‹ De la recherché de la vérité (volume 3)Chapitre 64 sur 108 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Que nous voyons toutes choses en Dieu €l

Nous avons examiné, dans les chapitres précédents, quatre différantes manières dont Pesprit peut voir les objets de dehors, lesquelles ne nous paraissent pas vraisemblables. Il ne reste plus que la cinquième qui paraît seule conforme à la raison et la plus propre pour faire connaître la dépendance que les esprits ont de Dieu dans toutes leurs pensées.

Pour la bien comprendre, il faut se souvenir de ce qu'on vient de dire dans le chapitre précédent, qu'il est absolument nécessaire que Dieu ait en lui-même les idées de tous les êtres qu'il a créés, puisqu' autrement il n'aurait pas pu les produire, et qu'ainsi il voit tous ces êtres en considérant les perfections qu'il renferme auxquelles ils ont rapport. Il faut de plus savoir que Dieu est très étroitement uni à nos âmes par sa présence Y de sorte qu'on peut dire qu'il est le lieu des esprits, de même que les espaces sont en un sens le lieu des corps. Ces deux choses étant supposées, il est certain que l'esprit peut voir ce qu'il y a dans Dieu qui représente les êtres créés, puisque cela est très spirituel, très intelligible, et très présent à l'esprit. Ainsi l'esprit peut voir en Dieu les ouvrages de Dieu, supposé que Dieu veuille bien lui découvrir ce qu'il y a dans lui qui le& représente. Or voici les raisons qui semblent prouver qu'il le veut, plutôt que de créer un nombre infini d'idées clans chaque esprit.

Non seulement il est très conforme à la raison, mais encore1 il paraît par l'économie de toute la nature, que Dieu ne fait jamais par des voies très difficiles, ce qui se peut faire par des voies très simples et très faciles; car Dieu ne fait rien inutilement et sans raison. Ce qui marque sa sagesse et sa puissance

1 Dans la Recherche, le nom de l'étendue intelligible qui a joué un si grand rôle dans la philosophie de Malebranche et dans les discussions auxquelles a donné lieu la théorie des idées ne se trouve qu'une fois. Mais il en est amplement question dans les Éclaircissements. Nous avons dit dans noire introduction, comment Malebranche, pressé par l'objection de mettre le particulier en Dieu, avait donné plus tard ce complément de l'étendue intelligibleà la vision en Dieu, telle qu'il l'expose dans la Recherche de la vérité.

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n'est pas de faire de petites choses par de grands moyens ; cela est contre la raison, et marque une intelligence bornée. Mais au contraire, c'est de faire de grandes choses par des moyens très simples et très faciles. C'est ainsi qu'avec l'étendue toute seule, il produit tout ce que nous voyons d'admirable dans la nature, et même ce qui donne la vie et le mouvement aux animaux. Car ceux qui veulent absolument des formes substantielles, des facultés et des âmes dans les animaux, différentes de leur sang et des organes de leurs corps, pour faire toutes leurs fonctions, veulent en même temps que Dieu manque d'intelligence, ou qu'il ne puisse pas faire ces choses admirables avec l'étendue toute seule. Ils mesurent la puissance de Dieu, et la souveraine sagesse par la petitesse de leur esprit. Puis donc que Dieu peut faire voir aux esprits toutes choses, en voulant simplement qu'ils voient ce qui est au milieu d'euxmêmes, c'est-à -dire ce qu'il y a dans lui-même qui a rapport à ces choses et qui les représente, il n'y a pas d'apparence qu'il le fasse autrement, et qu'il produise pour cela autant d'infinités de nombres infinis d'idées qu'il y a d'esprits créés.

Mais il faut bien remarquer qu'on ne peut pas conclure que les esprits voient l'essence de Dieu, de ce qu'ils voient toutes choses en Dieu de cette manière. L'essence de Dieu, c'est son être absolu, et les esprits ne voient point la substance divine prise absolument, mais seulement en tant que relative aux créatures ou participable par elles. Ce qu'ils voient en Dieu est très imparfait, et Dieu est très parfait. Ils voient de la matière divisible, figurée, etc. Et en Dieu il n'y a rien qui soit divisible ou figuré : car Dieu est tout être, parce qu'il est infini et qu'il comprend tout ; mais il n'est aucun être en particulier. Cependant ce que nous voyons n'est qu'un ou plusieurs êtres en particulier ; et nous ne comprenons point cette simplicité parfaite de Dieu qui renferme tous les êtres. Outre qu'on peut dire, qu'on ne voit pas tant les idées des choses, que les choses mêmes que les idées représentent ; car lorsqu'on voit un carré, par exemple, on ne dit' pas que l'on voit l'idée de ce carré, qui est unie à l'esprit, mais seulement le carré qui est au dehors.

