DES ÉLÉ>IE>TS DE LA RICHESSE PUBLIQUE
Toutes les choses nécessaires à la vie matérielle de Thomme nous viennent du sol. C'est également du sol que se tirent
loutes les choses matérielles qui aident à satisfaire aux besoins d6 la vie intellectuelle*.
Mais le sol abandonné à sa fécondité productrice naturelle ne pourvoirait qu'incomplètement aux besoins de la vie humaine, et au surplus, le désordre dans la végétation rendrait difficile l'usage des produits.
Si le sol renferme le germe des choses nécessaires à la vie, ce n'est donc que par le travail qu'on peut le rendre fécond d'une manière profitable.
Mais pour que le travail atteigne le but, il ne suffit pas qu'il exerce seulement les forces de Thomme, il est encore indispensable qu'il soit fait et avec un certain art, et à propos ; c'està-dire avec intelligence.
Le travail n'est donc que le résultat de la force dirigée par l'intelligence. La force et l'intelligence que sont-elles à leur tour, sinon les instruments de l'industrie?
Le sol d'un côté, ï industrie de l'autre; tels sont les éléments capitaux de toute production constituant la richesse publique.
L'on pourrait donc dire de ces deux éléments capitaux ou de ces deux capitaux, comme on les désigne dans le langage de la science économique, que l'un, le sol, est le capital passif; l'autre, l'industrie, est le capital actif.
Nous nous servirons souvent de ces dénominations en parlant de ces deux capitaux.
Mais ces deux capitaux ne sont pas les seuls éléments de la richesse publique : l'industrie a besoin d'instruments pour seconder l'intelligence; de substances pour soutenir la force, en attendant le résultat du travail ; de matières premières sur lesquelles elle applique son action. Elle est donc comme impuissante par elle-même, ou sans le secours d'un capitalindustrieL
Apprécions ce troisième élément de la richesse publique.
Pour la plupart du temps, les deux capitaux actif et passif ne se trouvent pas dans la même main, alors il faut qu'ils s'asso-
• La vie de rhomme se compose de deux érémeiUs : rintelligence, ou l'essence morale; laf force matérielle, ou l'essence physique.
cieiit dans un but de production. Les produits appartiennent donc et au possesseur du sol, cpii représente le capital passif, et aux travailleurs, qui représentent le capital actif. Le partage seul de ces produits est attributif de propriété : ce partage s'effectue par portions égales, sinon convenues, comme dans les cas où des raisons d'équité ou de prévoyance déterminent l'infériorité d'une des parts. Donc, une part quelconque au lot du capital passif, l'autre, au lot du capital actif ; en d'autres termes, une part au possesseur du sol, l'autre aux travailleurs.
Et comme le possesseur du sol, soit qu'il exploite par luimême, soit qu'il se fasse représenter dans les opérations qui constituent l'exploitation, participe au travail par sa direction médiate ou immédiate, il est juste de lui attribuer, comme travailleur, une part dans le lot du travail.
Un tel partage serait parfaitement équitable, si les produits appartenaient exclusivement à l'association ; mais l'association a des charges auxquelles il faut, avant tout, satisfaire; et ce n'est que la quantité des fruits qui restent, après avoir satisfait k ces charges, qui est la propriété de l'association. Ce partage sur les bases déterminées plus haut n'arrive donc qu'après prélèvement :
Pour semences,
Pour payement de l'impôt,
Pour prix d'entretien du matériel d'exploitation,
Pour prix de travaux de fécondation future.
Or, les semences doivent toujours rester à portée du sol, et puis c'est le possesseur du sol qui est responsable du payement de l'impôt ;
G*est le possesseur du sol qui est chargé de l'entretien du matériel d'exploitation ;
C'est encore le possesseur du sol qui paye au travailleur, qui ne peut pas ajourner ses besoins jusqu'après l'éclosion des fruits futurs, la part totale ou partielle qui lui reviendrait lors du partage de ces fruits.
