CHAPITRE
DES COKDlTlOiNS liNÉVITABLES DU COMMUINISME.
due le communisme eniruine inèvilahlcment , et sous tous les rapports, la vie en commun.
Ou il faut l’homme travaillant pour lui , pouvant accumuler le produit de son travail, le transmettre à ses enfants , l’homme existant ainsi à ses risques et périls, réussissant un peu, beaucoup, quelquefois pas du tout, souvent après avoir réussi essuyant des malheurs imprévus, tombant dans l’indigence et y précipitant ses enfants , il faut tous ces accidents, ou absolument le contraire, c’est-à-dire point de riches et point de pauvres, une société se chargeant du sort de chacun de ses membres, ne permettant pas à l’individu de travailler pour lui, mais f obligeant à travailler pour elle, en retour prenant l engagement de le nourrir, de le vêtir, de le loger, de l’élever, d être sa seule famille. H faut en un mot la propriété avec ses conséquences, ou le communisme jusqu’à ses extrêmes limites. Entre ces termes extrêmes il n’y a pas de terme moyen possible. Peu de mots suffiront pour démontrer à quel point toutes ces conséquences se tiennent par une chaîne indissoluble.
Puisque en effet fhomme travaillant pour lui-même
et jouissant individuellement du résultat de son travail, c’est-à-dire l’homme propriétaire, ne convient pas, le terme contraire c’est l’homme ne travaillant pas pour lui , mais pour la société qui lui commande son travail, qui en reçoit le produit et qui s’acquitte, soit en lui donnant un salaire , soit en se chargeant de son entretien et de celui de ses enfants.
Cette société lui commandera donc son travail, et il travaillera pour elle. La société sera changée en un vaste atelier d’agriculture, de menuiserie, de serrurerie, de filature, de tissage, etc., atelier appartenant a l’État , qui en recueillera les produits, les emmagasinera, et les distribuera ensuite entre ceux qui auront contribué à les créer.
Dans ce grand atelier y aura-t-il un salaire égal ou inégal? Tel ouvrier est fort, laborieux, intelligent, tel autre faible, paresseux, borné: ne les payerez-vous pas différemment? Mais si vous les payez différemment, voilà un commencement de richesse et de pauvreté, voilà cette détestable propriété qui renaît 1 11 faut donc, si on veut n’étre pas trompé par le résultat, il faut un salaire égal. Mais si l’ouvrier ne reçoit qu’un salaire égal, il n’aura qu’un médiocre intérêt à employer ses bras. Celui qui sera fort , intelligent , ne mettra pas grand zèle à travailler autant que ses forces le lui permettraient, et rien ne l’empêchera, après avoir exécuté une certaine quantité d’ouvrage, de croiser ses bras et de dormir. Il n’y aura qu’un moyen de l’en empêcher, si vous ne voulez pas vous astreindre à une surveillance continuelle et insupportable, ce
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i sera de faire travailler sous les yeux les uns des autres
les membres de votre nouvelle société , en un mot de
j les obliger à travailler en commun. Ainsi le travail en
commun est une première conséquence forcée du principe posé.
^ Après le travail, vient la jouissance. Quand l’homme
I a travaillé, il faut qu’il mange, se repose, se rappro-
[ che de l’épouse qu’il a choisie, satisfasse auprès d’elle
son cœur et ses sens. Dans la vieille société que nous voulons détruire , il reçoit un salaire en argent qu’il va employer en nourriture , en vêtements , en jouissances de tout genre, pour lui et sa famille, jouissances auxquelles il se livre dans le secret de sa demeure.
I La société, après l’avoir employé dans l’atelier na-
tional, où il aura travaillé en commun, lui accordera-telle de jouir de son salaire en particulier, dans le secret de sa demeure, ou bien exigera-t-elle la jouissance commune, comme le travail commun ? Vous allez voir que l’un entraîne l’autre.
Si , après avoir exigé le travail en commun , vous accordez la jouissance en particulier, au moyen d’un salaire (peu importe qu’il soit en argent ou en nature), à l’instant même vous rencontrez les conséquences du saltdre inégal, auquel vous avez été obligé de re-
n noncer.