La seconde raison qui peut faire penser que nous voyons tous les êtres à cause que Dieu veut que ce qui est en lui qui

lés représente nous soit découvert, et non point parce que nous avons aulant d'idées créées avec nous que nous pouvons voir de choses, c'est que cela met les esprits créés dans une entière dépendance de Dieu et la plus grande qui puisse être. Car cela étant ainsi non seulement nous ne saurions rien voir, que Dieu ne veuille bien que nous ne voyons, mais nous ne I saurions rien voir que Dieu môme ne nous le fasse voir, (a) Non sumus sufficientes cogitare aliquid à nobis, tanquam ex ; nobis, sed sufficientia nostra ex Deo est. » C'est Dieu même qui éclaire les philosophes dans les connaissances que les hommes ingrats appellent naturelles, quoiqu'elles ne leur viennent que du ciel : (b) « Deus enim illis manifestavit. » C'est lui qui est proprement la lumière de l'esprit et le père des lumières, (c) « Pater luminum » ; c'est lui qui enseigne la science aux hommes :

(d) « Qui docet hominem scientiam. » En un mot, c'est la véritable lumière qui éclaire tous ceux qui viennent en ce monde :

(e) « Lux vera quœ illuminât omnem hominem venientem in hune mundum. »

Car enfin il est assez difficile de comprendre distinctement la dépendance que nos esprits ont de Dieu dans toutes leurs actions particulières, supposé qu'ils aient tout ce que nous connaissons distinctement, leur être nécessaire pour agir, ou toutes les idées des choses présentes à leur esprit. Et ce mot général et confus de concours, par lequel on prétend expliquer la dépendance que les créatures ont de Dieu, ne réveille dans un esprit attentif aucune idée distincte ; et cependant il est bon que les hommes sachent très distinctement comment ils ne peuvent rien sans Dieu.

Mais la plus forte de toutes les raisons, c'est la manière dont l'esprit aperçoit toutes choses. Il est constant, et tout le monde le sait par expérience, que lorsque nous voulons penser à quelque chose en particulier, nous jetons d'abord la vue sur tous les êtres et nous nous appliquons ensuite à la considération de l'objet auquel nous souhaitons de penser. Or il est indubitable

[«] 2, ad Cor. 3, 5.

[b] Rom. 1, 19.

[c] .lac. 1, 17.

[d] Ps. 93, 10.

[e] Joan. J, 9.

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que nous ne saurions désirer de voir un objet particulier, que nous ne le voyions déjà, quoique confusément et en général ; de sorte que pouvant désirer de voir tous les êtres, tantôt l'un et tantôt l'autre, il est certain que tous les êtres sont présents à notre esprit ; et il semble que tous les êtres ne puissent être présents à notre esprit, que parce que Dieu lui est présent, c'est-à-dire, celui qui renferme toutes choses dans la simplicité de son être.

Il semble même que l'esprit ne serait pas capable de se représenter des idées universelles de genre, d'espèce, etc., s'il ne voyait tous les êtres renfermés en un. Car toute créature étant un être particulier, on ne peut pas dire qu'on voie quelque chose de créé, lorqu'on voit, par exemple, un triangle en général. Enfin je ne crois pas qu'on puisse bien rendre raison de la manière dont l'esprit connaît plusieurs vérités abstraites et générales, que par la présence de celui qui peut éclairer l'esprit en une infinité de façons différentes.

Enfin la preuve 1 de l'existence de Dieu la plus belle, la plus relevée, la plus solide, et la première, ou celle qui suppose le moins de choses, c'est l'idée que nous avons de l'infini 2. Car il est constant que l'esprit aperçoit l'infini, quoiqu'il ne le comprenne pas ; et qu'il a une idée très distincte de Dieu, qu'il ne peut avoir que par l'union qu'il a avec lui, puisqu'on ne peut pas concevoir, que l'idée d'un être infiniment parfait, qui est celle que nous avons de Dieu, soit quelque chose de créé.

