‹ De la Pseudo-Paralysie Générale SaturnineChapitre 21 sur 33 · OBSERVATION VIII (RÉSUMÉE · texte numérisé non relu

OBSERVATION VIII (RÉSUMÉE

Thèse FALRET, 1853.

Paralysie générale d’origine saturnine. — Invasion de la maladie il y a neuf ans. — Pas de troubles de l'intelligence.

C..., âgé de cinquante ans, ouvrier dans une fonderie de caractères stéréotypes, est entré à l'hôpital Necker, le 20 septembre 1851, au n° 29 de la salle Saint-Ferdinand (service de M. Bricheteau).

Antécédents héréditaires. — Père mort d’une attaque de paralysie à l’âge de cinquante ans.

Antécédents personnels. — Nuls. Il a été soldat dans la garde royale, est sorti du service en 1830, s’est marié et a commencé à travailler dans une fonderie de caractères où il est resté pendant plus de quinze ans.

Il était toujours en face du four, par conséquent immédiatement en rapport avec le plomb en fusion et il porte sur tout le corps des cicatrices de brûlures produites par le plomb fondu. Il ne paraît s'être livré à aucune espèce d’excès, pas même de boissons. Il n’a jamais éprouvé de convulsions pi de perte de connaissance, celui qui le précéda dans la rude occupation dont

Le Le :

el,

il était chargé et pour laquelle on trouvait difficilement un ouvrier, a été, dit-on, obligé de la quitter au bout de dix ans et jeune encore, pour des infirmités dont celui-ci est atteint.

Ce malade a commencé à ressentir les effets fâcheux de sa profession

quatre ans environ après avoir commencé à l'exercer.

IL a d’abord éprouvé beaucoup de coliques qui se renouvelaient fréquemment avec toute la violence des tranchées et qui se sont reproduites à différentes époques et ont même été souvent accompagnées de vomissements qui sont surlout devenus très fréquents dans les dernières années. Sa maladie aurait débuté par un étourdissement qu’il a éprouvé en étant devant le fourneau, et à la suite duquel il serait tombé sans connaissance et se serait même brûlé.

Néanmoins ce n’est que petit à petit que l’on a commencé à s’apercevoir qu'il vacillait en marchant comme un homme ivre, et cela il y a environ neuf ans. Ce tremblement dans la marche n’était pas très prononcé, néanmoins tout le monde s’en apercevait. A cette époque il éprouvait de temps en temps des étourdissements assez intenses qui lui semblaient partir de l’estomac. Lorsqu'il se sentait étourdi, il était obligé de s’appuyer sur les objets environnants, tombait même quelquefois, mais sans perdre jamais connaissance ; car il parlait aussitôt qu’il était à terre, cherchait à se relever luimême où bien appelait quelqu'un pour lui aider. If y a quatre ou cinq ans environ que sa langue à commencé à s’embarrasser; c'était comme une sorte de bégaiement qui est survenu peu à peu et a augmenté graduellement. Ce n’est que depuis trois ou quatre ans que ses bras ont commencé à trembier et qu’il laissait de temps en temps tomber les objets. Les jambes, au contraire, étaient depuis longtemps affaiblies. Il marchait difficilement, et il lui semblait même qu’il marchait sur des épines ; on était obligé de l’accompagner, de crainte qu'il ne se laissàt tomber et malgré cette précaution, il tombait encore quelquefois. Malgré l'augmentation progressive de ces phénomènes paralytiques, il a néanmoins continué à travailler pendant très longtemps encore après le premier début de sa maladie, puisqu'il n’a cessé son travail qu’il y a trois ans environ. Depuis plusieurs années sa vue s’est affaiblie, et, paraît-il, également des deux côtés. Il se plaignait souvent de voir les objets doubles, et, par exemple, de voir deux fois la même ligne quand il voulait lire ; pour éviter cel inconvénient il cherchait à fermer l’un de ses yeux avec la main. Depuis longtemps déjà ses pupilles étaient inégales. C’est il y a environ trois ans que son état a empiré, surtout la paralysie des jambes et qu'il a été obligé de cesser son travail. Depuis deux ans la paralysie de la langue est devenue plus saillante, au point que les étrangers ne pouvaient presque plus le comprendre, et que ses parents seuls, habitués à sa manière de parler, savaient ce qu’il voulait dire. Vers cette époque il fut soigné par un médecin qui attribua sa maladie au plomb, lui fit prendre de nombreux purga-

LEZ 1h FES

tifs, et s'informa à plusieurs 2e s’il n'avait pas eu des attaques d'épi- lepsie. Depuis environ un an, son état s’est encore beaucoup ie laissait tomber presque tous les objets qu'il tenait dans ses fnains,

pouvait presque plus marcher et se laissait souvent tomber par suite du Sn

simple obstacle qu’il rencontrait sur son passage, aussi reslait-il généralement

assis dans la maison. Il se tourmentait beaucoup de son état dont il a toujours eu parfaitement conscience.

