‹ De la puerpéralité; thèse présentée au Concours pour l'agrégation, Section de médecine et de médecine légaleChapitre 4 sur 8 · ANNEES · texte numérisé non relu

ANNEES

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Ce tableau résume la statistique des accouchements pratiqués à l'hôpital Lariboisière, dans la salle Sainte- Anne, depuis l'ouverture de Thôpital, le 21 août 1854 jusqu'au 31 décembre 1878.

En Texaminant, on constate : 1° que l'année la plus meurtrière a été celle de l'ouverture de l'hôpital ; 2° que de 1855 à 1861 la mortahté se maintient entre 1 pour 10 et 1 pour 20 ; 3° qu'à partir de ce moment elle tombe au-dessous de 1 pour 20, pour ne plus jamais atteindre un chiffre aussi élevé.

A quoi faut-il attribuer cette amélioration ? Le D" de Beurmann nous le dit : « Nous avons constaté, ditil;, en dépouillant les registres de l'hôpital que pendant les premières années, les femmes malades restaient dans la salle d'accouchements et y mouraient souvent au milieu des nouvelles accouchées. Au contraire, à partir de 1862, nous avons constaté de nombreux passasres de la salle Sainte-Anne dans les autres servi-

ces. »

A partir de 1872, la mortalité tombe progressivement pour n'être plus en 1878 que 0,50 pour 100 ou 1 mort sur 199,6.

Pour arrivera ce résultat, le savant et si sympathique médecin de Lariboisière, M. Siredey avait pris successivement les mesures prophylactiques suivantes : sur 28 lits, M. Siredey n'en fait occuper que 20, ce qui permet de faire reposer la literie et d'éviter l'encombrement. Autant que possible, chaque femme reçoit un bain à son entrée (excepté le dimanche, car il est à peu près impossible d'en obtenir ce jour-là.)

Après l'accouchement le hnge souillé ne séjourne jamais dans la salle. Les éponges sont bannies du service. Chaque femme possède une serviette et une canule à injection personnelle.

M. Siredey commence toujours ses visites par la salle d'accouchements.

On emploie pour toucher les femmes de l'huile phéniquée qui est renouvelée pour chaque femme. Toute personne qui pratique le toucher se lave préalablement les mains dans une solution antiseptique.

Les élèves du service ne peuvent assister aux autopsies ni toucher aux pièces anatomiques, ni disséquer.

Dès qu'une femme est malade, autant que possible elle est transportée dans une autre salle, etc., etc.

Tels sont les principaux moyens qui^ appliqués avec rigueur, avaient permis à M. Siredey d'obtenir de si beaux résultats pendant quelques années.

Mais, hélas ! l'année 1879 est venue et a montré que le dévouement le plus absolu ne suffisait pas pour faire disparaître le danger.

En effet, sur 779 femmes qui vinrent accoucher à l'hôpital Lariboisière, l'année dernière, la mortalité puerpérale pour les accouchements naturels fut de 1 sur 48 et dans le dernier semestre, de 1 sur 33.

Les causes qui ont amené ce revirement ont été très bien exposées par M . Siredey dans une note remise auD" Besnier, qui rédige avec tant de talent ses lumineux rapports sur les maladies régnantes (1).

Ne pouvant en raison de sa longueur citer cette note, nous nous contenterons d'en donner les deux conclusions :

De l'exposé qui précède il résulte, dit M. Siredey :

« 1° Que les résultats déplorables que j'ai obtenus cette année, chez les femmes en couches, démontrent une fois de plus la nécessité d'adjoindre à chaque salle d'accouchements un pavillon d'isolement avec chambres séparées, où seront placées les malades dès Tap-

(l) Union médicale. Janvier 1880.

Raymond 16

parition du moindre symptôme grave, afin de les séparer aussitôt des accouchées valides, sans les placer dans les salles de médecine générale.