Mais non seulement l'esprit a l'idée de l'infini, il l'a même avant celle du fini. Car nous concevons l'être infini, de cela seul que nous concevons l'être, sans penser s'il est fini ou infini. Mais afin que nous concevions un être fini, il faut nécessairement retrancher quelque chose de cette notion générale de l'être, laquelle par conséquent doit précéder. Ainsi l'esprit n'aperçoit aucune chose que dans l'idée qu'il a de l'infini; et tant s'en faut que cette idée soit formée de l'assemblage confus de toutes les idées des êtres particuliers, comme le pensent les philosophes, qu'au contraire toutes ces idées particulières ne sont que des participations de l'idée générale de l'infini ; de

1 On trouvera cette preuve expliquée au long dans le livre suivant, chap. XI. - ("est la preuve de Descartes que Malebranche a d'ailleurs ainsi résumée: Si Dieu est pensé, il faut qu'il soit. Voir le chap. t^du livre 4.

même que Dieu ne tient pas son être des créatures mais toutes les créatures ne sont que des participations imparfaites de l'être divin.

Voici une preuve, qui fera peut-être une démonstration pour ceux qui sont accoutumés aux raisonnements abstraits. Il est certain que les idées sont efficaces, puisqu'elles agissent dans l'esprit et qu'elles l'édairent, puisqu'elles le rendent heureux ou malheureux par les perceptions agréables ou désagréables dont elles l'affectent. Or rien ne peut agir immédiatement dans l'esprit, s'il ne lui est supérieur; rien ne le peut que Dieu seul; car il n'y a que l'auteur de notre être qui en puisse changer les modifications. Donc il est nécessaire que toutes nos idées se trouvent dans la substance efficace de la Divinité, qui seule n'est intelligible ou capable de nous éclairer, que parce qu'elle seule peut affecter les intelligences K « Insinuavit nobis Christus, dit saint Augustin, animam humanam et mentem rationalem non vegetari, non beatifîcari, NON ILLUMINARI NISI AB IPSA SUBSTANTIA DEI. »

Enfin il n'est pas possible que Dieu ait d'autre fin principale de ses actions que lui-même : c'est une notion commune à tout homme capable de quelque réflexion, et l'écriture sainte ne nous permet pas de douter que Dieu n'ait fait toutes choses pour lui. Il est donc nécessaire que non seulement notre amour naturel, je veux dire le mouvement qu'il produit dans notre esprit, tende vers lui ; mais encore que la connaissance et que la lumière qu'il lui donne nous fassent connaître quelque chose qui soit en lui ; car tout ce qui vient de Dieu ne peut être que pour Dieu. Si Dieu faisait un esprit et lui donnait pour idée, ou pour l'objet immédiat de sa connaissance le soleil, Dieu ferait, ce me semble, cet esprit et l'idée de cet esprit pour le soleil et non pas pour lui.

Dieu ne peut donc faire un esprit pour connaître ses ouvrages, si ce n'est que cet esprit voie en quelque façon Dieu en voyant ses ouvrages. De sorte que l'on peut dire, que si nous ne voyions Dieu en quelque manière, nous ne verrions aucune chose 2 : de même que si nous n'aimions Dieu, je veux dire, si Dieu n'imprimait sans cesse en nous l'amour du bien

1 In Joan. Tract.

2 Liv. I, cbap.l.

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<en général, nous n'aimerions aucune chose. Car cet amour étant notre volonté, nous ne pouvons rien aimer, ni rien vouloir sans lui ; puisque nous ne pouvons aimer des biens particuliers qu'en déterminant vers ces biens le mouvement d'amour que Dieu nous donne pour lui. Ainsi comme nous n'aimons aucune chose que par l'amour nécessaire que nous avons pour Dieu, nous ne voyons aucune chose que par la connaissance naturelle que nous avons de Dieu ; et toutes les idées particulières que nous avons des créatures, ne sont que des limitations de l'idée du Créateur, comme tous les mouvements de la volonté pour les créatures ne sont que des déterminations du mouvement pour le Créateur.

