‹ De la propriété et de ses formes primitives (volume 3)Chapitre 11 sur 88 · PRÉFACE XV · texte numérisé non relu

PRÉFACE XV

le droit absolu exercé sur le sol. Au moyen-âge, dans le système féodal, la propriété est une rémunération pour certains services rendus. Le fief est le traitement attaché à une fonction. En principe, il n'est pas héréditaire; il est conféré à vie, par le souverain, et celui qui en jouit doit en échange porter les armes, maintenir Tordre, rendre la justice. La propriété indivisible du majorât a encore un caractère social très-prononcé. L'individu qui la détient n'en a que la jouissance viagère ; il n'en peut disposer parce qu'elle est destinée à maintenir la famille qui^ avec ses souvenirs, sa grandeur, ses devoirs héréditaires, est considérée comme l'élément constitutif de la nation. Les relations hiérarchiques des classes et par suite toute l'organisation de l'État, reposent sur la possession de la terre. Aujourd'hui la propriété a été dépouillée de tout caractère social : complètement différente de ce qu'elle était à l'origine, elle n'a plus rien de collectif. Privilège sans obligations^ sans entraves, sans réserves, elle semble n'avoir d'autre but que d'assurer le bien-être de l'individu. C'est ainsi qu'on la conçoit et qu'on la définit. Mobilisée par la facilité de l'aliénation, elle passe de mains en mains^ comme les fruits qu elle porte ou les animaux qu'elle nourrit. En allant trop loin dans cette direction, on a ébranlé les bases de la société, et il est à croire que dans l'avenir, une place plus grande sera donnée à l'élément collectif. « Nous arriverons^ dit Immanuel Fichte, à une organisation sociale de la propriété. Elle perdra son caractère exclusivement privé pour devenir une institution publique. Jusqu'à présent l'Etat n'a

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