XII PRÉFACE
majorité. Je crains fort que ce ne soit une illusion , et, dans tous les cas, quelques voix de plus ne compenseraient pas, à mon sens, le fâcheux effet d'une scission, celle scission fût-elle plus apparente que réelle. Vers la tin du dernier siècle, les wlrigs firent aussi la faute de se diviser en quatre ou cinq fractions, ou connexions, comme on disait alors : il y avait la connexion Rockingham, la connexion Redford, la connexion Grenville, la connexion Shelburne, qui se réunissaient, qui délibéraient à part et qui, lorsqu'elles ne se querellaient pas entre elles, perdaient leur temps à négocier les unes avec les autres. Sait-on quel fut le résultat de toutes ces divisions? Ce fut d’assurer, pour bon nombre d années, le pouvoir entre les mains de la couronne ; ce fut de retarder le triomphe du parti libéral et la défaite du gouvernement personnel. Le raisonnement et l’expérience s’unissent pour prouver qu'en France, comme en Angleterre, il n’en saurait être autrement . Est-ce là ce que l'on veut? Je suis loin de le croire, et c'est pourquoi j'espère, s'il en est temps encore, que les projets dont on parle n'auront aucune suite. Pour ma part, ce que j’ai vu depuis dix jours m'affermit dans mon opiuion , et je ne veux ni ajouter ni retrancher un seul mol à ce que j’écrivais au mois de décembre dernier.
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L'opposition a déjà l'avantage de se partager en quatre fractions distinctes, dont chacune a sa réunion séparée. C’est assez, ce me semble, pour assurer pleinement l'indépendance des opinions et pour permettre à chacun de s’associer , de se grouper selon ses alliuilés naturelles. Aux quatre réunions existantes, eu ajouter une cinquième, ce serait pousser loin l’amour du fractionnement et marcher à grands pas vers la dissolution de toute association politique.
Quoi qu'il en soit, je le dis sans hésiter, le temps des tiers-partis est passé, et une opposition qui voudrait ménager toutes les influences, cumuler toutes les chances, tendre la main à tous les partis à la fois ne serait pas une opposition véritable. Au dehors, au dedans, la France est arrivée à une de ces situations où il faut savoir se résoudre, et, la résolution prise , y persister fortement , constamment, sans se détourner à droite on à gauche. Je suis plein de respect pour l'indépendance de chacun de mes collègues, et je ne demande point qu’ils arrivent aux mêmes solutions que moi. Ce que je demande, c’est qu’ils ne restent pas dans l'indécision, dans l'obscurité, dans le silence, et qu'ils disent nettement si l’état actuel leur parait bon , et , dans le cas con-
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traire, comment ils veulent l’améliorer. Ce que je demande , c'est qu’ils ne transportent pas le débat des grandes questions aux petites et de l'ensemble au détail. Je sais qu'on affecte pour les questions purement politiques un grand mépris et qu’on a peu de chance d’étre écouté quand , au lieu de parler des chemins de fer ou de la loi des douanes , on parle du gouvernement représentatif. N’ai-je pas lu, ce matin même, dans la correspondance ministérielle d'un journal de Bordeaux , que je venais d'improviser une brochure sur la corruption , afin de faire, tant bien que mal , diversion aux mariages espagnols et à la gloire de M. Guizot! Je dois avouer humblement que je ne suis pas si habile, et que j'avais commencé cet écrit avant que les mariages lissent grand bruit , avant que l’alliance anglaise fût décidément rompue , avant que l'Autriche eût mis la main sur Cracovie, avant que la gloire de M. Guizot fût à son comble. J’aurais pu attendre, pour publier mon travail, des. circonstances plus opportunes; je ne l'ai point voulu , parce que c’eût été , selon moi , sacrifier à mon amour-propre d’auteur moto devoir d’homme politique. Encore une fois plus les événements extérieurs sont graves, plus la réforme du parlement me parait nécessaire, indispensable, ur-
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gente : quand mémo aucune des solutions que j'indique ne semblerait bonne, je me tiendrais pour satisfait si j'avais pu ramener quelques-uns de mes collègues à cette opinion.
Paris, cc 12 janvier 4847.