Je ne crois pas qu'il y ait de théologiens qui ne tombent d'accord que les impies aiment Dieu de cet amour naturel dont je parle ; et saint Augustin et quelques autres pères assurent comme une chose indubitable, que les impies voient dans Dieu les règles des mœurs et les vérités éternelles. De sorte que l'opinion que j'explique ne doit faire peine à personne *. Voici comme parle saint Augustin : « Ab illa incommutabîlis luce voritatis etiam impius, dum ab ea avertitur, quodammodo tangitur. Hinc est quod etiam impii cogitant aeternitatem, et multa recte reprehendunt, rectèque laudant in hominum moribus. Quibus ea tandem regulis judicant, nisi in quibus vident, quemadmodum quisque vivere debeat , etiamsi nec ipsi eodera modo vivant? Uubi autem eas vident? Neque enim in sua natura. Nam cum procul dubio mente ista videantur, eorumque mentes constet esse mutabiles, quis vero régulas immutabiles videat, has quis in eis et hoc videre potuerit... ubinam ergo sunt istae regulac scriptae, nisi in libro lucis illius, quœ veritas dicitur, unde lex omnis justa describitur.., in qua videt quid operandum sit, etiam qui operatur injustitiam, et ipse est qui ab illa luca avertitur à qua tamen tangitur 2. »

Il y a dans saint Augustin une infinité de passages semblables à celui-ci, par lesquels il prouve que nous voyons Dieu dès cette vie, par la connaissance que nous avons des vérités éternelles. La vérité est incréée, immuable, immense, éternelle,

1 Voyez la préface des entretiens sur la Métaphysique, et la réponse aux waies et fausses idées, ch. 7 et 21. (Note de Malebranche.)

2 Liv. 14, de Trin. ch. 15,

au-dessus de toutes choses. Elle est vraie par elle-même. Elle □e lient sa perfection d'aucune chose. Elle rend les créatures plus parfaites, et tous les esprits cherchent naturellement à la connaître. Il n'y a rien qui puisse avoir toutes ces perfections que Dieu. Donc la vérité est Dieu. Nous voyons de ces vérités immuables et éternelles. Donc nous voyons Dieu. Ce sont là les raisons de saint Augustin, les nôtres en sont un peu différentes; et nous ne voulons point nous servir injustement de l'autorité d'un si grand homme pour appuyer notre sentiment.

Nous pensons donc que les vérités, même celles qui sont éternelles, comme que deux fois deux font quatre, ne sont pas seulement des êtres absolus, tant s'en faut que nous croyons qu'elles soient Dieu même. Car il est visible que cette vérité ne consiste que dans un rapport d'égalité, qui est entre deux fois deux et quatre. Ainsi nous ne disons pas que nous voyons Dieu en voyant les vérités, comme le dit saint Augustin, mais en voyant les idées de ces vérités : car les idées sont réelles, mais l'égalité entre les idées, qui est la vérité , n'est rien de réel. Quand par exemple, on dit que du drap que l'on mesure a trois aunes, le drap et les aunes sont réelles. Mais l'égalité entre trois aunes et le drap n'est point un être réel; ce n'est qu'un rapport, qui se trouve entre les trois aunes et le drap. Lorsqu'on dit que deux fois deux font quatre, les idées des nombres sont réelles ; mais l'égalité qui est entre eux n'est qu'un rapport. Ainsi, selon notre sentiment, nous voyons Dieu, lorsque nous voyons des vérités éternelles, non que ces vérités soient Dieu, mais parce que les idées dont ces vérités dépendent sont en Dieu; peut-être même que saint Augustin l'a entendu ainsi. Nous croyons aussi que l'on connaît en Dieu les choses changeantes et corruptibles, quoique saint Augustin ne parle que des choses immuables et incorruptibles, parce qu'il n'est pas nécessaire pour cela de mettre quelque imperfection en Dieu ; puisqu'il suffit, comme nous avons déjà dit, que Dieu nous fasse voir ce qu'il y a dans lui qui a rapport à ces choses.

Mais quoique je dise que nous voyons en Dieu les choses matérielles et sensibles, il faut bien prendre garde que je ne dis pas, que nous en avions en Dieu les sentiments, mais seulement que c'est Dieu qui agit en nous ; car Dieu connaît bien les choses sensibles, mais il ne les sent pas. Lorsque nous aperce-

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vons quelque chose de sensible, il se trouve dans notre perception sentiment et idée pure. Le sentiment est une modification de notre âme, et c'est Dieu qui la cause en nous ; et il la peut causer quoiqu'il ne Fait pas, parce qu'il voit dans l'idée qu'il a de notre âme, qu'elle en est capable. Pour ridée qui se trouve jointe avec le sentiment, elle est en Dieu et nous la voyons, parce qu'il lui plaît de nous la découvrir ; et Dieu joint la sensation à l'idée, lorsque les objets sont présents, afin que nous le croyions ainsi, et que nous entrions dans les sentiments et dans les passions que nous devons avoir par rapport à eux.

