LES COMMUNAUTÉS AGRAIRES W
communautés de village ont existé jusque sous Jacques I", et Tusage du run^ing, qui a persisté jusqu'à nos jours, reproduit les mômes pratiques, le tirage au sort annuel des lots de terrain, et parfois le labourage en commun ^ Au nord de la France, en Flandre, dans l'Artois, dans Tévêché de Metz, des terrains marécageux sont aussi périodiquement partagés entre les communiers ayants-droit. En Suisse, les alimends étaient et sont encore des terres communes, parfois réparties entre les habitants, d'autres fois louées pour en partager seulement le revenu. Chez les Hébreux, la terre était la propriété collective de la famille, et elle était dans une certaine mesure inaliénable, puisque tous les cinquante ans les biens vendus étaient restitués à leurs anciens propriétaires.
En Valachie la terre ne se transmettait pas héréditairement dans les familles. La terre appartenait à l'Etat. L'État seul en avait la domnia absolue. Le sol était divisé en deux parts : celle des terrani et celle dont le produit revenait k la Commune. — Les terrani seuls avaient droit aux biens communaux ; ils n'en étaient pas propriétaires mais possesseurs. A la mort des titulaires, la famille n'héritait pas. Les biens rentraient dans le domaine collectif, et étaient de nouveau attribués aux usagers. Il fallait ainsi recourir de temps en temps à une répartition nouvelle.
Chez les Afghans on trouve aussi le domaine collectif du village, réparti entre les habitants par un partage périodique ; certaines coutumes sont si semblables à celle des Hébreux qu'on les a crues empruntées à ceux-ci. ce L'allotement égal des terres entre les diverses familles d'une tribu se fait chez les Afghans comme on le voit décrit au dernier chapitre des
1. Voyez Hume, Hist. of England^ chap. XLVi; ci Macculoch, Statist, I, p. 295 et 523.
Nombres, et il a pour conséquence que les mariages se contractent fréquemment entre membres de la môme tribu , pour ne pas aliéner, en s'unissant au dehors, une partie de l'héritage commun. Dans le sein de la tribu s'accomplissent aussi, en vertu de stipulations d'ailleurs tout-à-fait volontaires, des échanges de domaines, motivés par la valeur inégale des terres allouées à chaque famille. Tous les cinq ou tous les dix ans, suivant la coutume, les terres passent d'une main dans l'autre, et au bout d'un certain laps de temps, chacun a possédé tour à tour les bonnes et les mauvaises portions du sol commun. De là des émigrations qui se font par villages entiers et à la suite desquelles le territoire occupé à nouveau se répartit entre les familles survenantes, au moyen d'un nouvel allotement, que les Afghans appellent tantôt pucha, tantôt purra. Ce dernier mot est d'origine juive ; pur en hébreu signifie lot, quote-part, d'où la fête commémorative des Purim ^ . »
M. Roscher cite encore beaucoup d'autres exemples de communautés agraires, Feldgemeinschaft 2. Il ne sera pas inutile de les reproduire ici. Dans le pays de Lowicz, jusqu'au commencement de ce siècle, la propriété privée de la terre était inconnue. La terre arable était soumise à un nouvel allotement chaque année 3. Dans Tile de Sardaigne on a trouvé aussi la propriété collective avec répartition annuelle des lots *. Régime semblable chez les Indiens Creek 5. Chez les Tcheremisses tous les travaux agricoles sont môme exécutés en commun, à époque fixe et nul ne
1. Voyez La vie des Afghans par Forgues, Rev, des Deux-Mondes, oct. 1863-, et Elphinstone, Cahul, II, p. 17.