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Dans tous ces tableaux nous voyons les filles arabes ou mauresques l'emporter par le nombre,
et les filles juives être certainement beaucoup moins nombreuses par rapport à la population, à leur degré de misère et de moralité ; mais elles sont Juives, et les Musulmans les tiennent en trop profond mépris pour les fréquenter.
Nous aurons occasion de faire ressortir cette antipathie lorsque nous parlerons de la superstition des filles mauresques.
C'est parmi les Juives, qu'à Alger et à Oran nos soldats ont eu le plus de maîtresses. Quoiqu'elles aimassent beaucoup les Français, à moins qu'elles ne fussent tout à fait filles publiques, elles ne cédaient pas sans résistance. Il fallait leur faire la cour, leur dire et quelquefois leur prouver qu'on les jiimait.
A Alger comme à Constantine, ce sont surtout les femmes du pays qui desservent la prostitution.
On n'a pas de données sur là position sociale des familles des prostituées européennes.
Les prostituées indigènes tiennent toutes à des familles pauvres qui vivent du commerce de leurs filles.
La misère produit presque partout le même effet, car on sait que dans presque toutes les
villes d'Egypte, les fellahs fournissent la plus grande partie des filles publiques.
Les Mauresques habitantes des villes se trouvent constamment en majorité ; ainsi, chez les Musulmans comme chez les Européens, les villes fournissent beaucoup plus d'aliments à la débauche que le peuple des campagnes.
La rapacité du peuple juif livrerait probablement bien des filles à la prostitution, si la terrible scène du mouchoir ensanglanté qu'on doit montrer à tout le voisinage le lendemain de la première nuit nuptiale, n'était toujours présente à la mémoire de la jeunesse qui a des velléités amoureuses.
Les femmes mariées, délivrées de cette terrible nécessité, s'abandonnent assez volontiers à un amant; mais le grand-rabbin est un vigilant cerbère.
Nous trouvons dans l'ouvrage de Clot-Bey (1) la description de cette pratique usitée chez les Juifs. C'est en présence des mères et de quelques personnes de la famille qu'a lieu cette opération barbare.
(t) aperçu général sur VEgypte, 1840, ia-8°, t. II, p. 44.
Le mari déflore l'épousée avec le doigt indicateur de la main droite enveloppé d'un morceau de mousseline blanche. Cette opération se fait avec une brutale violence. Le mouchoir teint du sang de la jeune victime est présenté aux parents, qui ]a félicitent de sa chasteté et témoignent hautement leur joie. Cette preuve sanglante de la pureté de l'épouse est présentée ensuite aux invités de la noce, et le lendemain, la mère, la sœur et une parente de la mariée vont la montrer dans le quartier.
Le mariage mahométan offre quelques différences que nous ne croyonspas inutile de signaler.
Quand l'époux est d'accord avec les parents de l'épouse, il lui envoie de certains mets, et quelques jours avant les noces, on fait bonne chère et on danse à la mauresque. Le soir des noces, l'époux amène chez lui l'épouse couverte d'un voile, au son des tambours et des flûtes ; ils s'enferment tous deux dans une chambre, et les femmes qui accompagnent restent dehors, attendant qu'on leur donne la chemise ensanglantée de la nouvelle mariée ; elles la [portent ensuite en triomphe dans la ville comme un signe de sa virginité.
En général, les filles coptes et celles d'Egypte donnent très-difficilement leurs faveurs avant le mariage ; mais elles les prodiguent après la célébration, dès qu'elles en ont fourni la preuve.
Chez les chrétiens comme chez les mahométans, il faut du sang ; mais si ce sang est indispensable, il y a des matrones savantes et complaisantes dont la science est assez souvent réclamée par de jeunes épouses qui ont péché avant l'union matrimoniale. Quelle que soit l'habileté de l'homme et sa vigilance , il arrive que ces maltresses femmes le trompent encore.
Le sang qui apparaît sur le tissu dont on se sert n'est pas toujours le sang d'une vierge; il coule d'un intestin de pigeon que, peu d'instants avant l'arrivée du mari, une matrone a offert secrètement à la femme.
On pourrait croire, en lisant les lignes écrites par Clot-Bey, que les filles musulmanes sont toutes sages, au moins jusqu'au moment du mariage; mais il n'en est rien, car les jeunes débauchées savent très-bien (si je puis le dire ainsi) tourner la difficulté.
Ont-elles un amant, ce qui n'est pas rare ; elles lui permettent toutes espèces de privautés,
moins le coït vaginal, et lorsque arrive le jour de la fameuse épreuve maritale, elles la subissent et en sortent triomphantes.
A Oran il y a trois quarts d'Espagnoles; les maîtresses de maisons sont de même origine, mais il y a peu de Françaises. L'établissement fréquenté par les officiers et par les autorités civiles n'en possède ordinairement aucune.
Les Françaises qui débarquent sur celte partie du sol africain deviennent presque toutes femmes entretenues, et, pour la plupart, vivent maritalement.
Il semble, du reste, que les gouvernements d'Orient cherchent à exciter à la débauche plutôt que de la réprimer. Nous avons déjà parlé des ombres chinoises algérieiinnes; Hammon (1) nous cite d'autres usages qu'il a trouvés à Constanlinople. •
« Dans les jours de grandes réjouissances, le phallus et le kteiss, c'est-à-dire la représentation des signes distinctifs du mâle et de la femelle, ne sont plus portés en procession comme cela se pratiquait dans l'ancienne Egypte, mais on les
( 1 ) L'Egypte sova le gouvernement de MèMmet-AU.
expose à la vue du public. L'un et l'autre sont fixés contre les maisons au-dessus des portes. Les hommes, les femmes,' les filles, les garçons les considèrent avec un plaisir infini. »
DU MÉZOUAR.
