SECTION PREMIÈRE
DES ESCAROTIQUES.
Du fer rouge. Moyen prompt, plus effrayant que douloureux , applicable à tous les temps de la pustule maligne, mais plus particulièrement quand son escarre est chargée d'humidité.
Pour appliquer convenablement ce remède salutaire, il faut, dans le premier degré de la maladie, faire une petite incision cruciale sur la tumeur sans toucher aux parties saines, et y introduire un stylet d'une grosseur convenable et rougi à blanc. Dans tous les autres temps, on enlèvera le plus possible les couches externes de l'escarre; on posera ensuite un cautère un peu moins étendu que la portion gangrenée , et on le laissera en place jusqu'à ce que l'escarre soit brûlée jusqu'aux parties vives , ce qui se reconnaîtra par le sentiment vif de chaleur qui ne tarde pas à se faire
sentir.
Des Escarotiques chimiques.
On en distingue de trois espèces : les uns sont des acides, les autres, des dissolutions métalliques, les troisièmes, des substances alcalines.
Des Acides,
U acide sulfurique est employé avec succès pour cautériser l'escarre; il la brûle, la charbonne et la dessèche très promptement.
MALIGNE. ï 83
Vacide nitrique est très actif; cependant nous préférons le précédent.
L'acide muriatique est un caustique puissant: M. Chaussier observe qu'il doit être préféré aux deux premiers quand l'escarre est putride. Les propriétés des chlorures motivent la préférence qu'on lui accorde dans le cas dont il s'agit
Des Escarotiques salins.
Les plus généralement usités sont le nitrate d'argent, le nitrate de mercure et le muriate d'antimoine.
Le nitrate d'argent est un caustique très puissant, convenable dans les premiers momens de la pustule maligne et dans les périodes qui leur succèdent, soit pour brûler une escarre, qui, par son extrême humidité, détruirait l'action des autres caustiques* soit pour arrêter un hémorrhagie capillaire provenant d'une incision trop profonde, soit enfin pour consumer les végétations fournies par la plaie.
Dans le premier cas, on fait une petite incision cruciale sur la tumeur primitive, et dans son centre on introduit l'extrémité de la pierre infernale , qu'on aiguise, si cela est nécessaire, en plaçant une de ses extrémités dans un linge mouillé, plié en plusieurs doubles, tenu entre les doigts de la main gauche, pendant que, de la main droite, on la fait tourner sur elle-même.
l84 DE LA PUSTULE
Le nitrate de mercure est un escarotique puissant; cependant il ne sera employé que quand on n'en aura pas d'autre sous la main, parce qu'il peut faire naître la salivation si on le pose sur une surface étendue, accident fâcheux dans tous les cas, mais plus particulièrement chez un sujet scorbutique ou atteint d'une pustule maligne à la tête, surtout si le gonflement s'est déjà communiqué dans l'intérieur de la bouche.
Le muriate d'antimoine n'a d'autre inconvénient que de pouvoir être converti en une matière blanche sans activité, si de la surface malade exsude une sérosité trop abondante.
Des Escarotiques alkalins.
La pierre à cautère a été peu employée dans la pustule maligne : M. Chaussier trouve même qu'elle peut être nuisible dans cette maladie, parce que, selon cet auteur, elle ne provoque pas la réaction inflammatoire qui doit borner la gangrène. Cependant Bayle dit qu'on en a toujours obtenu de bons effets dans l'espèce de pustule maligne qu'il a décrite. M. Boyer la recommande dans l'anthrax proprement dit ; mais , en partant de l'idée de M. Chaussier, on conçoit son efficacité dans cette espèce de tumeur gangreneuse toujours environnée d'un cercle inflammatoire d'un rouge forte= ment prononcé.