HÉRÉDITAIRE
Ainsi que nous l'avons vu, les peuples primitifs, obéissant à un sentiment instinctif, ^econnais^aient à tout homtne un droit naturel d'occuper une portion du sol dont il pût tirer de quoi subsister en travaillant, et ils partageaient également entre tous les chefs de la famille la terre, propriété collective de la tribu.
Cette façon d'entendre le droit de propriété a été fréquemment entrevue, mais je ne sache pas qu'elle ait été plus clairement exposée que par deux philosophes, l'un français, l'autre anglais, qui, sans se connaître, se sont servis presque des mêmes termes, M. F. Huet, dans son livre le Règne social du christianisme^ chapitre V, Uvre III, et M. Herbert Spencer, dans son ouvrage Social Statics^ chapitre IX. Voici comment s'exprime M. Huet :
€ Sans propriété point de liberté, répètent à Tenvi publicistes, économistes, hommes d'État. Rien de plus incontestable. Aussi la propriété ou le droit de considérer comme sienne une
portion déterminée des choses, d'en jouir et d'en disposer à son gvé, sauf le respect des droits d'autrui, constitue toujours un des fondements essentiels de la société véritable.
c Ou les mots n'ont plus de sens ou mettre la propriété au nombre des dtoits naturels signifie que le titre originel d'investiture pour les biens de la terre est la qualité d*homme; que la qualité d*homme engendre par elle seule et immédiatement un droit à une quantité déterminée de ces biens : première propriété qui devient pour chacun la source, le fondement et le moyen de toutes les autres. >
c G*est la plus irrécusable conséquence du droit de vivre. Ce droit n'est-il pas égal, la nécessité des choses pour vivre n'estelle pas la même pour tous? ^ Nul assurément ne doit vivre aux dépens d'autrui; mais l'homme qui n'a pas démérité a droit de vivre libre ; il a droit à ce que sa subsistance, son travail ne dépendent pas du bon plaisir des autres ; — or quelque libre qu'il soit de sa personne, s'il ne possède, de droit naturel, aucune avance, aucun capital; sMl n'est pas propriétaire, comme il est homme et travailleur, il ne produit, il ne vit que par la permission de ses semblables; il tombe dans un esclavage réel. On ne saurait trop le redire, la propriété est une condition absolue de la liberté. Gomment méconnaître dans l'humanité le premier, le plus sacré des titres à la possession^ des choses? »
Pour réaliser le droit naturel à la propriété, M. Huet proposait que la loi décidât «c qu'à chaque décès les parts libres du patrimoine général revinssent également à tous les jeunes travailleurs. La succession constituée socialement reproduirait ainsi, à chaque génération, la fraternité du partage primitif. »
c La succession en se généralisant se moralise : on ne sait que trop à quelles tentations le régime actuel expose des héritiers besogneux et pressés. Il fait de chaque héritage une proie que se disputent les plus viles passions. Hélas! qui n'a surpris d'abominables vœux? Loin d'attenter à la famille, le droit au patrimoine l'épure et le fortifie. Il fait pénétrer la se-