En effet l’homme a un penchant que l’ancienne société honorait infiniment, qu’elle s’efforçait de développer, au lieu de le réprimer : ce penchant dangereux,
c’est l’économie. Elle avait tout mis en œuvre, la lit-
térature et la finance, la fable de la fourmi et les caisses d’épargne, afin de l’encourager. L’ouvrier laborieux et sobre , économisant pour sa femme et ses enfants, tâchant de faire refluer le bénéfice de ses bons jours sur les mauvais , était un modèle proposé à tous. Aujourd’hui le tien et le mien étant détruits, la propriété commune étant le but , la propriété individuelle serait véritablement un vol qu’il importe de prévenir. L’économie serait une faute, un délit, un crime même , suivant ses degrés. 11 ne faut donc pas d’économie. On devrait dès lors encourager chacun à mander, à boire tout son soiil , et même au delà , si le salaire commun dépassait ses besoins. Il faudrait, de plus, s’assurer si la prescription qui défend d’amasser est exécutée, et fouiller les poches, les maisons, pour empêcher le délit de propriété de renaitre, comme on fait au Mexique dans les mines de diamants, comme on fait en Europe dans les hôtels des monnaies, oîi l’on fouille soigneusement les ouvriers à la sortie des ateliers , et où quelquefois , au Mexique surtout , les recherches sur la personne sont poussées fort loin. Ou aurait encore à se défier d’un redoutable penchant , l’amour paternel, qui porte à économiser, et il faudrait tâcher de le déraciner du cœur humain : car autrement vous seriez exposé à ce que , dans quelque retraite cachée, le père et la mère amassassent un petit trésor pour leurs enfants.
Cette interdiction de l’économie, nécessaire pour empêcher la propriété de naître, exigerait , on doit en convenir, de bien minutieuses, de bien gênantes pré-
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cautions. A parler franchement, malgré la modération que je veux apporter dans l’examen de ce sujet, elles seraient intolérables; et moi qui aime fort fobéissance aux lois, en voyant ce qui se passerait ici , je concevrais qu’on jetât par la fenêtre les agents de la police communiste. Pour prévenir ces vexations , la jouissance en commun , formant le complément du travail en commun , doit être évidemment adoptée , comme moyen de pourvoir à toutes les difficultés que je viens de signaler.
Ainsi on travaillerait en commun, sous les yeux les uns des autres, ce qui empêcherait qu on ne se croisât absolument les bras ; on jouirait en commun , à des tables communes, où l’on mangerait et boirait suivant ses besoins, ni plus ni moins; et on serait vêtu d’un habillement uniforme, pris dans le magasin général, ce qui préviendrait les accumulations secrètes, véritable vol fait à la communauté. Pour être conséquent, on ne peut se dispenser d’aller jusque-là.
Ou le communisme est la plus ruineuse des spéculations , ou il faut le travail sous les yeux les uns des autres. Ou le communisme est la plus insupportable des inquisitions, ou il faut également la jouissance sous les yeux les uns des autres. Et avec cette double précaution, il est encore, je vous le déclare, la plus inepte , la plus insensée , la plus extravagante des inventions humaines. Mais, tel quel, il est au moins conséquent.
Poursuivons. Une expérience irrécusable nous a enseit^né que pour bien faire les choses , on ne doit en
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faire qu’une. Les génies universels sont rares , et encore ils ne sont universels qu’à un certain degré. Vous pouvez trouver des ouvriers adroits qui exécuteront plusieurs choses également bien, des gens d’esprit qui réussiront dans plusieurs genres de littérature à la fois, Voltaire , par exemple. Mais Voltaire eût été un mauvais géomètre, bien qu’il y entendit quelque peu; un plus mauvais soldat , un plus mauvais ouvrier, car d’ordinaire si on a le système cérébral développé, il est rare qu’on ait le système musculaire développé au même degré. Napoléon si grand général , si grand administrateur, si grand législateur, eût été un mauvais poète, quoiqu’il fût un écrivain supérieur; un grenadier détestable, quoiqu’il fût brave, et un ouvrier bien maladroit , quoiqu’il imaginât pour faire rouler ses canons mille expédients plus ingénieux les uns que les autres. Telle est la condition des plus sublimes créatures humaines : que dire des médiocres ?
