CHEZ MERLE, LIBRAIRE
On n’a pas oublié que mon discours pour la rentrée des Facultés d’Aix rencontra , de la part de quelques hommes, une opposition yiolente. Peu contents de s’ètre plaints au pouvoir, de me menacer des tribunaux , des relations mensongères et passionnées me dénoncèrentà la France, comme un homme intolérant et un fanatique.
Quel était donc mon crime? Sur quoi fondaiton ces accusations étranges ? Je venais d’énoncer une vérité catholique , une vérité démontrée par les faits , une vérité que le sang et les ruines avaient laissée grande et terrible sur toutes les parties de l’Europe ; j’avais dit : On a détruit la religion et la société , en se séparant de V autorité de V Église; il faut revenir à cette autorité ^ si l'on veut réédifier lune et Vautre,
Ici donc le doute n’est point permis ; et Dieu aurait refusé l’intelligence à ceux qui ne verraient point dans ces paroles une question d’un grand intérêt. Il s’agit tout simplement de savoir • si nous devons conserver la religion et la société. Cette question mérite donc bien d’ètre débattue, et peut-être même l’on conviendra qu’elle est la première dont on devrait s’occuper.
Je ne doute point que les hommes de bonne foi , les hommes graves auxquels j’adresse ce livre, ne soient de cet a vis. Je leur montrerai la réforme dans son origine , dans ses apôtres, dans ses doctrines, dans ses succès, dans ses actes, dans sa durée; et l’erreur apparaissant ici de tous côtés , portant
écrit sur son front : « Elle a désorganisé FEurope et lait son malheur en détruisant la foi de ses pères , x> il faudra bien tirer cette conclusion : La réforme n étant qu'une erreur, et une erreur funeste , FEurope ne peut plus être protestante.
Ensuite se présentera le Catholicisme , venant de Dieu, avec ses lettres de créance que la réforme même avouera ; enseignant aujourd’hui le même Evangile que Jésus-Christ lui confia, il y a dix-huit siècles ; et , comme il n’est étranger à rien de ce qui intéresse la famille et les nations, les sujets et les rois , leur apportant avec la foi l’ordre et la liberté , c’est-à-dire , tout ce qui peut les rendre grands et heureux sur la terre, en attendant le ciel. Or, avec ces caractères qui sont ceux de la vérité , nous demanderons encore aux hommes de bonne foi, si FEurope , qui est faite pour la connaître, la vérité, qui a mission d’éclairer le monde , ne doit pas redevenir catholique , et cela au nom de son bonheur et de sa gloire ?
La réponse ne peut être douteuse , parce que les faits ont une éloquence que tout le monde entend , excepté peut-être certains hommes dont
nous ne parlerons pas ; ils sont assez à plaindre d'avoir des yeux et de ne point voir, des oreilles et de ne pas entendre.
Quiconque aime la vérité, ses semblables, son pays, fera des vœux pour que toutes les nations de l'Europe reviennent au Catholicisme, et montrent encore à Tunivers celte belle république détruite par Luther, et que les hommes marquants de tous les partis ont tant regrettée.
En effet , « La réunion de tous les esprits constitue la cité de Dieu, et le monde moral dans le monde physique. Rien dans les œuvres du Créateur de plus sublime et de plus divin. C’est la monarchie vraiment universelle , et l’état le plus parfait sous le plus parfait des monarques (1). »
La sagesse, la science , le génie , l’histoire ont dità la politique : « Il n’y a pas un seul homme d’état, s’il est digne de ce nom , qui ne pense que l’unité des différentes communions chrétiennes est le plus grand bienfait que l’Europe puisse attendre de ses chefs , parce qu’elle est le seul moyen de
(1) Leibnilz.
