‹ De la prostitution publique et parallèle complet de la prostitution romaine et de la prostitution contemporaine, suivis d'une étude sur le dispensaire de salubrité de Bordeaux, d'une statistique des vénériens dans la garnison de Bordeaux, et d'un essai de statistique de l'infection vénérienne dans les garnisons de l'Empire françaisChapitre 75 sur 122 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Professions antérieures; État-civil; Proportion des filles naturelles et des femmes mariées; Instruction.

Je résume, dans le présent chapitre, des résultats dont les éléments détaillés sont compris dans le rapport administratif de M. le Chef du Bureau des mœurs.

§ 1. — Professions.

Sur 298 prostituées inscrites à Bordeaux en 1850 et en 1860, on compte ;

Domestiques, ou filles ayant vécu en domesticité plus ou

moins longtemps avant l’inscription 110

Soit, 40 0/0.

Filles vivant du travail de l’aiguille (couturières,

lingères, modistes, giletières, culotières (1 ), etc.) 111

Soit, 37 0/0.

Blanchisseuses ou lisseuses 18

Soit, G 0/0

Professions diverses (horlogères, brunisseuses de porcelaine, chapelières, dentelières, caissières, etc.) 33

Artistes dramatiques 3

Marchandes de denrées 3

Agriculteurs

Sans profession 0

Total 298

(') Nomina mulierum desinentia in iere, ut chambrière, lingiere, advocaliere (maquerelle), taverniere, huandiere, frippiere, seront

Conclusion. — Ainsi, on peut affirmer qu’à Bordeaux la domesticité figure en première ligne parmi les professions qui fournissent des recrues à la prostitution (’),

ceste année en réputanation. (Rabelais; Prognostication pantagrue- Une, ch. V.)

(i) Ce fait a été fréquemment observé. Quelques moralistes se sont empressés d’en conclure que la séduction et le renvoi des servantes devenues mères, par des maîtres égoïstes et brutaux, est une des causes les plus puissantes de la prostitution.

Je nie l’importance de cette cause pour plusieurs raisons :

1° Parce que les filles qui se vouent à la domesticité ont très souvent été séduites avant d’entrer en condition;

2° Parce qu’il est impossible de savoir si les servantes n’appartiennent pas à des familles plus ou moins démoralisées;

3° Parce que le défaut d’esprit de conduite qui mène les filles à l’inscription se retrouve à un certain degré chez les domestiques. On sait que chez les paysans, quand un enfant est stupide, paresseux, gourmand, on se console en disant : On le placera à la ville.

4° Parce que les prostituées offrant une proportion relativement faible de filles qui aient accouché à terme une fois ou plusieurs fois (37 0/0, V. II« Part., Ch. VIII), l’argument tiré de la séduction suivie de gestation et de renvoi perd sa valeur presque entière. En effet, sur 100 prostituées, 40 ont été servantes; mais sur ces 40 servantes devenues prostituées, 14 seulement ont accouché une

fois ou plusieurs fois.

Ainsi, les servantes ont souvent été dédorées dans leur village avant d’entrer en condition, et c’est alors leur inconduite qui les oblige à quitter leur pays natal; elles appartiennent souvent à des familles d’une moralité douteuse; elles sont au-dessous de la moyenne des filles du peuple; enfin, elles ne figurent que pour 40 0/0 dans le chiffre total des prostituées, et sur ces 40, il n’en est que 14 qui aient accouché une fois ou plusieurs fois dans le cours de leur vie.

Je conclus que la séduction des servantes par leurs maîtres et leur renvoi lorsqu’elles sont devenues mères, n’est pas une cause puissante de prostitution.

ensuite vient le travail de l’aiguille; la couture occupe en effet la majorité des ouvrières dans une ville où il existe très peu de manufactures donnant du travail aux femmes.

§ IL — Proportion des Filles naturelles.

Parmi les 554 prostituées figurant à Bordeaux sur le registre de la police, au 1er janvier 1800, M. Yivie comptait 58 filles naturelles; soit, 10,40 0/0.

Sur 530 filles inscrites, M. de Moulins a trouvé, au 1er juin 1800, 75 filles naturelles; soit, 14,17 0/0.

M. Strolh, à Strasbourg, avait trouvé en 1854 la proportion de 10 0/0.

Enfin, dans le vaste tableau donné par Parent-Ducbatelet (Ouv. cit., t. I, p. 09), on trouve 385 tilles naturelles sur 3,007 prostituées; soit, 10,49 0/0.

Selon M. Mathieu ( V . Ann. du Dur. des long., 1861, p. 187), la proportion des enfants naturels est, en France, de 1 pour 12,91 ; soit, 7,80 0/0 (1).

D’après ces données, l’influence de l’illégitimité de l’origine peut être sinon mesurée, au moins indiquée. Si elle était nulle, on trouverait 7,80 filles naturelles sur 100 prostituées, tandis qu’on en trouve 10,46 selon M. Yivie, 14,17 selon M. de Moulins, 10 selon M. Strolh, et 10,49 selon Parent-Ducbatelet.

p) Il faut considérer que la moyenne générale, 7,80 0/0, donnée par M. Mathieu, est formée de chiffres très divergents. La proportion des enfants naturels, plus considérable dans les grandes villes que partout ailleurs, varie beaucoup selon les départements. De plus, on sait que les enfants naturels subissent une mortalité exceptionnelle. Il est donc impossible de savoir combien il existe

La moyenne de ces quatre grandes observations amène 1 1 ,28 ; la différence entre ce chiffre et 7 ,80, soit 3,48, représenterait la part d’influence qu’on peut attribuer à l’illégitimité de l’origine sur l’inscription de 100 prostituées (1).

§ III. — Proportion des femmes mariées

Sur 298 prostituées inscrites à Bordeaux, en 1859 et en 1860, il y avait 22 femmes mariées; soit, 7,38 0/0.

§ IV. — Instruction.

Sur 298 prostituées inscrites à Bordeaux, en 1859 et en 1860, 111 savaient lire et écrire; soit, 37,24 0/0.

Par le dépouillement des signatures apposées sur le registre d’inscription depuis le 1er janvier 1858 jusqu’au 8 décembre 1862, j’ai obtenu le résultat suivant :

Nombre d’inscriptions 825

Filles ayant signé leur nom plus ou moins

lisiblement 832, soit 40 0/0

Filles n’ayant pas su signer 493, soit GO 0/0

en moyenne, dans la France entière, de fdles naturelles sur 100 femmes de vingt-huit ans; ce serait cette donnée qui devrait servir de point de comparaison pour résoudre d’une manière satisfaisante la question dont je m’occupe ici.

(0 Cependant, au lfir août 1862, M. de Moulins, ayant dépouillé avec le plus grand soin les extraits de naissance de 479 prostituées inscrites, a trouvé 25 enfants d’hospices et 66 enfants de fillesmères; ce qui donnerait la proportion de 19 enfants naturels pour 100 prostituées; mais il s’en faut de beaucoup que tous les enfants d’hospices soient illégitimes.

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