‹ De la prostitution publique et parallèle complet de la prostitution romaine et de la prostitution contemporaine, suivis d'une étude sur le dispensaire de salubrité de Bordeaux, d'une statistique des vénériens dans la garnison de Bordeaux, et d'un essai de statistique de l'infection vénérienne dans les garnisons de l'Empire françaisChapitre 67 sur 122 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Origine, causes, nécessité de la Prostitution.

On entend par prostitution l’abandon du corps pour un acte libidineux, moyennant salaire (1).

La prostitution de la femme se retrouve dans toutes les sociétés civilisées; c’est un fait universel ( — 1 — ), et c’est, comme tous les autres désordres, le résultat d’un abus de libre arbitre.

« Tu prius et fluctus poteris siccare marinos » Attaque mortali doligere astra manu,

* Quam facere ut nostræ nolint pecare puellæ. »

(Prop., II, 32, 49.)

« Yous dessécherez l’Océan, et vous toucherez du doigt les astres, avant que nos filles refusent de pécher. »

(b Prostitution , prostitué , du mot latin prostitutus, a, formé luimême des deux mots pro et stare, se tenir debout, se tenir prêt, ou de pro et statuere, mettre en avant, mettre en vente, qui semble plus direct.

On peut l’expliquer par ce fait que la femme, moins apte au travail qui lui peut procurer sa subsistance, est en même temps moins impérieusement dominée que l’homme par le désir des jouissances sexuelles, et ces jouissances entraînent pour elle les pénibles conséquences ou les charges de la maternité; in dolore paries filios taos, et sub viri potestate eris. ( Gen . III, 16.) De là, chez la femme, la tendance à demander une récompense pour prix de son consentement, et chez l’homme, la tendance à offrir une partie des fruits de son travail; voilà sans doute pourquoi la rigoureuse délimitation de la prostitution est impossible ou arbitraire, et aussi pourquoi les lois n’ont pu réglementer qu’une certaine sorte de prostitution, la prostitution publique (1).

On ne saurait compter les degrés entre l’abnégation de la femme qui se prodigue et se sacrifie pour témoigner son amour, et le trafic de la prostituée qui se livre pour obtenir une pièce d’argent ; entre le dévouement et l’égoïsme, la distance est sans mesure, comme entre l’esprit et la matière.

(!) « Non equa munus equum, non taurum vacca poposcit,

» Non aries placitam munere captat ovem.

» Sola viro mulier spoliis exultât ademtis,

» Sola locat noctes, sola locanda venit,

» Et vendit , quod utrumque juvat, quod uterque petebat. »

(Ovid. Am., I, 10, 27.)

« La cavale n’exige rien de l’étalon, ni la génisse du taureau; ce n’est point par un présent que le bélier séduit la brebis qui lui plaît. La femme seule se complait à ravir les dépouilles de l’homme ; seule elle met en location scs nuits, ses nuits et sa personne, et vend un plaisir partagé que tous deux recherchaient, a

« Amare oportet omneis, qui quod dent habent. »

(Plaut., Trucul, 57.)

« Il faut aimer quiconque a de quoi donner. «

La doctrine des anciens, continuée par saint Augustin, établit que la prostitution publique est un désordre inévitable et qui garantit la société contre des désordres plus graves ( — 2 — ).

c( De là disent aulcuns que d’oster les bordels publicques, » c’est non seulement espandre partout la paillardise qui » estait assignée à ce lieu là, mais encore aiguillonner les » hommes à ce vice par la malaysance. » (Mont., Essais , II, 12.)

Selon Parent -Duchâtelet, les prostituées sont aussi inévitables dans une agglomération d’hommes, que les égouts, les voiries et les dépôts d’immondices. (De la Prost. dans la ville de Paris, 1837, t. II, p. 526.)

En conséquence, la prostitution étant acceptée comme un fléau social, il huit chercher à en diminuer les scandales et les dangers : si le moraliste la subit, c’est pour l’hygiéniste un devoir de l’assainir. Il faut donc que la lumière pénètre dans les sentines impures.