L'inscription qui constatait les noms et la nationalité des filles publiques était fai(e par le magistrat nommé mézouar , méziiar , mizouard. C'était l'intendant général de la police d'Alger.
C'était toujours un Maure qui occupait ce poste lucratif, mais des plus abhorrés, car ce Maure faisait aussi l'office de bourreau et était alors chargé de faire pendre, étrangler ou noyer les criminels des deux sexes.
A un degré plus élevé que la fille publique (kahba ou dourrïa), il y avait les femmes entretenues (msanat).
Quant aux premières, elles étaient sous la juridiction du mézouar, il en tenait ïa liste et percevait une redevance mensuelle (charama) qui était de 11 francs (2 douros d'Espagne) pour les plus jolies filles ou pour celles qui avaient beaucoup d'adorateurs, et de 5 francs 40 centijnes (3 boudjoux) pour les autres.
Leur nombre total pouvait s'élever à 500 pour la ville d'Alger, et celles de la première classe ne figuraient pas pour plus de douze ou quinze dans ce chitTre. Le mézouar avait en outre la permission de faire, un certain nombre de fois par année, une sorte d'exhibition de ses administrées dans des bals publics dont tout le profit était pour lui.
Le mézouar achetait ces avantages au prix d'une redevance annuelle, et il versait dans les caisses de l'ancien gouvernement une somme dont la quotité a dû varier, puisqu'elle dépendait , à chaque renouvellement de la ferme passée au plus offrant, de la quantité de malheureuses soumises à sa taxe.
Quoique chaque Musulman pût avoir quatre femmes et autant de concubines que cela lui plaisait, les bénéfices du mézouar d'Alger étaient considérables. Dans les idées musulmanes, cette bizarre institution n'avait rien de choquant, et c'était souvent parmi les femmes inscrites sur le livre du mézouar que les Algériens allaient chercher leurs concubines, les esclaves blanches étant devenues d'une extrême rareté.
Cette magistrature étranee avait un singulier privilège: le prix de la fi^'rme demeurant fixe, et
la redevance exigible grossissant avec le noîubre des assujetties, le mézouar avait intérêt à voir ce nombre s'accroître ; en conséquence, il recherchait et faisait rechercher par ses agents celles des femmes réputées honnêtes dont la conduite était suspecte, et s'il pouvait prouver devant le cadi qu 'elles étaient tombées en faute, libres ou mariées, elles étaient, comme femmes perdues, inscrites sur le livre du mézouar et tenues de payer la taxe.
Il pouvait, pour arriver à cette preuve du flagrant délit, s'introduire même dans les maisons. Il avait pour cela un certain nombre d'agents constamment occupés h découvrir toutes les intrigues amoureuses, et quand ils étaient parvenus à en connaître quelques-unes, ils en prévenaient leur chef, qui allait lui-même à l'endroit du rendez-vous. 11 cernait avec ses agents les maisons particulières et s'en faisait ouvrir les portes. S'y trouvait-il un amant ; quel que fût le rôle qu'il y jouât, le mézouar s'emparait de la femme comme se livrant à un commerce clandestin. Pour éviter l'inscription, elle devait donner une très-forte somme d'argent: c'était de cette manière^ que les choses s'arrangeaient la plupart du temps , et c'était surtout pour les rançonner que le mézouar
faisait guetter les épouses infidèles, surtout celles des gens riches.!
Du jour où ces femnaes étaient inscrites sur le livre fatal, les liens du mariage se trouvaient rompus, et la fille était retranchée de la famille. Conséquence morale d'une institution immorale; peine dont la menace suppléait à la surveillance des époux et des pères et empêchait bien des écarts.
Quand l'adultère avait lieu avec un juif ou un chrétien, la femme était saisie, mise dans un sac et jetée à la mer; l'homme avait la tête tranchée, à moins qu'il ne pût racheter sa faute par une grosse somme d'argent.
Si, comme nous le dirons plus bas, nous devons signaler la fâcheuse influence de notre conquête sur les Maures et les Arabes, il faut bien reconnaître, par contre, que nous avons délivré l'Algérie de ces peines par trop rigoureuses.
Notre invasion a mis un terme à ces actes barbares ; mais aussi la prostitution clandestine a pris ouvertement un développement extraordinaire.
C'était au mézouar que l'on s'adressait lorsque l'on voulait emmener une fille publique.
Un Maure lui faisait-il savoir celle qu'il désirait avoir le lendemain à telle heure et pour tel prix; le raézouar donnait ses ordres, et tout s'arrangeait au gré des parties.
Si le Maure ne connaissait aucune de ces feromes, il demandait la première venue ; le prix qu'il donnait décidait de la beauté et de la qualité de l'objet. On convenait du prix pour la journée ou pour plusieurs jours, on payait d'avance et on pouvait emmener la belle pour la rendre à l'époque fixée. Quand elle manquait à ses engagements envers l'amateur qui l'avait louée, celui-ci allait s'en plaindre au mézouar, qui rendait l'argent payé d'avance et faisait mettre la rebelle en prison pour un temps plus ou moins long suivant la gravité de la faute.
Cependant, les filles publiques elles-mêmes ne pouvaient être louées qu'à des Musulmans ; celles qui étaient surprises avec des juifs et. des chrétiens subissaient le sort rigoureux des autres femmes coupables d'adultère.
On n'admettait pas les Juives comme filles publiques, non que cette nation 'avilie et corrompue n'eût pu en fournir beaucoup, mais parce que le profond mépris des Musulmans pour les ïsraé-
lites leur faisait prendre en un invincible dégoût les fdles d'Israël, malgré la beauté de leurs traits! En 1833, on ne comptait que deux Juives inscrites.