Ces prélèvements constituent donc une réserve, laquelle reste, au compte de l'association, déposée entre les mains du pos-
sessciir du sol pour couvrir sa responsabililé, ses charges.
Evidcninient, la })artie de cette réserve consacrée aux semences donne lieu, pour son emploi, à un travail futur; la partie de cette réserve destinée à solder, par anticipation, la part du travailleur sur les fruits à éclorc, a bien pour objet d'alimenter Tindustrie agricole ;
La partie réservée à solder les frais d'entretien des bâtiments d'exploitation, des outils aratoires, des soins à donner aux animaux malades, etc., a bien aussi pour objet de mettre en œuvre les diverses industries qui concourent à la construction des édifices, à la confection des outils, et celle qui consiste dans les pratiques de la médecine vétérinaire, etc. ;
La partie réservée au payement de l'impôt a bien encore pour objet de donner Timpulsion à toutes les industries gouvernementales.
Quant à la part des produits, libre de toute retenue, attribuée aux lots et du propriétaire et du travailleur, elle est consommée, partie en nature, par les part-prenant, ou elle est en partie donnée en échange d'autres produits qui satisfont aux besoins divers, aux caprices de l'échangiste.
Mais la partie consommée en nature, qu'elle soit destinée à ralimentation ou à d'autres besoins, exige une manipulation, une préparation quelconque ; en un mot, des opérations industrielles qui transforment la matière première.
La partie échangée alimente toutes les industries qui ont pour objet la fabrication des produits consommés par celui qui les prend en échange.
De plus, le fabricant qui reçoit les produits du sol en échange des produits de son atelier, de son usine, les transmet lui-même en échange de matières premières, ou de produits résultant d'autres opérations industrielles.
Les produits du fabricant représentent donc eux-mêmes une quantité relative de valeurs provenant d'industries diverses.
L'argent monnayé pris en échange de ces produits, ou des produits de la terre, résume en lui-même aussi plusieurs natures de travaux.
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Les produits de la terre, les espèces métalliques , sont-ils échangés contre la propriété d'un édifice, le montant de ces valeurs représente le prix des matériaux mis ou à mettre eu œuvre, et celui d'une grande diversité de pratiques industrielles.
Si réchange a pour objet un titre de propriété d'une portion du sol, les fruits, les produits donnés en échange ne font que passer d'une main dans une autre qui ne les emploie qu'à de nouveaux échanges contre des objets résultant d'une œuvre industrielle.
Nous n'avons pas besoin de multiplier les cas d'emploi des fruits du sol, des produits manufacturés, ouvrés, du numéraire, pour faire comprendre que ces valeurs n'ont d'autre destination que celle de mettre en action les éléments du travail.
Ces valeurs sont donc im véritable capilal. Fruit de l'industrie , elles rentrent dans l'industrie pour lui imprimer un essor progressif : par leur origine, par leurs fonctions, elles constituent donc le capital industriel ou. coimnercial. Nous donnerons plus particulièrement cette dernière dénomination à ce capital : toutefois, nous emploierons indifféremment Tune et Tautre.
Mais si ce capital se présente la plupart du temps dans les échanges sous une autre forme que celle de matières premières ou fabriquées, c'est que, dans un état de civilisation avancée, réchange, en nature, des fruits, des produits quelconques, deviendrait un moyen de transaction à la fois incommode et dispendieux. On a donc inventé, pour faciliter les opérations, un signe représentatif ayant sa valeur intrinsèque. Ce signe, le numéraire, passe facilement de main en main, et celui en possession duquel il se trouve possède une quantité, une variété de produits en valeur représentative, qu'il peut échanger contre les produits eux-mêmes, dans une proportion convenue.
Cette simple opération , qui constitue bien un véritable échange, se fait aujourd'hui sous la dénomination de vente; le nom seul est différent.