Il résulte de cette vérité que, suivant leurs aptitudes diverses, les uns doivent être laboureurs, les autres tisserands, ceux-là menuisiers, ceux-ci serruriers, d’autres mécaniciens, horlogers, ciseleurs, savants, lettrés, législateurs, gouvernants. Alors ils font mieux ce qu’ils ont à faire. Alors ce qui s’exécuterait en un mois, et médiocrement, s’exécute en un jour, et avec perfection. C’est ce que les économistes appellent la division du travail, et ce qui, suivant eux, a amené les incroyables perfections de l’industrie moderne. Une montre, dont les ressorts sont fabriqués en masse par
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I des pâtres suisses , dans leurs loisirs d’hiver, est ajus-
tée à Paris chez un horloger, et un ouvrier peut avoir pour cinquante francs cette montre , qui lui aurait coûté mille francs il y a deux siècles, c’est-à-dire autant et plus que la dot de sa fille. Il y a quelques ann nées une locomotive coûtait 70,000 francs. Elle en
coûte 45,000 , depuis que les uns fabriquent des chau- ;| dières, les autres des ressorts, les autres des essieux
coudés. Elles coûteront peut-être 10,000 francs dans
! vingt ou trente ans.
Ainsi la diversité des professions est la loi de toute société q\ii veut faire bien, vite, beaucoup, à bas prix.
! On conçoit quelques pâtres élevant des troupeaux , sa-
j chant de l’agriculture ce qu’il en faut pour avoir un
peu de grain, donnant la laine de leurs moutons à filer à leurs femmes, la tissant ensuite eux-mêmes, pratiquant ainsi la plupart des métiers , et tout au plus appelant à leur secours une industrie étrangère , pour avoir un vase de terre, ou un couteau , qu’ils payent avec un fromage. Quoique la diver.sité des professions ; I commence déjà chez ces pâtres , puisqu’ils sont obligés
:! de demander à autrui du fer ou de la poterie, on peut
dire qu’ils fabriquent presque tout eux-mêmes. Mais il faut remarquer que ce sont les plus grossiers des I hommes, résidant près des neiges, au plus haut ni-
éâ veau du globe, loin de toute civilisation, à l’extrême
1 frontière de l’intelligence, c’est-à-dire à la limite où
j commence le crétinisme. Toute société au contraire,
i qui veut avancer, marcher, êti'e en progrès , est obli-
1 gée d’adopter la diversité des professions, d’où nait la
spécialité de chacune, ou pour employer le mot technique, la division du travail.
Le communisme sera donc obligé lui aussi de diviser les ateliers communs. Il y aura les ouvriers qui travailleront la terre, le bois, le fer, le chanvre, les ouvriers qui construiront les machines , ceux qui se livreront aux recherches scientifiques, qui s occupe- • ront des lois, du gouvernement, des lettres, et probablement aussi une fois engagé dans les goûts de la
civilisation, des peintres, des sculpteurs.
Ferez-vous subir à ces hommes un même genre de vie? Donnerez-vous la même nourriture, le même vêtement, à l’homme qui arrose la terre de ses sueurs , dont la main calleuse dirige la charrue ou agite le marteau sur l’enclume, et à l’ouvrier qui de sa main souple et délicate tisse la soie, applique le burin sur le cuivre? Et celui qui étudie les astres , manie le pinceau ou la plume, vit d’entretiens sublimes, le ferezvous asseoir à la table , vivre dans la compagnie du simple laboureur? Je vous déclare tout de suite, moi qui ai fait des lois, touché au gouvernement de l’Etat, tenu la plume, que j’aime mieux le simple bon sens de ce laboureur, que le verbiage ennuyeux de tel sophiste; mais après qu’il m’aura parlé froment, fourrage, engrais, ce qui est du plus sérieux interet, mais ce que j’ignore, quand je lui aurai parlé de Platon, de César, de Machiavel, de Descartes, de Colbeit, ce
qui est digne d’intérêt aussi, mais ce qu’il ignore, je l’ennuierai , je l’ennuierai beaucoup plus qu’il ne in ennuiera, car je saurai puiser auprès de lui une iii-
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struction qu’il ne saura pas puiser auprès de moi.
Il faudra donc varier la nourriture, le vêtement, la compagnie suivant les états , ou revenir à la société grossière de mes pâtres , dans laquelle tout peut être pareil sans inconvénient. De plus si vous voulez une société perfectionnée , si vous voulez des tissus aussi beaux que ceux de Florence , des vases aussi élégants que ceux de la Grèce , des fruits aussi délicats que ceux de Montreuil ou de Fontainebleau , il est impossible qu’on n’obtienne que de ceux-là , car, ainsi que je l’ai dit ailleurs, point de produits fins sans des produits médiocres et grossiers , la marche progressive de toute industrie le voulant impérieusement. Si donc vous désirez de ces produits recherchés, il y aura deux raisons au lieu d’une pour traiter différemment les professions, la première à cause de la différence de mœurs entre ceux qui les exerceront , et la seconde à cause de l’inégalité même des produits auxquels il faudra ti'ouver des consommateurs.