« Quare vilia sua nemo confitetur? Quia etiam nunc in illis est. Somnium narrare, vigilantis est. « (Sen., Epist., 53.)

x Pourquoi personne ne conl'esse-t-il ses vices? C’est qu’ils sont encore au dedans de nous. Qui raconte ses songes est éveillé. »

Mieux la société connaîtra ses plaies, mieux elle en pourra diminuer les misères et mieux elle en atténuera les douleurs. Moins les prostituées seront hideuses, infectes, ivrognes, syphilitiques, et moins il y aura de concubinage et de prostitution clandestine; et, du reste, il ne faut pas perdre de vue la fonction indirecte qui est attribuée à la prostitution, de préserver les femmes honnêtes des poursuites passionnées des libertins.

La vente et l’exploitation de la iille par sa propre mère contribuent au recrutement de la prostitution publique pour une faible part ( — 3 — ).

Quant à l’hérédité de la prostitution publique, c’est une exception des plus rares. En voici les raisons: la prostituée abhorre son métier, elle désire le quitter; si elle a des enfants, elle fait les plus louables efforts pour les élever honnêtement; elle veut qu’ils ignorent comment elle gagne sa vie. (Y. Parent-Duchat., ouv. cit 1. 1, p. 149.)

Que la prostitution devienne une ressource pour alléger la misère de vieux parents, pour subvenir aux besoins d'un enfant, qu’elle prenne alors le caractère d’un acte de dévouement et quelle paraisse excusable, c’est une opinion qui trouve à peine à s’appuyer sur quelques faits exceptionnels. Parent -Duchâtelet ayant recherché les antécédents de 5,183 prostituées, n’en a trouvé que 89 qui aient pu colorer par une excuse l'abjection de leur métier. (Ouv. cit., t. ï, p. 107.) C’est d’ailleurs une opinion dangereuse et subversive. Les femmes qui ont bien pu affronter l’infâme servitude de la prostitution, ont-elles jamais cherché de bonne foi à gagner leur vie par une honnête domesticité ou par le travail des champs? La doctrine, qui admet les difficultés de la vie comme excuse à la prostitution, pourrait fort bien servir à justifier le vol et l’assassinat.

Le plus grand nombre des biles inscrites au registre de la police appartient à des familles d’artisans misérables, débauchés, ignorants ( — 4 — ).

« Et quoniam non habuerunt sapienliam, interierunt propter suam insipientiam. » (BARUCii., III, 28.)

« Et parce qu’ils n’ont point eu de sagesse, leur ignoranceles a fait périr. »

Ainsi, la prostitution elle-même n’est pas héréditaire; ce qui est souvent héréditaire, ce sont les vices qui produisent chez l’enfant l’avilissement moral et qui conduisent la jeune fdle à la prostitution : la fréquence de la contagion de la prostitution chez les sœurs d’une même famille en est une preuve frappante ( — 5 — ). Sur un total de 5,183 prostituées, Parent-Duchatelet a trouvé 252 sœurs, et en tout 430 femmes ou filles réunies par les liens de la parenté la plus proche. ( Ouv . cit., t. I, p. 108.) Elles ont commencé par être ouvrières à la journée ou servantes ( — 0 — ). Je ne nie les cas exceptionnels, comme celui de la Comtesse , prostituée appartenant à l’une des meilleures familles de la Bretagne, pour qui le mariage a été le chemin de la maison publique; j’expose ici les faits généraux : à peine nubiles (*), elles ont contracté une liaison avec un homme qui s’est chargé de pourvoir à

(l) « In adolescentia sua fornicatæ sunt : ibi subacta sunl ubera

earum, et fractæ sunt rnammæ pubertatis earum. » (Ézecii., XXIII, 3.)

« Elles se sont livrées à la fornication dès leur adolescence; leurs mamelles ont été déshonorées, et les mamelles de leur puberté ont été flétries. «

« Junonem meam iratam habeam, si unquam me meminerit virginem fuisse. Nam et infans cum partons inquinita sum, et subinde pereuntibus annis, majoribus me pueris applicui, donec ad liane ætatem perveni. » (Petron., Satyric 25.)

