CHAPITRE III
DES PARTIES OU PUISSANCES DE l'aME.
L'être animé se distingue de l'être inanimé en ce qu'il a la vie, par la vertu de l'âme. Mais vivre se prend en plusieurs sens (1). Peut-on se borner à une seule définition , qui ne s'appliquerait qu'à l'animal en soi? Ne doit-on pas plutôt donner une définition jdifférente pour chacun des êtres animés, pour le cheval et le chien, par exemple, pour l'hommeet pour Dieu? L'animal en général, comme tout autre terme commun, ou n'est rien, ou n'a qu'une existence ultérieure par rapport aux individus (2). D'ailleurs on n'a même pas dit le genre de l'animal , quand on a dit que le propre de l'animal est d'avoir une âme (3) .
L'âme peut être comparée aux figures géomélri- (jues. Essayez de donner une définition commune de toutes ces figures : elle leur conviendra à toutes, mais ne sera propre à aucune. Il en est de même des différentes âmes: il est ridicule, ici comme ailleurs, de chercher une commune définition, qui ne représente en particulier aucun objet réel , tandis qu'on néglige l'essence propre et indivisible des êtres qu'on prétend définir (4) . De plus , la série des âmes de divers ordres a quelque ressemblance avec la série des figures géo-
(l)I)p. l'àmo, 11, 2. 4J2. — (2ilhiil., I, I, *;.-.. — (:i)Toi.i.i.. V, :'.,<< '0 Dol'àmc, 11. ;J, §.S.
24 DES l'ARTJES DE l'amE.
métriques; carde même que les figures qui suivent le triangle le contiennent au moins en puissance, et qu'ainsi le triangle est contenu dans le quadrilatère, de même dans la suite des formes ou fonctions de la vie, le terme supérieur implique le terme inférieur, et la sensibilité, par exemple, ne va point sans la puissance de nutrition ; il résulte de là qu'il faut chercher pour chaque être quelle est précisément l'àme dont il est doué , et ainsi quelle est l'âme de l'homme ou celle de la bête(1). En effet, il ne suffit pas de savoir de l'homme que c'est un être animé : il faut dire ce qu'est cet être animé, s'il est sensible ou non, raisonnable ou privé de raison (2) .
Deux choses surtout , le mouvement et le sentiment, semblent faire toute la différence de ce qui est animé à ce qui ne l'est pas. Du moins ce sont là à peu près les seuls caractères que les anciens philosophes aient attribués à l'âme (3). L'àme semble donc être à la fois quelque chose qui meut et quelque chose qui connaît (4). Cependant ceux qui l'identifient avec la puissance de connaître et de sentir, ne parlent point de toute âme, non plus que ceux qui la définissent par la locomotion. En effet, les êtres mêmes qui sentent n'ont pas tous la puissance de se mouvoir d'un lieu à un autre. D'un autre côté, beaucoup d'animaux n'ont point la raison , et les plantes qui n'ont ni sentiment ni mouvement local ne laissent pas d'avoir une âme et de vivre (5). Pour affirmer d'un être qu'il
(1) De ràme,II, 3, §C. — (2) Dern. Anal., Il, 8,§ G. — (3) De l'àme, 1,2, S2etpass.; 1, 2, §20; 1,5, §4;ni,3, § 1.— (4) ibid., 1, 2, §8; III, 9, S I. - (.S) Ibid.. I.f), i^ 12.