, la flacherie, tout en n'étant pas ab-
solument héréditaire, au sens strict du mot, exige de la part de l'éleveur les mêmes précautions préventives que si elle Tétait rigoureusement. Ainsi, pour empêcher qu'on ne livre un lot de cocons à la reproduction, il n'est pas nécessaire que la flacherie y ait été très-apparente et qu'elle ait détruit une partie notable de la chambrée : il suffit, quand on veut être prudent, qu'elle ait seulement existé au plus faible degré, circonstance qui s'accuse en général par la formation de cocons fondus, mais qu'on reconnaît surtout à l'inspection des vers : au lieu d'être vifs et agiles à la montée, ils sont languissants, et un certain nombre périssent au pied de la bruyère.
La flacherie se transmet par voie d'infection avec plus de rapidité encore que la pébrine ; aussi faut-il craindre, pendant les éducations, les poussières qui proviennent des chambrées malades et celles des chambrées de l'année précédente, même des plus parfaitement saines. Ces poussières contiennent, en effet, des germes de vibrions qui n'attendent, pour se développer, qu'un peu d'humidité et qui seraient capables de produire la flacherie. Il est facile de détruire ces dernières en lavant avec un lait de chaux épais les murailles, les plafonds, les canisses et tous les recoins où ces poussières se logent dans les magnaneries ou aux environs. Quant à celles de l'année, on les évite en faisant les chambrées pour graine un peu plus précoces que la généralité des éducations industrielles, ou bien en les faisant dans des locaux écartée assez loin de ces dernières. La précocité est une excellente mesure; car, à partir de la quatrième mue des grandes éducations, l'air est infecté des poussières de toutes les litières que chacun fait sécher, et, si l'infection a lieu, c'est surtout à ce moment. On en sera à l'abri, si l'on s'arrange pour avoir les cocons terminés pour cette époque.
Pour être sûr que la flacherie n*a pas existé dans une éducation, il faut l*aToir surreillée depuis le commencement jusqu*à la 6n, surtout après la quatrième mue ; il faut que les vers aient été vifs et agiles à la montée. *
Rien ne peut suppléer à ces inspections. Si cependant on se trouvait réduit à n*avoir que des cocons dont on n^auraitpasvuTélevage, il faudrait y constater Tabsence de cocons fondus, lorsque le papillonnagc est très-proche. On pourrait encore étudier au microscope les estomacs d*un certain nombre de chrysalides; il faudrait qu'un grand nombre de ces chrysalides fussent exemptes de ferments. Dans le principe, M. Pasteur pensait que ces ferments sont toujours un indice de flacherie ; mais il a reconnu depuis que les meilleurs lots n'en sont pas exempts, et que, pourvu que la proportion des individus qui en renferment ne soit pas très-forte, on n*en peut pas tirer d*induction fâcheuse. Ce caractère, outre qu*il exige des observations assez délicates, a donc encore Finconvénient d*étre incertain. Il y a tout avantage à s'en dispenser, quand on le peut, par une surveillance attentive des vers eux-mêmes.
Petites chambrées pour graine
En résumé, il résulte de ce qui précède que l'on doit :i^ exclure de la reproduction les chambrées où la flacherie s'est montrée, et 2*^ rejeter les pontes des papillons corpuscnleux.
Ces deux conditions limitent singulièrement le nombre des éducations qu'il convient de consacrer au grainage.
Il est rare qu'on en trouve parmi les grandes chambrées industrielles, où les vers sont trop nombreux et, en général, trop serrés, pour ne pas offrir des cas de maladie en nombre notable. Aussi faut-il faire expressément, en vue du grainage, de petites éducations un peu précoces, bien espacées et poignées par un personnel spécial, afin de réunir les conditions d'isolement les plus parfaites. En procédant ainsi, on trouvera facilement des lots excellents pour la reproduction.
Et si ces petites chambrées, de 5 grammes, iO grammes, 25 grammes au plus, dont on vient de parler, ont été faites avec des graines pures de toute infection corpusculeuse, on aura généralement des cocons peu ou point atteints par cette maladie. En les livrant au grainage en masse, sans le secours du microscope, la graine serait, dans la plupart des cas, de qualité sufii-
saute pour donner une excellente réeolte; mais elle pourrait être aussi de qualité médiocre ou même mauvaise, par suite d'une invasion accidentelle de poussières corpusculeuses. La prudence exige donc qu'on s'éclaire sur ce point d'une manière précise .
Pour cela, pendant que les cocons sont encore sur la bruyère, on en prend quelques-uns, sans choix, pour servir d'échantillon : une cinquantaine, par exemple.
On les porte dans une étuve ou une couveuse, à 95^ R. environ, afin de hâter la sortie des papillons : on étudie ces papillons au microscope (de la manière qui sera indiquée ci-après), et on sait alors exactement combien il y en a, sur cent, de corpusculeux. Si la proportion en était trouvée trop forte, il serait encore temps de vendre la récolte à la filature.
