‹ De la propriété et de ses formes primitivesChapitre 37 sur 131 · CARACTÈRES JURIDIQUES ET AVANTAGES DE L'ALLMEND · texte numérisé non relu

CARACTÈRES JURIDIQUES ET AVANTAGES DE L'ALLMEND

la poursuite à l'autorité judiciaire. Le conseil se réunit sur la convocation du président. Les membres non empêchés sont frappés d'amende en cas d’absence ; ils sont rétribués par la remise des journées de travail qu’ils devraient fournir comme les autres usagers.

Le président est élu par l’assemblée générale. Il doit convoquer celle-ci chaque fois que 100 membres le demandent. 11 louche 80 fr., et scs vacations extraordinaires sont payées en sus. Les autres fonctionnaires sont le caissier, qui lient les comptes et fait les recettes et les dépenses; le secrétaire, qui rédige les procès-verbaux et fait la correspondance; le chef des travaux, le forestier et le vérificateur des comptes. Tous sont rétribués et sont responsables de leur gestion.

L'administration de ces communautés foncières est, on le voit, très complète; elle tient le milieu entre celle d’un corps politique et celle d’une société anonyme. Les usagers administrent eux-mêmes leurs intérêts communs et la propriété collective suivant des règles très précises et parfaitement entendues. Ces constitutions remontent aux premiers temps du moyen âge, mais elles ont été constamment modifiées et perfectionnées suivant les nécessités de l’époque, et on peut affirmer qu'elles remplissent convenablement la mission qui leur est confiée. Le domaine collectif est bien administré, et les produits en sont équitablement repartis.

A mon avis, les avantages qu’offrent ces institutions du moyen âge et des temps primitifs sont si grands, que c’est k elles que j’attribue, en grande partie, la longue et glorieuse durée de la démocratie en Suisse. Ces avantages sont à la fois politiques et économiques.

D’abord les usagers, en prenant part à l'administration de leur domaine collectif, font l’apprentissage de la vie politique et s’habituent à s'occuper de la gestion des affaires publiques. Ils assistent à des délibérations, et ils peuvent y intervenir; ils choisissent leurs délégués, ils les entendent rendre les comptes annuels qu’ils discutent et approuvent. Ils s’initient ain«i admirablement au mécanisme du régime parlementaire. Ils font partie de véritables sociétés coopératives rurales qui existent depuis un temps immémorial, et ainsi se développe chez tous l’aptitude administrative indispensable dans un pays de suffrage E. ui I. wei.tïK. 11

universel. Ne l’oublions pas, c’est aussi dans le lownship que la démocratie américaine a ses racines.

Quand le droit naturel de propriété est en réalité garanti à tous, la société est assise sur une base inébranlable, car nul n'a intérêt à la renverser : il n’est point de pays où le peuple soit plus conservateur que dans les cantons primitifs de la Suisse qui ont conservé intact le régime des Alhnenden. Au contraire, dans un Ktul où il n’y a qu’un petit nombre de propriétaires, comme en Angleterre, le droit de propriété parait un privilège, un monopole, et il ne tarde pas ù élre en butte aux plus dangereuses attaques. Tandis que lù un million de pauvres vivent de l’aumône officielle, et que les ouvriers ruraux manquent d'habitations convenables, d'instruction et de bien-être, en Suisse les usagers sont au moins soustraits aux maux d'un dcnùment extrême. Ils ont de quoi se chauffer, nourrir une vache, récolter des pommes de terre, des légumes et quelques fruits.

Ailleurs, quand, par suite de certaines circonstances économiques, le charbon et le bois doublent de prix, comme on le voit parfois, c’est pour les familles peu aisées une cause d'indicibles souffrances. Pour l’usager, qui prend directement sa part des produits du sol, ces fluctuations des prix importent peu : quoi qu’il arrive, il a de quoi satisfaire ses besoins essentiels. 11 en résulte une heureuse sécurité pour l’existence des classes laborieuses.

Autre avantage encore des Ail nenden : elles retiennent la population dans les campagnes. Celui qui dans sa commune a droit à une part « de la forêt, du pâturage et du champ •> n’abandonnera pas facilement la jouissance de tous ces avantages, pour chercher dans les villes un salaire plus élevé qui ne lui assure pa=, il s'en faut, une condition meilleure. Ces immenses cités où s’entassent des milliers d’hommes sans foyer, sans autel, sans lendemain assuré, et où se firme l'armée profonde du prolétariat, toujours avide de bouleversements sociaux, voilà le péril et le fléau de nos sociétés modernes. Que l'homme trouve à la campagne l’aisance el la propriété, et il y restera, car c’est là vraiment le lieu que la nature a préparé pour lui. Les villes, séjour île l'orgueil, du luxe el de l’inégalité, enfantent l’esprit de révolte ; la campagne inspire le calme, la concorde, l'esprit d'ordre et de tradition.

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