<c Que ma bonne Junon me confonde, si je me souviens d’avoir jamais été pucelle! Tout enfant, j’ai polissonné avec les enfants de mon âge; et insensiblement, selon le progrès des années, je me suis mesurée avec de plus grands, jusqu’à l’époque où je suis à présent. »

On voit parce passage, que Junon était invoquée par les femmes galantes et les prostituées; elle l’était aussi bien que Vénus. (Voyez à ce sujet, Tin., Éleg., III, 7, 16, et Carm., IV, 13.)

leurs besoins, et leur a fourni les moyens de vivre dans l’oisiveté; elles se sont ainsi déshabituées du travail.

« Propter frigus piger avare notait : mendicabit ergo œslate, et non dabitur illi. » ( Prov ., XX, 4.)

« Le paresseux n’a pas voulu labourer à cause du froid : aussi, il mendiera pendant l’été, et on ne lui donnera point. »

t Abscondit piger manum sub ascella sua, et laborat si ad os suum eam converterit. » (Prov., XXVI, 15.)

« Le paresseux cache sa main sous son aisselle, c’est pour lui une fatigue de la porter à sa bouche. »

« Otia si tollas, periere Cupidinis arcus. » (Ovid., Item, am., 139.)

« Supprimez l’oisiveté, vous brisez les llèclies de Cupidon. »

* Desidiam puer ille sequi solct; odit agentes. » Ovid., Rem. am., 149.)

u L’amour suit la paresse; il déteste les gens occupés. »

« Quæritis, QEgisthus qnare sit faclus aduller

« In promptu causa est: desidiosuserat.» (Ovid .,Rem. am., 161.)

c Vous demandez pourquoi Egisthe devint adultère; la cause en est facile à deviner : il n’avait rien à faire. »

« Yitanda est improba Siren

«Desidia. » (Hor., Sat., II, 3, 14.)

« Évitez l’oisiveté dangereuse Sirène. »

D’ailleurs, le salaire des jeunes ouvrières est à peine suffisant pour assurer leur subsistance journalière. Bientôt le premier séducteur à qui elles n’offraient que l’appât des plaisirs charnels, s’est dégoûté d’une association onéreuse à laquelle tout sentiment de devoir est resté étranger, et dont le scandale mettait obstacle à tout projet d’établissement régulier.

« Et inveni amariorem morte mulicrem quæ laquæus venatorum est, et » sagena cor ej us, vincula sunt manus illus. Qui place!. Oeo elTugiet illam : v qui autem pcccator est, capietur ilia. »

ic Eccc lioc invcni, dixit Ecclesiasles, umini et alternum, ut invenirem » rationem, »

<c Quam aclhue quærit anima mea et non invcni. Virum de mille unuin » reperi, mulierem ex omnibus non inveni.» ( Ecole., VII, 27.)

t Et j’ai trouvé que la femme est plus amère que la mort, qu’elle est le filet des chasseurs, que son cœur est une nasse, que ses mains sont des chaînes. Celui qui plaît à Dieu lui échappera; mais le pécheur sera sa proie. »

« Voici ce que j’ai trouvé, dit VEcclesiaste, en comparant les choses pour découvrir la cause »

» Que mon âme cherche vainement : entre mille hommes, j’en ai trouvé un; entre toutes les femmes, pas une. »

Ou bien il a été obligé de changer de résidence, il a été appelé sous les drapeaux; ou bien il a été malade, il est mort, et il en est résulté pour la malheureuse fille l’abandon et le plus complet dénuement.

« Ah ! nimium faciles aurem præbere pucllæ » Discite désert ce non iemereesse bonæ. » (Prop., II. 21, 15.)

«Ah! jeunes filles, qui prêtez trop facilement l’oreille à la séduction, l’abandon vous apprend l’imprudence de votre tendresse. »

Car la fille pauvre, qui n’a plus le courage de pourvoir à ses besoins par son travail, subit nécessairement le contrecoup des vicissitudes auxquelles est exposé celui dont le travail la fait vivre.

