COMPOSITION DES CALCULS B1LIA1UES HUMAINS
Je ne possède pas autant de données sur le nombre des calculs qui se trouvaient dans chaque vésicule ; quelques-uns de mes collecteurs n'avaient malheureusement pas tenu compte de mes recommandations à cet égard. Voici cependant 75 observations recueillies dans de bonnes conditions.
7 cas, 1 calcul. — Poids maximum, 6 grammes ; minimum, 2. 3 o — Poids moyen,
9 3 Les calculs qui se trouvaient dans chaque vésicule étaient
presque égaux ; le poids variait de II à 1 gramm. 1 i — Poids de 18r,5 à 2.
o 6 — Les calculs presque égaux entre eux pesaient chacun 2 gram.
dans l'un des cas, et isr,5 dans l'autre. 30 — 15 à 20 Les calculs étaient semblables dans 28 cas ; leur poids variait
de 0^r, 5 à 06r,8 ; dans 2 cas seulement, un calcul pesait le triple des autres.
17 — 20 à 60 Poids des calculs de 08^05 à 0sr, 12; dans 8 cas, les calculs
présentaient deux grandeurs différentes ; lee petits pesaient dans un cas Qei,l, et les grands 06r,3. 6 — 80 à 110 Les calculs égaux entre eux ne pesaient en moyenne que 0«r,08.
Les calculs présentent à la coupe des différences d'aspecl trèsnotables qui permettent de les classer en plusieurs catégories : nous allons voir à l'instant que ces. différences répondent à des différences chimiques dans leur composition. J'ai laissé de côté les calculs qui pesaient moins que0gr,l; ils avaient la forme tétraédrique le plus souvent. Les autres calculs peuvent être divisés en 8 classes.
1** Classe. Nombre des calculs, 28.
Ces calculs blancs ou jaunes cireux ont la forme ovoïde ou sphérique, l'aspect extérieur bosselé ; quelques-uns sont translucides, d'autres sont opaques. Leur poids est très-notable ; ils n'ont jamais pesé moins que 2gr, le plus grand pesait 9gr, et on m'en a même remis un depuis qui pèse 28 grammes. A la coupe on remarque la même teinte qu'à l'extérieur; ils sont formés de cholestérine presque pure, leur cassure est nettement cristalline ; les cristaux rayonnent d'un centre.
2" Classe. Nombre de calculs, 16.
Même couleur que les précédents, même forme, que l'on ne
62 li. R1TTEK. — RECHliRCHliS ClllMI0.Uli5
peul rapporter qu'à celle d'un tonneau ; ils présentent sur les parties planes des enfoncements; leur contour est lisse, toujours opaque, quelquefois coloré superficiellement par plaques. Leur cassure est cireuse et la coupe donne une couche égale, ne présentant pas de traces de cristallisation. 3e Classe. Nombre de calculs, 580.
Leur couleur est très-variable ; il en est de même de leur forme, on en rencontre d'ovoïdes, de sphériques, de tétraédriques, etc. A la coupe on reconnaît un mélange intime de choleslérinç et de matière colorante, mais la cliolestérine a l'aspect pailleté et les cristaux semblent rayonner du centre.
/i° Classe. Nombre de calculs, 94.
Ces concrétions ne diffèrent des précédentes que par leur structure amorphe, ils ont très-fréquemment la forme d'un tonneau et se rencontrent rarement seuls dans un vésicule.
5e Classe. Nombre de calculs, 220.
Les calculs présentent l'aspect extérieur des calculs opaques de la première classe, mais à la coupe on voit des couches alternantes et bien distinctes de cholestérine amorphe et de matière colorante.
6° Classe. Nombre de calculs, 16.
Celte classe ne diffère de la précédente que parce que la couche extérieure est formée par de la matière colorante. 7e Classe. Nombre de calculs, 3.
Ces calculs ne renferment que des traces de cholestérine ; deux trouvés dans la même vésicule pesaient 0gr,8 et 0,7, n'étaient formés que de matière colorante; on y voyait des zones d'un rouge vermillon, qui étaient de la bilirubine presque pure. Le troisième calcul, d'un brun foncé, était principalement formé par des mucus et de la bilihumine ; il se laissait écraser entre les doigts.
8" Classe. Nombre de calculs, 1.
Calcul dur, pesant, ne se laissant pas rayer par l'ongle ; structure amorphe, couleur gris sale.
L'aspect de la coupe peut encore nous donner des renseignements sur la nature du noyau ou centre de cristallisation dos cal-
sua la COMPOSITION uls calculs biliaires humains. 03 culs, ce qui permet d'avoir quelques notions sur les conditions qui ont présidé à la formation des dépôts.
