CHAPITRE VII
nE LA TRANSMISSION DE 1.* PROI'BIKTli.
Que la propriété n'est complète que si elle ett Iransinissible par don ou hérédité.
Que l'homme jouisse du produit de son travail , qu'il mange le fruit cueilli sur les arbres qu'il a plantés, rien n'est plus légitime , disent les sectaires que je combats. Ils accordent ainsi la propriété personnelle à celui qui l'a créée par son travail. La nature en effet plus forte qu'eux les confond , les oblige à se taire, eu présence de ce fait si simple, si visiblement irréprochable, de l'homme portant à sa bouche le fruit qu'il a fait naître. Ils vont même plus loin dans leurs concessions, ils admettent que l'homme possédera plus ou moins, suivant qu'il aura été dans sa vie, plus ou moins habile, plus ou moins laborieux, que l'un dès lors aura beaucoup , l'autre peu , et ils accordent par conséquent cette première inégalité de biens, résultant de l'inégalité naturelle des facultés de l'homme.
■">" LIVRE l'MVUtB.
Mais là s'arrêtent leurs concessions. Que l'homme jouisse du fruit de son travail, s'écrient-fls , rien de mieux ; mais que le fruit de ce travail se transmette à un autre , que cet autre en jouisse dans l'oisiveté , et dans les vices que l'oisiveté entendre, voilà ce qui répugne à la plus simple équité ; voilà même ce qui contrarie le résultat que la société avait en vue en consacrant la propriété, celui d'exciter le travail; voilà enfin ce qui ajoute aux inégalités naturelles que Dieu a établies entre les hommes en les douant inégalement, des inégalités artificielles, qui font qu'un fils paresseux , incapable , parce qu'il a hérité d'un père laborieux et capable, vit au sein de toutes les jouissances, tandis qu'à côté de lui un autre individu , privé du même avantage, vit dans la plus profonde misère. La propriété étendue jusqu'à devenir héréditaire, arrive ainsi à des conséquences qui sont en contradiction avec son principe , et qui ne sauraient être
C'est effectivement le point, non pas difficile mais compHqné, du sujet que je- traite, car la question, semblable à un fleuve qui en s' éloignant de sa source forme des détours plus nombreux, la question s'étend, se développe, se mêle à une foule d'autres. Néan-* moins, ce que les adversaires de la propriété nient, Je l'affirme ; ce qu'ils contestent, Je le soutiens comme indispensable , et voici mes assertions en regard des leurs.
La propriété est ou n'est pas , Si elle eut, clic entraîne le don;
DU DROIT DÈ PROPRlKTi:. ar Si elle entraîne le don, die l'entraîne pour les enfants comme pour les indifférents;
Elle l'entraîne durant la vie du père , comme à sa mort;
Loin de favoriser l'oisiveté par cette extension, elle ne devient au contraire un stimolant puissant, infini du travail, qu'à la condition de pouvoir se transmettre du père aux enfants;
Enfin les inégalités nouvelles et plus grandes qui en résultent, sont absolument nécessaires, et composent l'une des harmonies les plus belles , les plus fécondes de la société humaine.
En un mot, la propriété ne donne tous ses effets , les meilleurs, les plus féconds, qu'à la condition d'être complète , et de devenir de personnelle , héréditaire.
Telles sont les propositions que je vais , dans les chapitres suivants, m'efforcer de rendre claires jusqu'à exclure , je l'espère , toute contestation.