2° Qu^il est indispensable de confier à un personnel médical différent les accouchées saines et celles qui sont malades. »

Mais, pendant que ces choses s'accomplissaient soit à la Grande-Maternité, soit à la Maternité de Gochin, soit dans les autres hôpitaux, l'homme qui avait démasqué la contagion d'une façon si scientifique, était resté son ennemi acharné. Son rêve n'était point de l'amoindrir mais de l'anéantir. M. Tarnier avait la conviction qu'on pouvait soustraire les femmes en couches aux efi'ets de Tencombrement, de l'infection et de la contagion, que celle-ci s'exerce soit par la contamination directe des femmes bien portantes par les accouchées malades, soit par la transmission du principe infectieux par les murs ou le mobiher, soit enfin par Tintermédaire du personnel.

Dans ce but^ il proposait de placer chaque femme en couches dans une chambre particulière dont toutes les portes et les fenêtres s'ouvriraient directement au dehors.

Après avoir lutté bien longtemps, l'Assistance publique fit bâtir, d'après les plans de M. Tarnier, un pavillon dans le jardin de la Grande-Maternité , et ce pavillon qui contient 8 hts, c'est-à-dire 8 chambres, fonctionne depuis le 3 juillet 1876.

Nous ne pouvons décrire en détail ce pavillon, nous renvoyons au traité d'hygiène de M. Proust ou au travail du D'' Pinard qui va paraître incessamment [les nouvelles Maternités et le Pavillon Tarnier).

Qu'il nous suffise de dire^ que, non seulement chaque femme a sa chambre, mais encore que dès qu'une femme devient malade, elle est soignée par un person-

nél spécial et qui ne communique en aucune façon avec les autres accouchées.

Accouchements effectués au pavillon Tarnier Du 3 juillet 1876 au 8 janvier 1880.

Nombre total 710

Se décomposant comme suit :

Accouchements naturels 663

Applications de forceps 41

Version 5

Crâniotomie 1

Rachitomie 1

Bassins viciés 9

Nombre total des décès 6 (1 sur 118)

Pendant ce temps la mortalité totale était à la grande Maternité, située à 80 mètres environ, de 1 sur 42!

Si, maintenant, nous examinons la cause des décèS;, nous voyons que des 6 femmes qui moururent : une avait une tumeur fibreuse qui se désorganisa après l'accouchement; une avait une adhérence anormale du placenta, pour laquelle on fit une délivrance artificielle; une avait eu une grossesse gémellaire et l'extraction d'un des enfants avait nécessité quelques manoeuvres ; les trois autres avaient eu des accouchements spontanés.

Et, malgré ces résultats, M. Tarnier n'est pas satisfait, il pense que le hnge qui lui est fourni par la Grande Maternité est plus ou moins bien blanchi et peut-être dans certains cas l'agent du contage. Aussi, mettant à profit le travail si intéressant duP*" Vallin sur la désinfection par Tair chaud [Revue d'Hygiène, 1879} a-t-il demandé l'installation d^une étuve.

Nous ajouterons que Tinterne qui a le service du Pavillonest journellement en contact avec l'interne de l'infirmerie, et que peut-être il a pu être le véhicule du contage.

Nous avons tenu à donner ces relations, parce qu'elles témoignent des efforts incessants qui ont été faits et qu^elles proclament hautement la puissance de l'hygiène.

Nous devons maintenant nous résumer et formuler nos indications prophylactiques.

Pensant que les affections puerpérales graves spontanées sont excessivement rares, si tant est qu'elles existent, ne sachant encore aujourd'hui en quoi consiste le principe infectieux, ni exactement comment il est produit, ignorant le mode de contage (bien que nous penchions vers l'idée du contage direct), nous croyons qu'il est rationnel d'éloigner d'une femme accouchant ou récemment accouchée, toute cause qui, aujourd'hui encore, nous semble susceptible d'engendrer le principe infectieux, de le transporter ou de le disséminer.

Que l'encombrement suffise à lui seul ou non pour créer le principe infectieux, il faut le supprimer quand même, car s'il n'est pas dangereux au point de vue de la production il l'est au plus haut degré au point de vue de la contagion.

Voilà pourquoi l'on doit supprimer toute réunion de femmes en couches. Et les faits qui viennent de se passer dans le service de M. Siredey prouvent assez en faveur de notre manière de voir.