29 fois, le noyau était formé par delà cholestérine blanche ;
650 fois, par un petit noyau de matière colorante, qui souvent n'était visible qu'à la loupe.
267 fois, je n'ai pu distinguer nettement de hoyau et de point central.
Ajoutons enfin, pour terminer les considérations que le simple aspect des coupes nous fournit, que les calculs avaient une structure uniforme dans 722 cas, qu'ils présentaient deux couches distinctes dans 208 cas, trois dans 24 et quatre dans 2 cas.
L'analyse chimique des calculs a été conduite de la manière suivante. Au lieu d'analyser chaque calcul, j'ai opéré sur un nombre de calculs plus considérable en choisissant ceux de la même classe. La poudre homogène a été desséchée à la température de + 105°; un certain poids de cette poudre fut traité à froid par de l'éther absolu jusqu'à épuisement complet; les solutions éthérées, évaporées àsiccité, ont laissé un résidu qui, pesé après dessiccation à + 105% représente la cholestérine des analyses qui suivent. Les sels ont été déterminés par la calcination ; la différence entre les deux pesées et le poids total employé représente les matières organiques, sur la composition desquelles je reviendrai plus loin. Notons ici que le chiffre qui, d'après quelques auteurs (Gerhardt, Dictionnaire de chimie), indique la solubilité de la cholestérine dans l'éther, est erroné; ce n'est pas 3,7 d'élher qu'il faut à + 15° pour dissoudre 1 de cholestérine mais bien 6,7.
Les résultats des analyses figurent dans le tableau suivant :
ire
CLASSE
CLASSE
CLASSE
CLASSE
CLASSE
CLASSE
CLASSE
CLASSE
gr.
gr.
gr.
gr.
gr.
traces 75,2 24,8
gr.
Matière organique. . .
Matière inorganique .
(34 E. RlTTEtt. — RECHERCHES CHIMIQUES
Un premier fait à noter est la corrélation qui existe entre le poids de la matière organique et de la matière inorganique ; une augmentation de l'une correspond à une augmentation de l'autre 5 le fait s'explique aisément, car nous allons voir bientôt que les matières organiques sont à l'état de composés caîciques.
Je me suis demandé si le corps que j'avais ainsi isolé par l'éther était de la cholestérine pure, ou s'il n'était pas formé par un mélange de cholestérine et d'un corps gras. La cholestérine isolée présentait le point de fusion de la cholestérine pure, mais je ne me suis pas contenté de, cette indication. J'ai fondu le produit isolé par l'éther avec de la potasse au creuset d'argent, et j'ai repris la masse refroidie par de l'eau ; la cholestérine ne se saponifie pas dans ces conditions, ne se dissout que faiblement dans le liquide alcalin-, les corps gras au contraire auraient formé des savons potassiques solubles parce mode de traitement. En traitant les savons solubles par un acide faible, on voit se séparer les acides gras insolubles ; ma cholestérine, traitée comme je viens de le dire, ne donnait jamais qu'une légère couche, preuve de l'absence de corps gras en quantité pondérable. Une seule fois il s'est produit un précipité qui correspondait à ls',7 de.corps gras, compté comme margarine.
Les matières organiques contenues dans les calculs sont de nature très-diverse ; j'y ai décelé des matières colorantes à l'état de composés caiciques, des sels d'acides gras, du mucus. Je relate ici une analyse détaillée des calculs de la 3e et lxa classe, qui sont les plus riches en ces composés et que j'ai utilisés avec beaucoup d'avantage pour l'extraction des matières colorantes biliaires. L'analyse a été faite d'après la méthode de Hoppe-Seiler {Bulletin de la Société chimique, 1869) .
Cholestérine 62,3
Composés biliaires^ solubles dans l'eau . 18,3
Sels solubles 4 1
Composés solubles dans les acides 9,1 (matière inorg. 3,9).
Bilirubine \. 2
Bililuscine 0 4
Biliprasine 0,8
Bilihumine 15
Matière organique (mucus) et perte. . . 12,3
sir, LA COMPOSITION DES CALCULS BIL1A.111ES HUMAINS. 65
On rencontre parfois des calculs qui sont encore plus riches en matière colorante; je citerai comme exemple l'analyse de calculs de la 7i classe, où la bilirubine était assez abondante pour former à la coupe des stries d'un vermillon très -vif.
Cholestérine 0,9
Composés biliaires solubles dans l'eau. 19,4 (dont sels, 13,2)
Composés solubles dans les acides.. . . 17,8 (dont sels, 7,9)
Bilirubine 12,1
Bilifuscine 5,9
Biliprasine 6,2
Bilihumine 28,1
Matière organique et perte 6,2
Les calculs dans lesquels dominent les substances inorganiques sont une rareté ; le calcul de la 8e classe a été retiré directement par moi de la vésicule d'une vieille femme morte à la suite de pneumonie ; je n'ai pas réussi à obtenir des renseignements précis sur ses antécédents. L'analyse détaillée du calcul est la suivante. Je n'ai pas dans les auteurs trouvé de cas semblable. Le calcul pesait 1,36.
