‹ De la puissance américaineChapitre 22 sur 135 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Les progrès des sciences appliquées aux arts et à l'industrie ont profondément modifié les conditions de tous les pays; partout on voit se manifester des idées et des tendances nouvelles, dont rinfluence envahit tous les rangs, agit sur nos habitudes, transforme nos mœurs, change nos goûts, et va même jusqu'à s'insinuer dans tous les détails de la vie intime.

En présence de cet état de choses, comment s'expliquer la divergence que les gouvernements s'obstinent à entretenir entre eux et les peuples ? Ceux-là veulent-ils donc toujours oublier qu'ils ne sont que des modérateurs et des guides? ceux-ci, en provoquant l'expansion des forces sociales.

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ne s'avancent-ils pas avec trop de précipitation vers Taccomplissement imminent d'une grande révolution désormais nécessaire ?

Au demeurant, l'opiniâtreté dans la résistance sera toujours plus dangereuse que la précipitation dans la poursuite ; en allan t trop vite, on court bien le risque de se tromper de chemin, mais les idées ne périssent pas; au lieu que, quand un torrent grossit devant vous, c'est folie de vouloir lui résister avec des digues vermoulues et de ne pas lui ouvrir une large voie en cherchant à transformer ses débordements passagers en inondations fertiles.

Les peuples ne peuvent plus rester étrangers les uns aux autres. Un nouvel et puissant élément de civilisation est venu les mettre en contact permanent; la vapeur franchit les distances avec la même facilité que les idées traversent les lignes de douane et volent par-dessus les murs de circonvallation. En quelques jours, on passe d'un continent, d'un hémisphère à l'autre; et quand toutes les mers seront régulièrement sillonnées, que l'Europe sera couverte de chemins de fer, les rapports de peuple à peuple deviendront d'autant plus fréquents, que les voyages, par leur prix et I leur durée, ne seront plus à la portée seulement

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des privilégiés de la fortune; toutes les classes en profiteront, et alors le trop plein d'une population pourra se déverser facilement dans une autre.

Tout concourt donc à entraîner les peuples dans un mouvement uniforme , et les époques d'isolement sont passées sans retour.

Les indépendances nationales ne tiennent nullement à des systèmes de prohibition. Ces systèmes ne consacrent plus à l'avenir que la lutte des intérêts individuels contre les intérêts généraux.

L'expérience a démontré que la prohibition avait eu pour conséquence de faire méconnaître et de transgresser les lois les plus simples de Téconomie politique ; car, d'un côté , Ton a encouragé des industries éphémères qui ne possédaient pas leurs éléments naturels; et de l'autre, l'emploi abusif des forces artificielles dont elle dispose maintenant a donné à la production un tel développement, que toutes les proportions entre elle et la consommation ont été dépassées et anéanties.

Il en résulte que les populations sont tenues de se renfermer chez elles ; et celles qui sont privées, sur leur propre sol, des moyens de communication nécessaires à l'écoulement de leurs produits, sont amenées forcément à restreindre jusqu'à un degré infini le chiffre de leurs exportations. En

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somme, la prospérité de toutes est gravement compromise, et c'est ici surtout que la détresse et la pauvreté naissent réellement de l'abondance.

Tel est rinévitable effet de toute loi d'exception ; die telles lois ne sont favorables en définitive qu'aux plus riches, aux plus habiles ou aux plus heureux.

Cet état de misère inhérent au système des lois prohibitives pousse évidemment la société vers de nouvelles destinées, et peut-être les peuples, excités par un antagonisme de plus en plus irritant, 8^x>nt-ils entraînés vers une lutte terrible , immense, mais décisive; car alors il s'agira de leur existence même, et non plus d'un principe d'honneur à soutenir ou d'une ambition nationale à satisfaire.

Telles sont les appréhensions qui viennent préoccuper Fesprit , lorsqu'on voit ce qui se passe ^ans l'organisation sociale de tous les peuples. Sans doute un pareil avenir est effrayant^ car il menaoe cette paix générale au maintien de laqueUe on a déjà sacrifié de si noblesi , de si grands Bitéi^; mais, pour être grave, le péril n'est point inévitable, surtout si les gouvôrnants, mieux éclairés sur leurs propres intérêts , cherchent enfin à s'associer à ce grand mouvement que la propagation des lumières imprime à tous les petiples!

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