11 y aura par conséquent table et compagnie des laboureurs, des forgerons, de tous ceux qui se livreront à des t)-avaux violents ; table et compagnie des tisserands , des mécaniciens , de ceux qui se livreront à des travaux moins rudes , qui auront à déployer moins de force et plus d’intelligence ; table et compagnie enfin de ceux qui se serviront uniquement de leur intelligence; et, bien que je n’en énumère que quelquesunes ici, les classifications devront varier à l’infini.
La conséquence du communisme est donc , outre la vie commune pour le travail comme pour la jouissance.
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de classer les professions et ceux qui les exercent , de différencier leur manière d’étre par décision de l’autorité publique.
11 y aura inévitablement des tables de pauvres et de riches , les unes et les autres , dira-t-on , sagement réglées, de façon qu’aux premières il y ait le nécessaire, et qu’aux secondes il n’y ait pas le superflu ; bien réglées, soit, mais réglées par l’autorité publique, qui désignera elle-même les riches et les pauvres, ou du moins ceux qui seront traités comme tels.
Mais ce n’est pas tout. l)ans la société où l’homme est livré à lui-mème, il choisit sa profession. S’il a voulu s’élever trop haut , il échoue , et retombe audessous. Celui-ci , d’ouvrier a voulu se faire maître ; il retombe à l’état d’ouvrier, et même à l’état d’homme de peine. Dans le système où la société se charge de l’homme, elle classera les individus; elle leur dira, après inspection des bras et du crâne : toi , tu seras laboureur; toi, tisserand; toi, mécanicien; toi, géomètre ; toi , sav ant ; toi , peintre ou poète ; toi , Archimède, Newton, Descartes, Racine ou Bossuet I Elle donnera la charrue, le marteau, la lime, la navette, la plume, le télescope, le pinceau, l’épée, comme une place , comme un bureau de tabac , comme une perception !
Ou point de professions diverses, point de rangs, et alors point d’arts ; mes pâtres , toujours mes pâtres ; ou, si l’on veut des professions diverses et des arts, il faut des distinctions , de la richesse , du génie enfin , de par les autorités que la loi aura instituées. Tout ceci
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est forcé, tout ceci se tient par une chaîne indissoluble.
Il y a une dernière conséquence du communisme moins inévitable, mais qui manque à la parfaite harmonie du système, et qui, si on ne l’ajoute pas, prouve qu’on se défie du système lui-même. C’est la suppression de la famille.
Oh sans doute ! on peut supposer au nombre de ces tables communes la table des enfants, aussi bien que celles des pères et des mères; on peut, en abrogeant le lien et le mien pour les choses matérielles, le conserver pour les choses morales. On peut, en ayant sa femme, avoir ses enfants, qu’on reconnaît, qu’on aime, qu’on suit dans la carrière de la vie. A Sparte , il y avait la table commune et la famille ; mais c’était
la table commune pour les guerriers. La propriété restait, avec la femme et les enfants, au logis. La femme veillait sur les enfants et sur les ilotes qui travaillaient la terre en esclaves. Et , vers la fin de cette société, qui n’était du reste qu’à moitié contre nature, à l’époque de sa décadence , les femmes avaient toute la propriété et des mœurs affreuses. Les hommes n’avaient pas cessé de se livrer à des habitudes infâmes : ils n’étaient que braves.