Si l'oD trouve, au contraire, qu'il n'y a point de papillons corpusculeux» ou si leur nombre n'est pas jugé trop grand, on peut décider le grainage d'une manière définitive.
Ici, on se trouveen présence de deux méthodes. L'une consiste à faire le grainage en masse, à la manière ancienne; le produit, appelé graine industrielle, renrerme par conséquent les œufs des papillons sains et des malades pêle-mêle, et sa qualité dépend de la proportion relative de ces deux sortes. La seconde mé^ thode, infiniment plus sûre, consiste à faire le grainage eellulairement, c'est-à-dire que la ponte de chaque femelle est efiec^ tuée sur un morceau de toile séparé, afin qu*on puisse faire le triage des pontes saines et des pontes malades (ainsi qu'il sera indiqué ci-après). Ce dernier procédé, proposé par M. Pasteur, offre des avantages évidents ; et, comme il est facile à pratiquer, on serait inexcusable de conserver sciemment dans son grainage des individus malades. Aussi n'y a-t*il plus que les commer** çants qui conservent Tusage des graîoages industriels ; tous les propriétaires qui font la graine pour leur usage n'bésîtent pas à 66 doBMr un peu plus de peine, afin de se procurer une
graine cellulaire irréprochable ; ils y Irouveût toat profit, car ils ont à la fois une sécurité plus grande durant les éducations, un produit supérieur en cocons, et enfin la possibilité d'en livrer une partie à la reproduction.
Orainage cellulaire. — Soins généraux
Les cocons destinés au grainage doivent rester sur la bruyère un peu plus longtemps que ceux qu'on veut vendre à la filature. 11 faut éviter, en effet, que les chrysalides, encore trop molles, n'éprouvent des ballottements répétés qui pourraient leur être nuisibles. Il faut craindre encore l'entassement des cocons, et leur transport à de grandes distances sans précautions spéciales ; c'est encore là un des motifs qui doivent déterminer lespropriétaires à faire eux-mêmes la graine avec leurs cocons, choisis conformément aux règles indiquées précédemment.
A la récolte des cocons, il faut éliminer du grainage tous les faibles, parce que cette faiblesse peut provenir d'une infirmité constitutionnelle du ver, aussi bien qu'elle peut être d'autres fois l'effet d'un retard purement accidentel, survenu à la montée. On ferait sans doute bien de rejeter aussi les doubles, de peur que ce type n'eût quelque tendance à devenir héréditaire. Cependant on manque encore d'expériences décisives à ce sujet.
M. Bonliet a trouvé récemment que les papillons des cocons doubles sont rorpusculeux en proportion plus grande que les papillons des cocons ordinaires. Déjà M. Robinet leu soupçonnait d*une certaiM faiblesse.
Les cocons choisis sont ensuite débourrés et mis en filanes, ou disposés sur des harpes ou des claies, en vue du papillon^ nage. Une température de i7 à âO*" R. est convenable durant cette période.
Lorsque les papillons sortent des cocons, le matin, ils doivent être surveillés attentivement^ afin que tous ceux de mauvaise apparence soient aussitôt saisis et jetés : ainsi on ne gardera pas ceux qui ont les flancs tachés ni les ailes rabougries, ou Faspect malade; les anciens magnaniers ont toujours eu soin de faire ce triage, et nous devons plus que jamais y mettre une grande sévérité, si nous voulons rendre aux races toute la vigueur désirable.
Orainage cellulaire <système Pasteur)
Lorsqu^il ne reste plus sur les filanes que des papillons d'aspect irréprochable, on lève les couples qui sont formés et on les dépose sur une toile horizontale, en laissant l'accouplement durer jusqu'à vers trois heures du soir. On sépare alors les mâles, qu'on jette ou qu'on tient en réserve pour le lendemain en cas de besoin. Les femelles sont posées une à une, chacune sur une petite toile, aOn que les pontes soient isolées les unes des autres. On peut se servir aussi, à cet effet, de sachets de mousseHne ou de tout autre dispositif qu'on pourra imaginer. Seulement, il est nécessaire de conserver avec chaque ponte la femelle qui l'a produite, sans qu'il puisse y avoir de confusion. Par exemple, on peut enfermer l'animal dans un pli de la petite toile, ou dans une boite ou un cornet de papier numéroté comme la toile elle-même.
Il est indispensable que les œufs et les papillons soient bien aérés. On prendra garde de blesser les papillons quand on les enferme avec des épingles, parce que leur cadavre pourrirait et que la mauvaise odeur attirerait les dermestes ou d'autres insectes très-avides ; que, d'autre part, les vibrions formés dans ces cadavres, après cette lésion purement accidentelle, pourraient gêner dans les observations ultérieures.