« Et quibus imposait, solvit mox vincla libido. » (Prop., III, 20, 23.) « I.e caprice résout les nœuds qu’il a serrés. »

Si elle est devenue mère, il est rare qu’elle se charge d’élever son enfant; le plus souvent elle l’abandonne à la charité publique, et si elle essaie de le nourrir elle-même, elle lui fait partager une vie de misère et de désordre au milieu de laquelle il ne tarde pas à périr. (V. 111e partie,

ch. VIII.) Les enfants de la débauche subissent l’arrêt prononcé contre eux par le prophète :

« Et filiorum illius non miserebor : quoniam fUti fornicationum sunt.

» Quia fornicata est mater eorum , confasaque est quœ conccpil cos.... » (Ose., II, 4.)

« Je n’aurai pas pitié de ses fils, parce que ce sont des fils de fornication. « Car leur mère s’est livrée à la débauche, et celle qui les a conçus est déshonorée... »

Il est bien rare qu’elle soit dominée par l’attrait des plaisirs sexuels,

« Hœc bona non primœ tribuit natura juventœ » Quæ cito post septem lustra venire soient. »

(Ovid., ,<4rs. am., II, 694.)

« La nature n’a pas accordé de telles jouissances à la première jeunesse; ce n’est guère qu’après le septième lustre qu’elles sont complètes. »

mais elle a compris qu’une liaison nouvelle lui donnera les moyens de subsister aisément. Dès ce moment, elle fait marchandise de son corps : elle se met à la recherche d’un homme qui l’entretienne, vieux ou jeune, laid ou beau; un prince, un banquier, c’est son rêve; un négociant, un bourgeois, c’est encore très heureux; un ouvrier, un rustre, un goujat, pourquoi pas, s’il paie bien?

« üummodo sit dives, barbarus ipse placet. »

(Ovid., ;4rs Am. , II, 277.)

« Un rustre lui plaira pourvu qu’il soit riche. »

Elle prendra même un escroc, un forçat libéré, un assassin ; le plus affreux scélérat aura pour elle toutes les vertus du plus honnête citoyen s’il lui paie son loyer, s’il pourvoit

à ses besoins et à ses fantaisies. Ce qu’il lui faut, c’est de l’argent.

<c Aurum spectato, non quæ manus adferat aurum. »

(Prop., IV, 5, 53.)

« Regarde l’or et non la main qui te l’apporte. »

Mais un amant trouvé dans un bal public, ou rencontré par hasard au théâtre, ou dans la rue, à qui l’on a fait comprendre, dès les premières faveurs, qu’on a son terme échu et qu’on a des effets au mont-de-piété, n’a jamais une constance bien durable. Plus les besoins sont pressants, plus les appels de fonds sont directs; plus on s’accorde aisément, moins l’amant nouveau s’astreint à des égards de politesse, moins il réprime sa brutalité virile.

« Gaudia post Veneris quæ poscet munus amantem,

» Ipsasuas nolet pondus habere procès. »

(Ovid., Ars am., III, 805.)

« Celle qui, sortant des bras de son amant, réclame le prix de scs faveurs, ne mérite pas que sa prière soit écoutée. »

En même temps, la fille a perdu toute pudeur,

« Vos, ubi contempti rupistis frena pudoris » Nescitis captæ mentis habere modum. » (Prop., III, 19, 3.)

« Vous, dès que vous avez rompu et dédaigné les freins de la pudeur, votre raison égarée ne sait plus garder de mesure. »

elle s'est dégradée (4) ; expulsée des maisons habitées par les honnêtes gens, elle ne trouve plus à s’abriter que dans

(’) « H y a tant d’imperfections attachées à la perte de la vertu chez les femmes, toute leur âme en est si fort dégradée, ce point principal ôté en fait tomber tant d’autres, que l’on peut regarder, dans un état populaire, l’incontinence publique comme le dernier des malheurs, et la certitude d’un changement dans la constitution.» (Montesq., Esp. des Lois, VII, 8.)

les garnis suspects, hantés déjà par les prostituées dont elle a contracté les habitudes. Désormais, l'inscription n’est plus pour elle qu’une formalité qui va la mettre à l’abri des poursuites de la police; elle est réduite à l’accepter sans répugnance, à la désirer; elle vient la demander elle-même. Quelquefois aussi la route de la prostitution publique lui est frayée par les entremetteuses qui prélèvent un impôt sur la débauche en la favorisant, ou qui se chargent de recruter les maisons publiques moyennant salaire (1). (V. p. 115.)