Son intelligence n’a jamais été réellement troublée ; il ne s’est livré à aucun acte extraordinaire et a toujours su parfaitement ce qu'il faisait. On ne peut donc pas dire qu’il ait présenté de véritable délire ; je dois ajouter seulement qu’à force de multiplier des questions dans ce sens, je suis parvenu à savoir des parents que, de temps en temps, il présentait une sorte d’obscurcissement léger dans les idées, tandis que dans d’autres moments son intelligence était beaucoup plus nette, et que sa mémoire, quoique exacte et précise sur la plupart des faits, paraissait, depuis trois ans, légèrement affaiblie. Dans certains moments, en effet, il semblait avoir oublié certaines affaires de famille qu'il se rappelait néanmoins plus tard, dans un autre moment. Enfin, malgré son caractère, habituellement doux, il devenait de temps en temps irritable et violent, il voulait même battre ses enfants, qu’ordinairement, au contraire, il traitait avec bonté ; mais ce sont là, comme on voit, des nuances difficiles à saisir, que l’on doit signaler pour ne rien omettre, mais qui ne peuvent passer pour une véritable altération de l'intelligence. De temps en temps, depuis trois à quatre ans environ, il a présenté de la difliculté à uriner ; cependant ce n’est que dans les derniers temps qu'il est resté plusieurs jours sans uriner et qu’on a été obligé de le sonder. Depuis le commencement de sa maladie, jamais son sommeil n’a été tranquille ; il s’éveillait souvent en sursaut, poussait quelques cris, ou bien se levait et se promenait pendant la nuit ; enfin il restait quelquefois plusieurs heures de suite sans remuer dans son lit, mais sans dormir.

En dehors des phénomènes paralytiques, il n’a présenté aucun autre symptôme maladif, si ce n’est de temps en temps des étourdissements, pendant lesquels il restait immobile, sans pouvoir parler, mais qui étaient sans perte de connaissance, puisqu'il en avait conscience et en conservait très bien le souvenir, après qu'ils étaient dissipés.

Il y a trois moisenviron, ilest tombé dans l'escalier et s’est blessé à la tête ; maisil était sans convulsion, sans écume à la bouche ; en se relevant, il savait très bien qu'il était tombé, et disait qu’il avait été Len un peu étourdi.

État actuel. — Pendant les trois mois de son séjour à l'hôpital, ce malade est resté à peu près dans la même situation que nous allons indiquer par ordre de symptômes.

Il était sujet à des étourdissements assez fréquents, mais qui ne déterminaient jamais de chute. Avant ces étourdissements il éprouvait une

ee

sensation qui lui paraissait partir du creux de l'estomac et remonter subitement vers la tête ; il se sentait alors obligé de fermer les yeux, d’y porter la

main, de s’arrêter et de s'appuyer sur un objet voisin ; mais jamais il ne per-

dait connaissance, et jamais non plus il ne tombait. Une fois seulement il fut

obligé de se mettre au lit, par suite de l'intensité et de la fréquente répéti-

tion de ces étourdissements.

De temps en temps il éprouve de la pesanteur de tête ; sa vue paraît affaiblie ; il dit surtout y voir très peu de l’œil droit, et oeqt il veut bien y voir, être obligé de fermer cet œil avec la main, afin de ne regarder qu'avec le gauche. La pupille droite est, en effet, immobile et très dilatée, depuis son entrée; dilatation qui ne s’est pas modifiée une seule fois pendant tout son séjour ; la gauche, au contraire, toujours moins dilatée que la droite, l’est inégalement, selon les moments. Le malade dit d’ailleurs voir souvent les objets doubles ; mais cette diplopie paraît intermittente, et ne paraît pas due à un strabisme, car les deux yeux se meuvent dans tous les sens. Il y a donc chez ce malade affaiblissement de la vue du côté droit, dilatation plus grande de la pupille de ce côté, et de temps en temps diplopie. L'ouïe paraît un peu dure,

La physionomie est assez vive, sans Core en d'hébétude. De temps en temps, on constate quelques. mouvements spasmodiques dans les muscles des lèvres ; la parole est très notablement embarrassée ; on a quelquefois dela peine à le comprendre ; il parle toujours lentement, en bégayant sur chaque mot et en avalantsouvent des syllabes. Il présente un aflaiblissement général, avec tremblemént dans toutes les portions du système musculaire, principalement dans les bras et les jambes. Les bras ne sont pas fortement paralysés, puisque le malade les soulève et les remue assez bien ; maisils manquent de précision dans les mouvements et laissent facilement tomber les objets, ils tremblent toujours, mais plus ou moins, selonles moments. Le malade serre d’ailleurs assez bien avec les deux mains.

Il peut encore marcher et même descendre les escaliers ; mais c’est avec beaucoup de peine, en s'appuyant sur les murs ou sur une canne, et en tremblant et en oscillant à chaque pas; il ne se sent nullement solide sur ses jambes, et ne peut consentir à abandonner un point d'appui de crainte de tomber. Cependant, à l’aide des précautions qu’il prend, il n’est pas tombé, pendant tout son séjour.à l'hôpital; mais sa marche est vacillante, la jambe gauche est peut-être un peu plus faible que la droite; les jambes sont très amaigries, mais non véritablement atrophiées. La sensibilité paraît amoindrie, surtout du côté gauche du corps, quand on le pince ; la jambe gauche est plus engourdie que la droite, le bras gauche est moins sensible que le reste du corps. Lie malade indique lui-même une région du côté gauche, au piveau de la hanche et du grand trochanter, où la sensibilité est en effet très obtuse. Il éprouve, surtout la nuit, des crampes et des secousses ou contrac-

Page 1