Pour faire la sélection des pontes bonnes et mauvaises, on
étudie le papillon au microscope de la manière suivante : on prend le papillon correspondant à une toile déterminée ; on le broie dans un mortier avec un peu d'eau ; on met une gouttelette de la bouillie ainsi formée sur une lame de verre, et on la recouvre d'une lamelle de verre mince ; enfln on porte celte préparation sous le microscope. Si elle offre des corpuscules, on rejette la ponte ; on la conserve, dans le cas contraire. Cette observation se fait aussi bien sur le papillon mort et desséché que sur le papillon encore vivant, et elle est tellement facile qu'un instant suffit pour en acquérir l'usage.
Tel est le grainage cellulaire, avec isolement des femelles seules. On y a complètement négligé l'influence des mâles, la pratique ayant démontré qu'ils ne transmettent pas la maladie des corpuscules. Mais convient il d'agir toujours ainsi? N'est-il pas probable que les mâles corpusculeux inflnent sur la graine pour la rendre moins robuste? Tous nos efforts doivent tendre à la fortifier ; c'est pourquoi on ne saurait trop recommander le grainage ceUtûaire dans toute sa rigueur, c'est-à-dire avec isolement des papillons mâle et femelle. Voici alors comment on procède :
Le matin, au lieu de déposer les couples pêle-mêle sur une grande toile, on les isole dans des casiers ou dans des sacs-cellules, ou simplement sur les petites toiles dont on a parlé déjà. Les cases fermées ont l'avantage de dispenser de toute surveillance } mais, aux yeux de l'expérimentateur, cet avantage n'existe pas ; il doit être, en effet, toujours présent pour observer les conditions de chacun des couples dans le plus grand détail, prendre note des accouplements permanents, de ceux qui sont interrompus fréquemment, de la longévité des papillons, enfin des mille circonstances qui peuvent exercer quelque influence sur la graine, et que nous ne connaissons guère, comme la température, l'humidité, la lumière, etc. Le praticien qui veut se borner à appliquer les règles établies veille simplement à isoler
les couples. Puis, quand il les sépare, il enferme le mâle dans un repli de la toile ou du sac, ou dans une boîte numérotée ; il laisse la femelle effectuer sa ponte^ et ensuite il l'enferme à son tour, de manière que pour chaque ponte il ait, sans confusion possible, les deux papillons producteurs. L'étude microscopique se fait, sur ce couple, de la même manière que celle des femelles seules.
PerfecUonnements à étudier. — Pontes élevées Isolement. — Longévité des papillons, etc.
Quand on s'est astreint à compléter les anciennes pratiques de sélection (qui reposaient sur des caractères extérieurs) par les sélections dont on vient de montrer la nécessité, et qui ont irait à la flacherie et à la pébrine, on est certain d'avoir de la graine de premier choix. Par conséquent, on a de ce côté toutes les chances de succès.
Mais est-ce à dire que l'on ne puisse encore faire mieux ? Non, la voie est ouverte à mille perfectionnements; les travaux dont on vient de donner une idée sont un premier résultat de la méthode des sélections, et cette méthode nous guidera encore plus loin.
Déjà on a proposé de faire un choix parmi les pontes, en les élevant séparément et rejetant celles qui offrent quelque caractère défectueux, au point àe vue de la vigueur des vers ou même simplement du type des cocons.
On a proposé encore de tenir note de la longévité des femelles après la ponte, afin de faire des catégories de graines correspondant à ces diverses durées d'existence ; il est, en effet, probable que les femelles qui meurent le plus rapidement sont les moins robustes.
Enfin on a pensé que la nEianière dont les papillons se comportent dorant Taccouplement pourrait encore servir à des classements analogues.
Tous ces faits oat besoin d'être étudiés avec suite, et oa peut en attendre des résultats importants dans la pratique. Ces résultats^ quand ils seront bien élabUs, compléteront heureusement ceux que nous devons déjà à M. Pasteur, et la sériciculture, aujourd'hui dans une ère de renaissance, devi^dra plus prospère qu'elle ne fut jamais.
L*idée d*îsoler les pontes des papillons, pour faire un choix entre elles, et anssî pour les élever séparéineni, a été exposée en I8G0 par M. Mitîfiot, membre de la Société d*agricalture dfe la Drôme. Seulement, le caractère qui servait de base k sa sélection est bien loin d^:<voir une valeur suffisante : M. Mitiûoi considérait, en effet, comme bonnes, les grai«6s qui ont pris une couleur gris^ six jours après la ponte. A Fégard des pontes clovécs séparément, il en propose la pratique sans donner, du reste, aucun détail sur les ré* suluts qu'il en a obtenus.