Bien des auteurs estimables ont tracé avant moi le profd de cette pente sur laquelle glissent dans la fange la plus abjecte un si grand nombre de malheureuses fdles; mais beaucoup d’entre eux veulent rendre la société responsable des ignominieuses douleurs de la prostitution. Je crois cette opinion éminemment fausse et dangereuse, comme toutes celles qui substituent l’action de la société

l1) Voici l’histoire tout entière de la jeune ouvrière qui peu à peu, dégoûtée du travail, tombe dans la débauche et dans la prostitution :

« Prinium hæc pudicc vitam parce ac duriter » Agebat, lana ac tcla victum quæritans.

» Sed postquam amans accessit, pretium polliccns,

» Unus item et aller ; ita ut ingenium est omnium » Hominum ab labore proclive ad libidincm,

» Accepit conditionem; dein quœstum occipit. »

(Terent., Andria, 74.)

« Dans les premiers temps, économe et sobre, elle menait une conduite exemplaire et gagnait sa vie en filant et tissant la laine. Mais un amant se présenta, puis un autre, promettant de l’argent. Comme la nature humaine est généralement disposée à préférer le plaisir au travail, elle accepta leurs propositions, et bientôt elle se mit à trafiquer de ses charmes. »

au libre arbitre de chacun, à l’initiative, à la responsabilité

individuelle.

La prostitution, qui a existé chez tous les peuples civilisés, a toujours été punie par un stygmate infamant.

« Omnis mulier quæ est fornicaria, quasi slercusin via conculcabilur . » [Eccli., XI, 10.)

« Toute femme prostituée sera foulée aux pieds comme l’ordure sur le chemin. »

Et si nous la voyons reconnue et tolérée, c’est comme une lèpre incurable et maudite ( — 7 — ).

La conscience unanime de l’humanité est la source pure et rédivive de tout droit et de toute justice; si elle condamne la prostitution de la femme et la punit par un inexorable mépris, c’est que la femme ne saurait échapper à l’obligation du travail. In laboribus comedes cunctis diebus vitee tuœ {Cf en., III, 17), ne s’adresse pas seulement à l’homme, et si le travail entretient la vie matérielle, il sème aussi l’affranchissement et recueille le respect.

L’encombrement des ateliers industriels entraîne l’abaissement des salaires et de cruelles difficultés pour les fdlcs pauvres qui viennent chercher leur subsistance dans les villes, cela est vrai ; mais c’est que les travaux des champs sont abandonnés comme trop pénibles.

« Non oderis laboriosa opéra, et rusticationem creatam al» altissimo. » (Eccli., VII, 16.)

« Ne fuyez pas les ouvrages pénibles, ni le travail de la campagne qui a été crée par le Très Haut. »

D’ailleurs, on trouve à la ville des plaisirs et des chances

de fortune qu’on ne rencontre pas clans les campagnes (1).

Ceux qui s’efforcent d’exonérer les prostituées de la responsabilité de leur dégradation pour en charger la société, aggravent le mal en fournissant des arguments à la paresse (2), à l’amour désordonné du luxe (3), à la gourmandise (4), à l’imprévoyance (5).

Les prostituées elles -mêmes n’ignorent pas qu’elles peuvent se régénérer par le travail, et celles qui viennent

(p L’attrait et le danger des grandes villes pour les fdles de la campagne ne sont pas des faits nouveaux :

c In liac habitasse platea, dictum’st, Chrysidem,

» Quæ sesc inlioncste optavit parère hic divitias,

» Polius quam honeslein patria pauper viveret. »

(Terent., Andria, 797.)

« C’est sur cette place, m’a-t-on dit, que demeurait Chrysis, qui a mieux aime s’enrichir aux dépens de son honneur que de vivre pauvre et honnête dans son pays. »

(2) « Desideria oecidunt pigrum : noluerunt enim quidquam manus cjus operari :

» Tota die eoncupiscit et desiderat. » ( Prov ., XXI, 25.)