J’admets donc que les enfants pourront appartenir au père et à la mère, qui les iront visiter à la table commune. Mais , de grâce , ne sentez-vous pas à quel supplice de Tantale votre cruelle inconséquence aura exposé ces malheureux parents ? Quel est le plus grand stimulant du désir de posséder si ce n’est l’amour des entants? C’est surtout pour les enrichir, ou du moins
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pour les laire vivre un peu mieux , que la plupart des pères et des mères travaillent. Vous leur laissez des entants à aimer , et vous ne leur donnez pas la permission de satisfaire ce penchant en travaillant
pour eux ! Quoi ! ils les verront , les serreront sur leur cœur, et ne pourront rien pour leur bien-être! 11 faudra dans une société de trente millions d’tàmes, qu’ils travaillent à améliorer le sort de trente millions d’individus, pour qu’il en arrive un trente -millionième à leurs enfants ! Ne sera-ce pas un supplice affreux ! Soyez donc conséquent. Vous voulez confondre toutes les existences : confondez tous les cœurs. Qu’il n’y ait plus de relations entre le père, la mère, et les enfants ; que les entants soient à tous ; que le père et la mère ne puissent plus les reconnaître , et alors ils les aimeront tous , sans exception. Ils iront à certaines heures voir les enfants de la communauté, comme on va au chenil , ou à la basse cour , ou au haras , regarder les produits du domaine avec un certain plaisir, ils pourront en reconnaître eà et là quelqu’un , ce qui fera naître une illusion d’un moment , peut-être aussi une regrettable tentation de préférence ; mais on les habituera à les confondre tous dans le même sentiment, et alors l’inconséquence de donner des êtres à aimer à qui ne peut rien pour eux, cette inconséquence cessera. Puis vous serez conséquent de bien des manières, car, si la propriété est gênante, la famille l’est également, et par la même raison. Une loi absolue vous condamne à voir le beau champ du voisin couvert de fruits, et si voire bouche est brù-
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lante de soif, à ne pas y toucher. Même chose existe quant à la relation des sexes. Une erreur de votre famille vous a uni à une épouse insupportable, et j-éciproquement. Mais là, tout près de vous, est une femme, belle ou non, qui du moins vous plaît, à qui vous plaisez , et vous ne pouvez vous précipiter dans ses bras , qu’elle brûle de vous ouvrir. Voilà une autre propriété , bien intolérable aussi ! Eh bien ! abolissez jusqu'aux derniers vestiges du tien et du mien : l’homme alors, admis à travailler en commun, à jouir en commun, à satisfaire sans retenue son besoin de manger ou de boire à la table commune, pourra se livrer à sa passion avec la femme qui lui plaira , sans s’inquiéter des conséquences. La société , chargée d’élever les enfants de tous, aux frais de tous, y pourvoira, et l’homme, exempt de pauvreté, pouvant satisfaire tous ses appétits à la fois, obtiendra la somme de bonheur que la nature lui destinait , et qu’une société tyrannique lui a refusée.
Pour être juste il faut reconnaître que les adversaires de la propriété n’admettent pas tous ce dernier degré de communisme; mais je ne les en admire guère davantage, et je méprise leur inconséquence.
J’ai fait effort, comme on a vu, pour traiter sérieusement ce grave système. J’achève cet exposé, bien pénible pour tout homme de sens , et je tiens pour irréfragablement démontrées les conséquences suivantes :
Ou il faut l’homme travaillant pour lui-même , et dès lors propriétaire, ou il le faut travaillant pour la
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communauté, qui se chargera de lui, et lui épargnera les chances du travail libre.
Dès lors la communauté à tous les degrés s’ensuit inévitablement.
Il faut le travail en commun pour prévenir la paresse , la jouissance en commun pour prévenir l’économie.
11 tant encore, ou une égalité grossière, ou, si l’on admet la civilisation, des professions diverses, dès lors des déclarations d’aptitudes faites par la communauté elle-même, et des traitements inégaux pour consommer des produits inégaux ; il faut, en un mot, ou 1 égalité dans la barbarie , ou l’inégalité dans la
civilisation, mais l’inégalité par décision de l’autorité publique.
Et enfin, si l’on veut être parfaitement conséquent, il faut avec 1 impuissance de rien faire pour ses entants , suite de 1 abolition de toute propiiété , ne pas continuer le supplice de les aimer, dès lors ne pas exposer les pères à les connaître, et les dispenser d’épouses fixes, ce qui fera cesser la tyrannie des unions mal assorties.
Toutes ces conséquences se tiennent indissolublement, et l’une de ces institutions conduit à l’autre. Ou tout en propre , ou rien ; alors rien , ni le pain , ni la femme, ni les enfants ; tout en commun, le travail et la jouissance. L’homme ainsi vivra comme ce troupeau de biches et de cerfs qui parcourent nos forêts , ou comme cette troupe de chiens qui habitent les rues de Constantinople.
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DE COMMUNISME
A cÆtle humanité future je fais trois objections : elle détruit le travail , la liberté , la famille.
Il faut l’examiner brièvement sous ces trois rapports.