conserver la religion chrétienne en Europe; et par là notre civilisation et celle du monde , avec Fordre , la justice , la paix , la vertu , la vérité , tout ce qu'il y a de moral, c'est-à-dire, de grand et d’élevé dans l'homme comme dans la société, dans les mœurs comme dans les lois, dans les arts même, comme dans la littérature (1) ! »
Voilà pour les hommes de foi et de talent des raisons assez éloquentes ; et dans leurs méditations , leurs travaux , peuvent-ils se proposer un but plus noble, une fin plus désirable? Déjà , je le sais, ils ont acquis bien de la gloire. Tous les systèmes hostiles au Christianisme ont été réfutés; aucun n'a échappé. Nous leur savons gré de ces bons combats ;\\s ont montré que ces systèmes offensent la raison , blessent la morale, effacent l'histoire, détruisent toute religion, nient Dieu; or, l'ignorance et la corruption seules peuvent être séduites, c'est-à-dire, qu'ils nepeuvent moissonner que dans la honte. Mais alors on n'est pas dangereux : le bon sens public a bientôt fait justice de semblables doctrines ; et , au nom de
(1) &l. de Donald.
la vertu, de la morale, de la société dont elles feraient le malheur, si elles étaient accueillies, il faut envoyer aux petites-maisons celles que vous n aurez pas jugées dignes de Téchafaud.
Maintenant , à d’autres triomphes I Assez pour des erreurs qui sont fières d’avoir attiré l’attention, et qui ne vivent, peut-être, que parce qu’on les a honorées par le combat.
Aidez l’Europe à se débarrasser, non plus de son suaire d’incrédulité , comme le disait , il y a quelques années , M. Ballanche ; mais de son suaire de protestantisme. Montrez aux peuples combien ils ont été dupes au seizième siècle ; quelle faute énorme ils ont commise en préférant la foi d’un seul homme à celle de tous les siècles , de tout l’univers ; qu’ils apprennent tout ce qu’ils ont perdu dans cet échange funeste, et ils iront tous ensemble, en se donnant la main, chanter le même symbole au pied du même autel. Hommes de foi et de talent, voilà ce que Dieu vous demande, voilà ce que l’Europe attend de vous I
Les circonstances sont favorables : l’Europe
commence à comprendre qu’avec les erreurs de Luther et de Calvin , elle finirait par ne plus être chrétienne.
Elle sait qu’èn Allemagne, la réforme n’a laissé partout que des rationalistes. Et ce sont les ministres eux-mêmes qui l’avouent , en conjurant les protestants qui veulent conserver quelque chose de l’Evangile, de revenir au Catholicisme. D’après eux , les princes doivent se mettre à la tête de leurs peuples ; il le faut, s'ils veulent sauver la société et se sauver eux^-mêmes,
L’Angleterre rougit de ne s’être séparée de l’unité, que parce que de viles passions l’ont voulu. Tous les jours des conversions nombreuses qui alarment terriblement l'église établie , viennent nous le dire, pendant que les docteurs de ses plus illustres universités osent déclarer sans détour, à leurs compatriotes, que l'Église de Rome seule a conservé les vraies doctrines (1).
(1) « Nous tenons d’une source certaine que le Souverain Pontife a reçu une lettre d’un membre de TUni^ersité d'Oxford , dans laquelle, au nom de plus de cent de ses collègues , celui-ci exprime,
En France, la réforme hachée en mille pelotons divers, pour me servir de ses expressions, ne sait plus, depuis long-temps, ce qu’elle est, ce qu’elle croit, ni ce qu’elle doit croire; et fatigués de ne pouvoir former un symbole , les ministres laissent le dogme pour ne plus parler que de morale ; ne pouvant être apôtres , ils ont pris le parti, comme leurs collègues d’Allemagne , de ne plus être que des sentimentalistes.
Tel est le spectacle que donne aujourd’hui au monde le protestantisme. Estr-il étonnant que les bons esprits s'en dégoûtent , et que les nations , qui ont besoin de croire pourtant, abandonnent l’erreur qui est là si manifeste, et placent ailleurs leurs espérances ?