Cholestérine 0,4
Bilirubine et bilifuscine 0,6
Bililiprasine 0,8
Bilihumine 12,8
Matières biliaires solubles dans l'eau. . 2,3 (dont sels, 0,8).
Carbonate de chaux 64,6
Phosphate de chaux 12,3
Phosphate amm. -magnésien 3,4
Mucus, perte 2,8
J'ai déterminé également la composition chimique des matières inorganiques laissées par les calculs des diverses classes. Les cendres ramenaient toujours au bleu le papier de tournesol rouge; comme d'autre part les calculs ne produisaient sous l'influence des acides qu'un dégagement de gaz carbonique trèsfaible, nullement en rapport avec l'acide carbonique qu'aurait exigé l'analyse alcalimétrique des cendres, il fallait en conclure 006 l'alcalinité des cendres ne pouvait provenir uniquement de
JOORfl. DE L'ANAL ET DE LA PHY910L.— T. VIÎl (1872). 6
06 E. Il I TT 1C II . — IWCCIIEHCHKS CHIMIQUES
da décomposition seulo des carbonates terreux. Ce sont des combinaisons organiques de chaux qui, par leur décomposition par la chaleur, produisent en majeure partie l'alcalinité du résidu. Des recherches laites sur des calculs avant l'incinération m'ont fait voir que Poxalate de chaux n'existait pas dans ces concrétions, en quantité notable. Ce sont donc les pigments et les acides biliaires qui sont combines à la chaux, et qui sous l'influence de la chaleur laissent un résidu de chaux vive. Les phosphates elles sulfates ne se trouvent qu'en quantité très-faible dans ces cendres, et encore n'est-il pas sûr que ces derniers ne proviennent pas de la décomposition des laurocholates.
Je ne relate ici que le résultat des analyses des calculs de la 3e et de la he classe ; je ferai remarquer que la chaux qui figure à l'état de carbonate primitif a été calculée d'après la quantité d'acide carbonique dégagé par un poids donné de calculs traité dans un petit appareil à poids de Bobière.
Carbonate de chaux primitif. 22,2
Carbonate provenant de la décomposition des
comb. calcaires organiques 69,4
Sulfate de chaux 1,8
Phosphate de chaux et de magnésie 2,9
Phosphate de fer 0,9
Silice, chlorures, alumines, traces, pertes. 2,8
Je n'ai pas voulu borner mes analyses à cette étude d'ensemble; d'autres questions, qui pouvaient être résolues par l'analyse chimique se posaient naturellement.
Les calculs contenus dans la même vésicule ont-ils une composition chimique identique ou différente ? Il m'a semblé que les résultats obtenus pourraient permettre de tirer quelques conclusions relatives à l'époque de formation de ces concrétions. Se forment-elles simultanément ou a des moments différents? Les analyses ont porté sur 22 cas ; toujours les calculs pesaient plus que 1 gramme ; 17 fois les différences étaient si légères, qu'on pouvait les regarder comme provenant des erreurs de l'analyse; cinq fois au contraire les différences étaient plus prononcées ; je me contente de relater ici les trois analyses les plus concluantes à ce point de vue.
SUR LA COMPOSITION Dl s> CALCULS BILIAIUES HUMAINS. 67
ANALYSE
ANALYSE
3° ANALYSE
gr.
gr-
O ti
Cholestérine pour 100.
Matière inorganique. . .
Les résultais obtenus permettent, il me semble, de tirer les conclusions suivantes : Presque toujours les calculs qui se trouvent dans la même vésicule sont de formation simultanée ; cette donnée chimique est contrôlée par un résultat physique; ces calculs ont en effet tous le même poids. Lorsque les calculs se sont foi més a des périodes variables, leur poids est différent, et ce sont ceux qui ont des poids semblables qui possèdent également la même composition chimique.
Une seconde question que je me suis posée est la suivante.: La composition chimique du calcul est-elle la même, alors que l'aspect physique ne fait pas voir des couches de nature différente?
En isolant, à Taide du canif, les parties externes des parties centrales, j'ai pu constater que, sauf de rares exceptions, les parties extérieures du calcul étaient plus riches en cholestérine que les parties centrales. Le noyau ou pour mieux dire la partie centrale était toujours la partie la plus riche en sels inorganiques : 19 fois sur 19 analyses c'était le cas. Le fait est moins vrai pour les calculs qui semblent formés de cholestérine pure, comme le fait voir l'analyse suivante d'un calcul presque blanc qui pesait