Mais les fruits, les produits et le numéraire ne constituent pas seuls la valeur représentative du capital industriel :
les besoins de la civilisation oni donné lieu h la création d'une juitre espèce de valeurs qui facilitent sini^ulièrement les échanges, les ventes, les opérations commerciales . Lorsque les relations se sont étendues de localité à localité , de nation à nation, d est survenu que le transport, que la valeur relative du numéraire ont causé des lenteurs , des embarras, d'autres inconvénients, des difficultés graves enfin. On a donc convenu, pour obvier à ces difficultés, que les échanges des produits, au lieu d'être effectués en nature ou en numéraire, le seraient par une promesse écrite d'en fournir la compensation a telle époque, en tel lieu. Cette promesse, qui constitue un contrat'entre les échangistes, a été très-judicieusement appelée contrat ou lettre de change; lettre, en raison de la forme '.
Maintenant, les produits ou la valeur numéraire se trouvant, au temps et au lieu indiqués, à la disposition du porteur de la lettre de change, cette lettre, entre les mains de l'échangiste ou du porteur, a le caractère d'un numéraire artificiel qui remplace avantageusement le numéraire matériel.
L'institution de la lettre de change, c'est une remarque qui n'échappera à personne, constitue donc un immense progrès sur la création de la valeur monétaire ; et, à garanties égales, la lettre de change doit être préférée.
Mais la lettre de change n'avait originairement et n'a, de nos jours, une valeur réelle qu'en raison de la confiance qu'inspire celui qui l'a souscrite. Or, l'abus qui s'est immiscé dans cette forme des échanges, l'incertitude d'ailleurs, en beaucoup de cas, de la solvabilité des souscripteurs ; ces motifs et d'autres ont donné lieu h. la création d'établissements ayant pour objet de se porter, avec des conditions de garantie , intermédiaires entre les échangistes : des banques ont été fondées. On connaît les services que rendent ces sortes d'établissements.
Inutile d'exposer ici les causes et le but de la fondation de la Banque de France; nul n'ignore qu'elle fournit à l'industrie toute ressource pour faciliter les opérations. On sait que le
' Nous n'avons pas entendu faire ici l'hislorique de la leUre de change, mais seulement en signaler l'effet.
montait des valeurs en numéraire que la Banque de France tient en réserve ^ joint à celui des valeurs que, sous d'autres formes, renferme son portefeuille, compense le montant des billets qu'elle met en circulation. Aussi ces billets, grâce à la sécurité qu'inspire rapprovisionnement de cette banque, circulent-ils dans toute la France, pour ne pas dire dans toutes les nations civilisées, en concurrence avec le numéraire, d'une manière aussi profitable, et surtout plus commode que le numéraire lui-même.
Pourquoi donc les billets de la Banque de France ne suffisent-ils pas à remplacer complètement le numéraire, dont on rendrait la matière à sa vraie destinée commerciale, comme les autres métaux et dans les mêmes conditions?
Gela tient à ce que le montant des billets de banque est subordonné à l'étendue de la garantie représentée par le crédit de cet établissement". Ne serait-il donc pas à désirer qu'au moins ses opérations fussent aussi étendues à tous égards que celles de la Banque d'Angleterre ? Nos voisins d'outre-Manclie ont mieux apprécié que nous les avantages d'une telle institution. A la vérité, l'industrie a qui elle profite particulièrement est chez eux beaucoup plus active qu'en France. Que cela tienne ou non au régime féodal , nous ne jugerons pas la question; mais il est certain que ce régime repousse vers les opérations industrielles les capitaux qui chercheraient un emploi dans l'acquisition des propriétés rurales.
Quoi qu'il en soit de l'insuffisance que nous venons de signaler dans noire système financier et des causes qui constituent la supériorité des Anglais sur nous à cet égard, nous nous résumerons en disant que le numéraire, les lettres de change, les billets de banque concourent, avec les produits de toute in-
1 Le 26 janvier 185î., la réserve de la Banque de France et de ses succursales montait à -290 millions. (Voir Annuaire des longitudes, 185i, p. 89.)
- La latitude qui a été donnée à h Banque de France (décret du 3 mars 1852), pour rémission de ses billets en circulation, prouverait que noire capital industriel était insuffisant; il y aurait donc nécessité, sauf précaution, à eu augmenter rimportance.