‹ De la recherché de la vérité (volume 2)Chapitre 28 sur 74 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

Dans laquelle j'explique les principes nécessaires pour rendre la raison physique des lois du mouvement continuées par l'expérience; je donne ces lois, et je prouve que les opérations que les règles prescrivent pour trouver le résultat des mouvements des corps après le choc, représentent à l'esprit les effets naturels que le choc produit réellement dans les corps. Cette 2e partie mérite plus l'attention du lecteur que la première.

XVI. Il y a cette différence essentielle entre l'action des corps qui se choquent, lorsqu'on les suppose parfaitement durs par eux-mêmes ou sans ressort, et celle des corps qui ne sont durs que par leur ressort, que l'action des corps qu'on suppose infiniment durs, se communique de l'un à l'autre immédiatement et dans un instant, et que celle des corps durs à ressort, tels que sont les corps durs ordinaires, ne se communique de l'un à l'autre que successivement, à cause de la matière subtile qui en pénètre les pores, et qui reçoit et redonne l'impression des corps qui se choquent. Comme cette différence est le principal fondement de celle qui se trouve entre les lois des mouvements, desquelles je viens de parler, et les lois qu'on tire des expériences, en tant qu'elles frappent nos sens, c'est une nécessité de l'expliquer plus au long, et de la bien démontrer.

Il faut certainement de la force pour agir ou pour résister à quelque action. Les corps durs qui font ressort se redressent, lorsqu'on les a courbés, ils résistent à l'effort qu'on fait pour les rompre; ils ont donc quelque force. Or cette force ne vient point du repos de leurs parties, ni du repos de celles qui les environnent et qui les pénètrent. Car si cela était, un corps dur une fois courbé demeurerait toujours courbé. Donc il faut que les corps à ressort se redressent par l'effort de quelque mouvement. En effet, si l'on ne veut raisonner des corps et de leurs propriétés que sur les idées claires que l'on en peut avoir, on n'attribuera jamais à la matière d'autre force ou d'autre action

que celle qu'elle tire de son mouvement. Il faut donc reconnaître que la force du ressort vient de quelque mouvement. Or ce mouvement n'est point dans les parties qui composent les corps à ressort, puisque toutes ces parties demeurent en repos les unes auprès des autres, lorsque le ressort demeure bandé. C'est donc une nécessité de dire que le mouvement qui fait la force des corps à ressort 1J est celui de la matière subtile ou invisible qui les environne, et qui en pénètre les pores. On peut d'abord, si l'on veut, regarder ceci comme une supposition. Mais il faut le méditer sérieusement pour le bien comprendre, et les autres suppositions que je vais faire, car je consens volontiers qu'on regarde comme des suppositions ce que je vais dire. On jugera plus sûrement dans la suite si ces suppositions sont des vérités ou des pures imaginations.

XVII. Soit A un corps ordinaire, soutenu et arrêté sur un plan immobile et infiniment dur. Si on le frappe avec un marteau aussi dur que le plan, il est clair ce me semble que la partie que le marteau choque immédiatement, avancera et poussera la matière subtile qui pénètre les pores du corps A les plus proches de la partie choquée, que cette matière subtile pressera la partie qui l'a poussée, aussi bien que celles du corps A qui sont plus avancées ou plus proches du plan, et que ces parties plus avancées en pousseront encore d'autres de même qu'on vient de dire qu'a fait la partie choquée. Or si cette matièresubtile, qui seule, indépendamment de ce choc, a de l'action,, comme je viens de le prouver, trouve peu de résistance dans le corps A pour continuer son mouvement particulier, et celui qu'elle reçoit du coup de marteau, le corps A s'aplatira, parce que les petites parties qui le composent, n'étant point exactement unies les unes avec les autres, à cause que chacune d'elles est ou entièrement, ou presque entièrement séparée de sa voisine par la matière subtile qui l'environne, le moindre effort peut changer leur situation. Je ne dois pas m'expliquer ici plus au long.

XVIII. Mais si la matière subtile trouve dans le corps A,, beaucoup de résistance à continuer son mouvement particulier,

1 II serait bon de relire le dernier cliap. du 6° liv. où j'explique la dureté des corps par le poids ou la compression de la matière éihérée, ou plutôt le 16" éclaircissement vers la lin. (Note de Malebranclie.)

et celui qu'elle .reçoit -du coup, ou bien elle se fera quelque autre voie où elle puisse facilement continuer à se mouvoir comme auparavant, et alors Le corps A demeurera quelque peu aplati après le coup; et cela à proportion de la force du coup.

Ou bien cette même matière ne pourra changer la tissure et l'arrangement des parties du corps A, ni en le brisant se faire une autre voie, où elle puisse continuer à se mouvoir avec la même facilité qu'auparavant; de sorte qu'elle sera forcée de retourner tout entière dans les pores qu'elle avait en partie abandonnés, pour remplir comme elle faisait tout son mouvement avec plus de vivacité. Et alors ce corps A paraîtra tel qu'il était avant le choc. On appelle mou le corps A, s'il s'aplatit facilement, dur s'il ne peut s'aplatir, et à ressort, si par le choc il s'aplatit un peu, et se rétablit promptement après le choc dans son premier état.

XX. Il suit de ceci : 1° que lorsqu'un corps en choque un autre qui est en arrêt ou qui lui résiste, le mouvement qu'imprime le choc ne se communique pas tout entier en un instant. Car puisque les parties du corps choqué et de la matière subtile qui est dans leurs pores cède, du moins quelque peu, à l'effort du choc, il est évident que le corps choquant continue son impression; car ce corps continue d'avancer tant que le choqué lui cède.

2° Que dans le choquant il arrive la même chose , savoir que la réaction du corps choqué et de la matière subtile contre le choquant, ne se fait pas tout entière en un instant, mais successivement et d'une partie à sa voisine, de sorte que cette réaction n'est complète que lorsque la partie du choquant la plus éloignée du point de rencontre, n'avance plus vers le corps choqué.

3° Que lorsque l'effort de la matière subtile trop comprimée, est égal à la force des corps qui se choquent, il se fait une espèce d'équilibre, après lequel commence le rejaillissement qui augmente successivement, mais fort promptement; et d'autant plus promptement que la force du ressort est plus grande ; ou ce qui est la même chose, que la matière subtile a été plus comprimée par la résistance que le corps choqué a faite au choquant.

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