Mais, si l'on a des chambres d'isolement pour les malades, nous objectera- t-on? Assurément, ce sera une excellente chose, mais qui ne constituera qu'une demimesure. Qai vous dit que vous l'avez enlevée assez tôt cette femme malade? Savez-vous quand commence le

danger pour ses voisines ? Non. Mais si on emploie la méthode listérienne? Nous répondrons que cela ne suffit pas non plus. Certes les résultats obtenus à Gochin par M.Lucas-Championnière sont très beaux, mais cependant il y eut des cas d'infection. Est-ce parce que la méthode a été mal appliquée, comme le dit M. Lucas, ou bien estce qu'elle est insuffisante ? Nous ne le savons encore.

L'isolement, mais l'isolement complet, parfait et dans un miheu sain, nous paraît donc être un des moyens les plus puissants à employer pour faire disparaître les affections puerpérales.

Or, si l'on veut conserver à l'isolement toute sa valeur, il faut absolument empêcher le principe infectieux d'arriver du dehors, sur le lit de la parturiente, et trop souvent, hélas ! les médecins, les sages-femmes, les gardes, les infirmiers ont servi à la contagion de moyens de transport.

Nous ne pouvons entrer dans le détail des précautions que Tentourage médical ou autre de la femme récemment accouchée doit prendre, cela nous entraînerait trop loin. Nous dirons seulement que cette crainte de l'infection ne sera jamais poussée, non pas trop loin mais assez loin, jusqu'au jour où, connaissant l'ennemi, nous pourrons directement le saisir et l'anéantir.

B. — Traitement euratif des suites de couches pathologiques.

Le traitement euratif, d'après ce que nous avons dit, doit être dirigé contre le principe infectieux et contre ses effets. Si les effets nous sont malheureusement trop connus, le principe lui-même est souvent, ainsi que

nous Tavons répété tant de fois déjà, inconnu dans son essence et, dans ces cas, notre ignorance fait notre impuissance.

Quand les accidents reconnaissent nettement pour cause, l'auto-infection, le traitement doit être local et général. Locale dans le but de diminuer et de tarir la source même. C'est alors que les injections vaginales ou intra-utérines faites avec un liquide anti-septique rendront les plus grands services. Celles qui paraissent donner les meilleurs résultats sont l'eau phéniquée et la solution de permanganate de potasse au millième. Dans les autres cas, où nous ne reconnaissons la présence du principe infectieux que par ses effets, nous ne pouvons que diriger nos efforts d'une façon rationnelle contre l'aptitude à la purulence.

Delà, l'emploi encore du sulfate de quinine et de l'alcool, etc.

Les vésicatoires, les applications de glace sur le ventre ont été employés avec plus ou moins de succès contre les accidents abdominaux. Il en est de même des vomitifs, des émétho-cathar tiques.

Mais il est une médication qui, au début des accidents, donne d'excellents résultats. Nous voulons parler des émissions sanguines locales.

Dès que la douleur apparaît au niveau de l'utérus, si l'on applique à ce niveau des sangsues ou des ventouses scarifiées, l'élément douleur disparaît et les accidents paraissent s'amender. Mais il faut agir rapidement et ne pas s'arrêter devant l'état anémique réel ou apparent de la femme ainsi que le fait fort bien remarquer M. le professeur Peter, qui résume ainsi le traitement : 1° mettre en œuvre une suffisante énergie; 2° gagner le mal de vitesse.

L'emploi des saignées locales a fourni également à M. le professeur Bondet les meilleurs résultats. Chargé

à Lyon, depuis quinze ans, du service des femmes en couches, il a eu bien souvent occasion d'observer les accidents que nous avons décrits. Aussitôt leurs premières manifestations, alors que se montrent les premiers symptômes, il emploie immédiatement les saignées locales (ventouses scarifiées, sangsues).

Les sangsues sont appliquées sur la région douloureuse; dans quelques cas mêmes, sur le col de Tutérus. M. Bondet s'est toujours très bien trouvé de ce mode de traitement, ainsi que le prouvent ses nombreuses observations et il n''hésite pas à répéter ce traitement plusieurs fois dans la même journée, si la chose est nécessaire.

Comme nous le disions plus haut, Télément douleur est considérablement amendé, sous l'influence de la saignée ; en outre, si l'on a agi assez tôt, les phénomènes généraux disparaissent très rapidement.

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