« Les désirs tuent le paresseux, car ses mains ne veulent rien faire :

» Tout le jour, il convoite et désire. »

(3) « Hic ultra vires habitur nitor : hic aliquid plus

» Quam salis est;

» Commune id vitium est : Idc vivimus ambitiosa » Paupertate omnes. » (Juv., 111, 180.)

Ici, le luxe des vêtements dépasse les moyens; on ne se contente point de ce qui suffît Misère ambitieuse, voilà le vice universel. »

(4) « Qui diligit epulas in egestate erit. » (Prou., XX, 17.)

« Le gourmand tombera dans la misère. »

(•>) « Prodiqa non sentit pereunlem femina censum ;

» At velut exhausta recidivus pullulct area

demander que leur nom soit rayé du fatal registre, commencent toujours par dire : Je travaille, je vais en journée, je n’ai besoin de personne.

On ne saurait admettre que l’impossibilité de trouver du travail les avait fatalement réduites à l’exploitation de leurs corps, lorsque l’on constate que, malgré la réprobation qu’elles ont encourue, elles réussissent encore souvent à retrouver un travail honnête.

Ah! si les réformateurs qui ont prêché le droit au travail et le droit à l’assistance, avaient employé leur éloquence à prêcher le droit à ne pas chômer le lundi, le devoir de ne pas se livrer dans les bals publics à des danses obscènes (1); s’ils avaient affirmé le devoir de se priver

» Nunnnus, et c pleno semper tollatur aeervo, x Non unquam reputat quanti sibi gaudia constent. x

(Juv., VI, 362).

« La femme dépensière ne s’aperçoit pas qu’elle se ruine. Elle puise, elle puise toujours clans le coffre-fort, comme si les espèces y pullulaient et qu’il fût intarissable : elle ne compte jamais ce qui lui coûtent ses plaisirs. »

p) « Mot u cloceri gaudct ionicos

» Matura virgo, et fingitur artubus :

» Jam nu ne et incestos amorcs

» De tenero meditatur ungui. » (IIor., ()d., III, G, 21).

« La jeune fille se plaît aux danses voluptueuses de l’Ionie; elle, v assouplit ses membres; dès l’àge le plus tendre elle médite de coupables amours. »

« Nota bonæ sécréta Deæ, quuni tibia lumbos » Incitât, et cornu pariter vinoque feruntur » Attonitæ, crinemque rotant ululante Priapo » Mœnades. 0 quantus tune illis mentibus ardor » Concubitus! Qute vox saltante libidine! Quantus x T 1 le meri veteris per crura madentia lorrens! »

(Juv., VI, 316.)

« On connaît les mystères de la bonne déesse : lorsque la flûte éveille de lubriques fureurs, lorsqû’cnivrces par le vin et le bruit du clairon, les

du luxe lorsqu’on ne gagne que le nécessaire (l); s’ils avaient signalé le danger des théâtres pour les jeunes filles (2), ils auraient assurément contribué à diminuer le mal moral et matériel dans la société, et ils auraient attaqué la prostitution dans ses sources véritables.

femmes s’élancent frappées de vertige et font voler leurs cheveux en tourbillon, elles entendent hurler Priape. 0 alors, quelles fureurs ! Quels désirs lascifs! Quels cris et quels bonds délirants! Quel torrent devin vieux ruisselle et les inonde ! »

(') « Nec, Pol ! profecto quisquam sine grandi malo,

» Prœquam res patilur studuit elegantiœ. » (Plaut., Merc., 23.)

*« Non, par Pollux! jamais, sans un résultat funeste, on ne poussa plus loin que la fortune ne le comporte, le goût de l’élégance. »

(2) « At tibi sit tanti, non indulgere lhealris,

» Enervant animos citharæ, lotosquc lyræque » Et vox et numeris brachia mota suis.

» Illie assidue lîcti saltantur amantes.» (Ovid., Rem. am ., 751.)

« Ah! surtout ne fréquentez pas les théâtres L’âme est énervée par

les sons de la cithare, de la llute et de la lyre, aussi bien que par le chant et par les mouvements cadencés; là, vous ne voyez représenter autre chose que des amants. »

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