Oui , j’aime à répéter cette vérité ; elle console et encourage : étrangers depuis longtemps à la réforme qui a détruit toute la révélation , beaucoup de protestants demandent la religion qui l’a conservée. Je les ai entendus ; et moi ,
avec quelle ardeur , on soupire en Angleterre après ce retour à l’unité que tout nous fait présager. » {V Univers , i8 février 1842. )
le dernier de tous, comme parlait Vincent de Lerins, j’ai voulu écrire ce livre, afin de leur donner ce qu’ils désirent , en leur prouvant que la doctrine de Jésus^-Christ, qui est l'objet de leurs recherches et de leurs vœux, ne se trouve que chez nous. Du moins, je puis leur promettre bonne foi, conviction , désir ardent de leur salut. Quant à mes preuves , je verrais avec plaisir et reconnaiss^ce qu’ils prissent la peine de les réfuter.
11 est des catholiques qui ont besoin d’ètre affermis dans leur foi , j’ai voulu encore faire quelque chose pour eux. S’ils me comprennent bien, j’espère qu’ils seront heureux d’appartenir au Catholicisme, parce qu’ils verront que lui seul possède la vérité.
Ceux qui s’imaginent que toutes les religions sont bonnes , doivent aussi donner quelque attention à ce débat. Leur système est d’abord mis en cause, et je crois leur démontrer qu’ils ne peuvent le soutenir, sans se déclarer pour l’athéisme ou la folie. Mais comme aucun de ces partis n’est digne d’un homme , ils devront choisir entre la réforme et le Catholicisme, qui seuls peuvent avoir
des prétentions à la vérité. Arrivés à cet examen, Terreur ne tardant pas à se montrer chez les protestants, et la vérité chez les catholiques, les indifférents viendront à nous, parce que T. homme est fait pour la vérité , pour lui tout est là ; et il ne lui est jamais permis de la repousser quand il Ta connue.
S’il se rencontre des hommes qui appellent ces questions irritantes^ je dirai à ces pacifiques à tout prix , que la vie de la société vaut mieux que leur repos, et que si la réforme a ébranlé TEurope, si elle Ta divisée , si elle Ta remplie de troubles et de calamités, il est d’un bon citoyen de chercher à réunir toutes les nations de TEurope , afin de leur rendre la paix et la félicité que Terreur leur a ravies.
Pour ceux qui , en entendant la vérité , s’irritent ou poussent des cris, comme si vous leur jetiez des charbons ardents sur la tète , je leur rappellerai que la vérité a rencontré bien d’autres colères , depuis dix-huit siècles , et jamais on ne Ta empêchée de remplir sa grande mission. Si quelquefois elle a paru se taire , pour cela ses
ennemis n’avaient point prévalu. Son silence des catacombes, pendant lequel elle grandit sous terre, ne lui est pas moins, fructueux que ses luttes si éclatantes du Colysée. Les Juifs , qui croient l’avoir vaincue, ne gardent qu’un tombeau vide; et pendant qu’ils sont là , attendant le troisième jour, la fille du ciel, qu’ils croyaient leur captive, sortie triomphante, éclaire l’univers.
Telle est la vérité : pour une issue que vous fermez, mille chemins s’ouvrent devant elle. Après les discours , les livres , la prière , tout , jusqu’à l’injure et la calomnie que vous appelleriez à votre aide , sont des moyens offerts à la vérité pour atteindre les âmes, les toucher et les conduire à la lumière.
Consolation bien douce 1 Mobile puissant pour vous tous qui aimez Dieu et vos frères : ici tout devient apôtre, et la gloire est pour tous; car, sachez-le bien: un soupir, une larme, peuvent sauver une âme, peut-être même un royaume.
Si vous avez appris de Jésus-Christ ce que vaut une âme , voyez s’il est un obstacle qui doive arrêter? un ennemi qui épouvante?