Bonne conser\ration des graines
Ce n'est pas tout d'avoir préparé des graines de vers k soie avec tous les soins imaginables : si on les conserve mal, depuis la ponte jusqu'au moment de la mise à incubation^ il n'est pas possible d'en attendre de bonnes récoltes. Les soins à donner aux graines durant tout cet intervalle ont donc une importance extrême.
On est loin de connaître toutes les conditions qui, en agissant sur les graines, peuvent les rendre plus robustes ou, au contraire, les détériorer ; en attendant les études nouvelles^ il ÙMi profiter soigneusement du peu que l'on sait déjà sur ce point.
D'abord^ il est indispensable que les graines soient très-aérées en tout temps, et spécialement dans les jours qui suivent la ponte : en effet, pendant que les œufe changent de couleur, ils respirent très-activement. Dtu^ant l'hiver, la respiration est Uèsralentie, mais ne cesse jamais ; elle reprend pkîs d'énergie lors de la mise en incubation. Les toiles de graine ne peuvent» par
conséquent, être enfermées dans des boîtes ou des armoires ; elles ont besoin du grand air, sans quoi les vers éclos pourraient être très-chétifs et périr en masse dès les premières mues.
Il faut, en outre, que les graines subissent le froid de l'hiver. Les expériences faites par M. Duclaux prouvent que Tembryon ne se forme pas, ou est mal constitué, quand cette période de froid est supprimée. On sait de même que les graines de l'Amérique du Sud, pondues en novembre (saison d'été de ces climats) et arrivées en Europe en février, refusent d'éclore, parce qu'elles n'ont pas eu d'hiver. On y supplée par une hivernation artificielle d'une quarantaine de» jours dans une glacière, avec les précautions nécessaires contre l'humidité.
On ignore comment agit le froid ; on sait seulement qu'un froid très- vif, de 15 à 20** au-dessous de zéro, n'est pas nuisible, bien qu'il suffise d'un froid moins intense. Ainsi, dans la pratique, on hiverne très-bien les graines en les suspendant au plafond d'une salle sèche et bien aérée, exposée au nord.
On connaît encore une troisième condition nécessaire à la bonne tenue des graines : c'est de les soustraire aux chaleurs précoces du printemps, avant Tépoque où les mûriers donnent les premières feuilles. Il arriverait, sans cela, que l'organisation de l'embryon serait excitée par cette chaleur intempestive, puis entravée plus tard par un retour de froid naturel ou artificiel ; or cet arrêt est funeste à la santé du ver, et fréquemment le tue tout à fait. On sait, par exemple, que les cartons du Japon, après avoir été plus ou moins échauffés par la traversée de la mer des Indes et de la mer Rouge, doivent être ensuite remis au froid, et subissent bien souvent par cela seul des avaries considérables.
C'est encore une action de ce genre qui menace toutes les graines qu'on fait voyager, surtout détachées des toiles: en effet, le frottement répété des graines les unes contre les autres peut déterminer les mêmes effets qu'un commencement d'incu-
bation. Celui qui veut éviter toutes ces causes de préjudice conserve ses graines dans un local à murailles épaisses, tel qu'une cave voûtée, bien sèche, où les variations de chaleur du printemps ne se font pas sentir.
Il ne les fait jamais voyager sans des précautions toutes spéciales.
Les graines bien hivernées sont dures à Téclosion. On se méfiera d'une graine qui naît trop vite après qu'on l'a exposée à l'action de la chaleur.
Lavage des graines
On ignore encore Tinfluence des bains plus ou moins prolongés sur la vigueur des graines. L'époque de ces bains doit avoir quelque importance, et il y a bien des recherches à faire à cet égard.
En général, on lave les graines aux mois de décembre et de janvier, pendant les grands froids de l'hiver ; on se sert d'eau ordinaire, à la température de la salle où on conserve les graines. Beaucoup de personnes se dispensent même de faire aucun lavage, quand les graines ne sont pas salies de déjections de papillons.
Conclusion : Grainages domestiques
Depuis que la production des graines est devenue une industrie lucrative, tout le monde s'en est mêlé, et il est impossible de reconnaître la qualité des produits mis en vente ; le plus souvent, on ne sait ni d'où vient la graine, ni comment elle a été faite et conservée. Le seul moyen qu'aient les éleveurs pour éviter toute déception, c'est de n'élever que de la graine faite sous leur surveillance directe, avec les précautions indiquées dans ce qui précède. Si l'examen des papillons au microscope
leur semblé trop difficile, ils trouveront facileme»l dans chaque commune quelque personne qui voudra s'en charger; au bosoiO) ils enverront à la Station séricicole de Montpellier un délégué, qui s'instruira en quelques heures de la pratique de cet instru*ment. Nul doute qu'en suivant cette marche^ ils ne voient leurs efforts couronnés de succès.