CHAPITRE III
Justification de quelques prétendues contradictions.
Je pensais avoir fini 1 cette petite réponse aux objections de M. Régis. Mais j'ai encore rencontré dans son livre l'endroit qui suit, où il m'accuse « d'être tombé dans des contradictions manifestes»; il cite en marge la Recherche de la vérité. Cet endroit est donc encore un de ceux qui demandent réponse, selon la résolution que j'ai cru devoir prendre de ne répondre à cet auteur que lorsqu'il m'interroge. Car de répondre à tout ce qu'il avance contre mes sentiments, je n'en ai pas le loisir, et je ne crois pas qu'il le souhaite. Mais si je me taisais, lorsqu'il m'adresse la parole, il aurait sujet de se plaindre de cette
1 Ceci a rapport au ch. 10 du 4e liv. de la Recherche de la vérité. Il serait bon de le relire. (Note de Mâlebranche.)
RÉPONSE A M. RÉGIS
espèce de mépris, ou plutôt il pourrait croire, et quelques autres aussi bien que lui, que je ne pourrais pas lui donner satisfaction, et que je conviens de m'ètre trompé. Ce ne serait pas, il est vrai, un grand malheur pour moi, qu'on le crût, mais j'aime encore mieux qu'on n'en croie rien, surtout si mes sentiments sont véritables. Que si néanmoins je reconnaissais qu'ils sont faux, il me semble que j'aimerais mieux alors avouer ma faute. Je n'ose pourtant l'assurer dans l'appréhension où je suis, que Dieu pour punir ma confiance, ne m'abandonnât aux inspirations secrètes et aux mouvements de ma vanité. Mais venons au fait. Voici le texte de M. Régis :
« Il y a donc cette différence 1 entre les plaisirs des sens et la satisfaction intérieure, que celle-ci est un bien absolu, étant impossible de trouver un seul cas où il ne soit pas avantageux de la posséder, au lieu que les plaisirs des sens ne sont des biens qu'en tant qu'ils se rapportent à la satisfaction intérieure de l'âme ; car s'ils ne s'y rapportent pas, ou s'ils y sont contraires, tant s'en faut que les plaisirs des sens soient des biens, ils sont au contraire de vrais maux ; ce qu'il faut bien remarquer pour s'empêcher de tomber dans l'erreur où sont ceux