Nous croyons enfin que tous les esprits voient les lois éternelles aussi bien que les autres choses en Dieu, mais avec quelque différence. Ils connaissent l'ordre et les vérités éternelles, et même les êtres que Dieu a faits selon ces vérités ou selon l'ordre, par l'union que ces esprits ont nécessairement avec le verbe, ou la sagesse de Dieu qui les éclaire, comme on vient de l'expliquer. Mais, c'est l'impression qu'ils reçoivent sans cesse de la volonté de Dieu, lequel les porte vers lui, et tâche, pour ainsi dire, de rendre leur volonté entièrement semblable à la sienne, qu'ils connaissent que l'ordre immuable est leur loi indispensable, ordre qui comprend ainsi toutes les lois éternelles : comme, qu'il faut aimer le bien, et fuir le mal, qu'il faut aimer la justice plus que toutes les richesses, qu'il vaut mieux obéir à Dieu que de commander aux hommes, et une infinité d'autres lois naturelles. Car la connaissance de toutes ces lois, ou de l'obligation qu'ils ont de se conformer à l'ordre immuable, n'est pas différente de la connaissance de cette impression, qu'ils sentent toujours en eux-mêmes, quoiqu'ils ne la suivent pas toujours par le choix libre de leur volonté, et qu'ils savent être commune à tous les esprits, quoiqu'elle ne soit pas également forte dans tous les esprits.

C'est par cette dépendance, par ce rapport, par cette union de notre esprit au verbe de Dieu, et de notre volonté à son amour, (pie nous sommes faits â l'image et à la ressemblance de Dieu; et quoique celte image soit beaucoup effacée par le péché, cependant il est nécessaire qu'elle subsiste autant que nous. Mais si nous portons l'image du verbe humilié sur la terre, et si nous suivons les mouvements du Saint-Esprit, cette image primitive de notre première créatioa, cette union de notre t. i. 19.

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esprit au verbe du Père, et à l'amour du Père et du Fils sera rétablie el rendue ineffaçafile. Nous serons semblables à Dieu, si nous sommes semblables à l'Homme-Dieu. Enfin Dieu sera tout en nous, et nous tout en Dieu, d'une manière bien plus parfaite, que celle par laquelle il est nécessaire, afin que nous subsistions, que nous soyons en lui, et qu'il soit en nous.

Voilà quelques raisons qui peuvent faire croire, que les esprits aperçoivent toutes choses par la présence intime de celui qui comprend tout dans la simplicité de son être 1. Chacun en jugera selon la conviction intérieure qu'il en recevra, après y avoir sérieusement pensé. Mais on croit qu'il n'y a aucune vraisemblance dans toutes les autres manières d'expliquer ces choses, et que cette dernière paraîtra plus que vraisemblable. Ainsi nos âmes dépendent de Dieu en toutes façons. Car de même que c'est lui qui leur fait sentir la douleur, le plaisir, et toutes les autres sensations par l'union naturelle qu'il a mise entre elles et nos corps, qui n'est autre que son décret et sa volonté générale, ainsi c'est lui qui par l'union naturelle qu'il a mise aussi entre la volonté de l'homme, et la représentation des idées que renferme l'immensité de l'être Divin, leur fait connaître tout ce qu'elles connaissent, et cette union naturelle n'est aussi que sa volonté générale. De sorte qu'il n'y a que lui qui nous puisse éclairer, en nous représentant toutes choses ; de même qu'il n'y a que lui qui nous puisse rendre heureux, en nous laissant goûter toutes sortes de plaisirs.

Demeurons donc dans ce sentiment, que Dieu est le monde intelligible, ou le lieu des esprits, de même que le monde matériel est le lieu des corps : que c'est de sa puissance qu'ils reçoivent toutes leurs modifications, que c'est dans sa sagesse qu'ils trouvent toutes leurs idées, et que c'est par son amour qu'ils sont agités de tous leurs mouvements réglés ; et parce que sa puissance et son amour ne sont que lui, croyons saint Paul, qu'il n'est pas loin de chacun de nous, et que c'est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l'être 2. « Non longe

1 Voyez les Eclaircissements , la réponse au livre des vraies et fausses idées, la première lettre contient la défense opposée à cette réponse. Les deux premiers entretiens sur la métaphysique, la réponse à M. Régis, et surtout ma réponse à une lettre de M. Arnaud. Vous trouverez peut-être là mon sentiment plus clairement démontré. (Note de Malebranche.)

- Act. Ap. ch. 17, 28.

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-est ab uno quoque nostrum, in ipso enim vivimus, movemus et sumus. »

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