EFFECTIF
moyen
annuel
NOMBRE
total
des
vénériens entrés à l’hôpital
NOMBRE
des
malades entrés à l’hôpital pour ÎOO hommes d'effectif moyen
OBSERVATIONS
Le chiffre annuel des journées de vénériens à l’hôpital est inconnu.
I.es chiffres de l’effectif moyen annuel sont évidemment approximatifs.
La réforme sanitaire a lieu à partir de l’année 1860.
Conclusion. — Bien que la statistique des deux années 1854 et 1855, immédiatement antérieures à la réforme sanitaire, lasse défaut, à cause des mouvements de troupes occasionnes par la guerre d’Orient, il est impossible de méconnaître 1 influence que cette réforme a exercée sur
le chiffre des vénériens entrés à l’hôpital . Depuis cette réforme, la contagion vénérienne a diminué de plus de moitié dans la garnison de Turin.
Une note ajoutée aux documents résumés par le tableau ci-dessus établit que le nombre total des vénériens entrés dans l’ensemble des hôpitaux des États-Sardes de terre ferme était de 4,690 en 1851 , et n’était plus que de 2,807 en 1 857 . Diminution : 41/1 00. Malheureusement, les effectifs sont inconnus (a).
Conclusions générales.
1° La statistique annuelle des vénériens militaires entrés aux hôpitaux ou aux infirmeries régimentaires dans chaque ville de garnison (nombre de malades infectés pour 100 hommes d’effectif), offre le moyen de contrôler sûrement les résultats hygiéniques des Dispensaires de Salubrité et des Bureaux des mœurs.
2° Il faudrait exiger des matelots de la marine marchande, soit nationaux, soit étrangers, avant de leur permettre de se rendre à terre, un certificat médical constatant qu’ils sont exempts de toute maladie vénérienne.
(i) En Angleterre, d’après le Dr Acton, la proportion annuelle des vénériens s’élève, dans l’armée de terre, à 18,1, et dans l’armée de mer, à 15 pour 100 hommes d’effectif. A l’examen des recrues pour la milice, d’après le journal The Lancet (1853, t. I, p. 03), les sujets atteints de symptômes vénériens se sont trouvés dans la proportion de 25 0/0. (V. Richelot, de la Prostit. en Angleterre, in Parent-Duchatelet, ouv. cit., 3e édition, p. 007, 008 et 009.)
Quant aux marins de la flotte militaire, il est entendu qu’ils sont soumis à des visites sanitaires périodiques aussi bien que les soldats de l’armée de terre, et que ces visites sont renouvelées avec le plus grand soin au départ et à l’arrivée.
3° Il serait facile, d’après la comparaison des résultats démontrés par la statistique, de formuler pour les Dispensaires et les Bureaux des mœurs un règlement-type applicable avec un succès non douteux à la répression de la contagion vénérienne dans toutes les villes de l’Empire.
4° Une meilleure organisation des Dispensaires et des Bureaux des mœurs permettrait de diminuer de moitié en très peu de temps le nombre des vénériens militaires, et, par conséquent, de diminuer dans la même proportion l’infection vénérienne dans la population civile.
5° On devrait toujours éviter de laisser à un seul médecin la responsabilité des visites sanitaires des prostituées; le concours de plusieurs est une condition indispensable, au point de vue de l’honorabilité et de la régularité du service. Dans les villes de garnison, l’un des médecins attachés à l’hôpital militaire devrait être chargé des visites conjointement avec les médecins civils; c’est ce médecin militaire qui devrait dresser la statistique annuelle des vénériens militaires de la garnison, et l’adresser, d’une part, au Ministre de la guerre, et, d’autre part, aux autorités civiles.
G0 Le service des Dispensaires, uniformément réglementé et efficacement contrôlé, devrait être encouragé par des récompenses. La prophylaxie de la syphilis mérite bien qu’on fasse pour elle ce qu’on fait pour la prophylaxie de la variole.
G avril 1863.
Au moment où Ton met sous presse la dernière feuille de ce livre, je constate un fait que je m’empresse de faire connaître; il apporte la vérification du système de contrôle des Dispensaires que je cherche à faire adopter.
La statistique des vénériens entrés à l’Hôpital Militaire de Bordeaux, pendant le premier trimestre de 1863, accuse une recrudescence de l’infection. La proportion des malades a été, pendant ce trimestre, de 2,18 pour 100 hommes d’effectif moyen. Si l’on multiplie ce chiffre par 4 pour l’appliquer aux quatre trimestres de l’année, on arrive au chiffre de 8,72, qui exprime une augmentation de 2,28, c'est à dire de plus de 1/4 sur celui de l’année 1862, qui était de 6,44. On voit par là que la statistique militaire fonctionne parfaitement comme contrôle immédiat et sur des résultats obtenus par le Dispensaire et le Bureau des mœurs.
J’ai été conduit à rechercher immédiatement à quelles causes pourrait ctre attribuée cette recrudescence et à faire des propositions à l’Administration pour les combattre. Or, voici l’extrait d’un Rapport que je viens d’adresser à M. le Préfet de la Gironde sur ce sujet :
« Les causes auxquelles je crois pouvoir attribuer l’extension de la contagion vénérienne sont les suivantes : » 1° La séquestration absolue des prostituées inscrites,
qui a été ordonnée à partir du deuxième semestre 1861, a favorisé la prostitution clandestine au dedans de la ville et dans la banlieue.
» 2° La suppression du péage du pont de Bordeaux, qui a eu lieu vers la même époque, a ouvert à la débauche des classes inférieures un champ où la surveillance n’est pas aussi efficace que dans l’intérieur de la ville.
» Aussi, les résultats constatés en 1862 ont-ils été un peu moins favorables que ceux que nous avions obtenus en 1861 (6,44 en 1862, et 6,22 seulement en 1861).
» 3° Le personnel des inspecteurs des mœurs, composé de quatre agents actifs, n’est pas en rapport avec la vaste étendue de la ville, et la surveillance de la banlieue laisse beaucoup à désirer.
» En résumé, je propose :
» 1° De laisser plus de liberté aux prostituées inscrites et de les laisser circuler dans quelques quartiers, à la condition expresse de ne jamais adresser la parole aux passants et de ne jamais stationner sur la voie publique, c’cst à dire d’imiter ce qui se fait à Taris.
» 2° De renforcer la surveillance des mœurs et de l’étendre dans la banlieue.
» 3° De décider que la statistique des vénériens militaires sera établie officiellement chaque trimestre, et qu’elle comprendra les malades et les journées à l’hôpital et aux infirmeries régimentaires, formant ainsi un contrôle complet et régulier de l’efficacité des mesures sanitaires et de la marche de l’infection vénérienne. »
Bordeaux. — Imp. G. Gounouilhou